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Article 10 : Ouvrages et publications reçus Comptes-rendus rapides

jeudi 25 mai 2006


Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides

Recherches internationales, n° 74, 2004-4.
Le dossier central de la revue traite de « Démographie et migrations mondiales » ; il est accompagné, comme à l’habitude, d’articles dont l’importance n’est pas secondaire. L’éditorial de Michel Rogalski « ONU 60ème – La réforme avortée » rappelle l’écart qui s’est creusé entre les intentions qui présidaient à la création des Nations Unies et les réalisations, restées très en deçà. L’auteur impute les problèmes apparus à la multiplication des lieux de pouvoir intergouvernementaux établis sur la base de la prééminence de quelques puissances et qui fonctionnent selon d’autres modalités que les Nations Unies (FMI, OMC, G7-8, G5). La mondialisation qui affaiblit le pouvoir des États constitue aussi un phénomène que l’ONU n’est pas en capacité de prendre pleinement en compte. Le déplacement du pouvoir oriente de plus en plus l’action de l’ONU vers les problèmes des pays du Sud. La réforme envisagée à l’occasion de la Conférence du 60ème anniversaire a tourné court : les intérêts étaient trop contradictoires ; l’institution ne s’est pas auto-réformée.
Le numéro se poursuit par des analyses de questions économiques et politiques d’actualité. Claude Cartigny (« La non-prolifération nucléaire en question ») examine les manquements au Traité de non Prolifération Nucléaire. Entre chantage et volonté de contrôler l’utilisation civile du nucléaire, le jeu des puissances se développe ; parmi elles, la Chine apparaît comme un acteur déterminant de l’avenir du traité. Pour l’instant, la révision envisagée en mai 2005 a échoué.
Jean-Claude Paye (« Grande-Bretagne : la fin de l’Habeas Corpus ») analyse comment les attentats de 2005 à Londres ont généralisé à l’ensemble de la population les dispositions relevant d’un droit d’exception, auparavant réservé aux seuls étrangers ; l’état de droit a disparu, entraînant la disparition de l’Habeas Corpus.
Cedric Durand (« Les privatisations en Russie et la naissance d’un capitalisme oligarchique ») propose un panorama synthétique des changements en Russie, accompagné d’une intéressante bibliographie. L’ensemble du processus de privatisation sous ses différentes modalités a été l’œuvre de groupes internes à l’URSS, appuyés par le FMI, la Banque mondiale, la BERD, l’agence américaine USAID, et divers gouvernements étrangers (européens et japonais). L’auteur identifie les mécanismes et les organismes qui ont permis aux anciens managers de garder le contrôle des entreprises et de s’instituer en oligarchie capitaliste.
Ilan Halévy, ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne, rappelle, dans « La Palestine entre archaïsme et mondialisation », les données de « la Question de Palestine » en se conformant à l’exigence de neutralité affective qu’il réclame de tous les analystes de la question. Il expose la multiplicité des protagonistes à la naissance du conflit, reprend les moments de la constitution de l’OLP, représentant le peuple palestinien ainsi que celle de l’État d’Israël et retrace l’implication ultérieure de nombreux États, (États-Unis, URSS, du Moyen-orient) dans cette question politique. Le conflit local (dispute du territoire) devient le point nodal du nouveau désordre mondial.
Le dossier « Démographie et migrations mondiales » commence par « Migrations internationales, démographie mondiale : le double défi de la solidarité et du développement » de Michel Rogalski et Jean Magniadas. Les auteurs démontent la thèse malthusienne, encore invoquée par certains, de la surpopulation comme source de non développement. Ils insistent sur le fait que « le nomadisme planétaire n’est pas la solution à la misère des peuples ». Patrick Festy dans « Quel avenir pour la population mondiale ? » fait le point sur les évolutions passées et sur les prévisions en soulignant la zone d’incertitude de ces dernières. Jean Magniadas (« Les migrations internationales de population ») analyse les mouvements migratoires comme dépendant de causes économiques et plus particulièrement de l’accumulation du capital. Ali Bensaâd focalise son étude sur « Le Sahara, nouveau carrefour migratoire intercontinental ». Il montre comment le déplacement de populations introduit une nouvelle figure sociologique — l’immigré — dans des sociétés qui ne connaissaient que l’émigration (Maghreb). Le numéro propose ensuite l’article de Patrice Jorland « Hiroshima et Nagasaki ou la naissance de la “diplomatie nucléaire” » qui réexamine la décision de l’emploi de l’arme nucléaire à la veille de l’anniversaire de la première utilisation de celle-ci. La revue s’achève avec l’habituelle rubrique des notes de lecture, toujours choisies avec pertinence.

