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Artilcle 9 : Agriculteurs Français et Développement International

vendredi 25 avril 2008

Un partenariat entre organisations paysannes du Sud et du Nord
Agriculteurs Français
et Développement International

Le rapport d’orientation « Un partenariat entre organisations paysannes du Sud et du Nord » publié à l’occasion des rencontres internationales des 8, 9 et 10 avril de l’AFDI1 nous a été adressé par Jean Miossec, un de nos auteurs, impliqué de longue date dans l’animation des mouvements paysans. L’orientation de cette association marque une affirmation de son engagement à l’égard des Périphéries. L’AFDI a pour principe de défendre une agriculture familiale ; toutefois, sa raison d’être est l’implication dans le développement2.
Rappelons ses missions initiales ainsi définies :
– dans les Périphéries : accompagner les organisations paysannes qui soutiennent l’agriculture familiale ;
– au Centre : assumer une mission d’éducation au développement dans le monde agricole ;
– et enfin, favoriser, par le développement, un meilleur équilibre Nord – Sud.
L’évolution contemporaine des questions de sécurité alimentaire et les mouvements de hausse rapide du prix des produits agricoles de base ont été l’occasion, pour l’AFDI, d’infléchir un peu plus ses positions dans le sens d’un nécessaire développement des agricultures du Nord et du Sud.
Le rapport est significatif du renforcement de cette détermination.
Dans ce document, les positions sont exprimées avec force, mais surtout elles sont étayées par une analyse de la situation internationale qui appelle des réponses ici clairement affirmées. Ces réponses elles-mêmes ouvrent de nouveaux champs de réflexion et d’action.
Tout d’abord l’AFDI rappelle la place de l’agriculture familiale dans le monde : la majorité de la population de la planète est rurale. Mais en outre deux points fondamentaux émergent : l’agriculture doit nourrir la planète, mais les zones rurales sont devenues des zones de pauvreté, dans les pays du Sud (3/4 des populations pauvres y résident).
Or de nouveaux défis se présentent qui exigent de trouver de nouveaux modèles de développe­ment. En effet, la libéralisation et la globalisation des échanges, les politiques agricoles en faveur de l’investissement extérieur encourageant l’agro-business viennent s’ajouter aux évolutions envi­ronnementales et démographiques annoncées (variations climatiques et accroissements prévus de la population mondiale).

1 – Importance de l’agriculture familiale
L’AFDI fait alors le constat de l’incapacité croissante des États à apporter des réponses ; dès lors seuls les acteurs de l’agriculture doivent se mobiliser et, pour ce faire, se doter d’organisations au Nord comme au Sud qui coopèrent entre elles.
L’AFDI considère que l’agriculture familiale est le meilleur protagoniste pour répondre aux nouveaux défis. En effet, dans cette structure, la cellule de production est articulée à la famille ; celle-ci a, à la fois, la maîtrise du travail et du capital. Elle recèle donc la souplesse et les capacités d’innovation nécessaires pour faire face aux changements.
On peut ici émettre une réserve devant l’optimisme affiché. Si les quantités de travail sont mobilisées dans la cellule familiale, elles ne peuvent pas l’être à l’infini dans les Périphéries. Une augmentation des heures nécessaires ne sera pas forcément satisfaite si tous les membres de la famille sont déjà au maximum de leurs possibili­tés ; de même, une diminution de la main d’œuvre nécessaire peut renvoyer une partie des membres de la famille dans le non-emploi si les opportunités de travail n’existent pas en dehors de la famille ou de l’agriculture, ce qui est plausible dans les zones rurales où règne la pauvreté. La maîtrise du capital est elle-même aléatoire : l’acquisition d’un nouveau cheptel ou de nouvelles machines dépendent de la disponibilité en monnaie, la mise à disposition de terres nouvelles est tributaire des structures de la propriété et aussi de capital monétaire à un moment du cycle de production. Il y a bien une marge de manœuvre dans la maîtrise de ces deux éléments de la production, mais il conviendrait de l’apprécier.

2 – L’insertion dans la problématique du développement
Dans ce domaine, les positions de l’AFDI sont très pertinentes et convaincantes. Quatre domaines font l’objet d’analyses et de propositions de coopération.
– La souveraineté alimentaire constitue un objectif premier. Il s’agit bien de souveraineté et pas de sécurité alimentaire : l’agriculture familiale doit d’abord nourrir les populations de son État. Toutefois, la perspective n’est pas étroitement limitée à l’État et ici, des coopérations entre États de même niveau de développement et connaissant les mêmes conditions climatiques, écologiques et sociologiques sont envisagées. Ainsi des politiques d’établissement de marchés sous-régionaux et de préférences sous-régionales sont proposées (L’ECOWAP, tarif extérieur commun des pays de la Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest pour les produits agricoles est ainsi cité comme exemple à suivre).
– Les risques doivent être maîtrisés. Le risque majeur est celui de l’insécurité foncière.
Cette analyse est particulièrement pertinente : on sait que les structures traditionnelles de la propriété et les systèmes d’usage collectif des terres sont actuellement remis en cause par les mouvements internationaux de capitaux et par les infractions ou le déni des lois et des coutumes par certains.
– La gestion de l’environnement doit être prise en compte. Les paysans sont aussi des gestionnai­res de la nature. En outre, prendre en compte les aspects écologiques inclut aussi de se préparer aux variations climatiques brutales, surtout en zone sahélienne.
– Faire face à la mondialisation. La variabilité des prix est un danger et elle est source de vulnérabilité. Pour l’AFDI, la seule certitude est la volatilité des prix agricoles.
On peut saluer cette prudence, qui n’accepte pas les conclusions de la FAO ou de l’OCDE sur la montée durable des prix agricoles.

3 – Les recommandations et les propositions de l’AFDI
Le rôle des producteurs dans les choix économiques et politiques agricoles s’avèrent déterminants. Dès lors les revendications d’une formation professionnelle, le développement de la recherche agricole publique, ainsi que des moyens d’information et de communication sont avancées.
Le réseau AFDI se propose d’appuyer ces revendications :
– Tout d’abord, en aidant à la constitution de réseaux d’organisations paysannes. Ces réseaux sont conçus comme autant d’institutions : « des organisations stables dans le temps, régies et structurées par des règles explicites ou non, mais connues et reconnues des membres ».
– Ensuite, en « renforçant les capacités », elles-mêmes définies autour d’un projet : développe­ment organisationnel, développement communau­taire, développement rural intégré ou développe­ment durable.
– Enfin en renforçant le poids politique de ces réseaux, aussi bien auprès des États que des organisations internationales.

Au total, ce programme s’inscrit clairement dans l’optique du développement (maîtrise des techniques, des marchés, de la propriété foncière, diffusion des connaissances, décisions collectives incluant une vision à long terme), dans le respect de la démocratie, puisque la décision de s’informer et d’agir revient aux organisations du Sud.

Alda Del Forno

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