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Article 9 : Ouvrages et publications reçus Comptes-rendus rapides

lundi 25 décembre 2006

Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides

Compte-rendu de livres

L’Europe en crise. Que faire ? Réponses à quelques questions. Pour une autre Europe. Maurice Allais, Prix Nobel d’Économie, Éditions Clément Juglar, Paris, décembre 2005.
C’est un livre de combat pour une Europe plus dynamique à l’intérieur, plus active et respectée à l’extérieur que publie Maurice Allais, Prix Nobel d’Économie, physicien reconnu, polytechnicien et ingénieur des mines, spécialiste de la théorie des marchés. « Cet ouvrage est dédié, écrit l’auteur, aux innombrables victimes de la doctrine libre-échangiste, à tous ceux qui en sont conscients, et à tous ceux qui sont encore aveuglés par de pures affirmations sans justifications réelles ». « Mon combat ne porte que sur les Institutions, les faits, et les mesures qu’ils appellent » précise-t-il (p. 39).
Maurice Allais a toujours été un européen convaincu, ses six ouvrages sur la construction de l’Europe depuis 1959 en témoignent. Il est aussi un farouche partisan du libre-échange et de l’économie de marché, mais « une économie de marché ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation… L’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et se développe d’une façon anarchique… Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement »1 (p. 74).
La mise en garde contre ce qu’il dénomme « le laissez-fairisme mondialiste » de l’Organisation de Bruxelles et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) mérite d’autant plus d’attention. « Le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique ; c’est avant tout une doctrine politique, destinée à assurer les conditions pour vivre ensemble des ressortissants d’une collectivité donnée, et le libéralisme économique n’est qu’un moyen permettant à cette doctrine politique de s’appliquer efficacement dans le domaine économique. La confusion actuelle du libéralisme et du laissez-fairisme constitue une des plus grandes erreurs de notre temps. Une société libérale et humaniste ne saurait s’identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée, ou aveugle. En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère « l’argent. Elle n’a qu’un seul culte, “l’argent”. Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même » (p. 92). En ce qui concerne notre pays dans la situation d’aujourd’hui, la France s’autodétruit elle-même… (p. 84). En aucun cas la participation de la France à la construction européenne ne doit conduire à se dissoudre dans un ensemble où ses intérêts fondamentaux seraient méconnus, où elle ne pourrait que se détruire, et ou finalement elle perdrait son âme. » (p. 91).