GRESEA, Échos, n° 44, octobre – novembre – décembre 2004.
Ce numéro est consacré à la responsabilité sociale des entreprises et plus particulièrement celle des firmes transnationales dans le développement durable au Sud. Il s’inscrit en opposition par rapport au dogme actuel : « donnons aux entreprises un maximum de libertés et tout le reste suivra ». Cette grande marge de manœuvre s’est traduite par une mécanique d’extorsion du capital de 75 milliards de dollars par an du Sud vers le Nord sur les huit dernières années. Les Principes Directeurs de l’OCDE, qui ont été mis en place afin de réduire la liberté de ces entreprises, présentent de nombreuses carences. En effet, comme ils ne s’appliquent pas aux relations commerciales, les firmes utilisent le commerce comme un paravent afin de ne pas assumer leurs responsabilités. D’une manière générale, ces principes ne sont pas contraignants et cette approche volontaire paraît largement insuffisante. La réflexion concernant les normes ONU sur les droits humains applicables aux entreprises (discutées en avril 2004) marque ainsi une évolution vers un cadre juridique plus contraignant. Cela ne peut également aboutir sans un renforcement du rôle de l’État et une confiance restaurée dans les instances politiques qui se préoccupent plus de la confiance des spéculateurs que de celle du peuple...

Aujourd’hui l’Afrique, n° 97, septembre 2005.
Plusieurs articles consacrés à l’histoire coloniale de la France ouvrent le sommaire de ce numéro. Les tentatives de réécrire cette histoire sont ici dénoncées du fait du révisionnisme, voire même du négationnisme qu’elles induisent. En rapportant les travaux du colloque sur l’esclavage et la traite négrière, organisé à Paris le 21 mai 2005, par l’Association de Descendants d’Esclaves Noirs, Francis Arzalier établit un parallèle entre les discours pro-esclavagistes de la première moitié du XIXème siècle et les discours négationnistes actuels. À un moment où la « révision des faits coloniaux et de leurs conséquences » permet de reporter sur les anciens colonisés la totale responsabilité de leur situation présente et de légitimer ainsi les formes néo-coloniales actuelles que revêt la mondialisation, il est important que le passé ne soit pas oublié et qu’un tel débat soit ouvert.
Dans un article consacré à la Mauritanie, Robert Lavaud pose la question de l’avenir de ce pays après la découverte de gisements pétroliers et gaziers. Les défis sont nombreux : construire une démocratie, améliorer l’infrastructure, les systèmes de santé et d’éducation, électrifier le pays et résoudre la difficile question de l’approvisionnement en eau des populations. La mise en exploitation de ces richesses énergétiques permettra-t-elle d’apporter des solutions ? L’auteur souligne que se trouve ainsi renforcer la place de producteur de produits primaires du pays (minerai de fer à Zouérate, de cuivre à Akjoujt). Il signale également la part importante prise par les entreprises étrangères dans l’exploitation de ces richesses. Comme pour de trop nombreux pays exportateurs de produits bruts, la question de la mobilisation des rentes minières pour financer le développement se trouve posée dans un contexte de mondialisation des échanges et de globalisation financière.
La revue consacre son dossier au Sénégal, traitant à la fois de son histoire après l’indépendance et de l’évolution économique et sociale actuelle. Des aspects multiples sont ici analysés : l’action des forces progressistes sénégalaises, le poids des politiques libérales imposées ou acceptées par le pouvoir politique, les illusions du « rêve américains » qui imprègne de larges couches de la société. Dans ce dossier, Ibrahima Séné démontre méthodiquement les effets destructeurs du libéralisme imposé par les politiques d’ajustement structurel sur la filière arachide.

