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Article 10 : Ouvrages et publications reçus Comptes-rendus rapides

dimanche 25 janvier 2015

Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides

Aujourd’hui l’Afrique, n° 106, décembre 2007, revue de l’AFASPA.
Dans ce numéro de la revue, deux thèmes font l’objet d’une série d’articles. Le premier concerne le discours prononcé par le président Sarkozy à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007. Francis Arzalier, Bernard Couret et Jean Louis Glory se succèdent pour présenter une analyse détaillée de ce qui aurait dû être, du point de vue de son auteur, un texte de rupture d’avec la « Françafrique ». Si les thèmes de « l’homme africain » et des côtés positifs de la colonisation ont choqué bon nombre d’auditeurs en révélant sous les mots des images et des stéréotypes d’un autre âge, ce qui surprend le plus, comme le remarque Francis Arzalier, est la volonté de restaurer ces visions du passé pour justifier un ordre néo-colonial qui, lui, est bien présent.
Le second de ces thèmes est consacré au Rwanda. À travers la présentation par Francis Arzalier du livre de Jean Chatain, Rwanda. Paysage après le génocide, ou les Impressions de voyage de Jean Liconi, la longue marche vers l’apaisement que mène ce pays depuis treize ans est évoquée avec une profonde humanité. Par-dessus les « plaies béantes » laissées par le génocide, les auteurs présentent ce vaste chantier qu’est la reconstruction d’une société.
L’actualité africaine est traitée dans ce numéro suivant deux de ces aspects, la situation politique au Maroc, après les élections législatives de septembre 2007 et une expérience de commerce équitable au Burkina Faso, à partir du partenariat établi par l’association « Paoline », une coopérative de production, et « Andine », une entreprise de commerce éthique.
L’histoire n’est pas oubliée. Le vingtième anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara est célébré par la publication d’une interview, à ce jour restée inédite, du Président Sankara par l’écrivain camerounais Mongo Beti. La biographie d’Aïssa Mokrane, mineur cévenol et patriote algérien donne l’occasion de rappeler la participation des travailleurs et militants algériens de la région d’Alès à la lutte pour l’indépendance de leur pays.
Dans ce numéro, Morana Paré produit une analyse approfondie du rôle des ethnies en Afrique (« Ethnies et crises politiques en Afrique »). Il démontre comment l’ethnicité peut être instrumentalisée au service d’intérêts néo-coloniaux ou de classes politiques prédatrices au pouvoir. Dans le même souci d’alimenter une réflexion, Tarik Mira étudie le sort réservé à la question de la « Laïcité dans l’histoire du mouvement national algérien ».

Analyses et documents économiques, n° 106, octobre 2007, Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.
Deux questions centrales sont posées dans ce numéro. La première concerne la revalorisation du travail. À travers la dénonciation des fausses pistes de réflexion ouvertes en France par l’actuel gouvernement, les auteurs recherchent les lignes d’analyse et d’actions capables d’inverser des années de régression sociale. La seconde concerne l’avenir des transports. Un dossier très complet prenant en compte aussi bien les aspects économiques et sociaux qu’environnementaux de la question présente un état des lieux et inventorie les perspectives futures.
Olivier Blamangin, dans un article intitulé : « Après Nairobi, l’avenir des forums sociaux mondiaux », pose la question du devenir du mouvement altermondialiste à l’issue du dernier forum social mondial (FSM) qui a été tenu en janvier 2007 à Nairobi. La décrue du nombre des participants à ce FSM a suscité des commentaires faisant état d’un essoufflement du mouvement. Ce n’est pas la conclusion de l’auteur pour qui ce forum marque « la plus grande rencontre des sociétés civiles africaines depuis les indépendances ». Il a ainsi touché un continent que la faiblesse de son développement et de ses revenus avait tenu à l’écart des précédents forums. Ce caractère résolument africain n’a pas modifié la démarche : la rencontre de groupes et d’organisations de cultures différentes, réunis par les effets de la mondialisation dans un continent où les détresses sociales rendent plus urgente encore la nécessité de leur apporter des solutions. En ce sens, ce n’est pas un essoufflement mais plutôt un enracinement de la culture et des pratiques politiques du mouvement qui s’est révélé à Nairobi. Pourtant des questions restent posées : comment donner accès à ces manifestations aux plus pauvres ? comment concilier l’élargissement du mouvement, sa vocation pluraliste et le maintien de sa radicalité au sens où un autre monde est possible et qu’il devient urgent de le construire ?

