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Article 7 : Le Mali, hier et aujourd’hui (1972 / 2005) Le point de vue d’un médecin

vendredi 16 septembre 2005


Le Mali, hier et aujourd’hui (1972 / 2005)
Le point de vue d’un médecin


Patrick Defontaine

Avec Marie-Colette, mon épouse, nous avons une pratique du Mali ancienne et répétée :
– de 1972 à 1978, pendant six ans, comme coopérants civils, mis à la disposition du gouvernement du Mali par le gouvernement français (Ministère de la Coopération) ;
– moi-même, spécialiste en anesthésie réanimation, médecine aéronautique et réparation de dommage corporel ; Chef de service des urgences à l’hôpital du Point G ; Chargé de cours à l’École de Médecine (devenue Faculté) et à l’École Nationale d’Infirmiers ;
– mon épouse, spécialiste en gynéco-obstétrique, hématologie et génétique humaine ; Chef de service au Laboratoire National de Biologie et Chef de consultations de Protection Maternelle et Infantile ; Chargée de cours à l’École de Médecine et auprès des sages-femmes ;
– de 1978 à 1992, pendant quatorze ans, au retour en France, famille d’accueil de trois enfants Maliens (dont deux sont retournés au pays), hôtes d’accueil de famille “sans papier”, pilotes de stages de perfectionnement de nos anciens élèves de Bamako en France ;
– des retours épisodiques au Mali en 1994 / 1996 / 2003.
La dernière fois en 2005 pour l’installation dans notre “case” construite en deux ans pour nous servir de résidence d’hiver… et plus. Il ne s’agit pas pour nous d’un “placement défiscalisé”, mais d’un encouragement à un artisanat de qualité en donnant du travail et un revenu à des hommes associés à l’édification de quelque chose de beau. C’est, si l’on veut, du commerce équitable directement sur place, bien que notre démarche soit d’abord l’amitié pour une population qui nous a accueillis et avec qui nous avons partagé le meilleur de nous-mêmes.
De cette expérience et de cette présence, j’avertis bien que je ne prétends à aucune connaissance générale de l’Afrique. Je connais à peu près le Mali et ses ethnies. C’est tout.
Je n’ai aucun encombrement intellectuel ou partisan pour savoir si « la colonisation a eu un effet bénéfique » ou si « l’Afrique est mal partie ». Tant de bêtises prétentieuses ont été dites que je ne veux pas en rajouter.
Je précise encore que je suis médecin, pas journaliste ni économiste, et donc incapable de dire si la politique aurait dû privilégier ceci ou cela. Je n’arguerai pas non plus de mon expérience d’ancien élu local d’un coin déshérité de Bourgogne (eh oui !) pour donner un avis péremptoire venu d’une autre planète. Même sur un point sensible comme celui de la corruption, de nombreux mauvais exemples en France me ramènent à un silence prudent.
Je constate que les Maliens savent faire, eux-mêmes, leur autocritique, qu’ils ont parfois suivi à tort « des conseils d’amis », mais je ne me place ni en donneur de leçon, ni en pénitent pleurnichard sur « l’égoïsme des blancs » et les méfaits de la mondialisation.
Ces précautions étant écrites, je voudrais détailler mon point de vue, suite au séjour récent où j’avais programmé des déplacements précis et des rendez-vous techniques1 pour me faire une opinion sur l’état et l’évolution du pays.

