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Article 5 : Éthiopie Pays des visages brûlés

vendredi 16 septembre 2005


Éthiopie
Pays des visages brûlés

Philippe Savoye

« L’écorce d’un arbre n’adhère pas à un autre arbre » (proverbe éthiopien).

Un contexte aride… un peuple mosaïque... et une myriade de langues
L’Éthiopie — dont le nom provient du mot grec Æthiops, signifiant “pays des visages brûlés” — est située dans la Corne de l’Afrique, limitée à l’ouest par le Soudan, au sud-ouest par le Kenya, au sud-est par la Somalie et au nord-est par Djibouti et l’Érythrée, ce qui représente 5 328 km de frontières. L’Éthiopie n’a pas d’accès à la mer, depuis l’indépendance de l’Érythrée. Le pays couvre 1 130 000 km2, soit environ le double de la France, dont 7 444 km2 d’eau. Il est doté d’un réseau hydrographique important — Nil Bleu, l’Awash, Omo, Wabe Shebelle… — quelques-uns des plus importants affluents du Nil y prennent leur source.
Pays de contrastes — du désert minéral du Danakil (120 mètres en dessous du niveau de la mer) au sommet enneigé de Ras Dashen (4 543 m d’altitude) — l’Éthiopie est divisée en régions désertiques (triangle des Afars au nord-est, basses terres du sud-est), en savanes, en régions tempérées et subalpines (comprises entre 2 000 et 4 000 mètres). La vallée du Rift traverse le pays du nord au sud, jalonnée de lacs sur sa moitié méridionale, géologiquement active, sujette aux tremblements de terre et aux éruptions volcaniques.
C’est avant tout l’altitude et la mousson humide de l’Océan Indien qui influent sur l’ensemble des phénomènes météorologiques. Les régions possèdent des climats variés, mais l’aridité est une constante ; la sécheresse est fréquente (50 mm annuels de pluies dans les basses terres ; seuls les hauts plateaux sont régulièrement arrosés avec 1 m annuel de précipitations en moyenne). Sur les deux derniers siècles, on a relevé une cinquantaine d’années de sécheresse.
L’Éthiopie est constituée de plus de quatre-vingts ethnies à l’importance variable. Les Oromo, les plus nombreux, représentent près de 40 % de la population, suivis des Amhara et des Tigréens. Les autres ethnies numériquement importantes sont les Sidamo (9 %), les Ari et les Somali (6 % chacun), et les Afar (4 %). Le pays compte autant de langues que d’ethnies, sans omettre les innombrables variétés linguistiques (plus de 200 dialectes). Toutes les langues appartiennent à deux familles : la famille chamito-sémitique et la famille nilo-saharienne. L’amharique a perdu son statut de « langue officielle » pour celui de « langue de travail » du gouvernement fédéral. Surtout pratiqué dans les centres urbains, l’anglais est la seconde langue administrative.
La religion chrétienne concerne 57 % de la population. Elle est essentiellement orthodoxe ou copte (52 %), et prédomine dans le nord du pays. L’Islam est pratiqué par un tiers des habitants, principalement dans les régions isolées du Sud et de l’Est. Quelque 10 % des Éthiopiens sont animistes, notamment parmi certaines ethnies du sud et du sud-ouest. Persécutée par les autorités, la majorité de la communauté Falachas émigra en Israël lors d’un pont aérien en 1984 – 85.

