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Insaniyat, Revue algérienne d’anthropologie et...

jeudi 9 octobre 2014

Insaniyat, Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, n°50, octobre-décembre 2010.

La diversité et l’originalité des thèmes traités dans ce numéro, « Varia », de la revue ne manquent pas de séduire le lecteur. Ainsi la géographie sociale y est à l’honneur et, tout particulièrement, le thème de l’aménagement du territoire qui constitue le champ dans lequel s’inscrivent différents résultats de recherche, achevés ou en cours. Mohamed Hadeid (« Jeux d’acteurs et stratégies d’appropriation de l’espace en milieu steppique. Le cas des Hautes Plaines sud-oranaises ») interroge la résistance durable des populations des espaces steppiques situés entre l’Atlas tellien et l’Atlas saharien à chaque tentative d’aménagement du territoire voulu par l’État colonial ou l‘État algérien. Qu’il s’agisse de franches rebellions ou des mille et une façons de détourner les textes voulus par le législateur, l’auteur montre la ferme résolution des populations concernées de défendre un espace aménagé dans le respect de l’organisation traditionnelle d’un pastoralisme nomade (propriété collective des terres sur une base tribale) et à travers cela conforme à leurs propres intérêts. Il y voit la permanence d’un mode d’organisation tribale de la société locale qui subsiste en dépit de la sédentarisation progressive de ces populations. L’aménagement de ces Hautes Plaines est alors l’enjeu de conflits opposant les tribus entre elles, les citoyens et l’État, ce qui n’exclut pas que de ces conflits puisse naître un dynamisme local porteur de progrès. Dans le même champ de la géographie sociale, Tarik Ghodbani (« Environnement et littoralisation de l’Ouest algérien ») présente les résultats d’un travail de thèse. L’objet de celle-ci est de comprendre les raisons de l’écart constaté entre le souci du législateur de protéger au mieux les fragiles milieux littoraux et la dégradation visible du littoral dans l’ouest algérien. L’action anthropique est, de nombreux exemples le montrent, la cause de cette dégradation. La relative impuissance de la législation protectrice tient à de multiples facteurs politiques et sociaux. Anne-Claire Kurzac-Souali (« Les médinas marocaines : une requalification sélective. Élites, patrimoine et mondialisation au Maroc ») a consacré une thèse à la gentrification urbaine que connaissent les vieux centres urbains de certaines villes marocaines, principalement Marrakech et Essaouira. Le délaissement par les classes aisées de ces vieux centres, depuis les années 1930, les a conduit à un déclassement social et à la paupérisation. Le rachat et la restauration d’immeubles de ces médinas par des acheteurs étrangers fortunés, depuis les années 1970, caractérisent cette gentrification. L’analyse de ce phénomène récent est l’objet de la recherche de l’auteur, à la fois dans ses conséquences positives (rénovation du patrimoine, création d’emploi dans les métiers du bâtiment et de l’artisanat) mais aussi inquiétantes (spéculation immobilière et prix du foncier, risque d’acculturation).
