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Article 8 : Lu pour vous

jeudi 21 août 2008


Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides


Recherches internationales, n° 82, avril – juin 2008.

L’éditorial de Michel Rogalski marque l’actualité du deuxième trimestre par le « non » irlandais au nouveau Traité européen et en fait le prétexte d’une réflexion sur ce que, probablement, on finira par appeler la « question européenne ». Quel avenir, en effet, pour l’Europe puisque, comme le dit Michel Rogalski, elle est le fer de lance de la mondialisation et que la mort de celle-ci est couramment annoncée ? Mais surtout quel avenir quand il n’y a pas de présent solide et consistant par rapport aux aspirations populaires ? On aimerait bien que les thèmes de ce court éditorial fassent l’objet d’un prochain dossier de la revue…
Après cet éditorial prend place le seul article « hors dossier » du numéro. Il s’agit de celui de Joëlle Cicchini et Rémy Herrera intitulé « Sociétés militaires privées : la guerre par procuration ? ». Les deux chercheurs du Centre d’économie de la Sorbonne retracent de manière détaillée la montée en puissance, depuis la guerre du Vietnam, de ces sociétés américaines et britanniques (n’y en aurait-il pas aussi sur le continent européen ?) qui réalisent leur chiffre d’affaires dans des activités directement en prise avec le domaine militaire ou des opérations paramilitaires. Ils étudient le terrain sur lequel, aujourd’hui, ces entreprises déploient tout l’éventail de leur savoir-faire : l’Irak. L’inventaire des multiples interventions de ces sociétés dans les opérations menées dans ce pays — et accessoirement en Afghanistan — amène effectivement à se demander si ce sont les États-Unis qui « font la guerre » ou si la guerre est maintenant faite « par procuration » selon l’expression utilisée dans le titre ; mais, hélas ! il n’autorise pas une quelconque réponse. Il eût fallu pour cela une typologie précise et significative des activités recensées (on ne peut pas mettre sur le même plan la garde des périmètres pétroliers confiée à d’anciens militaires et les missions tactiques confiées à des mercenaires, même si tous sont des salariés de ces « sociétés militaires privées »). Que le fonctionnement du complexe militaro-industriel ait pu évoluer ne signifie pas pour autant que la guerre soit entrée complètement dans le domaine des partenariats public – privé qui, eux, peuvent aller jusqu’à mettre en cause la frontière public – privé.
Le cœur du numéro — pratiquement les trois-quarts de son volume — est consacré au conflit israélo-palestinien. La problématique du dossier coordonné par Françoise Clément et Michel Rogalski est bien dans l’air du temps. Un certain pessimisme commence à poindre quant à la possibilité d’un règlement prochain de ce conflit, mais cela n’empêche pas de continuer à penser que les termes de sa solution sont limpides : « la création d’un État palestinien dans des frontières viables et reconnues ». Le titre du premier article du dossier que signe Claude Cartigny indique clairement que le temps n’est plus à espérer que le processus de négociation initié par les accords d’Oslo finisse par aboutir. « Le processus d’Oslo : la paix enterrée » retrace tous les rendez-vous manqués depuis 1993, dans le style classique des articles sur le conflit en question, c’est-à-dire en privilégiant une sorte de chronologie extrêmement détaillée du déroulement du processus qui finit par en faire perdre le fil. Outre qu’elle oublie la signature du Protocole de Paris en 1994, cette « histoire » du processus de paix n’éclaire guère les dynamiques politiques, économiques et sociales dans lesquelles elle s’inscrit, et qui sans doute la déterminent. Alain Joxe (« L’impasse d’Israël face aux Palestiniens ») reprend lui aussi une présentation du cours des choses, d’Oslo à Annapolis, tout en s’attachant à en caractériser le résultat — un