GRESEA, Échos, « L’autre économie », n° 53, janvier – mars 2008
Une autre économie est possible. Mais de quelle économie s’agit-il ? D’une économie critique de la doctrine libérale, d’une économie à la recherche d’alternatives à l’approfondissement mondialisé de l’exploitation du travail humain, d’une économie dont les argumentaires puissent devenir des outils au service de ceux que l’économie orthodoxe oublie. Tel est le programme du GRESEA que ce numéro de la revue illustre.
Trois thèmes y sont traités. Le premier concerne les conditions d’emploi dans le secteur des services d’entretien en Belgique. Bruno Bouraind montre comment la précarité et la baisse des rémunérations que connaissent les travailleurs du secteur sont, à la fois, le résultat du développement de la sous-traitance (par externalisation des tâches de nettoyage) et de la pression à la baisse des coûts exercée par les donneurs d’ordre auxquels la déréglementation sociale a donné toute liberté.
Le second concerne l’actuel développement des agro carburants. Bruno Bouraind montre que les principaux perdants d’un tel choix énergétique seront, en raison de la hausse des prix des céréales ou des activités spéculatives des firmes du nord, les habitants des Suds.
Le troisième constitue une présentation critique du dogme de la « décroissance ». Xavier Dupret et Erik Rydberg se succèdent pour souligner la faiblesse des analyses des tenants de la décroissance « durable », si ce n’est leur partialité. La croissance ne peut être confondue avec un certain modèle de croissance : ce n’est pas la croissance qui conduit les habitants des Suds à voir leurs conditions de vie stagner ou se dégrader, c’est un modèle de croissance, le règne du libre marché ouvert à tous les vents de la mondialisation qui est ici en cause. Et la décroissance a déjà eu lieu. Même si elle a pris un autre nom. Il s’agit de la stagnation que connaissent les activités économiques dans de nombreuses régions de la planète, après le fort ralentissement observé de 1980 à 2000. Pourtant les conséquences de ce ralentissement, la montée du sous-emploi et l’appauvrissement d’une majorité d’individus « n’ont en rien été synonymes jusqu’à présent de la préservation de l’environnement ». Il existe un large accord autour des limites de l’indicateur Produit Intérieur Brut (PIB). Celui-ci ne fournit aucune mesure des conditions de vie. Mais on ne saurait confondre la croissance avec son seul instrument de mesure, le taux de variation du PIB. Si un taux de croissance positif n’est pas une condition suffisant à l’amélioration des conditions de vie des habitants, il est douteux que celle-ci résulte d’une diminution du PIB. La satisfaction d’autres revendications sociales (réduction du temps de travail, amoindrissement des inégalités de revenu) aurait une bien plus grande efficacité.

Recherches internationales, n° 79, 3 – 2007 « Le traité de non-prolifération nucléaire »
Michel Rogalski consacre l’éditorial à l’importance prise par les expériences démocratiques et sociales latino-américaines dans les analyses des progressistes français ou européens. Son jugement est significatif : « Faisons face à notre réalité sans recours à un modèle décalé. Soyons solidaires. Seulement solidaires ».
Le dossier de ce numéro est consacré au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Adopté en 1968 et entré en application en 1970, le TNP est l’objet de nombreuses interrogations sur sa capacité à répondre aux attentes pacifiques qu’il avait suscitées. Jean-Jacques Salomon, Jacques Trelin et Michel Rogalski se succèdent pour présenter les caractéristiques du Traité. Parce que conçu de manière discriminatoire, puisque distinguant, lors de sa ratification, les États dotés de l’arme nucléaire des autres États, une certaine part des difficultés actuelles provient de l’attitude des cinq premiers pays, soit qu’ils aient manqué à l’obligation qui leur était faite de ne pas transférer des technologies “sensibles”, soit qu’ils aient ignoré l’article 6 du TNP qui leur faisait obligation de rompre avec la course aux armements et d’œuvrer à un désarmement nucléaire. La tentation est alors forte pour d’autres États de tenter de disposer de ces armes.
Jean-Paul Hébert, Patrice Jorland, Camille Mansour complètent le dossier en abordant les différentes situations de crise, effectives ou potentielles (Iran, Corée du Nord, Israël), résultant de la prolifération. La superposition de tensions peut rendre particulièrement instable une région comme l’Asie et encourager les puissances non nucléaires à le devenir, comme le montre Patrice Jorland. Jean-Marie Collin présente un contre-exemple : celui de l’Afrique du Sud, puissance en voie de devenir nucléaire qui a effectivement procédé au démantèlement de cette arme. Il faut également noter l’article (« Le retour de la Russie sur le marché des armements, un choix stratégique ») d’Éric Lahille, qui voit dans le renouveau des industries russes d’armement l’émergence d’une politique industrielle, donc d’un certain interventionnisme en contraste avec les dogmes de l’économie libérale qu’a respectés ce pays au début de sa transition vers l’économie de marché.