L’analyse littéraire est un autre champ d’étude dans lequel se situe Lyne Desaulniers-Martineau (« Assia Djebar : de la sève vers le sens »). Par delà une écriture centrée sur l’émotion, les constructions romanesques d’Assia Djebar révèlent l’éthique exigeante de cet auteur. Son attachement, à la fois rationnel et affectif, à l’héritage culturel algérien dévoile sa recherche permanente du devenir de cette culture qui ne saurait trouver une voie, ni dans le schématisme d’un occident diabolisant la religion musulmane, ni dans la vision caricaturale et intégriste d’un islam des origines. Dans sa lecture d’œuvres d’accès parfois difficile pour un occidental ignorant de la culture algérienne, Lyne Desaulniers-Martineau a le talent de faire apparaître les raisons profondes d’un engagement littéraire.
L’approche sociologique du changement social est l’objet de l’article proposé par Rabah Nabli (« Entrepreneurs, État et citoyenneté. Le cas de la Tunisie »). L’auteur étudie les représentations sociales produites par les chefs d’entreprise tunisiens, notamment dans le registre politique (État, démocratie). Comme le montre fort justement Rabah Nabli, l’idée de démocratie, en terme politique, implique une société démocratique, c’est-à-dire des citoyens égaux en droit mais aussi en chance de progresser dans une société hiérarchisée. L’approche réaliste d’une typologie des entrepreneurs tunisiens que fait l’auteur illustre fort bien un changement social bloqué et la représentation contradictoire d’un projet de société idéalisé par la vision libérale du capitalisme des centres et du constat des fortes inégalités qui rendent incertaine l’existence d’un capitalisme périphérique. Il doit être noté que cette étude, réalisée peu avant la « révolution de jasmin », est également importante pour la compréhension de l’histoire immédiate de la Tunisie.
Des articles en langue arabe complètent ce numéro de la revue. L’histoire des religions est l’un des thèmes développés à travers l’article de Benaoumeur Rezki (« Le discours sur l’identité chez le cheikh Adda Bentounès à travers la revue alaouite El Morchid ») et la critique de l’ouvrage observer l’islam de Clifford Geertz que fait Mohamed Brahim Salhi (« La religion comme grille sémantique : approche de Clifford Geertz »). L’analyse littéraire se retrouve à travers la présentation de la chronique d’un voyageur marocain dans l’ouest algérien en 1911 que fait Benamar Hamdadou (« Quelques notables et monuments de Tlemcen à travers l’ouvrage Er-Rihla El Habibia de Ahmed Ben Skirej El Fassi ») et l’étude des influences du soufisme dans une œuvre romanesque de Jamel El Ghitani que présente Amina Mestar (« La structure du soufisme dans le roman : Kitab Et-tajaliyat de Jamel El Ghitani. Lecture intertextuelle »).
Le regard sociologique et anthropologique porté par Insaniyat sur les sociétés maghrébines ne peut manquer, par sa richesse et sa diversité, d’intéresser le lecteur concerné par la connaissance de cette région.