Berceau de l’humanité... et du christianisme
La formation de l’Éthiopie moderne remonte à la seconde moitié du XIXème siècle.
En 1889, le roi du Choa soumet les États Oromo du sud-ouest, la région d’Arsi et l’émirat d’Harar. Il se proclame Négus Negast (roi des rois) et se donne le nom de Ménélik II. L’empereur signe avec les Italiens le traité de Wichalé qui délimite la frontière entre l’Éthiopie et la colonie italienne de l’Érythrée. Fortes de velléités expansionnistes, les troupes italiennes occupent le nord du Tigré, mais sont défaites (1896). Dans la foulée, Ménélik II annexe les régions arides de la périphérie éthiopienne et donne ainsi à l’Éthiopie ses frontières actuelles.
En 1916, Taitu, la fille de Ménénlik II, est nommée impératrice et Ras Tafari, ancien gouverneur du Harargué, est désigné pour exercer la régence. En 1926, à la mort de l’impératrice, Ras Tafari est proclamé Négus. Il devient le 256ème et dernier roi de la dynastie salomide, sous le nom spirituel d’Hailé Sélassié, ce qui signifie “le pouvoir de la Trinité”. Une première Constitution adoptée en 1931 crée deux Chambres. L’État se dote d’une banque. L’Église orthodoxe qui dépendait alors totalement de l’Église copte égyptienne, obtient peu à peu son indépendance, qui sera complète en 1959.
En 1935, les troupes fascistes de Mussolini envahissent l’Éthiopie et le 9 mai 1936 annexent le pays aux colonies italiennes d’Érythrée et de Somalie, créant “l’Afrique Orientale Italienne”. L’empereur s’exile à Londres.
Lorsque l’Italie entre en guerre aux côtés de l’Allemagne en 1940, Hailé Sélassié reçoit le soutien de l’Angleterre. L’année suivante, les Italiens, isolés, se rendent. Le 5 mai 1941, Hailé Sélassié rentre à Addis-Abéba en libérateur. Humilié par les Britanniques qui hésitent à soutenir sa restauration, il choisit alors de s’allier aux États-Unis.
En 1950, la résolution « 390 A » de l’Organisation des Nations Unies donne le statut de territoire autonome à l’Érythrée et la rattache à l’Éthiopie par un lien fédéral, malgré les volontés indépendantistes de l’ancienne colonie italienne.

Une histoire contemporaine très mouvementée
Sous le règne d’Hailé Sélassié, l’Éthiopie amorce son développement économique et social, mais sans que ses structures féodales évoluent. L’empereur cherche surtout à créer des coteries et gère le pays en s’appuyant sur leurs rivalités. Les années 60 voient, outre une rébellion nationaliste érythréenne, le début des conflits avec la Somalie (qui cherchait à annexer les territoires des Somali de l’Ogaden) et le Soudan (qui soutenait les mouvements indépendantistes érythréens) et Haile Sélassié néglige les problèmes intérieurs : inégalités sociales, sous-développement et famines (plus de 100 000 morts).
Le 12 septembre 1974, une junte militaire dépose officiellement l’empereur, mettant un terme à la crise ouverte. Cette « révolution tranquille », avec à sa tête un conseil militaire réunit au sein du « DERG » (comité administratif militaire provisoire) se poursuit dans des bains de sang qui se perpétueront après la prise de pouvoir par le major Mensgistu Hailé Mariam en février 1977.
Le mot d’ordre de la révolution « Éthiopie Tekdem » (Éthiopie d’abord) est fondé sur un « socialisme spécifiquement éthiopien ». Le Conseil militaire rend public son programme prévoyant l’abolition de la monarchie (le 21 mars 75), décide des premières mesures de nationalisation de l’économie, organise une réforme agraire calquée sur le modèle des pays d’Europe de l’Est. Mengistu oriente l’État vers le marxisme- léninisme et obtient un renversement complet des alliances en politique étrangère : Moscou retire son soutien à la Somalie, pour se porter avec Cuba au secours de l’Éthiopie. Ainsi, elle peut écraser une attaque somalienne ayant pour objectif de récupérer l’Ogaden qui avait fait sécession en 1977 (la paix est conclue le 3 avril 1988). L’Éthiopie adhère au COMECON2. En Érythrée, la lutte continue ; au Tigré, démarre en 1974 un mouvement de résistance réclamant la sécession de la province.
En 1984-85, une terrible famine ravage le nord-ouest du pays (300 000 morts et 7 750 000 personnes touchées). Afin de diminuer la pression démographique dans le nord et mettre en valeur les régions humides et sous-peuplées du sud, deux millions et demi de paysans sont déplacés de force, dont au moins 20 % périssent lors des regroupements. À partir de 1987, l’Éthiopie devient une « République populaire et démocratique » à parti unique.
Mais la situation bascule en 1988 : l’URSS n’est plus disposée à soutenir l’Éthiopie. Le Front Populaire de Libération du Tigré (FPLT) prend la tête d’une large coalition d’opposition et s’allie avec le Front Populaire de Libération de l’Érythrée (FPLE), avec le soutien de militaires soudanais. Le 28 mai 1991, le FPLT et ses alliés entrent dans Addis-Abéba. Le pouvoir passe aux mains d’une coalition de rebelles dirigée par le chef Tigréen Meles Zenawi. Mengistu s’exile au Zimbabwe.