régime d’apartheid militarisé — et en proposant un diagnostic qui porte indication du remède à appliquer : « Seul un appui européen, calibré stratégiquement pour obtenir un avenir de paix de l’Europe avec le monde arabe et l’Islam, peut aider Israël à sortir de la logique du ghetto assiégé et assiégeant où l’enferme l’alliance avec la droite américaine ». Le troisième article, signé par Bernard Ravenel, apporte un décentrage nouveau de l’analyse du conflit israélo-palestinien en le reliant à la stratégie que poursuivrait Israël en entendant rester le seul détenteur de l’arme nucléaire et en usant pour cela du parapluie américain dans la région. Nul doute que cette analyse de Bernard Ravenel sur « La nucléarisation progressive du conflit israélo-palestinien » oriente les positions qu’il soutient en tant que président de l’Association France-Palestine Solidarité dans l’interview que l’on peut lire plus loin dans le dossier.
Un des intérêts de ce dossier se trouve incontestablement dans l’article d’Ilan Pappe, traduit de l’anglais par Claire Paque : « Israël interpellé par son histoire : le visage inquiétant du sionisme néoclassique ». Cette plongée dans les débats de la société israélienne sur son histoire et au-delà, sur son « projet », est instructive et revigorante. Ce n’est pas en minimiser l’importance pour notre réflexion que de faire valoir qu’il ne faut pas regarder le conflit israélo-palestinien seulement à partir de l’histoire d’Israël comme on le fait généralement (la chronologie placée à la fin du dossier et qui a été établie par Bernard Ravenel en est un bon exemple !). C’est la raison pour laquelle on ne saurait trop insister sur la nécessité de lire les deux derniers articles du dossier : celui de Aude Signoles (« La société palestinienne dans la tourmente d’Oslo — 1993-2000 — Retours sur les questions qui font débat ») et celui de Sylviane de Wangen (« Toujours réfugiés »). L’article d’Aude Signoles analyse les deux sujets qui sont au cœur du débat politique côté palestinien : les accords d’Oslo dans leur principe et la nature et les pratiques de l’Autorité palestinienne mises sur pied en application de ces accords. Dans ce débat réapparaît la question des priorités de la lutte politique qui clive depuis longtemps la société palestinienne : « Concentrer les efforts sur la libération territoriale ou travailler en priorité à la construction de l’État ». Une question peut-être insoluble tant il est difficile d’imaginer qu’un État puisse se construire avant que ses frontières soient tracées, une question qui en tout cas nous rappelle qu’en 1948 les Palestiens ont avant tout été frustrés d’une « indépendance » — puisque le Plan de Partage devait mettre fin au mandat britannique, i.e à une domination coloniale. Certes, cette année 1948 a aussi été celle de la première guerre d’Israël et de l’exode forcé de milliers de Palestiniens dont l’article de Sylviane de Wengen, justement, commence par retracer la genèse et le contexte. La co-fondatrice de Terre d’asile montre toute l’aberration, peut-on dire, de cette situation dans laquelle , trois ou quatre générations après la nakba, les réfugiés sont demeurés des réfugiés et plus de 1 million vivent toujours dans les camps, y compris chez eux. L’acuité du problème est évidente : il y a droit au retour, mais où accueillir ne serait-ce qu’une petite partie des 4 millions et demi de réfugiés recensés par l’UNRWA en 2006 ? L’impasse dont parle Sylviane de Wengen est là mais ce n’est pas en la taisant qu’on la surmonte.
L’interview de Fernand Tuil sur l’expérience de jumelage des villes françaises avec des camps de réfugiés complète la présentation des formes de la solidarité avec le peuple palestinien dont le besoin transpire dans toutes les contributions. Le dossier est bouclé par trois notes de lecture d’ouvrages consacrés au sujet (Charles Enderlin, Dominique Vidal et Sébastien Boussois, Fédéric Pons).

