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Article 15 : Ouvrages et publications reçus Comptes-rendus rapides

jeudi 16 février 2006

Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides

Hakim Ben Hammouda, L’Afrique, l’OMC et le développement, éd. Maisonneuve et Larose, Paris, 2005.
De 1948 à 2003, la part de l’Afrique dans les exportations mondiales n’a cessé de diminuer passant respectivement de 7,3 % à 2,4 %. Cette évolution se retrouve également pour les importations puisque, pour les mêmes dates, la part du continent a fortement diminué en passant de 7,6 % à 2,2 %. Parallèlement à cette baisse de la part de l’Afrique dans le commerce international, il faut aussi noter que près de 70 % des exportations sont constituées de produits agricoles et miniers, et que plus de 70 % des importations concernent des produits manufacturés, indices d’une insertion rentière et d’une structure d’échanges traditionnelle Nord-Sud. Comment expliquer ce déclin de l’Afrique dans le commerce international ainsi que la structure du commerce extérieur africain et ce malgré les processus de diversification des structures africaines entamées depuis les indépendances politiques ? Pour l’auteur, l’explication se trouve dans l’échec des pays africains à faire du commerce un instrument du développement. C’est là que réside la singularité africaine quand on la confronte aux enseignements de l’histoire et de la théorie économique sur la reconnaissance du rôle du commerce dans le développement. En effet, contrairement aux expériences de la plupart des pays africains, la politique commerciale a joué un rôle dynamique dans le processus de développement des pays comme la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Allemagne, la France, le Japon, ou plus récemment encore dans l’émergence des Nouveaux Pays industriels. L’objet du livre est donc de « mieux comprendre cette singularité africaine » mais dans une perspective plus large qui est celle de l’articulation du commerce au développement. Dès lors, on saisit mieux l’ordonnancement des termes figurant dans le titre de l’ouvrage « l’Afrique, l’OMC et le développement » en même temps que la problématique s’enrichit d’autres questions : Pourquoi le commerce n’a-t-il pas constitué pour l’Afrique un instrument dynamique en faveur de la croissance et du développement ? Que doit faire l’Afrique pour tirer profit du commerce international et de la globalisation ? Comment mettre le commerce international au service du développement ? Comment ouvrir l’OMC aux préoccupations des pays en développement et comment prendre en compte les intérêts de ces derniers dans les négociations internationales, au-delà des déclarations de principe ?
Trois parties structurent l’argumentaire de l’auteur, qui est aussi directeur à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Dès l’introduction, la singularité africaine est mise en rapport avec l’histoire récente des négociations commerciales multilatérales et en particulier avec l’échec de la 5ème Conférence ministérielle de l’OMC tenue à Cancun (Mexique) du 10 au 14 septembre 2003 qui n’a pas concrétisé la Déclaration de Doha (Qatar, novembre 2001) qui avait fait du développement et de la prise en compte des intérêts des pays africains le centre du nouveau cycle de négociations, dénommé d’ailleurs Doha Development round (le cycle de Doha pour le développement).
La première partie intitulée « globalisation, commerce et marginalisation de l’Afrique » a pour objet de rendre compte du positionnement de l’Afrique dans le processus de globalisation. C’est une sorte d’état des lieux qui part du tout — la globalisation — (chapitre 1) pour aller vers la partie, l’Afrique (chapitπre 2). La globalisation constitue désormais le nouvel horizon des politiques économiques dans les PED. Elle devait assurer une répartition plus efficace des ressources et une croissance forte et partagée par tous mais face au caractère déséquilibré et inégal du processus, ces espoirs ont été déçus. Les PED, et en particulier les pays africains, sont encore marginalisés sur les marchés internationaux et dans les flux de capitaux tandis que les écarts de revenus entre les PED et les PD se sont accentués. Il est donc nécessaire que des réformes interviennent afin d’infléchir la dynamique actuelle du mouvement de globalisation dans un sens plus conforme aux efforts de développement, ce qui exige, ,entre autres, la définition d’un nouveau pacte de croissance et de développement en rupture avec les politiques monétaristes et de stabilisation jusque-là dominantes au Nord ainsi qu’au Sud, ainsi que le maintien d’une marge de liberté dans la définition de leurs stratégies pour les PED et ce malgré l’affirmation à différents niveaux de la discipline multilatérale. Après l’étude du contexte de la globalisation, le second chapitre est consacré à la place de l’Afrique dans les échanges internationaux. Tous les indicateurs montrent que la marginalisation de l’Afrique s’est accentuée en dépit du fait que le continent ait réorienté ses stratégies de développement vers la promotion des exportations à partir du début des années 80. Cette marginalisation ne s’est pas limitée aux exportations manufacturières puisqu’elle touche aussi les exportations de matières premières et de produits agricoles. Comment alors expliquer cette tendance historique à la marginalisation de l’Afrique dans le commerce international ? les éléments de réponse avancés par l’auteur se situent à un double niveau : le premier est lié à l’évolution des tendances structurelles du commerce international (progression des produits manufacturés et des services, recul des produits primaires, nouvelles régions de concentration des échanges…) qui se traduit par une marginalisation des pays qui n’ont pas réussi à construire leur compétitivité dans les secteurs manufacturier et des services comme les pays africains ; l’autre niveau est d’ordre interne et réside dans l’échec des stratégies de diversification des structures économiques (à travers les modèles d’import-substitution) entamées peu après les indépendances et leur arrêt, avec la crise de la dette, dès le début des années 80. Le retour en force de la stabilisation et de la spécialisation internationale dans les années 80 et 90 vont accroître plus encore la marginalisation des pays africains ainsi que leur insertion rentière.