Comment la construction européenne en est-elle arrivée là ?
Le 25 mars 1957, le Traité de Rome entre l’Europe des Six fondait la Communauté Européenne. Dès avant cette date et jusqu’à nos jours, deux visions de l’Europe se sont affrontées. L’une, avec comme champion la France, préconise une Europe formant une Communauté de Nations structurée, respectueuse des diversités culturelles, partageant les mêmes valeurs démocratiques, se dotant d’institutions politiques et sociales communes, réalisant sur le plan économique, dans un délai de 12 ans, pour que chacun des Six puisse s’y préparer, un marché commun unique bénéficiant d’une préférence communautaire. Celle-ci implique la priorité du marché intérieur européen sur le marché mondial avec, pour cela, une politique commerciale commune, un tarif douanier extérieur commun pour sauvegarder les agricultures, les industries et les services des pays membres des fortes fluctuations de prix sur le marché mondial, des pratiques de dumping et des importations à bas prix qui en résulteraient, susceptibles de les démanteler2. L’article 44, paragraphe 2, du Traité de Rome instaure cette préférence communautaire pour l’agriculture et précise ses modalités d’application. Il la dénomme d’ailleurs « préférence naturelle », les pays de tradition anglo-saxonne, plus libéraux, étant hostiles à l’expression « préférence communautaire »3.
La seconde vision, portée par la Grande-Bretagne et ses amis, voulait que l’Europe ne soit qu’une zone de libre-échange avec suppression des barrières douanières, sans tarif extérieur commun et sans politique commerciale commune, l’agriculture seule étant exclue de ce libre-échange radical. Le traité de Rome lui-même était déjà un compromis entre ces deux visions. Son article 110, en effet, inspiré de la conception anglo-saxonne de l’Europe et du monde préconisait « pour le développement harmonieux du commerce mondial… la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et la réduction des barrières douanières ».
Pour l’Europe des Six, de 1957 à 1973, c’est bien une Communauté qu’il s’agissait de construire. Les choses vont commencer à changer avec le passage à neuf le 1er janvier 1973 et l’entrée à cette date dans la CEE du Danemark, de l’Irlande et de la Grande-Bretagne, pays favorables à la zone de libre-échange. Ensuite, au fil des élargissements, cette tendance n’a cessé de se renforcer, la succession des cycles de négociations du GATT (1948-1995) puis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à partir de 1995, vont lui permettre de l’emporter. Les partisans d’un libre-échange sans frontière trouvaient dans l’article 110 du Traité de Rome un argument de poids pour supprimer la préférence communautaire et le tarif extérieur commun considérés par eux comme la forme moderne du mal absolu que représente à leurs yeux le protectionnisme. La préférence ne subsistera plus que pour l’agriculture (Accords de Bruxelles de 1981). Celle-ci est aujourd’hui remise en question sous la pression de plus en plus forte de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Brésil, des États-Unis… et des sociétés multinationales. L’établissement de la politique libre-échangiste et la suppression presque totale de toute protection de l’Union Européenne se sont réalisés sous l’influence dominante de ces firmes qui tirent d’énormes profits de la politique libre-échangiste. Leur puissance financière leur permet d’exercer par personnes interposées un pouvoir politique exorbitant (p. 38).
C’est ainsi que depuis 1974 « une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux… condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes sociaux doivent voir leur situation améliorée. Les partisans de cette doctrine sont devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement avec la chute du mur de Berlin en 1989 » (p. 75). « La mondialisation de l’économie est certainement très profitable pour quelques groupes privilégiés. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identifier avec ceux de l’humanité entière » (p. 86).
C’est cette dérive que stigmatise Maurice Allais. « Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents au cours des changes ne peut qu’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalité, misère de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable » (p. 76). Pour l’auteur en ce qui concerne la France « si la politique libre-échangiste de l’Organisation de Bruxelles n’avait pas été appliquée, la production intérieure brute (PIB) réelle par habitant serait aujourd’hui d’au moins 30% plus élevée qu’elle ne l’est actuellement, et elle serait certainement au moins égale au PIB réel par habitant aux États-Unis » (p. 71). Il ajoute « qui ne voit que les difficultés majeures auxquelles nous sommes confrontées aujourd’hui résultent pour l’essentiel de la diminution considérable du PIB réel qu’a entraîné pour nous la politique libre-échangiste de l’Organisation de Bruxelles ». (Voir dans l’ouvrage : annexe I – Évolution du PIB réel par habitant de 1950 à 2004, France – USA, pp. 127-140)

Que faire ?
Tout d’abord « mettre fin au déficit démocratique de l’Union « pour cela fonder la construction de l’Europe sur « une Confédération d’États souverains » associant étroitement les populations à la construction européenne. D’autre part « la Confédération Européenne doit se limiter à l’Europe actuelle des vingt-cinq avec l’addition de la Bulgarie et de la Roumanie. L’inclusion de la Turquie doit être totalement et définitivement exclue… Tout ensemble trop étendu est condamné soit à l’inefficacité et à la paralysie, soit à l’apparition de puissantes forces de désagrégation. L’explosion de l’ex-Union Soviétique est ici convaincante » (p. 59).4
Ensuite, sur le plan économique « au regard de la concurrence des pays à bas salaires et à capacité technologiques, il doit être mis fin au plutôt à la politique libre-échangiste de l’Organisation de Bruxelles et de l’OMC, et il convient de rétablir sans délai une préférence communautaire. C’est là un impératif catégorique. Cette préférence communautaire devrait assurer pour au moins 80% la consommation communautaire par une production communautaire » (p. 38). Il s’agit donc de rendre la priorité au marché intérieur, c’est-à-dire aux productions communautaires sur les importations.
« La libéralisation totale des mouvements de biens, de services et de capitaux à l’échelle mondiale n’est possible, n’est avantageuse, n’est souhaitable que dans le cadre d ‘ensembles régionaux économiquement et politiquement associés groupant des pays de développement économique comparable », (p. 72). Maurice Allais rejoint ainsi François Perroux pour qui la mondialisation des échanges n’était supportable que dans le cadre de « zones d’échanges organisés », partenaires et solidaires dans leur développement, chacune tenant compte des intérêts des autres.
Bien que Maurice Allais n’aborde pas ce problème dans son livre, ajoutons que pour promouvoir un marché interne dynamique et vraiment solidaire des économies en développement, il conviendrait que la Banque Centrale Européenne (BCE) ait la possibilité de contribuer au financement des investissements collectifs publics et privés (logement, aménagement du territoire, voies de communication, infrastructures diverses, etc.) en prenant des participations dans leur financement en partenariat avec la Banque Européenne d’Investissement, avec les banques similaires dans le reste du monde ainsi qu’avec la Banque Mondiale.
Ces investissements, fondement du développement des Sociétés et d’une activité économique forte et durable sont d’une rentabilité faible et lente. Ils n’intéressent que très modérément les autres circuits bancaires de financement publics et privés ainsi que les marchés financiers soucieux de profits élevés et immédiats. Or le Traité de Maastricht interdit à la BCE de telles prises de participation bien qu’elles ne soient nullement inflationnistes, au contraire, puisqu’elles correspondraient à la création de biens indispensables à la croissance et au développement des économies concernées.
Ainsi préférence communautaire et rôle actif de la BCE dans le financement des investissements collectifs sont les deux mesures urgentes et nécessaires pour qu’en Europe et dans le reste du monde, selon la très belle formule chère aussi bien à Maurice Allais qu’à cet autre grand économiste François Perroux, « L’Economie soit au service de l’Homme et non l’Homme au service de l’Économie » (p. 38).
« Pour sortir du désastre où nous a plongé la politique libre-échangiste de l’Organisation de Bruxelles je ne saurais donner qu’un seul conseil : Toutes victimes du libre-échangisme unissez-vous dans un même combat. C’est seulement votre union qui pourra assurer un avenir meilleur à l’humanité tout entière » (p. 11).
Gilbert Blardone, économiste, 14 février 2006.