Insaniyat, Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, n°49, juillet–septembre 2010.

Ce numéro d’Insaniyat est orienté autour deux réflexions portées autour des dynamiques sociales et des savoirs, sous l’angle de leur production comme sous celui de leur transmission.
Dans le premier de ces axes, Hichem Hacherouf (« Le mouvement associatif en milieu rural : le cas de la wilaya de Bejaia ») s’intéresse à l’essor surprenant des associations dans le monde rural dans cette région orientale de la Kabylie. Comment comprendre que le mouvement associatif, réputé urbain, puisse connaître ce succès ? Une approche chronologique, accompagnée d’entretiens et du suivi des champs d’action des associations permet à l’auteur de resituer ce mouvement dans le contexte d’un désengagement de l’État dans les champs sociaux et culturels et de la recherche d’une revitalisation des structures traditionnelles propres à cette région. Mohand Akli Hadibi (« Projets en fragments et avenir de jeunes de Kabylie »), analysant « l’histoire de vie » de cinq jeunes d’un même village, aborde la question de l’insertion sociale et des représentations que ces jeunes s’en font. Entre la pénurie d’emploi qui réduit bien des perspectives de futur et les stratégies familiales qui perpétuent les « logiques patriarcales traditionnelles », l’affirmation d’une classe d’âge ayant des intérêts spécifiques et des projets personnels n’est guère facile. De manière conflictuelle ou résignée, l’entrée dans la vie sociale de ces jeunes se résume à la saisie de toutes les opportunités et à des projets de vie fragmentés. Écrivant en langue arabe, Moncef El Mahwachi (« Rituels et tyrannie des symboles au sein d’une société en mutation ») interroge les liens qui relient les mutations sociales et les mutations symboliques dans la société contemporaine.
Dans le cadre de la seconde perspective de ce numéro, Mustapha Haddab (« Philosophie et savoir sociohistorique dans la pensée d’Ibn Khaldoun ») propose la très intéressante lecture, sous un angle épistémologique, de l’œuvre majeure d’Ibn Khaldoun, la muqaddima. En marquant une séparation nette entre le champ des connaissances produites par l’entendement et celui du religieux, celui des connaissances révélées, Ibn Khaldoun produit une rupture qui ouvre une voie nouvelle non seulement pour une approche scientifique de l’histoire sociale mais plus généralement pour une approche rationnelle du monde. Abdelkader Kelkel (« Lire, écrire et compter entre hier et aujourd’hui ») s’intéresse à la transmission des savoirs et dresse une fresque du fonctionnement du système éducatif en Algérie au cours des deux derniers siècles, sous l’angle des savoirs de base et de l’accès à ceux-ci. Ce questionnement ne peut manquer de déboucher sur la question de l’identification des savoirs qui deviennent basiques dans la société contemporaine.
L’article détaillé que Daha Chérif Ba consacre à l’histoire des enclaves européennes en Afrique du Nord (« Les colonies portuaires espagnoles au Maghreb du XVIème au XXème siècle ») constitue la seconde partie d’un texte publié antérieurement. Il montre à la fois que, avant 1830, le modèle colonial d’occupation restreinte était peu viable mais qu’il constituait la seule forme de conquête et de domination possible compte tenu des moyens militaires et financiers dont disposaient les puissances européennes face au Maghreb.