Aujourd’hui l’Afrique, Revue de l’AFASPA, n° 109, septembre 2008.
Francis Arzalier consacre l’éditorial (« Humanité ou barbarie ») de cette dernière parution à la dénonciation des dérives xénophobes, à laquelle n’échappe pas l’Afrique, qu’il s’agisse de l’affirmation d’une ivoirité pour mieux déprécier l’apport humain considérable qu’a constitué pour la Côte d’Ivoire l’immigration burkinabé ou de la chasse aux migrants venus du Zimbabwe en Afrique du Sud. La mondialisation qui repose sur la libre circulation des marchandises et des capitaux, mais surtout pas sur celle des hommes (l’immigration doit être choisie dans le pays d’accueil, le non-respect de cette norme devenant une faute pénale) n’est-elle pas à l’origine de cette barbarie ? Plusieurs autres questions d’actualité font l’objet d’articles dans ce numéro. Jean Chatain (« Une arme de la mondialisation : la faim ») analyse la crise alimentaire mondiale. Il ne s’agit pas de la conjonction de mauvaises récoltes, d’un attrait soudain pour les bio-carburants et de vagues successives de spéculation. L’insécurité alimentaire actuelle est le résultat des politiques agricoles imposées aux pays des Suds par les organisations internationales et les puissances occidentales. Jean-Paul Escoffier (« Fonds des migrants, enjeu de développement ») soulève la question des remittances, ces transferts d’épargne des travailleurs émigrés vers leur pays d’origine. L’ampleur prise par ces fonds constitue une opportunité pour les pays africains d’améliorer les niveaux de satisfaction des besoins essentiels. Sont-ils, pour autant, de nouveaux moyens de développement comme le suggèrent certaines institutions internationales ? Claude Guillaumaud-Pujol (« Mumia symbole de la discrimination raciale aux USA, condamné à mort parce qu’Africain et Américain ») rappelle la situation tragique de Mumia Abu-Jamal, dans le « couloir de la mort » depuis le 3 juillet 1982. Le sort réservé à ce militant des causes afro-américaines aux États-Unis n’est pas que le résultat d’une procédure judiciaire incontestable. Il est, à la fois, un exemple des discriminations raciales à l’œuvre dans la justice américaine et de l’acharnement de la répression qui frappe les militants radicaux. Le colloque Dakar II : Afrique, Europe et nouvelle géopolitique mondiale, tenu à Dakar en janvier 2008 à l’initiative du Parti de l’Indépendance et du Travail sénégalais, de la revue Recherches internationales, de la Fondation Gabriel Péri et de l’AFASPA est l’objet d’un article dans lequel Jean-Paul Escoffier dégage les aspects les plus marquants des travaux menés pendant trois jours par les représentants d’une vingtaine de pays d’Afrique et d’Europe. L’Afrique devient-elle une terre d’affrontements où convergent les appétits de plusieurs impérialismes ? Quels chemins devra emprunter la construction d’États démocratiques et efficaces ? Quelle forme devrait prendre la coopération Nord – Sud pour devenir un outil de développement ? La venue de la Chine comme partenaire économique et politique en Afrique est-elle une nouvelle opportunité pour les Africains ? Telles sont les principales questions débattues. Jean-Louis Glory, dans une « Interview d’Amath Dansokho », secrétaire général du PIT (Parti sénégalais de l’Indépendance et du Travail), fait le point sur l’initiative prise par les partis sénégalais d’opposition de tenir des Assises nationales (« relever le Sénégal »), dressant un état des lieux du pays en crise. Après la décision de boycott des élections législatives, suite aux fraudes de la précédente consultation électorale, l’organisation de ces Assises constitue une démarche politique responsable, puisque inscrite dans un souci de non-violence.
Dans ce numéro, la revue poursuit son travail d’histoire pour éviter que les faits de la période coloniale et des premiers temps des indépendances ne soient oubliés. Le refus de la Guinée d’entrer dans la Communauté française, en 1958, est rappelé dans un article déjà publié en 19998, de Jean Suret-Canale. L’histoire de deux partis d’opposition malgaches, le Mouvement national pour l’indépendance de Madagascar (MONIMA) et le Parti du congrès de l’indépendance de Madagascar (AKFM) est rapportée dans le souvenir de cinquante ans de luttes pour le développement social et démocratique. Deux hommages sont adressés à Gaston Donas, instituteur et militant anti-colonialiste et à Ruben Um Nyobé, militant progressiste camerounais, assassiné en 1958. Il faut signaler l’article que Roger Little (« La Sénégambie, il y a deux siècles ») consacre à la réédition de l’ouvrage Voyage dans l’intérieur de l’Afrique aux sources du Sénégal et de la Gambie (1820) de Gaspard Théodore Mollien ainsi que la chronique d’un voyage au Bénin de Maryse Dullier qui est aussi l’occasion de rappeler la riche histoire de ce pays.