Compte-rendu de revues

Recherches internationales, n° 73, 3-2004.
Le numéro présente un très intéressant dossier sur le Moyen-Orient, mais le lecteur ne devra pas négliger la lecture des articles que contiennent les autres rubriques de la revue et trouvera même intérêt à méditer l’éditorial de Michel Rogalski sur l’Europe, pourtant rédigé avant le vote du 29 mai.
Le conflit libanais de l’été 2006 a donné encore plus d’acuité à la question abordée par le dossier et clairement exprimée par son titre : « Le remodelage du Moyen-Orient ». La présentation de Paul Euzière apporte un cadrage rapide mais précis de la « Greater Middle East Initiative » annoncée par Bush en mai 2002 : rappel de la situation économique et politique de ce grand ensemble qui va du Maroc à l’Afghanistan et premiers éléments d’appréciation de l’irréalisme du projet. Un éclairage plus spécifique de l’intérieur de ces sociétés est donné par l’article de Yasmina Touaïbia (« Les femmes du Moyen-Orient, entre communautarisme juridique et tradition »). C’est dans le dernier article du dossier que Claude Cartigny retrace la genèse et les tribulations de ce « nouveau rêve américain », entre sa fabrication par les néocons et sa présentation devant le G 8 en mai 2004 (dont le texte est reproduit dans son intégralité). L’Irak, qui est évidemment le premier terrain d’expérience de cette nouvelle stratégie de développement de la démocratie par la force, est le sujet des articles de Pierre Barbancey (« De la guerre aux élections : déni de droit en Irak ») et de Sami Makki (« Le rôle des sociétés militaires privées en Irak ») ; ils ne laissent guère de doute sur la vraie nature du projet bushien. Il est particulièrement bienvenu de voir Patricia Prenant faire le point des positions de la France dans cette région (« La France et le Proche-Orient depuis vingt-cinq ans ») encore qu’on aurait aimé y trouver une analyse plus fine de l’impérialisme français.
Dans la rubrique « Traces », Recherches internationales nous rappelle que l’année 2005 était celle du cinquantième anniversaire de la Conférence de Bandung où le non-alignement a fait ses premiers pas. Ignacy Sachs revient sur cet événement pour mieux mesurer le temps qui a été, depuis, perdu en ce qui concerne le développement de cette partie de la planète pour laquelle Bandung a été une sorte d’acte de naissance. Cet article est particulièrement bienvenu à l’heure où l’économie du développement semble devenir une affaire de gourous ou de rock-stars. Dans le même sens, mais sur un registre, plus optimiste, Samir Amin interrogé par Rémy Herrera trace les perspectives d’une nouvelle solidarité des peuples du Sud.
Comme toujours la revue des livres est précieuse, signalant des publications de valeur, généralement ignorées par la presse francophone, comme ici l’ouvrage de Rashid Khalidi, L’empire aveuglé : les États-Unis et le Moyen-Orient.