Alternatives Sud, « Emprise et empreinte de l’agrobusiness », Centre tricontinental & Ed. Syllepse, Vol. 19-2012 / 3.

Ce numéro de la revue instruit le procès de l’agrobusiness à un moment où se multiplient les signes inquiétants d’une agriculture mondiale incapable d’apporter une sécurité alimentaire. L’accaparement des terres, les scandales sanitaires ou écologiques, les tensions sur les prix des produits alimentaires de base sont autant de signes d’insécurité. L’essor sans précèdent des monocultures intensives, pratiquées en plantation et insérées dans des filières agroalimentaires largement mondialisées et dominées par quelques firmes géantes est au cœur de la question et les effets de cette forme d’activité doivent être dressés et dénoncés. Le dossier que propose Alternatives Sud le fait avec rigueur. Il apparaît tout d’abord que ce modèle d’agriculture désigné par l’expression d’agrobusiness ne se développe pas par hasard aujourd’hui ; il est le résultat de l’ordre économique international né de la libéralisation des mouvements de capitaux et de marchandises qui a conduit à la mondialisation, de l’idéologie néolibérale qui l’a imprégné, des politiques d’ajustement structurel qui l’ont imposé et des nombreuses opérations de concentration des entreprises qui en ont résulté. Cet agrobusiness est présenté comme un remède et un modèle de société. Il devrait apporter la sécurité alimentaire à tous par les avancées technologiques qu’il apporte. Il devrait permettre à tous de bénéficier de meilleures conditions de vie par les gains de productivité qu’il engendre, dans les pays développés comme dans ceux qui ne le sont pas mais pourraient ainsi le devenir. En dénonçant les argumentations « gagnant/gagnant » qui sont avancées pour que les pays du sud proposent à la vente leurs terres, pour qu’ils cessent d’aider la petite paysannerie, pour qu’ils ouvrent leurs marchés aux produits alimentaires importés et tournent leurs productions vers des denrées exportables, Elisa Da Via (« La politique des discours gagnant-gagnant : l’accaparement des terres comme levier de développement ») s’attache à démontrer les multiples naïvetés de ce discours à travers les conséquences bien réelles qu’il produit dans les pays en développement.
Ce sont deux modèles agricoles qui s’opposent, comme le montrent Laura Hurtado et Geisselle Sanchez (« Les agro carburants au Guatemala : accaparement des terres, spoliation des paysans et assujettissement au travail »), Rodrigo Simao Camacho (« La barbarie moderne de l’agrobusiness au Brésil »), Shunsuke Rai (« Développement de l’agrobusiness et du secteur de l’huile de palme en Indonésie »), la Coordination nationale malienne des organisations paysannes et l’Oakland Institute (« À qui profitent les investissements fonciers à grande échelle au Mali »). Sur chacun de ces continents les effets sont semblables : l’agrobusiness détruit économiquement et socialement l’agriculture paysanne et donc la petite paysannerie. Peut-on alors parler de développement ? Ces quatre exemples montrent le contraire. Le modèle de l’économie de plantation intensifie le travail des salariés agricoles sans considération pour leur santé, dévore les terres qu’utilisait la petite paysannerie, substitue le capital au travail de sorte que cette dernière n’a d’autres choix que le départ vers la ville ou l’ailleurs. Peut-on parler simplement d’une modernisation de l’agriculture ? Si l’introduction des avancées du génie agronomique accroît les volumes produits, encore faudrait-il tenir compte des dégâts environnementaux peu chiffrables aujourd’hui qu’elles induisent et des rendements décroissants qui les affectent (plus le rendement augmente, plus il faut utiliser d’intrants pour obtenir la même quantité récoltée), comme le montre Rodrigo Simao Camacho à partir de l’exemple brésilien. Ce même auteur ne reconnaît qu’une seule qualité à ce modèle de l’agrobusiness : avoir transformé le capital rentier des grands propriétaires fonciers en un capital productif.
Le modèle de l’agrobusiness induit également des effets de domination accrus que subit l’ensemble des producteurs agricoles. Ceux-ci peuvent être exercés en amont, comme le montre, à partir de l’exemple sud-africain, l’African Centre for Biosafety (« La mainmise de Monsanto sur l’agriculture sud-africaine »), ou bien en aval, ce que montre Jayati Ghosh (« Pouvoir de la grande distribution alimentaire dans le monde en développement »). Dans chacun de ces cas, les dimensions atteintes par les grandes firmes de l’agrochimie, des biotechnologies ou de la grande distribution, comme leurs positions dominantes au niveau de la planète entière, leur donnent le pouvoir d’imposer leurs propres stratégies aux agricultures nationales comme aux États. L’image heureuse d’un agrobusiness sauveur d’une humanité en proie à la malnutrition s’estompe puisqu’elle ne fait que cacher la réalité moins glorieuse des intérêts mercantis d’un tout petit nombre de très grandes entreprises.
Dans ce numéro, Alternatives Sud apporte un éclairage important sur ce qui constitue, pour beaucoup de pays du sud, un élément clé de leur possible développement futur. En cela, sa lecture ne peut manquer d’intéresser tous ceux que concerne cette question.

Aujourd’hui l’Afrique, Revue de l’AFASPA, n°125, « Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie », septembre 2012.