Cette question de la marginalisation est reprise dans la deuxième partie dont précisément l’intitulé est : « l’Afrique et le commerce : le pourquoi d’une marginalisation ». Mais si, jusqu’à présent, l’auteur a avancé des raisons multiples, ici, l’analyse est plus serrée pour cerner des facteurs d’explication plus précis. Hakim Ben Hammouda distingue tout d’abord un facteur interne lié au statut de la politique commerciale. Dans les années 60 et 70 les politiques commerciales adoptées par les pays africains ont fait le choix exclusif du protectionnisme sans prêter attention au développement de comportements rentiers. Par ailleurs, le choix exclusif de la libéralisation et de l’ouverture des politiques commerciales adoptées dans les années 80 et 90 a empêché de mettre en place des dispositifs d’appui aux secteurs les plus touchés par la concurrence. Ainsi, durant les quatre dernières décennies, les politiques commerciales en Afrique ont été passives et peu dynamiques à la différence des pays du Sud-Est asiatique qui ont su faire de leurs politiques commerciales un facteur important dans la construction de leurs dynamiques de croissance et de leur compétitivité dans l’économie internationale. Mais l’autre facteur de l’échec africain est lié au caractère restrictif du système commercial multilatéral. En effet, le maintien d’importantes subventions agricoles aux fermiers des pays développés, les limitations quant à l’accès aux marchés pour les exportations des pays africains, les pics tarifaires appliqués par les pays développés sur les exportations intensives en main d’œuvre provenant des pays africains, la progressivité des droits de douane sur les produits transformés, enfin les multiples barrières non-tarifaires (normes administratives, mesures sanitaires) continuent de peser. Ceci explique que les pays africains ne cessent de mettre l’accent sur la nécessité de réformer le système commercial multilatéral afin qu’il puisse prendre en considération les préoccupations du développement. Ce sont ces efforts qui ont abouti à la Déclaration de Doha en novembre 2001 et au lancement d’un cycle de négociations favorable au développement.
La troisième partie intitulée : « L’Afrique et la marginalisation, éléments pour une alternative » est précisément à visée normative. Conformément à la démarche générale de l’auteur, la réponse à la crise des économies africaines doit se situer à un double niveau. Le premier est d’ordre national. et concerne l’adoption de politiques commerciales stratégiques et dynamiques. Il faut rappeler que la grande différence entre les pays africains et les pays asiatiques ne réside pas dans une plus ou moins grande ouverture sur le marché international mais plutôt dans l’articulation d’une politique commerciale dynamique à une vision stratégique du développement. L’expérience historique des pays actuellement développés comme celle, en cours, des NPI montre que le choix entre ouverture ou contrôle ne se pose pas en termes exclusifs d’une option par rapport à l’autre mais qu’il est le résultat d’une quête incessante des combinaisons optimales entre ces deux options afin de consolider le développement et construire la compétitivité. Le second niveau est lié aux réformes nécessaires à opérer dans le système commercial multilatéral afin qu’il puisse contribuer aux efforts de développement engagés par les pays africains. Il importe en particulier de desserrer la contrainte multilatérale à travers un renforcement du traitement spécifique et différencié des PED et d’améliorer l’insertion des pays africains dans le commerce international à travers une série de réformes visant un meilleur accès au marché des pays développés, une réduction de la dette, le renforcement des préférences, l’abandon de la réciprocité…
À l’analyse rigoureuse, l’auteur mêle aussi impressions de voyage et émotions ressenties dans l’atmosphère des négociations internationales. On connaît un peu mieux Cancun, un grand complexe touristique du Mexique où une semaine tous frais compris revient, à près de 300 dollars, le même prix somme toute qu’une semaine à Djerba, en Tunisie. Cancun, c’est aussi l’occasion de se remémorer le discours de F. Mitterrand prononcé le 20 octobre 1981 lors du sommet Nord-Sud. Malgré l’échec de la Conférence ministérielle de l’OMC, Cancun c’est une certaine solidarité retrouvée entre les PED comme en témoigne la constitution de divers groupes tel le G 20 ou le G 90. L’auteur nous fait part aussi de sa première impression de déception vis-à-vis de Sao Paolo, une ville de 5 millions de voitures pour 20 millions d’habitants, déception vite effacée par la chaleur de l’accueil. À Sao Paolo s’est tenue, du 13 au 18 juin 2004, la 11ème CNUCED sous le thème : « Renforcer la cohérence entre les stratégies nationales de développement et les processus économiques mondiaux pour la croissance économique et le développement ».Les termes de la Déclaration finale de la Conférence générale de la CNUCED mettent l’accent sur la nécessité pour les PED de formuler des politiques nationales qui poursuivent le développement et la diversification de leurs structures productives ce qui exige une profonde réforme de l’ordre économique international pour en faire le complément nécessaire aux efforts de développement au niveau national. Les termes sont en rupture avec le consensus de Washington et les prémices de ce nouveau consensus posés à Sao Paolo ne sont pas sans évoquer une certaine filiation avec la grande tradition des Pionniers du développement ainsi que la grande revendication du Tiers-monde en faveur d’un Nouvel Ordre Économique International tel qu’il a été exposé pour la première fois en 1974, lors de la 5ème session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York par le Président de la république algérienne.
Avec cette nouvelle publication, qui fait suite à d’autres, Hakim Ben Hammouda s’impose de plus en plus, dans l’espace francophone, comme un auteur important dans le champ de l’économie du développement.

Il faut signaler aussi que ce livre est utilement accompagné d’un petit fascicule (écrit en collaboration avec Magdi Farhat, actuellement, chef du Bureau de l’Afrique au Centre du Commerce International) intitulé : L’Afrique et l’OMC Les 100 mots-clés, publié par la même maison d’édition.

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