Recherches internationales, n° 75, 1-2006.
Le dossier de ce numéro est consacré à la dégradation des relations euro-atlantiques. Loin de la percevoir comme une brouille passagère consécutive à l’invasion de l’Irak, Daniel Cirera (« Relations atlantiques : le temps des doutes ») et Jacques Ledauphin (« La relation euro-américaine en question ») soulignent combien cette crise n’a fait que révéler l’éloignement des deux continents. Si l’unilatéralisme américain est au cœur de la question, d’autres différends, commerciaux ou relatifs à la mise en œuvre du Traité de non-prolifération sont autant de faits qui expliquent l’approfondissement du fossé qui sépare Américains et Européens. La vision messianique du rôle des États-Unis dans la transformation du monde ne manque pas d’interroger les pays européens, eux-mêmes profondément divisés, sur leur avenir. L’Union européenne sera-t-elle une puissance de second rang dans l’ombre de l’allié américain, une puissance de premier rang dont il faudra construire les forces ou bien une puissance paisible dans un monde multipolaire ? Jean-Paul Hébert (« Les relations stratégiques trans-atlantiques sont-elles devenues durablement des rapports d’affrontement ») situe les relations Europe – États-Unis dans la perspective des asymétries voulues et construites par les États-Unis. La division entre Européens et leur impuissance résulte du leadership stratégique et technico-militaire exercé par les États-Unis ; il devient à la fois impossible pour l’Europe de s’aligner strictement sur la puissance dominante et bien difficile de faire émerger une Europe libre de ses choix. Ce dossier de grand intérêt est complété par un article historique de Claude Cartigny (« 1966 : la France quitte les organismes militaires de l’OTAN »).
Dans ce numéro, l’actualité est abordée à travers trois thèmes : le bilan de la dernière Conférence de la CNUCED (par Hakim Benhammouda), l’Algérie après la charte pour la paix (par Hassan Zerrouky et Zadi Sadou) et l’analyse de la percée des partis populistes ou d’extrême-droite en Suisse (par Nils Andersson).

Recherches internationales, n°76, 2-2006.
La revue présente un dossier fort important sur le Japon. « Japon : fin de l’exception ? », le titre est évocateur. Il marque la fin d’une époque, celle du “miracle japonais”, et l’ouverture de nouvelles perspectives. Patrice Jorland (« Le Japon, une puissance en voie de normalisation ») et Inoui Yasuo (« Le modèle japonais et ses relations avec l’Asie orientale ») s’accordent pour fixer aux années 90 la fin de la période de « l’exception japonaise ». L’exceptionnelle croissance économique obtenue avant ces années 90 est analysée de manière complémentaire par ces auteurs. Inoui Yasuo trouve l’origine du « modèle japonais » dans un compromis fordien particulièrement efficace. Patrice Jorland l’inscrit dans une continuité historique commencée bien avant la seconde guerre mondiale dont l’un des aspects majeurs est la stabilité de l’alliance des classes au pouvoir (bureaucratie civile, milieux d’affaires et classe politique conservatrice) qui s’est traduit par le rôle dominant joué par le parti libéral démocrate et qui a été largement accepté par la puissance américaine. Cette période s’achève, pour le premier de ces auteurs, parce que les contradictions propres au modèle japonais devenaient de plus en plus difficiles à surmonter. Inoui Yasuo va chercher les origines de la rupture dans la nécessité de transformer le compromis salarial et de rénover le système financier dans un contexte d’échanges mondialisé.
Dans la période nouvelle commencée avec le siècle, Patrice Jorland voit émerger la tendance à la « normalisation ». Le Japon, devenu une puissance économique et politique normale, cela signifie une économie forte de ses capacités de recherche-développement, de son système productif et de ses exportations de capitaux. Cela signifie également le rétablissement d’une puissance politique et militaire, allié privilégié des États-Unis, prête à devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Inoui Yasui, pour sa part, voit le futur du Japon à travers trois scénarios possibles : celui d’une hégémonie américaine maintenue, celui d’une hégémonie chinoise en devenir ou celui où le Japon, dans un monde sans hégémonie, pourrait jouer un rôle important à travers les coopérations économiques et financière qu’il pourrait animer.
Deux articles, Gavan Mc Cormack et Wada Haruki (« À reculons toujours : histoire peu commune de quinze années de négociation entre le Japon et la Corée du Nord ») et Ôtomo Ryû (« Religion et politique au Japon ») complètent ce dossier. Ils traitent des forces politiques intérieures et des dérives “droitières” qui les traversent aujourd’hui. Cet ensemble de quatre articles porte un regard aigu sur les réalités extrême-orientales. Il ne peut manquer d’intéresser tous ceux qui déplorent que l’actualité internationale reste en France toujours centré sur un horizon euro-américain.
Ce numéro comporte également trois articles, hors de ce dossier, traitant de l’évolution inquiétante de la doctrine nucléaire française, de l’analyse critique des performances économiques de la zone euro (une étude fort intéressante conduite par Éric Lahille) et du rappel d’une histoire récente douloureuse : le processus qui écarta du pouvoir le Président Sukarno en Indonésie.