En saluant le rôle exemplaire joué par le peuple algérien dans la lutte contre le colonialisme, Aujourd’hui l’Afrique poursuit avec conviction et brio un travail d’écriture de l’histoire pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli.
C’est tout d’abord une histoire commune aux peuples français et algérien, celle de huit années d’une guerre barbare et des premiers temps de la liberté gagnée par l’indépendance. Rappels des faits et témoignages alternent pour saluer les différents acteurs, Algériens et Français, qui ont contribué, chacun à sa manière, à la conquête de cette indépendance. L’opposition au colonialisme, en Algérie comme en France, ne doit pas être oubliée et pour cela de nombreux actes sont évoqués ici. Il s’agit aussi bien des penseurs qui ont ouvert de nouveaux champs à l’action politique qui a permis aux colonisés de se constituer en peuple (Abdallah El Oued : « Les pères fondateurs du mouvement national algérien » et Harana Paré : « Fanon dans la révolution algérienne. Pourquoi une relecture ? ») que des acteurs, qu’ils soient des combattants (Félix Collozzi : « Algérien, quels que soient les risques. L’affaire Yveton » et Meryem Derkaoui, Malika Zouba : « Les Algériennes dans la guerre »), ou des militants, des plus humbles aux plus engagés suivant les circonstances (A. Liechti, J. Clavel, R. Grégoire, J. Vendart : « Des soldats du refus à la guerre d’Algérie », Pierre Rambaud, Henry Chevallier : « Témoignage d’appelé », Gérard Lebon, « Un jeune français du contingent parmi deux millions d’autres », Bernard Deschamps : « Mineurs algériens en Cévennes », Francis Arzalier : « Souvenirs militants 1956-62. Paix en Algérie et/ou indépendance algérienne » et Cheikh Djemaï : « La mémoire retrouvée du Onze du FLN »). Cette histoire partagée ne s’arrête pas au soir du référendum du 1ier juillet 1962, la construction et le rayonnement de la nouvelle nation sera aussi une œuvre de citoyens engagés, qu’ils aient été d’anciens moudjahidines, des nationalistes algériens ou des militants politiques (Pierre Lenormand : « Les Européens et l’Algérie nouvelle », William Sportisse : « Le rayonnement politique de l’Algérie nouvelle », Jean-Claude Rabeherifara : « Culture et indépendance nationale. Permanences et ruptures dans l’Algérie nouvelle », Georges Perlès : « Témoignage d’un Algérien communiste sur la guerre de libération et les années d’indépendance » et un témoignage d’Henry Alleg sur l’année 1962 : « Communistes algériens et mouvement national. Une relation riche et complexe »).
Dresser l’histoire de cinquante années d’indépendance ne saurait se limiter aux premières de ces années. L’histoire récente du peuple algérien, c’est aussi celle d’un changement radical de modèle de développement, d’un projet d’économie planifiée à celui de l’économie de marché, de la détérioration des termes de l’échange et de ses conséquences douloureuses, politique d’ajustement structurel et appauvrissement de la population, et d’une guerre civile. L’évocation de l’Algérie contemporaine permet à Zoheir Bessa (« Luttes sociales de 1962 à nos jours ») et à Bernard Schmid (« Renouveau du mouvement social ») de témoigner de la permanence des luttes menées par les travailleurs algériens tout au long de la période. Rosa Moussaoui (« Décennie intégriste et libéralisation ») rapproche la montée politique des courants islamiques de l’orientation pro marché adoptée par les différents dirigeants politiques qui se sont succédés. Au terme de ces cinquante ans, Robert Lavaud (« 50 ans après l’indépendance, où en est l’économie algérienne ? ») complète cette évocation en dressant le bilan mitigé d’une économie qui, en dépit de certains progrès et de bons paramètres économiques, reste encore trop dépendante de la rente pétrolière et d’une industrialisation « en panne » , avec pour conséquences : le sous emploi et l’hypertrophie du secteur informel.
Évoquer l’histoire algérienne n’exclut pas un regard sur l’actualité. Elle est l’occasion de porter un regard sur la crise malienne vue du côté algérien (Rosa Moussaoui, « Les Algériens inquiets du chaos sahélien »), cependant que, se situant hors du thème de ce numéro spécial, Jean Chatain (« Impérialisme français, faut-il institutionnaliser les mercenaires ? ») porte un regard critique sur l’importance prise par les officines privées de sécurité dans les interventions extérieures des grandes puissances occidentales.
Analyses et témoignages se mélangent au mieux dans cette suite d’articles. Comprendre une époque, surtout lorsqu’il s’agit de l’époque contemporaine, n’est pas simple. Pourtant Aujourd’hui l’Afrique réussit ici à la fois à mettre en lumière cette histoire et la situation présente d’un pays qui nous reste proche ainsi qu’à célébrer un anniversaire qui semble avoir été oublié par bien des médias français.

GRESEA échos, Revue du Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative, n°69, premier trimestre 2012.