Analyses et documents économiques, n° 107, février 2008, Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.
Ce numéro comporte un premier groupe d’articles portant sur le champ économique et social. Maryse Dumas (« Poursuivre la démarche syndicale ») critique l’accord du 11 janvier 2008 sur la « modernisation du marché du travail », que pour finir, la CGT n’a pas signé, ne trouvant dans la “flexisécurité” instaurée que peu à voir avec sa revendication de sécurité sociale professionnelle. Toutefois, le déroulement des négociations a permis aux organisations syndicales salariales de rapprocher leurs positions. En ce sens la participation aux négociations a été positive. Nasser Mansouri-Guilani (« Les clefs de l’amélioration du pouvoir d’achat ») identifie les causes de la faiblesse du pouvoir d’achat : faiblesse des salaires des pensions et des minima sociaux, mais aussi précarité et poids des dépenses pré-engagées ou incompressibles dans le budget des ménages. Or les propositions, réformes et aides à la personne proposées par le gouvernement ne paraissent pas en mesure de renverser cette tendance à l’affaiblissement du pouvoir d’achat. Suit une annexe très documentée qui fonde les affirmations de l’auteur. Jean Raymond constate « Un budget 2008 qui réduit drastiquement les crédits de fonctionnement des services de l’État et les moyens humains pour les mettre en œuvre ». Là aussi, des tableaux significatifs et documentés appuient l’analyse. Bernard Lhubert fait « Le point sur le 1er grand régime français de retraite par capitalisation ». Ce fonds est celui du Régime additionnel de la fonction publique (RAFP), instauré en 2003 ; il est obligatoire et par points. Ce régime est contesté sans appel par la CGT ; en effet, système par capitalisation, il va à l’encontre de toute solidarité inter-générationnelle, il n’est pas à prestations définies, il comporte un transfert de charges de l’employeur public sur le salarié, et enfin, le régime se nourrit de ses placements sur les marchés financiers. De surcroît, il contribue au glissement de la politique salariale vers les systèmes indemnitaires au détriment de la revalorisation du salaire de base, son mode de gouvernance minore la place des représentants des salariés par l’introduction d’un “collège” de personnalités qualifiées aux côtés des représentants des salariés et des employeurs, et son CA est mis sous tutelle d’un commissaire du gouvernement et, enfin, ses modalités opératoires restent mal maîtrisées. La CGT occupe toutefois résolument le siège qui lui est attribué dans la volonté de peser sur le fonctionnement de ce fonds, en particulier en impulsant la mise en place d’une politique d’investissement socialement responsable, en se proposant de participer à l’élaboration des critères d’une telle politique et en exigeant que le fonctionnement ne soit pas la maximisation des rendements mais la seule conservation de la valeur des fonds versés. Sans illusion sur la possibilité de changer le monde à partir de cette institution, la CGT essaye au moins d’en limiter les dégâts.
Le dossier du numéro porte sur le “Grenelle de l’environnement”. Diverses contributions — Jean-Pierre Bompard de la CFDT, Sébastien Genest de France Nature Environnement, Yannick Jadot de Greenpeace France ainsi que Jean-Christophe Le Duigou et Bernard Saincy de la CGT — échangent des « regards croisés » sur le travail effectué et les possibilités de concrétiser, dès 2008 les avancées contenues dans les tables rondes finales de 2007. Dans ce travail commun, chacun trouve sa place et la confrontation d’approches différentes fait surgir des problématiques nouvelles.
La revue présente ensuite le compte-rendu d’une table ronde de décembre 2007 sur « Politique industrielle, territoires et démarche syndicale : l’exemple de la filière aéronautique » ; il rend compte ensuite du Congrès des travailleurs et travailleuses du Québec ; il fait le point, de façon documentée et informative, sur la question du surendettement des ménages. Enfin, la revue propose la réflexion d’Alain Gély sur les statistiques d’entreprise (« Pour une évolution maîtrisée des statistiques d’entreprise »). Cet article est particulièrement intéressant : il relate les premiers travaux qui s’efforcent de prendre en compte la réalité économique des entreprises dans les statistiques (périmètre international, localisation des centres de décision). La notion de “groupes d’entreprises” et de “réseaux d’entreprises” est ainsi utilisée pour délimiter des unités suffisamment stables dans le temps. Toutefois, l’unité économique ne peut pas se substituer complètement à l’unité légale ; les statistiques construites sur cette base doivent être maintenues puisque c’est à ce niveau qu’apparaissent les références fiscales et sociales des entreprises.

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