1 – Le Mali est un pays pauvre mais pas misérable.
La misère, c’est en Europe que je l’ai connue. Ça n’a pas du tout la même signification de constater un revenu de 2 dollars par habitant et par jour en Europe, et le même revenu au Mali. Plus de la moitié de l’économie y est en effet “informelle”, ne rentrant dans aucune statistique ni participation au commerce mondial. La dot, pour un mariage, n’est pas en dollars mais en têtes de bétail et en sacs de coquillages (les cauris pré-monétaires). Et, plus que tout, la solidarité familiale permet des échanges et d’obtenir des subsistances, ce dont on a souvent perdu l’idée en France.
Et c’est bien chez nous et en Europe centrale et orientale que j’ai vu les pires misères.
Le problème n° 1 est celui de l’autosuffisance alimentaire. Nous avons connu la période de grande sécheresse des années 70, avec des récoltes dramatiquement faibles, des troupeaux décimés (et ce qui en restait broutant les derniers arbres), une aide internationale insuffisante et détournée.
Cette page est tournée. La pluviométrie est globalement plus satisfaisante. Certes, 2004 a été mauvais dans certaines zones, mais 2005 a été excellent. Nous avons vu le mil, le maïs, le riz en abondance et entendu la satisfaction de la bouche même des paysans. Le cheptel est florissant en viande et très amélioré en lait. Les criquets pèlerins ont épargné le Mali, même s’il faut traiter, par précaution, les zones d’infestation.
Le problème de fond est donc d’échapper aux aléas pluviométriques. Or le fleuve Niger ne manque jamais d’eau. Et un legs de la période coloniale est “l’Office du Niger” qui irrigue un million d’hectares. Seuls 100 000 sont aujourd’hui cultivés. Il existe des difficultés psychologiques et financières d’installation dans ce “second Nil d’Afrique”. Le gouvernement incite ses nationaux mais aussi des étrangers à faire fructifier ces surfaces et résoudre ainsi durablement le problème frumentaire de base (on m’a proposé 50 hectares).
Quant « aux cultures d’exportation », il s’agit essentiellement du coton. Ceux qui s’intéressent à ce sujet peuvent, par internet, comprendre que le problème est plus complexe que l’accusation potée contre les États-Unis comme d’être les dérégulateurs du marché mondial. Cette année, la récolte a été moins bonne, et le Burkina-Faso dépasse le Mali comme deuxième producteur d’Afrique derrière l’Égypte. Le prix payé aux exploitants est aussi plus faible que dans le pays voisin.
L’article d’Antoine Brawand « Ambivalences des échanges Sud – Sud : quelles implications pour l’industrie textile en Afrique ? »2, explique bien les difficultés d’industrialisation de la filière coton dans ce pays. Entre les producteurs qui veulent gagner plus et les consommateurs à faible pouvoir d’achat, la confection autochtone a du mal à se rentabiliser.
Il existe une réflexion locale pour éviter dans certaines zones une monoculture du coton, et privilégier une rotation avec d’autres produits agricoles de consommation locale (graminée de type nyébé). Mais il faut bien se rendre à l’évidence que la transformation sur place de ce coton qui apporterait une valeur ajoutée se heurte à la difficulté de trouver des capitaux à investir, à celui de dépasser le préjugé dominant que les “tisserands” sont de caste inférieure (freinant le recrutement de main-d’œuvre), et aux aléas du commerce mondial dominé par la Chine (25 %) dont les exportations s’emballent puis sont freinées par l’Europe. Le chômage a beau être dramatique en France, les délocalisations ou implantations nouvelles sont une nécessité pour ne pas enfermer la moitié de l’humanité dans sa pauvreté. À nous d’inventer nos propres solutions, puisque nous sommes “développés”.
Quoiqu’il en soit, en 30 ans, on ne peut que constater un certain développement et enrichissement marqué par l’apparition d’une classe moyenne entre les très riches et les pauvres ou très pauvres. C’est ce que j’appelle la classe TTC (Téléphone, Télévision, Climatisation). Ceci s’accompagne de l’accès au travail des femmes, même sous-qualifiées et sous-payées et d’un équipement ménager moderne. Les voitures sont plus nombreuses, et plutôt en meilleur état. Il y a plus de magasins avec vitrines et climatisation, et les supérettes ont une clientèle davantage malienne qu’expatriée.
Dans ce contexte, le désir d’émigration reste très fort à la fois chez les plus diplômés et les plus pauvres. La télévision, très répandue, sur batterie même dans les villages sans électricité, montre un Eldorado (ah la télé-réalité !) que semblent confirmer les mandats mensuels que les Maliens déjà partis envoient régulièrement, en se privant au maximum, voulant prouver leur solidarité et leur réussite.
La mendicité existe bien sûr en ville ; et en brousse les gamins demandent des “cadeaux” (on s’est donné bonne conscience en inaugurant la chose), mais cet aspect qui peut heurter tout visiteur non averti, est plutôt en diminution sur trois décennies. Ce n’est peut-être qu’une impression personnelle, car la réalité est inquantifiable.
 