« L’acier dans la vieille Europe, Liège, Florange, Madrid,… on tourne la page ? », tel est le titre du dossier du GRESEA qui constitue le corps de ce numéro de la revue. La sidérurgie européenne est-elle en train de disparaître, avec en conséquence des destructions d’emploi et de savoir-faire qui constituent autant de signes d’une désindustrialisation que les symboles des drames humains qui l’accompagnent.
La sidérurgie est, pour l’Europe, un héritage, celui d’une activité qui a joué un rôle moteur dans l’industrialisation du continent au XIXème siècle (et tout particulièrement en Belgique qui fut la première nation continentale à connaître la « révolution industrielle ») et celui d’un symbole de la puissance économique de ce continent. Henri Houben (« Belgique, terre d’acier ») ne manque pas de rappeler cette histoire de la sidérurgie belge. Une histoire très riche qui, des premiers « maîtres de forge », voit naître des groupes industriels puissants dont Cockerill a été le plus important. L’influence du capital financier et la pression des acheteurs expliquent les difficultés en matière de rentabilité, la perte de pouvoir économique et la stagnation des débouchés que subit la sidérurgie belge, comme l’ensemble des sidérurgies européennes, au cours des années 1970. C’est la suite récente de cette histoire que présente Bruno Baurain (« Cockerill, la petite poupée russe »). Une histoire faite de la prise de contrôle de Cockerill par Usinor (devenu Arcelor) puis de la « fusion-absorption » d’Arcelor par Mittal steel (qui devient ArcelorMittal) où logiques industrielles et financières, peut-être même spéculatives, se mélangent dans un maelstrom qui voit disparaître près de 85 % des emplois dans la sidérurgie en Wallonie.
L’histoire économique n’a de sens que si elle permet de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir. Cela est l’objet d’une seconde partie du dossier. Deux points essentiels se dégagent. Raf Custers (« Un sidérurgiste devenu mineur ») s’efforce de dégager les stratégies actuelles du nouveau groupe. La recherche d’une intégration verticale oriente celles-ci vers les activités minières avec un désengagement manifeste du groupe dans la production d’acier en Europe de l’ouest. Xavier Dupret (« ArcelorMittal et le droit de polluer ») montre les méfaits de la logique du profit maximum à court terme que recherche le groupe aujourd’hui : les mises à l’arrêt de hauts fourneaux offrent à l’exploitant l’occasion de vendre les « droits à polluer » dont il a bénéficié précédemment sur la base du maintien en activité de ces capacités industrielles.
Il reste le troisième volet de ce dossier qui examine le futur. Ce futur est tout d’abord marqué par l‘apparition de résistances sociales à la politique menée par ArcelorMittal. Bruno Bauraind (« Les héritiers de Charles Levinson ») et Meena Galliari (« Gourou en acier et voix dissidentes ») font état, pour le premier des prémisses d’organisation d’un syndicalisme transnational en Europe et, dans le second de ces articles, des luttes menées en Inde par les peuples autochtones dont la survie est menacée par certains projets du groupe. Ces résistances, si elles portent en germe une remise en cause de la toute puissance d’ArcelorMittal, n’apportent pas de réponse à la question immédiate qui se pose : la sidérurgie européenne a-t-elle un avenir ? Bruno Bauraind (« Un avenir pour la sidérurgie liègeoise ? ») montre que la stratégie actuelle du groupe (abandon progressif des sites « continentaux » au profit des sites productifs « de bord de mer ») prive les « vieux bassins sidérurgiques » de l’ouest européen de toute possibilité de produire de l’acier dans des conditions de coût acceptable. Leur survie passe donc par des investissements qui en améliorent le rendement. Mais qui peut financer ces investissements ? La question d’une véritable politique industrielle de l’Union européenne se retrouve donc posée ici.
Ce dossier agréable à lire et fort bien documenté reproduit la qualité habituelle des productions du GRESEA. Ceux qu’intéressent les questions nord/sud y trouveront également quelques exemples fort intéressants de la politique de la firme transnationale ArcelorMittal dans les Périphéries (activité minière au Libéria, conception particulière du développement en Inde).

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