Aujourd’hui, le règne des Tigréens
Le nouveau pouvoir, largement minoritaire, coopte des élites régionales sur des bases ethniques et entreprend des réformes à tonalité libérale, en privilégiant une façade démocratique qui lui apporte le soutien du monde occidental. L’Éthiopie se trouve dans la situation paradoxale d’être gouvernée par d’anciens maquisards sécessionnistes maoïstes pro-albanais qui, une fois au pouvoir, adhèrent à l’économie de marché, au pragmatisme capitaliste et retrouvent les réflexes traditionnels du nationalisme éthiopien qu’ils avaient combattu durant des années. De fait, ils sont devenus de nouveaux oppresseurs pour des ethnies minoritaires, qui les accusent de perpétuer le comportement traditionnel des tenants du pouvoir central en Éthiopie.
De longue date, les mouvements indépendantistes érythréens ont mené une lutte intense pour faire sécession. Actifs pendant la dictature militaire, leur prise de pouvoir avec les Tigréens rend possible l’organisation d’un référendum. L’Érythrée se proclame indépendante le 24 mai 1993. Après une période de cohabitation, la délimitation de la frontière entre les deux pays, et notamment le contrôle de la région de Shiraro, entraîne une guerre contre l’Érythrée qui durera plus de deux années : de mai 98 à juin 2000. En 1999, les experts internationaux estiment que le coût du conflit s’élève à près de 10 % du PIB.
Ce conflit s’achève par un accord de cessation des hostilités, signé le 18 juin 2000, sous l’égide de l’Organisation de l’Unité Africaine puis un accord de paix le 12 décembre suivant à Alger3, qui donnent mandat aux Nations Unies d’organiser le déploiement d’une force militaire « la Mission des Nations Unies en Éthiopie et Érythrée » (MINUEE) forte de 4 200 hommes et de 200 observateurs. Cependant, le compromis, trouvé principalement à la suite des pressions occidentales, ne règle pas le problème au fond.
La constitution du 8 décembre 1994, entrée en application le 22 août 1995 a mis en place un système fédéral reposant sur neuf “États ethniques” (ethnico-linguistiques). Le pouvoir législatif, repose sur le bicamérisme et le pouvoir exécutif sur deux têtes : le président de la République, élu pour six ans par la Chambre des représentants du peuple, dont la fonction est honorifique et le Premier ministre, choisi par le parti majoritaire à la Chambre des représentants du peuple pour un mandat quinquennal, renouvelable une fois. Celui-ci organise la vie politique du pays. Celui-ci choisit les dix-huit membres de son cabinet gouvernemental. Ce poste est occupé par Mélès Zenawi depuis près de dix ans. Tigréen, artisan du changement politique, il est le chef du parti de la coalition majoritaire au Parlement (le Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Éthiopien – FDRPE).
Les élections législatives de mai 2000, véritable plébiscite pour un gouvernement contesté, mais rendu populaire par son intransigeance envers l’Érythrée, lui donnent une légitimité issue des urnes. Le 8 octobre 2001, le lieutenant Girma Wolde-Giorgis est élu président de la République fédérale démocratique d’Éthiopie pour six ans par les deux Chambres du Parlement.
Le gouvernement essaie de mettre en place une politique fédérale, laissant une certaine autonomie aux régions ; cependant, les troubles se multiplient et peuvent s’analyser selon deux clivages : l’un entre pouvoir central dominé par les Tigréens et forces centrifuges des mouvements rebelles d’origine ethnique, l’autre à caractère religieux entre les Chrétiens et les Musulmans. Accentuées par des trafics d’armes, les zones d’instabilité de l’Éthiopie se multiplient et des groupes d’opposition prennent force, tels le FLO (Front de Libération Oromo) ou le FNLO (Front de Libération Nationale de l’Ogaden), réprimés violemment.
L’Éthiopie demeure un allié des pays occidentaux, notamment dans la « lutte contre le terrorisme », et elle maintient des relations privilégiées avec les États-Unis.

