Accueil > Numéros anciens > N° 142 : Santé, l’affaire de tous ? > 3 DOSSIER > Article 7 : un jumelage Nord-Sud réussi entre acteurs de la société (...)

Article 7 : un jumelage Nord-Sud réussi entre acteurs de la société civile

mercredi 21 janvier 2015

UN JUMELAGE NORD-SUD RÉUSSI ENTRE ACTEURS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Nous avons décidé de consacrer un article de ce dossier à une expérience originale, initiée en 1991, après la chute du dictateur malien Moussa Traoré, qui a conduit à la création de deux associations jumelles à Bamako, capitale du Mali et à Forcalquier, dans le département des Hautes Alpes. Les deux animateurs de cette expérience, le docteur Oumar Mariko au Mali et Pierre Clot, membre du réseau des coopératives Longo Maï en France, tous deux cherchant un moyen de venir en aide aux populations les plus démunies du Mali, ont mis en place cette structure duale de solidarité. Au Mali le docteur Mariko créait l’association MEDES/SAPCOM ( Médecins de l’Espoir – Santé Communautaire) tandis qu’à Forcalquier Pierre Clot créait l’association « Les amis de MEDES/SAPCOM ».
Avec l’engagement enthousiaste d’une vingtaine de jeunes médecins maliens la première association a ouvert plusieurs « Centres de santé communautaires » dans un quartier périphérique de Bamako et dans quelques villages à l’intérieur du pays, tandis que la seconde organisait un réseau de solidarité et de soutien en Europe pour fournir à l’équipe malienne un minimum de financement de départ ainsi que les médicaments et le matériel médical nécessaires.
Treize ans après son lancement, on peut dire que ce modèle de structure duale a fait la preuve de sa pertinence et de son efficacité. L’association malienne, appuyée par le réseau de radios libres « Kayira » a créé six « Centres de Santé Communautaires » à travers le Mali, tandisque « Les amis de MEDES/SAPCOM » ont pu les accompagner pour le soutien financier et les transferts de matériel et de médicaments dont ils avaient besoin. On constate que le réseau de solidarité ainsi développé fonctionne à la fois sur les deux pays, mais ses activités sont partagées entre les deux associations, chacune maitrisant au mieux dans son pays la connaissance des facteurs culturels et institutionnels qu’il faut mobiliser pour assurer le succès de l’ensemble. L’essentiel est l’accord profond entre ces deux organisations sur les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir.
Les cibles sont les villages et périphéries urbaines les plus défavorisées, pour y installer un médecin originaire de la région et si possible de même ethnie. Avec l’objectif de créer et organiser un Centre de Santé Communautaire comprenant un service de consultation, une maternité, un service de soins et huit ou dix lits d’hospitalisation pour les cas nécessitant une surveillance jour et nuit, et de soutenir son développement par des micros projets permettant d’accéder à l’eau potable, à la santé, à l’éducation et au bien être collectif humainement acceptable, avec la priorité de répondre à l’urgence du minimum quotidien de survie. Pour s’inscrire dans la durée, ces projets impliquent pour leur réalisation et leur gestion l’engagement des associations de quartiers, coopératives villageoises et de tous les groupes humains concernés, groupes de jeunes, associations de femmes etc...
La collaboration de la population consiste surtout en prestations de main d’œuvre et concerne l’accueil des praticiens, leur installation, la réfection des locaux ou leur construction, tandis que MEDES/SAPCOM, aidée par sa soeur jumelle en France, fournit le matériel médical et les médicaments. Dans le cas où les personnes sont dans un entier dénuement, les consultations et les actes médicaux sont gratuits, et le salaire du personnel médical est assuré pendant la première année par l’association malienne, grâce aux contributions financières qu’elle reçoit surtout d’Europe, mais aussi de ses adhérents maliens dans le milieu médical..
Dès le lancement de ces initiatives, les médecins de l’association MEDES/SAPCOM ont dû élargir leurs domaines d’intervention, car la santé ne dépend pas seulement des services médicaux, mais beaucoup aussi d’une alimentation suffisante et équilibrée, de l’accès à une eau potable, et de nombreux comportements liés à la prévention des pathologies. De plus la pérennité des centres de santé communautaires et la stabilisation de leur personnel nécessitait une amélioration des revenus de la population concernée. MEDES/SAPCOM aidée par ses partenaires européens a donc créé systématiquement des micros projets de développement avec les villageois, par exemple pour des cultures vivrières, le creusement de puits, la création d’ateliers pour de petits moulins, de la couture etc... Ces créations de nouvelles activités procurent un peu d’argent. Elles mobilisent surtout les associations de femmes, qui se chargent des travaux agricoles et de la vente des produits sur les marchés des villages voisins. Par cet apport de recettes elles consolident le fonctionnement des centres de sante, en diminuant le nombre d’actes effectués à titre gracieux. En outre elles participent activement à la création des nouvelles activités collectives.
Il faut ajouter que les activités de MEDES/SAPCOM sont appuyées depuis leur lancement sur un partenariat avec l’IRDECO (Institut de Recherche-action sur le Développement Associatif et Communautaire dirigé par le professeur Many Camara, titulaire de la chaire de sociologie à l’université de Bamako, et avec le réseau des radios libres « Kayira », ditigé par le cinéaste Oumar Sissoko, qui apporte une contribution efficace, dans la langue parlée dans chaque zone d’intervention, aux activités d’information de la population sur les problèmes de santé publique , notamment pour la prévention des pathologies lourdes (paludisme, diarrhées, MST et sida, etc...).
En définitive, comme le souligne Pierre Clot, le président de l’association « Les amis de MEDES/SAPCOM » de Forcalquier dans l’interview qu’il nous a accordée, cette expérience de jumelage entre acteurs de la société civile du nord et du sud a construit son efficacité sur trois piliers principaux : d’abord un ciblage clair de leurs objectifs (aider à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies au Mali) et le choix des besoins de santé comme point de départ ; ensuite une autonomie totale de chaque partenaire sur son terrain d’action, l’un au sud, l’autre au nord ; et en troisième lieu la participation active des collectivités concernées par l’implantation et la gestion des centres de santé communautaires et des programmes associés.
On ne peut que souhaiter une consolidation et un élargissement de cette expérience originale de solidarité internationale qui cherche à aider les populations les plus démunies à initier un processus concret d’amélioration de leurs conditions de vie.

Marc Ollivier

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.