Cahiers de sociologie économique et culturelle, n° 43, juillet 2007, Institut de sociologie économique et culturelle du Havre
La revue publie après deux années de silence. On ne peut que se féliciter de cette nouvelle livraison. Elle donne à lire et à réfléchir sur les réalisations de l’Iliade – Maison des Arts du Récit, une association culturelle implantée dans un quartier du Havre. Le travail entrepris par l’association consiste en enquêtes en 2006-2007 et en l’organisation d’une semaine de manifestations culturelles fin 2006, sur le thème du récit et de l’exil.
L’intérêt du numéro réside en ce qu’il montre comment les questions de la sociologie naissent à l’occasion de la pratique de la discipline : l’information est produite en même temps que la pensée se développe. Claude Malon introduit le dossier par les thèmes qui ont émergé du travail : enseignements de la collecte du récit de vie, enseignements du récit d’exil ainsi que sens et finalité de la démarche. Pierre Malon dans « Itinéraire bis. Autour du parcours de la conteuse Praline Gay Para » recueille les remarques de celle-ci : la connaissance ethnologique est un préalable indispensable au récit par le conteur ; la valeur culturelle des éléments du conte n’est correctement transmise qu’à condition d’être connue. Thomas Delaunay a réalisé l’enquête auprès des demandeurs d’asile (« De l’exil politique à la demande d’asile. Le chemin du discrédit ») ; il remarque que l’exilé vit dans l’attente d’une réponse ; sans « statut », il lui est impossible d’agir. Albert Nicollet dans « Vivre et penser l’exil » montre que s’exiler c’est changer de codes ; les différents membres de la famille ne vivront pas la situation de la même façon.
Le numéro s’achève par la chronique musicale d’Edith Weber et par la présentation de lectures (sociologiques) d’Albert Nicollet.

Alternatives Sud, vol. 14 – 2007/3, « Coalitions d’États du Sud – Retour de l’esprit de Bandung ? – Points de vue du Sud »
Ce numéro de la revue du Centre Tricontinental est une manière originale de marquer le cinquantième anniversaire de la Conférence de Bandung. Hors l’éditorial de François Polet qui ouvre le numéro et l’article de Samir Amin qui le clôt, les références à ce qui s’est passé en 1955 dans cette petite ville de Java sont peu nombreuses. Les cinq contributions qui forment le cœur de cette livraison sont centrées sur l’état actuel des rapports Sud – Sud et ceux du Sud au Nord. L’hétérogénéité aggravée du Tiers – Monde est un fait admis tout comme les divergences d’intérêts qui le traversent et il est essentiel, dans ce contexte de décrypter le sens et la portée des stratégies étatiques qui se déploient au Sud. Le long article de Dot Keet (« Alternatives stratégiques Sud – Sud au système économique et politique mondial ») apporte une précieuse contribution à ce décryptage. Issue d’un rapport qu’elle a rédigée en 2006 pour le Transnational Institute d’Amsterdam, cette contribution passe en revue les très nombreuses initiatives Sud – Sud qui se sont déployées depuis la fin des années 90 et montre très clairement que ces initiatives à orientation et géométrie variables — coalitions tactiques au sein de l’OMC, marchés régionaux, alliances politiques — ne produisent pas nécessairement les stratégies alternatives de développement dont les pays du Sud ont besoin. L’article de Diego Azzi et David Evan Harris sur l’ALBA en donne une illustration. « Alternative bolivarienne pour les Amériques : modèle ou chimère ? » explicite toute l’ambition politique et idéologique de l’initiative du président vénézuelien Chavez et analyse de manière détaillée les conflits d’intérêts, les rivalités nationales et surtout les alternances politiques qui compliquent en permanence son avancement. Les trois autres articles du numéro explorent des facettes plus doctrinales ou théoriques de ces transformations de l’espace du Sud en rapport avec ses stratégies pour le développement. Bernard Founou analyse la problématique de la sécurité humaine qui tend à supplanter la question de la sécurité (et insécurité) sociale et politique qui était au fondement de la solidarité afro-asiatique promue à Bandung et tente d’apprécier les conditions de son renouvellement. Medhi Abbas et Ha-Joon Chang approchent plus directement les conceptualisations ou re-conceptualisations de la stratégie de développement. Le premier s’interroge sur l’inspiration nouvelle apportée par la XI° Conférence de la CNUCED : l’esprit de Sao Paulo peut-il produire un Consensus de remplacement (de celui de Washington) ? Sa réponse était mitigée. Aujourd’hui, à quelques semaines de la CNUCED XII on ne peut plus avoir de doute sur la timidité excessive de « l’esprit de Sao Paulo ». Il est vrai qu’entre temps, la CNUCED s’est donné pour Secrétaire Général l’ancien Directeur de l’OMC. Le second qui travaille depuis longtemps en relation étroite avec la CNUCED développe ici un des concepts-phare de cette institution : le « policy space » traduit en français par « les marges de manœuvre politiques ». Repartant de l’histoire coloniale et post-coloniale qui montre que la capacité à se développer dépend de ce « policy space » il inventorie de manière très concrète tout ce que les politiques imposées actuellement au Sud contiennent d’obstacles à son développement.
Au total un très bon numéro malgré son décalage par rapport à la date anniversaire de Bandung.