2 – Le Mali connaît une indéniable évolution démocratique
Nous avons connu une dictature militaire ayant elle-même remplacé un régime du type “bloc de l’Est”.
Depuis quinze ans, la situation politique a changé. Trois élections présidentielles ont eu lieu avec pluralité de candidatures et ont vu se succéder deux présidents. Les partis politiques sont nombreux et il n’y a pas de parti majoritaire du président…
La presse est également maintenant pluraliste, sans censure et librement critique.
La corruption reste un problème. « Si le sida n’existait pas, il faudrait l’inventer », m’a dit un Malien, évoquant les dons détournés de leur finalité que cette maladie suscite. Il ajoutait : « pendant que les gros bras se partagent ou se battent entre eux pour cette manne, ils nous f… la paix ». Je crois qu’il exagère, mais lui et moi avions à l’esprit l’épisode de grande sécheresse, où cela crevait les yeux.
 
3 – Le Mali connaît une bonne évolution sanitaire.
Le pays a investi depuis longtemps dans la qualité de la formation de ses professionnels de santé (Faculté et Instituts réputés et attractifs pour toute l’Afrique).
Selon l’ancien Premier ministre de l’époque, avec la politique d’ajustement structurel (Fonds Monétaire International), tous les diplômés ne deviennent plus automatiquement fonctionnaires. Cela devient un choix et le résultat d’un concours. Selon mon interlocuteur, cette contrainte a été bénéfique et a permis des installations dans tous les villages et quartiers, soit en statut public, soit en libéral ou associatif avec des financements diversifiés et des équipements de base satisfaisants.
J’ai moi-même constaté ces coexistences de pratiques différenciées dans les quartiers et en brousse. J’en ai visité plusieurs et j’ai trouvé appareillage et motivation des personnels à la fois pour les soins primaires et les soins spécialisés.
Par ailleurs les populations sont motivées : en campagne c’est le champ communautaire dont le produit finance dispensaire et maternité. En ville, c’est la solidarité familiale qui cotise pour des soins sophistiqués. J’ai vu dans plusieurs cabinets de groupes des équipements qu’on ne trouve habituellement en France qu’à l’hôpital ou en clinique. À l’hôpital de la capitale, j’ai vu un équipement de télémédecine permettant de travailler en direct avec les meilleurs spécialistes du monde entier.
Le résultat incontestable de ce progrès est la chute spectaculaire de la mortalité infantile passant de 50 % à 11 %, donnant enfin aux femmes la conscience et le choix pour une natalité maîtrisée (encore 7 enfants par femme).
J’ai rencontré longuement le médecin-chef du centre anti-SIDA de Bamako. Il dirige une unité mixte, médicale et sociale de dix-huit personnes, pour prendre en charge les malades, les soigner, et aussi les aider à vivre dans leurs relations sociales et de travail.
Ce confrère m’a confirmé qu’il traitait 2 600 malades, avec des journées à 120 consultations médicales ou sociales. Sa structure (salaires des personnels, tous frais de fonctionnement) et les médicaments anti-rétroviraux sont pris en charge par le fonds mondial SIDA, qui a pris la relève de la France. Tout est donc gratuit pour les malades. De l’hospitalisation à domicile est parfois organisée pour les malades en fin de vie.
Le pourcentage des malades du SIDA dans la population est de 1,57 %, à ne pas confondre avec le taux de prévalence de la séropositivité qui n’est l’objet que d’approximation, même par l’ONU-SIDA, à 4,5 % au Mali (40 % en Afrique Australe).
Il existe de grosses campagnes d’information sur la prévention avec toutes les alternatives : « SOIS ABSTINENT, SOIS FIDÈLE OU UTILISE LE PRÉSERVATIF ».
Dans toutes les régions du Mali, il existe une structure comparable. Je note cependant qu’en 2003, ce centre soignait 1 000 sidéens au lieu de 2 600 aujourd’hui. L’épidémie s’étend-elle, ou la prise en charge est-elle mieux faite ?
Au cours de mon dernier séjour un début d’épidémie de choléra s’est déclenché au nord-ouest du pays, vers Nara ; mais en une dizaine de jours, la situation a été maîtrisée, montrant ainsi l’efficacité de la structure sanitaire.
Concernant la lèpre, autre maladie emblématique, hélas, du Mali, il se confirme une nette diminution de la prévalence, au point que le centre de réhabilitation de Samanko est quasiment fermé par absence de nouveaux cas.