Une situation économique délicate
L’économie est essentiellement rurale. Dans l’agriculture travaillent 80 % de la population active et elle contribue pour 40 à 50 % du PIB en fonction des conditions météorologiques. La croissance annuelle moyenne de 1991 à 2002 s’élève à 2,5 %. En 2002, de même que dans les années 80, plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’aide alimentaire d’urgence — apportée en réponse à la crise humanitaire de 2002-03 — prend le pas sur les solutions durables. Le gouvernement projette de réinstaller dans le sud du pays, d’ici 2006, 2,2 millions de paysans qui vivent dans les zones désertiques du nord.
Afin de se désenclaver, l’Éthiopie négocie avec ses voisins. Pour permettre un débouché maritime, un accord est signé en avril 2002 avec Djibouti pour l’utilisation du port et la création d’une zone franche éthiopienne. En février 2003 un accord est passé avec le Soudan afin d’importer les produits pétroliers.
L’Éthiopie est le premier pays d’Afrique et parmi les dix premiers au monde en matière d’élevage. Ce secteur inclut 35 millions de têtes de bétail (chiffre 2002), 12 millions de moutons et 10 millions de chèvres, mais seuls les cuirs font l’objet de commerce. L’Éthiopie se situe au 2ème rang mondial (2003) quant au nombre d’ânes, au 7ème pour les bovins, au 8ème pour les chèvres et au 21ème pour les moutons. L’élevage constitue, avant tout, une activité sociale traditionnelle qui représente plus un signe de richesse qu’une ressource exploitée4. Le pays est le principal producteur du café arabica en Afrique et se situe au 8ème rang mondial.
Si le principal facteur de croissance demeure l’agriculture, il faut noter l’activité soutenue des secteurs de services et de la construction (bâtiment, infrastructures). Le taux de croissance industrielle se situe autour de 5 % l’an, mais l’industrie en est toujours à sa première phase de développement, principalement engagée dans la production de produits alimentaires, de textile, d’habillement et d’ouvrages de cuir. L’industrie agroalimentaire est le sous-secteur le plus vivant et enregistre des augmentations continuelles depuis 1992. Ces industries se trouvent essentiellement autour d’Asmara et d’Addis-Abéba.
L’Éthiopie possède des mines d’or et de platine, de cuivre, de zinc, de sel de potasse ; seul l’or est exploité. Des recherches pétrolières ont révélé la présence de 2,5 milliards de tonnes de pétrole et un gisement de 25 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dépassant les besoins du pays, a été découvert dans l’Ogaden. Le potentiel hydroélectrique, estimé à 56 milliards de kW par an, n’est exploité qu’à 2 %… mais l’Égypte, qui a les moyens militaires d’imposer ses vues, voit d’un très mauvais oeil que l’Éthiopie entreprenne des barrages sur le Nil bleu, menaçant le débit aval du « fleuve sacré », source de 90 % de son eau.
Avec la fin de la guerre contre l’Érythrée, les aides financières se multiplient, d’un côté pour venir en aide à la dizaine de millions d’Éthiopiens qui ont besoin d’une aide alimentaire, et, de l’autre, en contrepartie de l’engagement du gouvernement de diminuer le budget de la défense de 13,4 % à 5 %. En 2003, l’aide publique au développement reçue s’est élevée à 1 504,4 millions de dollars (5ème rang mondial), soit 21,9 dollars par habitant et 22,6 % du PIB (contre 11,8 % en 1990).
Le 20 avril 2004, l’Éthiopie atteint le point d’achèvement de l’initiative “PPTE renforcée” et devient le 24ème État à bénéficier d’une réduction substantielle de sa dette. L’allègement dont elle bénéficie à ce titre se monte à 3,3 milliards de dollars en valeur actualisée, soit plus de 80 % de la dette. S’y ajoutent 934 millions de dollars au titre de l’accord trouvé le 13 octobre 2004 au Club de Paris et des allègements de dettes bilatérales additionnelles. Les économies ainsi réalisées représenteront en moyenne 96 millions de dollars par an, sur les 30 prochaines années. Ces dispositions ont réduit de plus de moitié le ratio du service de la dette qui est tombé d’environ 16 à 7 % du PIB entre 2001 et 2003.