Alternatives Sud, vol. 14 – 2007/4, « État des résistances dans le Sud, 2008 – Points de vue du Sud »
Il s’agit là de la livraison que la collection Alternatives Sud consacre maintenant chaque année à un inventaire ou un repérage des mobilisations sociales et démocratiques en Amérique latine, Afrique et Asie. Dans sa présentation du numéro François Polet explicite les trois convictions qui président à ce projet éditorial : les mouvements sociaux sont des révélateurs des tensions et des aspirations qui travaillent les sociétés des Périphéries et éclairent « la face sombre des processus de modernisation en cours au Sud » ; ces mouvements constituent de puissants vecteurs de changements sociaux et politiques ; ces mouvements ne doivent pas être idéalisés, « les mouvements populaires ne sont pas nécessairement progressistes ». Le chercheur du Centre Tricontinental note que, dans l’immense diversité des situations qu’on trouve dans ces régions quant à la mobilisation des sociétés civiles, deux évolutions majeures se profilent : d’un côté, la multiplication des conflits socio-environnementaux (autour des opérations d’exploitation des ressources de l’environnement immédiat des populations — terre, forêts, mer — et des grands ouvrages d’infrastructure qui les accompagnent — barrages, routes, gazoducs —) ; de l’autre côté la criminalisation de la contestation sociale qui trouve sa source, pour partie dans cette concurrence pour l’usage des territoires et des ressources naturelles, pour partie aussi dans le contexte politique de l’après 11 septembre 2001 et les mesures prises depuis sous couvert de lutte contre le terrorisme. Le lecteur pressé trouvera dans cet éditorial l’exposé des grands traits que François Polet discerne, à l’échelle régionale, dans les mouvements sociaux qui ont marqué la dernière année ou la période récente et qui témoignent, selon lui, d’un « altermondialisme aux accents souverainistes » !
L’inventaire proposé n’est évidemment pas exhaustif mais le numéro représente quand même une véritable somme sur les mouvements sociaux avec ses trente-trois articles qui couvrent 29 pays regroupés dans quatre régions (Amérique du Sud et Mexique, Afrique subsaharienne, Maghreb et Moyen-Orient incluant la Turquie et l’Iran, Asie, de l’Ouzbékistan à la Papouasie Nouvelle-Guinée), chacune d’elles faisant l’objet d’un article de présentation générale. Les auteurs de ces contributions sont des chercheurs ou des militants qui connaissent de près ces mobilisations. Leur lecture nous aide à nous débarrasser de bien des idées reçues ou des schémas de raisonnement véhiculés par les médias ou par les publications des organisations internationales. On a particulièrement apprécié de ce point de vue l’article d’Anthony Baah « Ghana : participation syndicale flouée aux “stratégies de réduction de la pauvreté’’ et celui d’Omar Barghouti « Palestine : débâcle du mouvement national et conditions d’une renaissance ».

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