4 – Le Mali est un État laïque pour une société multiconfessionnelle à dominante musulmane
C’est un État laïque, selon la Constitution et la pratique juridique. Malgré la progression de l’islam, la charia n’a pas cours, il n’y a pas de critères officiels ni cachés pour les recrutements publics. La polygamie existe, mais le code civil matrimonial est au choix des mariés, et la polygamie préexiste à l’islam.
Certes les mosquées ont poussé comme des champignons et les pèlerinages à La Mecque ont de nombreux adeptes. Certes, en cas de mariages mixtes, le conjoint non-musulman doit se convertir et les enfants sont automatiquement musulmans. Mais l’Église catholique a longtemps demandé la même chose à ses fidèles épousant un protestant.
Quoi qu’il en soit, il reste des secteurs ruraux animistes réfractaires à toute conversion et où les musulmans n’ont pas droit de mosquée ni de prière publique. Comme me l’a dit l’évêque de Segou : « ils nous tolèrent parce que nous buvons de l’alcool comme eux ». Hélas, car l’évêque doit gérer l’aide aux veuves d’alcooliques.
L’Église catholique donne l’image de communautés paroissiales soudées et ferventes avec une place institutionnelle des laïcs (héritage des Pères blancs plus que du Concile). Nous avons pu voir des actions de jumelage avec une paroisse de Vendée et aussi la présence de prêtres venant d’Europe mais aussi du Congo et d’Angola.

5 – Le Mali attire une coopération internationale très diverse
La France reste le premier bailleur de fonds, dit-on, mais sur des projets dispersés et peu visibles. Elle n’a donc plus le premier rang dans la santé ou l’enseignement.
La Chine continue une coopération médicale. Surtout, elle participe à des Sociétés d’économie mixte dans le coton (cf. article de A. Brawand3) et dans une sucrerie (que j’ai visitée). Elle envisagerait d’envoyer des colons dans la zone irriguée de l’Office du Niger pour exploiter de la canne à sucre.
Les États-Unis sont très présents par l’État fédéral et des fondations privées. On leur doit une recherche appliquée antipaludéenne prometteuse, et une stimulation de l’artisanat et du commerce traditionnel vers l’exportation. On leur doit aussi l’animation inattendue d’une structure de micro-crédit très pédagogique. L’expérience semble prouver pour le moment qu’il ne s’agit pas d’aide à l’investissement économique, mais des crédits à la subsistance, et que les remboursements se font régulièrement quand le prêt est consenti aux femmes.
Les ONG : je ne veux pas démolir d’admirables bonnes volontés. J’ai moi-même fait partie et continue de faire partie ou de soutenir financièrement certaines d’entre elles. Mais « ça part dans tous les sens », au point que l’État malien a dû créer une sorte de sous-ministère de coordination. Et je comprends la réaction d’un Malien : « Arrêtez de nous aider, de nous donner des conseils ! ». Il y a un problème avec certaines ONG confessionnelles prosélytes et celles qui promeuvent l’avortement comme méthode de contraception. Et puis il y a les organismes para-ONU, qu’on ne sait pas classer et qui gaspillent. Deux exemples : en 2003, les troubles en Côte-d’Ivoire ont fait craindre un afflux de réfugiés. J’ai vu des centaines de tentes vides près de Sikasso, vides car les réfugiés ont retrouvé leurs familles maliennes ; mais le personnel expatrié de l’organisme para-onusien est resté là, et fait grimper les loyers et les prix. En 2004, il y a eu des zones de sécheresse et une menace de criquets pèlerins, donc quelques secteurs de soudure alimentaire difficile. Mais c’est à Bamako que se vendent les sacs de riz du Programme Alimentaire Mondial (PAM, c’est écrit sur les sacs), cassant les prix face aux riziculteurs nationaux. Il s’agit peut-être d’un détournement. Mais, c’est bien là le problème, car tous ces organismes, finalement, favorisent la corruption. Chacun pour ses objectifs a besoin de soudoyer tel employé administratif, tel douanier, tel policier, tel guide, tel interprète ou chef de village. Il faut du courage pour résister, pour pouvoir, quand on est bénévole, enfin travailler et accomplir l’objectif, la mission qu’on s’est donné. Je rends un hommage particulier à Santé-Sud, qui équipe des dispensaires en primo installation avec succès. Et à une association languedocienne ALAD qui construit des écoles et les remet au gouvernement malien.
 