Insaniyat, Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, Premières Recherches II, CRASC- ORAN, n° 29-30, juillet – décembre 2005.
« Éducation familiale en Algérie entre tradition et modernité », « L’université et le développement », « La guerre d’Algérie dans les archives de l’Agence France-Presse », « Les patronymes en Algérie à travers la loi sur l’état civil : le cas de Constantine 1870-1900 (où l’auteur, Yasmina Zemouli, étudie la restructuration de la famille algérienne suite à l’introduction de l’état civil provenant du code civil français), « Autodérision et écriture dans les deux romans de Azouz Begag : Les Chiens aussi et Dis Oualla », « Mise en valeur agricole et mutations socio-spatiales en milieu steppique : le cas de la wilaya de Tiaret »…tels sont les quelques articles de ce double numéro d’Insaniyat (“Humanités”), le deuxième (après le n° 14-15 en 2005) consacré aux diverses études de chercheurs (étudiants en Magistère, D.E.A., doctorants) pour faire connaître leurs travaux. Au total, ce sont 27 articles sélectionnés qui sont publiés et classés en six sous thèmes : Genre-Famille ; Jeunesse ; Mémoires-Mythes-Histoire ; Anthroponymie ; Littérature et Imaginaire ; Anthropologie et Aménagement de l’espace. Toutes ces analyses rendent compte des multiples dimensions du processus de transformation de la société algérienne même si l’on peut regretter l’absence, dans cette sélection, d’une étude sur les changements démographiques des deux dernières décennies. La revue Insaniyat, publiée par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) est trimestrielle, bilingue (Français, arabe) et il faut en souligner le remarquable esprit d’ouverture, la présentation de l’ensemble de ce double numéro étant assurée en quatre langues (française, anglaise, espagnole , arabe) et le résumé de tous les articles présenté en français et en arabe.