Aujourd’hui l’Afrique, n° 98, décembre 2005.
L’Algérie est le thème du dossier de ce numéro. L’Algérie d’hier, tout d’abord, celle de la période 1956-1962, où souvenirs et témoignages constituent des marques destinées, non pas à éviter l’oubli, mais à lutter contre les risques de falsification, ressurgies des vestiges du colonialisme que la loi française du 23 février 2005 menaçait d’ériger en dogme. L’Algérie d’aujourd’hui, aussi, où Jules Molina s’interroge sur la portée du référendum du 29 septembre 2005 (Charte pour la paix et la réconciliation nationale).
L’actualité africaine occupe le reste des articles de ce numéro. Bernard Bouche (« US go... to Africa ») expose les différentes manifestations de la présence militaire et diplomatique américaine en Afrique. Jean Claude Rabeherifara (« Madagascar, riposte syndicale ») fait un état des luttes menées par la confédération des syndicats de travailleurs malgaches (FISEMA), pour l’annulation de la dette extérieure et contre les concessions minières accordées à Rio Tinto. Michèle Decaster (« Il était une fois un homme qui aimait les femmes ») raconte la lutte menée par 133 ouvrières burkinabées et 27 organisations et associations contre le parfumeur Yves Rocher au sujet de la fermeture de sa filiale au Burkina Faso. L’histoire des relations de la République tchèque et de l’Afrique (Ota Lev et Vladimir Roskot, « Les relations de la Tchécoslovaquie socialiste et de la République Tchèque avec l’Afrique ») et la crise ivoirienne (Jacqueline Gascuel, « Crise interne ou symptôme révélateur d’un mal planétaire ») font également l’objet d’études. Enfin il est important de signaler deux articles que la revue consacre au Mali. Ils contiennent des analyses sans concession de l’effet des privatisations et de l’approfondissement du sous-développement dans ce pays.

