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Article 7 : Ouvrages et publications reçus Comptes rendus rapides

dimanche 25 janvier 2015


Ouvrages et publications reçus
Comptes rendus rapides

Cristian Gillen, Como superar el neoliberalismo. Alternativa emancipadora, Editorial Horizonte, Lima, 2006.
Cet ouvrage est le fruit d’une longue réflexion menée par Cristian Gillen, ancien directeur de l’ONUDI pour l’Amérique latine, sur les ravages du capitalisme mondialisé dans les économies périphériques. Au-delà de la simple analyse, l’auteur propose une stratégie d’action visant à éliminer les facteurs d’aliénation et de concentration du capital dans les pays en développement. Cette stratégie nécessite dans un premier temps une nouvelle manière de concevoir le changement social. Pour cela, l’auteur fait appel aux travaux d’auteurs classiques marxistes ou plus contemporains (Gorz, Negri, Beck) qui ont montré les limites du capitalisme et du libéralisme, puis il revient (rapidement) sur les différentes expériences socialistes. Ayant ainsi consolidé les bases théoriques et empiriques de son raisonnement, l’auteur peut alors avancer sa proposition pour dépasser le capitalisme libéral. Sa stratégie, qualifiée « d’anti-hégémonique », consiste à s’appuyer sur le secteur informel pour faire émerger une organisation sociale et solidaire qui, à travers l’édification de nouveaux rapports de production économiques, politiques et culturels, pénétrera le secteur formel et anéantira ainsi l’aliénation.

Francesco Gesualdi, Sobrietà. Dallo spreco di pochi ai diritti per tutti (2005) et Guida al consumo critico (2004), Centro Nuovo Modello di Sviluppo.
L’auteur est le fondateur de l’association « Centro Nuovo Modello di Sviluppo », qu’il continue d’animer Son objectif est de militer pour un nouveau modèle de développement qui ferait sa place au développement de tous, du Sud en particulier, en s’appuyant sur des changements radicaux au Nord. Reprenant les critiques habituelles faites à une croissance jusqu’ici peu respectueuse de l’environnement et basée sur une consommation effrénée, l’auteur, dans l’ouvrage de 2005 appelle à une révolution dans le mode de vie, dans le travail, la technologie et l’économie publique. Seuls des changements qui feront passer « du gaspillage de quelques-uns aux droits pour tous » (sous-titre de l’ouvrage) permettront de dégager des ressources et des espaces dans le cadre environnemental nécessaires au développement des plus pauvres. Sont ainsi dénoncés comme relevant d’une même logique : la pollution, les atteintes au climat, l’épuisement des ressources naturelles, l’économie d’endettement (au Nord comme au Sud), le commerce inéquitable. Si la dénonciation du pouvoir des multinationales et des méfaits de la mondialisation sont récurrentes dans les discours militants, l’analyse de la consommation proposée ici est plus originale : l’auteur insiste sur le fait que la consommation n’est pas un acte privé, mais relève d’un acte social : ainsi division du travail et consommation sont traités dans la même vision théorique. Mais l’animateur du Centro Nuovo Modello di Sviluppo ne s’arrête pas à l’analyse des dysfonctionnements contemporains ; il entreprend aussi d’y remédier. On peut lire, dans ce numéro, l’article relatant la « Campagne contre Del Monte » ; d’autres types d’interventions sont aussi mis en œuvre. Ainsi, le second ouvrage cité est-il un Guide de la consommation critique. Remis périodiquement à jour et édité depuis 1996, cet ouvrage évalue les principaux produits d’usage courant en les identifiant selon leur marque commerciale et le nom du groupe. Il détaille, pour son diagnostic : la transparence (clarté et véracité des informations fournies en réponse aux questions du Centre), l’abus de pouvoir (initiatives pour influencer les consommateurs ou les pouvoirs publics), les relations avec le Tiers-monde (travail décent, commerce équitable, respect de la propriété des terres et attention à l’environnement sont les critères d’appréciation), l’impact sur l’environnement (pollution, pesticides et OGM constituent autant de points négatifs), le respect des droits des travailleurs et la sécurité de l’emploi, la garantie de sécurité et respect des normes à l’égard des consommateurs, les relations de fournisseur avec l’armée, la nature du régime politique d’où proviennent les produits, la localisation du siège social (dans les paradis fiscaux ou non), et les conditions d’élevage des animaux. L’accumulation de points négatifs peut alors conduire à des campagnes de boycott du produit.