Perspectives économiques
Dans le cadre du programme économique à moyen terme, la politique budgétaire se concentre sur deux axes principaux : orienter les dépenses affectées précédemment à la défense nationale vers la lutte contre la pauvreté et réaliser des réformes fiscales visant à améliorer les recettes. En 2002-03 le déficit budgétaire global atteint 8,3 % du PIB, alors que les aides d’urgence atteignent l’équivalent de 5 % du PIB.
Des réformes économiques ont été engagées, comme le programme de privatisation, tout en maintenant le monopole sur certains secteurs (télécommunications, secteur bancaire…). L’État dispose également d’un plan sur 25 ans pour la gestion de l’énergie, afin de satisfaire à ses besoins.
À moyen terme il prévoit de mettre en œuvre des projets d’irrigation. De longue date, l’Éthiopie a connu de graves sécheresses et famines et plus récemment en 1972-73 (estimation 700 000 morts5), en 1984-85 (plus de 300 000 morts). L’impact de la famine étant aggravé par l’insuffisance des moyens de transport nécessaires pour recevoir et distribuer l’aide alimentaire et médicale. Il semble que les périodes de sécheresse ont tendance à s’allonger et que leur impact s’aggrave (FAO, 2000). De 7 à 10 millions d’Éthiopiens dépendent annuellement de cette aide.
La disette endémique est due moins à une insuffisance marquée de la production (en 1960 la production céréalière assure 266 kilos par habitant) qu’aux stratégies de certains corps sociaux : les excédents sont dans les mains des grandes familles terriennes du Centre et du Sud. La sécheresse, la famine qui en découlent, l’inefficacité de la distribution de l’aide alimentaire6 entraînent des exodes massifs et révèlent la déstabilisation de populations rurales. De 1970 à 1985 la population urbaine est passée de 7 à 15 %, accentuant encore la paupérisation.
Actuellement 13,7 millions d’hectares, soit 12 % de la superficie du pays, sont cultivés, essentiellement dans des exploitations de petite taille (de 0,5 à 2 hectares), ce qui explique que seulement 25 % de la production soient commercialisés. Les parcelles (propriété de l’État) sont si petites que la jachère ne peut être pratiquée, ce qui appauvrit le rendement déjà faible. Par ailleurs, le PNUD estime à 40 % les terres inexploitées et les terres potentiellement irrigables à 10 millions d’hectares.

Une situation sociale critique
L’Éthiopie est située au 170ème rang (sur 177), par le PNUD, au titre des indicateurs de développement humain 2003 (publiés en 2005).
Le système éducatif affiche l’un des taux les plus faibles de l’Afrique subsaharienne. Dans ce secteur également, l’arrêt de la guerre avec l’Érythrée a permis une augmentation significative. Le gouvernement s’est engagé à atteindre un taux brut d’inscription dans le primaire de 65 % en 2004-05, alors qu’il était de 46 % en 2002 (garçons 56 %, filles 34 %) et seulement de 15 % dans le secondaire. Les dépenses publiques d’éducation sont passées de 3,4 % à 4,8 % du PIB, de 1990 à 2002.
Les dépenses publiques de santé représentent 1,4 % du PIB et moins de la moitié de la population a accès à des soins. Les services de santé manquent de personnel qualifié (3 médecins pour 100 000 habitants) et l’accès à l’eau potable est un problème endémique. Ces données, ajoutées à la pénurie alimentaire entraînent des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 52 % des enfants ont un retard de croissance, 42 % de la population souffrent de malnutrition. Des campagnes de vaccination sont organisées (tuberculose, rougeole, etc.).
Le pays a une croissance démographique rapide ; le taux annuel sur la période de 1975 à 2002 s’élève à 2,7 %. La population est jeune : les moins de 15 ans représentent 47,2 % et les plus de 65 ans, seulement 2,8 % du total (chiffres 2002).
Ces dernières années un autre facteur a rendu toujours plus difficile la vie des Éthiopiens : le spectre grandissant du VIH/SIDA (pandémie accentuée par le chômage élevé, une prostitution plus fréquente et un taux de migration important). On compte 10,6 % d’adultes séropositifs. Selon un rapport d’experts des Nations Unies publié en avril 2005, le nombre de décès dus au SIDA, qui a atteint 900 000 en 2003, pourrait doubler d’ici 2008, si la tendance actuelle se poursuivait.