Aujourd’hui l’Afrique, AFASPA, n° 101, septembre 2006.
La revue poursuit dans ce numéro son travail de dénonciation du colonialisme. Ce thème se retrouve dans l’éditorial de Francis Arzalier (« Coloniser, ce crime d’hier et d’aujourd’hui ») ainsi que dans l’article que Pierre Kaldor et le Journal du jeudi (Burkina-Faso) consacre à l’assassinat du Docteur Outel Bono (« Le colonialisme français ne s’est jamais éteint au Tchad »). Aux racines du mal, il est toujours intéressant de rappeler les impressions africaines rapportées par les premiers voyageurs et explorateurs européens. Claire Lippus (« En 1900 l’Europe regarde l’Afrique »), en rapportant de tels témoignages, montre comment l’exotisme et le rationalisme scientifique masque mal les visées colonialistes.
Deux questions d’actualité sont traitées dans ce numéro. Célestin Grandrieu (« Impressions d’Algérie ») profite d’un séjour à Alger pour porter sur ce pays le regard d’un militant anti-colonialiste. Un regard nostalgique lorsqu’il évoque l’oubli dans lequel semblent tomber peu à peu les luttes menées pour l’indépendance de ce pays. Un regard incisif aussi lorsqu’il porte sur les aspirations sociales de populations confrontées à la mondialisation libérale. Martin Verlet (« Les métamorphoses du travail dans un faubourg d’Accra ») s’intéresse aux effets de l’ajustement structurel sur les classes laborieuses du Ghana. La montée du chômage, la disqualification du travail salarié ont profondément ébranlé les structures familiales, ce que caractérise la multiplication des familles monoparentales et recomposées. Cela a pour conséquence la recherche généralisée d’une survie économique. L’essor des activités informelles s’accompagne d’une extension rapide du travail des femmes et, par suite, l’obligation de confier aux enfants le soin du travail domestique, si ce n’est un travail rémunéré. Martin Verlet dresse à travers cet exemple, un bilan précis des dêgats sociaux provoqués par les politiques libérales d’ajustement en Afrique.
Le dossier ouvert dans ce numéro est consacré à l’immigration. Organisé en forme de débat, il donne l’occasion à divers acteurs de la question de s’exprimer. Il en est ainsi de l’article que Jean-Michel Bavard consacre à l’action du Réseau éducation sans frontières (« Les seuls papiers de nos élèves doivent être leurs cahiers et leurs livres de classe »). Il en va de même pour l’interview de Cheikhou Souaré, syndicaliste sénégalais en France qui apporte un point de vue du Sud sur une immigration plus subie que choisie. Le dialogue entretenu par Francis Arzalier avec Jean-Claude Rabeherifara inscrit la question dans le contexte d’un capitalisme mondialisé. Il faut signaler l’interview accordé par Stéphane Gatignon qui est une analyse lucide de l’échec des politiques d’intégration. Celles-ci, soit parce qu’elles ont empêché au plan culturel l’émergence d’un réel échange, un « vivre en commun », soit parce qu’elles ont multiplié les spécificités (« nous, la banlieue pauvre, on est à part, fini le droit commun ») ne conduit qu’à renforcer le communautarisme. Dans cet entretien, Stéphane Gatignon plaide pour une révision complète de ces politiques.

Journal of rural cooperation, Centre de recherches sur les communautés coopératives rurales (CIRCOM), vol 32, n° 2-2004.
Comme souvent, les articles présentent le très grand intérêt de porter sur les structures sociales et la répartition des pouvoirs dans les coopératives des différentes régions du monde. Ainsi, Omer Chouinard Pierre-Marcel Desjardins et Éric Forgues analysent-ils les liens entre les coopératives et leurs banques à la lumière de la sociologie des coopérateurs d’une province du Canada (« Governance and Social Cohesion in Credit Unions : A rural and an Urban Credit Union in New Brunswick (Canada) ») ; Thomas W. Gray remarque que le cadre de l’individualisme méthodologique ne peut pas prendre en compte les principes fondateur des coopératives et est contraint de parler de « droits de propriété vaguement définis » (« De/Reconstruction of Vaguely Defined Property Rights within Neo-Classical Discourse, and Coopertive Finance ») ; Menachem Rosner revient sur le thème maintes fois abordé dans cette revue du changement dans les valeurs fondatrices des kibboutz (« Distributive Justice in Kibbutz Communnities that have Change ») ; enfin Akira Kurimoto rend compte de l’évolution des coopératives agrioles au Japon depuis la fin du XIX° siècle, en réponse à l’impact des politiques industrielles et institutionnelles (« Agricultural Coopératives in Japan : An institutional Approach »).

Journal of rural cooperation, Centre de recherches sur les communautés coopératives rurales (CIRCOM), vol 33, n° 2-2005.
Patrick Develtere et Peter Raymaekers traitent du changement dans les valeurs qui inspirent le comportement des banques coopératives belges, changement qui est apparu lors de la restructuration en holdings de ces banques (« Mature Cooperative Groups Seeking New Identities. The Case of Belgium »). Les stratégies nouvelles pour faire survivre les Kibboutz confrontés à l’industrialisation et à la mondialisation sont analysées par Sibylle Heilbruun (« Entrepreneurship, Social Capital and Communauty Developement : The Case of Israeli Kibbutz »).
Le volume se conclut par un article de Yair Levi, le rédacteur en chef de la revue, qui remet en perspective et tire des conclusions des articles publiés depuis sa fondation en 1979. Ce moment de réflexion est dicté par des changements dans la revue : le rédacteur en chef prend sa retraite, le CIRCOM n’en est plus l’éditeur et sa parution est dorénavant confiée au Dr. Ayal Kimhi de la Faculté d’agriculture de L’Université Hébraïque de Jérusalem.

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