Alternatives Sud, vol. XII, 2005-2, Centre Tricontinental.
La réflexion menée dans ce numéro « Mouvements et pouvoirs de gauche en Amérique latine », concerne le “virage à gauche” d’un grand nombre de pays latino-américains, à l’issue de processus démocratiques. L’examen des conditions qui ont rendu possible en peu d’années de telles alternances, constitue la première interrogation. L’échec des politiques néo-libérales et la difficulté de mener à bien une évolution vers la démocratie politique de sociétés rongées par les inégalités sociales constituent la toile de fond de ces changements.
L’émergence d’acteurs nouveaux, mouvements de femmes, mouvement des “sans terre”, mouvements indigènes, des “sans emploi” (Piqueteros en Argentine) constituent des forces politiques émergentes qui font l’objet d’une seconde interrogation. La diversité de ces mouvements est grande. Si, pour certains, la volonté de changement emprunte le schéma classique allant de l’action sociale à l’action politique, pour de nombreux autres, le projet d’apparaître comme un contre-pouvoir, sans jamais prétendre à l’exercice du pouvoir politique lui-même est central dans les actions qu’ils entreprennent (Zapatistes des Chiapas, Piqueteros).
L’immensité des tâches à accomplir que doivent affronter les nouveaux pouvoirs de gauche et la manière par laquelle ceux-ci tentent d’y faire face constituent de nouvelles interrogations. Un bilan rapide des premiers mois d’exercice du pouvoir est tracé dans le double but d’analyser la nature des projets mis en oeuvre (les craintes suscitées par le populisme restent encore vivaces en Amérique latine) et d’évaluer la résistance manifestée aux pressions des forces opposées, qu’elles soient internes ou extérieures. À ce titre, le Brésil est le pays-phare du fait de ses dimensions et les succès ou les limites de la politique du nouveau pouvoir conditionnent la capacité de changement des autres pouvoirs de gauche.
Exerçant le pouvoir politique ou constituant simplement un contre-pouvoir, ces nouvelles forces progressistes font également l’objet d’un tour d’horizon suivant leur pays d’origine. Les cas de l’Argentine, de l’Uruguay, du Brésil, de l’Équateur, du Venezuela et du Mexique sont ainsi présentés.
Alternatives Sud, vol. XII, 2005-3, Centre tricontinental (CETRI).
Le dossier de ce numéro, « Prostitution : la mondialisation incarnée », est consacré à l’analyse de l’expansion rapide du “commerce du sexe”. L’imbrication de cette explosion de l’industrie du sexe et des phénomènes issus de la mondialisation est l’objet de cette étude. Les processus d’appauvrissement, souvent différenciés par genre (féminisation de la pauvreté), que connaissent de nombreuses régions de l’Est et du Sud, créent des opportunités nouvelles pour de multiples activités illégales. La multiplication des canaux d’information, l’indifférence ou la complicité occulte de certaines autorités s’ajoutent à ces opportunités, induisant une “demande” dont le tourisme sexuel est l’aspect le plus connu. L’activité de traite, exercée par différentes mafias permet d’en tirer bénéfice. De très gros profits, des risques moins grands que ceux générés par le trafic de drogue ou d’armes, il est alors facile de comprendre comment les capitaux constitués par “argent sale” peuvent prospérer là, et, lorsque la législation le leur permet, de s’y “blanchir”. Parler de « marché mondial du sexe » revient à banaliser l’inacceptable en lui accordant la légitimité d’être un commerce comme un autre. Et quel commerce ! En 2002, la prostitution et la pornographie disposaient d’un chiffre d’affaires estimé à 112 milliards de dollars ; chaque année 4 millions de femmes et d’enfants sont victimes de la traite. Les conséquences en sont terribles : mépris absolu des droits humains les plus élémentaires, suites physiques ou psychiques des violences subies, ou même des violences redoutées, tant la menace est présente dans l’enfermement dans cette forme actuelle de l’esclavage. L’étude des effets de différentes expériences législatives accompagne ce dossier. Elle permet d’établir un bilan des différents moyens mis en œuvre pour lutter contre cette forme barbare d’exploitation.

Alternatives Sud, vol. XII, 2005-4, Centre tricontinental (CETRI).
Le numéro porte sur « Le miracle chinois vu de l’intérieur ». Du fait de sa diversité, de sa dimension ou de son éloignement culturel et linguistique, comprendre la Chine n’a jamais été une chose facile pour un occidental. Que dire alors de la « nouvelle Chine », issue des réformes économiques d’inspiration libérale, menées depuis la fin des années 1970 ? Ce numéro d’Alternatives Sud reprend, traduits en langue française, plusieurs articles publiés par la revue Asian Exchange, revue édité par le réseau ARENA (réseau d’intellectuels d’Asie). Les auteurs sont « de grandes figures chinoises critiques », ce qui rend possible un regard chinois sur la Chine. Ils sont aussi, en majorité, des enseignants de l’Institut de sociologie de l’Académie chinoise des sciences sociales, ce qui apporte au lecteur un éclairage particulier, issu de la sociologie. Pour tout cela, nous avons là un ensemble d’articles dont il convient de souligner l’originalité.
L’orientation favorable au capitalisme prise par l’économie chinoise a fait émerger de nouvelles contradictions, propres aux sociétés capitalistes. Elle a ravivé également la contradiction particulière que connaissent les mondes en développement, opposant ruraux et urbains.
La particularité d’une approche sociologique et chinoise, c’est tout d’abord d’inscrire la Chine nouvelle dans une perspective historique. Le changement contemporain n’apparaît pas comme une rupture radicale mais procède d’une certaine continuité : Chine construisant le socialisme ou Chine en transition vers l’économie de marché, la pénurie de terres cultivables reste une caractéristique profonde du monde rural et un obstacle sérieux à toute évolution. Cette continuité relative, dans laquelle se situe et se démarque le changement social, s’exprime jusque dans le choix des termes qui le désigne : l’évolution en cours est appelée “phase de transition”. Mais transition vers quoi ? Question centrale, tant est fragile une société qui offre le modèle occidental de la société de consommation à un nombre bien réduit de ses membres.
Ce regard sociologique et chinois s’attache également à saisir le changement à partir des représentations sociales utilisées par les productions culturelles (cinéma, télévision, messages publicitaires). Derrière ces images apparaissent des idéologies qui transforment la réalité pour la rendre acceptable, mais aussi, par cela même, la dévoilent. Ainsi l’attention portée sur la représentation idéale de « la femme licenciée qui saura par son courage et sa persévérance retrouver un emploi » traduit bien la découverte de la précarité des salariés, lorsque s’imposent les règles du marché du travail. Sa conclusion heureuse reste, en même temps trompeuse. Le chômage idéalisé, présenté comme un mauvais moment de la vie, mais qui ne dure pas, cache le désespoir de la « femme licenciée », âgée et sans qualification ; elle cache aussi l’image, jamais montrée mais bien réelle, de l’homme frappé également par ce chômage. Ainsi, Dai Jinhua, dans son article « Classes et rapports de genre dans le discours dominant en Chine » ne manque pas de remarquer que les “casquettes rouges”, travailleurs du secteur d’État licenciés, ayant retrouvé, faute de mieux, un emploi d’auxiliaire précaire dans le service postal, sont bien visibles dans les grandes villes chinoises.
Ces articles n’épuisent pas ce sujet ô combien difficile. Cela n’est pas leur but. Mais la particularité de leur éclairage ne manque pas d’intéresser le lecteur.