Insaniyat, Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, « Religion, pouvoir et société », CRASC- Oran (Algérie), 10ème année, n° 31, janvier – mars 2006.
Avec ce volume, c’est le deuxième numéro que la revue Insaniyat, publiée par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) de l’Université d’Oran, consacre à la question religieuse. Mais alors que le premier (« Le sacré et le politique » Insaniyat n° 11, août 2000) avait plus ciblé la problématique “politique – religion”, le présent volume élargit la perspective avec une approche qui articule “religion, pouvoir et société”. Cette ouverture d’approche est d’autant plus opportune que « … c’est désormais l’islam qui à partir du Moyen-âge va en éclipsant les deux autres religions monothéistes, façonner la société algérienne au point d’en constituer l’une des composantes fondamentales dans la structuration de la personnalité nationale ».
À partir d’éclairages disciplinaires variés, une dizaine d’articles illustrent les diverses expressions que revêt dans le temps et l’espace cette lourde articulation entre la religion, la société et le pouvoir. Plusieurs contributions abordent la question dans une perspective socio-historique : celle d’A. Hermissi (« Ulamas réformistes et religiosité populaire ; Approche sociologique d’un différend tuniso-algérien »), de B. Salhi (« Société et religion en Algérie au XXème siècle : le réformisme ibadhite, entre modernisation et conservatisme »), et de H. Remaoun (« Colonisation, Mouvement national et Indépendance en Algérie : à propos de la relation entre le religieux et le politique »), celle de M. Ghalem (« L’Islam algérien avant 1830 : le Malikisme ») dont on retiendra la conclusion : « Les acquis de l’islamologie récente,… montrent que le premier islah’ (réforme religieuse) initié par Djamel Eddine El Afghani et Mohamed Abdou depuis le XIXème siècle, n’a pas abouti à des résultats conséquents au niveau des exigences du changement et de la modernité. Alors, il est clair qu’une deuxième réforme, plus audacieuse, s’impose ».Suivent d’autres réflexions centrées sur l’actualité comme « Les nouvelles orientations de la politique religieuse au Maroc » (A. Aboullouz) ou invitant à un nouveau questionnement sur des thèmes récurrents comme la représentation du corps à travers l’œuvre de Qaïm El Jawzia (par D. El Mestari), le statut du texte religieux et son rapport à la raison selon Abou Zaïd (M. Hirèche), ou encore le rapport genre / religion à travers le roman d’Assia Djebar Loin de Médine (N. Regaïeg, « L’histoire sans les femmes, l’histoire des femmes, l’histoire par les femmes dans Loin de Médine d’Assia Djebar »), un retour sur l’histoire du judaïsme maghrébin (R. Ayoun, « L’exil des Juifs d’Afrique du Nord à l’époque contemporaine »), l’analyse, à partir d’une enquête de terrain menée dans le Sud tunisien, des pratiques sociales de la religion à travers la confrérie noire de Baba Merzoug (par S. Khiat).
Ce dossier sur la question religieuse est complété par des lectures croisées présentées par S. Benkada et H. Remaoun et d’autres rubriques, Comptes rendus de lecture, Notes de lecture, Comptes rendus de travaux universitaires, Informations scientifiques.
Notons le encore : la revue Insaniyat est trimestrielle, bilingue (arabe, français), la présentation du numéro est assurée en quatre langues (arabe, français, anglais, espagnol) et le résumé de tous les articles réalisé en français et en arabe.