6 – Le Mali vit une urbanisation accélérée
Bamako est passée de 300 000 à 1,2 million d’habitants. Toutes les capitales régionales ont aussi quadruplé. La crise ivoirienne a eu son lot de “rapatriés”.
L’alimentation en eau et électricité des centres urbains suit avec peine cette explosion, mais y arrive quand même. Ce n’est pas le cas de la voirie, des ordures ménagères, ni de la scolarisation, ni de l’emploi.
C’est une forme d’émigration intérieure. Elle révèle un problème de fond, c’est que les fils de paysans ne veulent pas prendre la relève de leurs pères. Mais ils partent alors qu’aucune mécanisation agricole ne peut suppléer à la défaillance de leurs bras. C’est la grande différence avec ce qui s’est passé chez nous. On a beau critiquer l’agriculture productiviste, elle a répondu aux exigences du moment et d’une population en baby boom.
 
7 – Les touristes au Mali
Ils sont encore peu nombreux. Dans un sens heureusement. À en avoir rencontré quelques-uns, on se pose la question de savoir s’il ne faudrait pas les obliger à un stage d’initiation avant de les laisser venir. Les Français surtout (ou parce que je comprends ce qu’ils disent), donnent l’impression d’être donneurs de leçons et prétentieux. Ils risquent d’être très nocifs, au retour chez eux, par l’image du Mali qu’ils peuvent répandre.
Je cite deux comportements :
Une consœur me raconte « sa merveilleuse découverte du désert », avec son 4 X 4, pour un Noël précédent. Je lui indique qu’heureusement le désert recule, ou tout au moins la progression des dunes vers les zones fertiles, grâce à un vaste et persévérant programme d’enforestation. « Quel dommage ! » me répond-elle, et déclarant qu’elle ne viendrait plus.
Un voisin de soirée raconte son équipée. Il est venu, à travers l’Espagne et la Mauritanie, revendre au prix fort au Mali une voiture qui n’était plus cotée à l’Argus. Mais il se plaint : 1/ que Tombouctou n’est pas vraiment dans le désert (même frustration que la précédente), 2/ qu’on l’a roulé en lui vendant 3 bananes pour 100 F CFA (0,15 €).
D’un autre côté, les conditions d’accueil, d’accompagnement en toute sécurité, et d’explication artistique et ethno-anthropologique ne sont pas réunies du côté malien. Il y a un gros effort d’investissement matériel et de formation professionnelle à faire.
Les sites et lieux de randonnée ne manquent pas entre le fleuve, le désert, les falaises et les villes soudanaises. Ce pourrait être une véritable chance d’échanges et de partages entre le monde « du Nord et celui du Sud ».
Mais il faut avoir à l’esprit que la clientèle touristique à fort pouvoir d’achat, et donc susceptible de dépenses et de retombées pour le pays, est surtout une clientèle retraitée, dont l’âge ne supporte les conditions climatiques qu’une moitié de l’année.
Il faudrait inventer un tourisme de séjour et non de déplacement, dans le respect de l’environnement et des coutumes culturelles locales. Ce sera peut-être notre participation pour ce pays, maintenant que nous avons choisi d’y rester plus longtemps chaque année, et que nous y avons nos fils adoptifs maliens, retournés “au pays”.
Conclusion : une autre image du pays
Il ne s’agit pas de dresser un bilan béat et lénifiant de l’évolution de ce pays. Mais il est incontestable qu’il y a des avancées positives dans plusieurs domaines essentiels, à l’exception de l’enseignement fondamental (primaire et collège) d’après beaucoup de mes interlocuteurs.
Le poids de la dette a exercé et exerce encore sans doute un frein macroéconomique au développement. La politique d’ajustement structurel a eu des effets positifs. On a cessé de payer des fonctionnaires morts ou émigrés depuis vingt ans, et de recruter sans avoir le budget correspondant.
Le plus positif est certainement l’absence de tout “syndrome de victimisation” du type : « c’est la faute au colonialisme, à la sécheresse, à la mondialisation ». Je n’ai pas de conseil à donner, heureusement !

Scènes de la vie quotidienne au Mali : fabrication de briques de terre crue ; pilage du petit mil ; Peul faisant traverser un bras du Niger à son troupeau ; potière au milieu de sa production ; au centre, des enfants curieux.
Photos : Xénia et Patrick Defontaine, novembre 2005.

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