Économie et Humanisme, n° 375, décembre 2005.
L’intérêt du lecteur de ce numéro se portera évidemment sur ce dossier très fourni qu’il présente sur la solidarité internationale telle qu’elle s’est manifestée à l’occasion du tsunami exceptionnel qui a frappé les pays du nord de l’Océan indien à la fin de l’année 2004, mais il devra lire aussi l’éditorial dans lequel Stéphane Hessel nous livre ses réflexions sur le Sommet des Chefs d’État qui a ouvert la 60ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre dernier et qui a échoué à engager la réforme de cette institution aussi vigoureusement qu’il eût fallu, de même que la rubrique « Débats » qui ouvre la discussion sur la nouvelle donne politique en Allemagne.
« Solidarité internationale : qu’a changé le tsunami ? » est le titre du dossier de 90 pages qui marque la volonté de la revue de tirer les leçons d’une opération à la fois classique et inédite de mobilisation en faveur des victimes d’une catastrophe naturelle. Ce dossier auquel ont contribué quelque quarante-cinq personnes, concernées à des titres divers par l’événement et ses suites, est composé de trois parties. La première intitulée « Lendemains de désastre » est un rappel des faits (250 000 morts et disparus) et de leurs conséquences. L’article de Kamala Marius-Gnagnou apporte une analyse précise et détaillée des enjeux économiques de l’après-tsunami que complète parfaitement celui de Alain Le Sanne sur les ressources des populations et de leurs organisations. À ce niveau déjà est soulevée la question des défis que l’aide et la solidarité doivent affronter dans la gestion de ce type de crise. Le titre de la seconde partie (« Pratiques de solidarité : quelle qualité ? ») montre que la revue n’a pas hésité à poser un regard lucide sur la mobilisation de l’aide internationale que le tsunami a déclenchée, du rôle des médias à celui des ONG en passant par tous les porteurs de solidarité. Les contributions ne cachent ni le malaise qu’a pu susciter le caractère passionnel, autocentré, voire exclusif de l’engagement humanitaire, ni les erreurs commises dans la gestion de cette solidarité. C’est ce problème essentiel des relations de sociétés à sociétés impliquées par la solidarité internationale qui fait l’objet de la troisième partie (« Demain, la solidarité internationale »). Dans un futur, qui ne sera certainement pas épargné par ces catastrophes qui ne sont pas toujours ou seulement naturelles, « comment permettre à chaque peuple de rester maître de son avenir, même lorsqu’il a besoin d’aide ». La réflexion embrasse aussi bien la question générale du développement (article de François Houtart) que celle de la capitalisation de l’expérience en matière d’action humanitaire d’urgence (article de François Grunewald) ou encore celle du partenariat avec les ONG locales (article de Lidia Miani et Jean-Cyril Dagorn), sans oublier le rôle auquel doivent se tenir les journalistes (article de Richard Werly).
Bref, un dossier riche et instructif moins d’un an après l’événement.