Alternatives Sud, « Changements climatiques, impasses et perspectives », Vol. 13, 2006-2, Centre tricontinental, Syllepse.
Le dossier du réchauffement climatique est l’objet de ce numéro. Ce dossier est avant tout un ensemble de scénarios pessimistes. Les émissions de gaz à effet de serre résultant de l’activité industrielle de l’homme sont à l’origine d’un réchauffement du climat. Les effets majeurs résultants de ce réchauffement porteraient sur l’élévation du niveau des mers, des transformations profondes des régimes hydrologiques, une réduction de la biodiversité et une amplification des phénomènes météorologiques violents (sécheresses, inondations, cyclones). Ces changements climatiques affecteraient diversement les activités humaines, suivant leurs localisations géographiques et leurs capacités d’adaptation. Globalement, ce seraient les pays du Sud qui en seraient les plus affectés. Une réduction de la production alimentaire, moins d’accès à une eau potable, une vulnérabilité accrue aux catastrophes, de nouvelles atteintes à la santé humaine et des déplacements de population plus intenses en constitueraient les conséquences prévisibles. L’examen de ces différents effets suivant les continents constitue l’un des axes du dossier.
L’approche des actions préventives, nationales ou internationales constitue le second axe. À ce titre, le Protocole de Kyoto ne manque pas de soulever de nombreuses interrogations du fait de son contenu comme de sa non ratification par certains pays et non des moindres. Ainsi, au plan juridique, la responsabilité de l’état actuel de dérèglement du climat fait problème. D’une part, la lenteur de l’élimination des gaz à effet de serre dans l’atmosphère (de l’ordre du siècle et plus) autorise les pays du Sud à imputer l’entière responsabilité de ce dérèglement aux pays du Nord, plus anciens dans l’industrialisation, et à attendre d’eux seuls la mise en oeuvre d’actions curatives. Ce même argument est avancé par les pays émergents pour justifier leurs décisions de retarder leurs participations aux processus induits par le Protocole. Mais d’autre part, l’universalité de la question soulevée et l’urgence de la situation justifient une « responsabilité commune », même si celle-ci doit être différenciée suivant les pays. Au plan des processus mis en œuvre pour obtenir une réduction des émissions des gaz à effet de serre, les choix de Kyoto sont aussi sources de débats. Ainsi la préférence accordée aux mécanismes de marché (les fameux « droits à polluer ») plutôt qu’aux politiques étatiques, est contestable, ne serait-ce que d’un point de vue d’efficacité. L’ampleur réduite des diminutions d’émission prévues par le Protocole interroge enfin sur la capacité de cet accord à porter un remède réel. La période de l’après-kyoto (après 2012) ne devrait-elle pas développer d’autres ambitions ?
Le thème est d’actualité et d’importance. Lui porter les regards du Sud permet de déboucher sur une autre question : à un moment où l’exigence de restaurer des marges de manœuvre pour rendre possible le développement fait consensus, est-il judicieux d’en arriver à de nouvelles contraintes pesant sur ceux qui sont à la fois les moins développés et les moins polluants de la planète ?

Analyses et documents économiques, Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT, n° 103, octobre 2006.
La table ronde qui ouvre le numéro a réuni des responsables syndicaux de la CGT ainsi que des enseignants et des chercheurs d’économie et de droit du travail pour faire le point sur « Après le retrait du CPE, quelle évolution du Code du travail ? », dans les perspectives du projet de sécurité sociale professionnelle de la centrale syndicale. La rubrique « Économique et social » poursuit la réflexion en analysant l’actualité économique et sociale. On retiendra en particulier : « Immigration “choisie” : quelques réflexions sur la loi Sarkozy » où Antoine Math montre que les modifications apportées par la loi du 24 juillet 2006 laissent présager une aggravation de la précarité et ne permettront pas de résoudre les imbroglios juridico-administratifs à l’origine du phénomène des sans-papiers. Le dossier du numéro porte sur les « Enjeux sociaux des statistiques » reprend la question récurrente de la construction des indicateurs. Les thèmes explorés sont : les pressions politiques sur la statistique publique, les relations entre les dimensions territoriales et nationales, les sources statistiques sur l’emploi et le chômage, la statistique par genre (qui paraît peu satisfaisante), la nécessité de construire des indicateurs sociaux “composites” fiables et significatifs (susceptibles de synthétiser de façon significative les indicateurs plus précis). Enfin le dossier signale l’effort du Réseau d’alerte sur les inégalités — un réseau de militants associatifs — pour construire un indicateur synthétique : le Baromètre des inégalités et de la pauvreté, le “BIP 40” ; au-delà du manque de robustesse de l’indicateur, la démarche doit être saluée. Les autres articles font le point sur les questions économico-syndicales les plus significatives dans l’actualité.
Comme toujours, Analyses et documents propose des informations et des analyses irremplaçables pour la connaissance du monde du travail et de ses problèmes, en France.

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