Quel devenir ?
Permanence des conflits ethniques
La division ethnique est constitutionnelle, les mouvements politiques se fondent sur cette même base, les luttes sociales incluent toujours cette dimension, tout comme… la répression. Aujourd’hui encore, malgré des élections sans doute plus démocratiques qu’hier, la minorité tigréenne règne sur le pays, même si des alliances se font jour pour se maintenir au pouvoir. Les mouvements séparatistes demeurent vivaces et les conflits à connotation ethnique sont fréquents.
Les élections législatives du 15 mai 2005 ont débouché sur un imbroglio : l’opposition et le parti au pouvoir se déclarent vainqueurs et une violente répression s’est abattue sur l’opposition (plusieurs dizaines de morts). Les partis d’opposition ont formé un front multiethnique pour créer la « Coalition pour l’unité et la démocratie » (CUD)1 Pour son président, Hailu Shawil, deux conditions doivent permettre de progresser sur le chemin de l’unité du pays : chaque parti doit accepter tout Éthiopien quelle que soit son origine et la terre doit être une propriété privée, chaque groupe pouvant la gérer en fonction de son système foncier.

L’insécurité alimentaire
Les sécheresses sont cycliques, la pauvreté est endémique. L’irrigation est quasiment absente alors que des fleuves sillonnent le pays. Les études menées2 prouvent que la pénurie alimentaire ne peut se résorber de façon isolée. La prise en compte de la population rurale ne peut se concevoir qu’en intégrant un ensemble de données : santé, nutrition, revenu, environnement : « L’agriculture, l’environnement, la nutrition humaine et la santé sont intimement liés et mettent en lumière la nécessité d’adopter une approche holistique des facteurs qui font obstacle au bien-être humain ».
Quelques voix s’élèvent pour dénoncer une volonté d’assistance pour asservir le peuple, privilégier les ethnies dominantes, répondre aux impératifs internationaux... L’aide alimentaire d’urgence apportée en réponse à la crise humanitaire 2002-03, prend le pas sur les solutions durables : accès pour tous à l’eau potable, construction d’infrastructures de santé, réforme agraire, investissements dans l’agriculture, etc.

1 Elle regroupe 4 partis : All Éthiopian Unity Party (AEUP), Ethiopian Democratic Union Party-Medhin (EDUP-Medhin), Rainbow party et Ethiopian Democratic League (EDL).
2 Notamment celle du Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien, en lien avec l’Institut international de recherche sur l’élevage, structure éthiopienne.


Données générales

Forme conventionnelle : République Démocratique Fédérale d’Éthiopie
Capitale : Addis-Abeba
Chef de l’État : Girma Wolde-Giyorgis Lucha
Chef du gouvernement : Mélès Zenawi
Langue officielle : Amharique
Monnaie : le birr (remplace le dollar éthiopien en 1976)

Démographie

Nombre d’habitants (2004) : 70 678 000
Densité : 64 habitants au km2
Population urbaine : 15,6 %, en augmentation de 6 % par an
Taux de croissance annuelle 1975 – 2002 : 2,7 %
Taux de croissance annuelle prévisible 2002 – 2015 : 2,4 %
Indice synthétique de fécondité 2000 - 2005 : 6,14
Mortalité infantile 2000 - 2005 : 10,04 %

Indicateurs
Indice de Développement humain (données 2005) : 0,367, soit 170ème sur 177 pays
Indice de la pauvreté humaine (données 2005) : 55,3 %, 99ème rang sur 103
Espérance de vie : 47,6 ans
Taux d’alphabétisation des adultes de 15 ans et plus : 41,5 %
Taux brut de scolarisation combiné du primaire au supérieur : 36 %
PIB par habitant : 711 $ (donnée PNUD)
Population privée d’accès à un point d’eau aménagé : 78 %, dernier rang mondial*
Insuffisance pondérale des enfants (en pourcentage des moins de 5 ans) : 47 %
Population vivant avec moins de 1 $ par jour : 26,3 %, avec moins de 2 $ par jour : 80,7 %
Personnes souffrant de malnutrition (200/02) : 46 %
Économie
PIB total (PPA) : 46 803 millions de dollars
Croissance annuelle 1992 – 2002 : 5,3 %
Investissement (en pourcentage du PIB) : 18,0 %
Dette extérieure totale : 6 523 millions de dollars
Service de la dette / exportations : 13,6 %
Taux d’inflation (2002-03) : 14,6 %
Aide publique au développement perçue : 1 504,4 millions $ (22,6 % du PIB)

* Le pays qui le précède, le Tchad, a 66 % de la population privée d’un accès à un point d’eau aménagé.

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