Cahiers de sociologie économique et culturelle, n° 40, décembre 2003, Institut de sociologie économique et culturelle du Havre.
Deux thèmes sont traités dans cette dernière publication de la revue : le premier concerne la notion de peuple, le second la formation de l’identité sociale.
L’article que Claude Malon consacre à la place de la notion de peuple dans l’œuvre de Franz Fanon ouvre le sommaire du numéro. L’auteur souligne le travail de construction de Fanon, qui, dans une démarche allant de la psychiatrie à la philosophie politique, fait de l’émancipation de « l’homme social » le fondement du peuple en devenir. L’homme d’un « peuple colonisé » est par nature différent de l’homme d’un peuple indépendant. Sa condition « d’homme à qui est contesté le droit de constituer un peuple » imprègne son corps et son inconscient. Sa libération n’est pas seulement un acte politique, elle est également la construction d’un « homme neuf » faisant disparaître l’oppression et toutes les non-vérités enracinées dans son corps. Cette construction n’est pas seulement oeuvre de décolonisation mais de « mort » du colonialisme. Cette révolution fonde « le peuple nation », le peuple égal à tous les autres dans ses droits et son humanité. Reprenant des passages des Damnés de la terre (éd. François Maspero, Paris, 1961), Claude Malon conclut son étude en soulignant les regards critiques que Fanon, sur la fin de sa vie, porte sur l’inachèvement des décolonisations africaines. L’aspect le plus critique de cette incomplétude est l’émergence de bourgeoisies pour lesquelles « il ne s’agit pas d’entrer en compétition avec le colon » mais d’en prendre la place.
L’étude que Pierre Erny consacre à l’ubgenge au Rwanda porte sur un sujet bien différent. L’ubgenge, l’intelligence dans la ruse, trait culturel caractéristique de l’aristocratie Tutsi, fait du mensonge, non la transgression d’un interdit mais une pratique licite, respectable lorsque celui-ci agit efficacement au profit du groupe ou de la famille du menteur. L’auteur situe l’origine de ce trait culturel dans les rapports sociaux lignagers de l’ancien Rwanda, où « l’ubgenge était le moyen par excellence de se défendre, de connaître une certaine sécurité et de survivre dans une société où la concurrence et la peur étaient omniprésentes ». Pierre Erny ne manque pas de conclure sur le difficile dialogue entre Tutsis et occidentaux, l’ubgenge devenant, pour les seconds, source d’incompréhension et de malentendus.
Le second thème fait l’objet de deux articles. Fanny Jedlicki s’intéresse aux retornados, au retour des réfugiés politiques chiliens dans leur pays d’origine, après 1989. S’intéressant particulièrement aux enfants de ces réfugiés, partis très jeune ou nés hors du Chili, l’auteur décrit les difficultés d’intégration de ceux-ci dans la société chilienne. Le décalage entre le Chili rêvé et le Chili réel vécu quotidiennement, l’accueil parfois marqué d’hostilité des Chiliens restés au Chili et ayant subi la dictature, conduisent à une déception. L’auteur montre comment, par le transfert de l’histoire spécifique de leurs parents, ces enfants devenus de jeunes adultes parviennent à construire une identité sociale spécifique.
Marie Christine Michaud étudie toute l’originalité de l’émergence d’une identité italienne chez les italo-américains aux États-Unis. Ces immigrants commencent à arriver dans le nouveau monde très peu de temps après l’Unité italienne. À leur arrivée, ils ne conservent de leur origine qu’une identité régionale et non nationale. L’auteur décrit comment, aux États-Unis, entre 1870 et 1930, a pu se créer, chez ces immigrants bien établis dans leur nouvelle patrie, une identité nationale italienne.
La toujours intéressante chronique musicale d’Edith Weber conclut ce numéro des Cahiers.

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