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Article 3 : Vientiane, la campagne à la ville

jeudi 16 juin 2005

Vientiane,
la campagne à la ville

Aurélie Cevaer

Avant-propos
Suite à la Semaine de Coopération Internationale de la Solidarité à Grenoble, nous avons décidé d’alimenter le débat sur le clivage ville-campagne et sa pertinence en Asie du Sud-est aujourd’hui, par des observations faites à Vientiane, capitale du Laos.
Nous y avons effectué un stage de fin d’études dans le cadre du DESS ISUR1, de mai à septembre 2004. Notre mission était d’analyser la gestion et les usages de l’eau, de l’assainissement et des déchets solides dans la capitale, afin de dresser un diagnostic de leur impact sur la salubrité du milieu urbain et sur la situation sanitaire des citadins2.
Notre travail, mené en binôme, a consisté à rencontrer plusieurs acteurs de l’aménagement et des gestionnaires de ces services urbains, analyser le fonctionnement des infrastructures à l’échelle de Vientiane, enfin à réaliser une enquête auprès de 250 ménages résidant dans quatre zones centrales et périphériques du territoire de l’agglomération : Simuang, Thongkhankham Neua, Kountha Tha / Obmong, Phonkheng. Cette recherche est partie d’une démarche largement empirique, basée sur des recherches bibliographiques préalables et alimentée par de nombreux entretiens et témoignages3.
Vientiane, capitale du Laos, est le principal pôle urbain du pays et la pièce maîtresse du croissant de villes développé le long du Mékong. Elle se démarque du reste du territoire par son taux d’urbanisation et son dynamisme, bien que la préfecture de Vientiane, composée de districts urbains, périurbains et ruraux, reste encore marquée par une forte ruralité. On peut alors s’interroger sur la pertinence du clivage spatial ville-campagne, existant au niveau national, pour qualifier les différents périmètres de la préfecture, et plus précisément les districts urbains des districts périurbains.

Vientiane, “ville végétale”4
Une capitale empreinte d’une forte ruralité
Riveraine du Mékong et frontalière de la Thaïlande, la Province de Vientiane se situe au Centre Ouest du Laos. À l’image du pays peu urbanisé (taux d’urbanisation de 17 % en 1995), elle est empreinte d’une forte ruralité. La croissance naturelle de la population du Laos, estimée à 26,2 %, traduit un retard de transition démographique et un rattrapage d’après guerre. Par ailleurs, les paysans représentaient encore 84 % de la population active en 1995, ce qui fait du Laos le pays le plus faiblement industrialisé de la Péninsule, et celui disposant de la plus faible part d’emplois dans les services5.
Si Vientiane a, par rapport au reste du pays, largement pris son envol sur un plan économique et urbain, il n’en demeure pas moins qu’elle est encore profondément marquée par ces tendances. Sa taille, comme sa position excentrée par rapport au reste du territoire, contrastent avec ses fonctions de capitale nationale. La préfecture ne regroupait que 578 780 habitants en 2000, répartis sur 3 920 km2, soit une densité moyenne de 156 habitants au km26.
La capitale englobe trois zones séparées par des limites administratives. Le périmètre de la préfecture, actuellement divisé en 9 districts, eux-mêmes subdivisés en 486 villages. Le périmètre urbain officiellement reconnu depuis 2002 s’étend sur une superficie de 20 950 hectares : il est formé de 4 districts urbains et 3 districts périurbains rassemblant au total 189 villages et près de 335 000 citadins. Enfin, le périmètre du centre englobe les 4 districts urbains et leurs 100 villages. Ces quatre districts urbains, sur lesquels se concentre notre analyse, ont un taux moyen d’urbanisation voisin de 50 %, qui ne doit pas masquer les fortes disparités intra-urbaines.

L’extrême imbrication d’éléments urbains et ruraux
La préfecture de Vientiane, même si elle rassemble des districts qualifiés d’urbains, de péri-urbains ou de ruraux, présente sur toute son étendue une extrême imbrication d’éléments issus de la ville et de la campagne. Cette hétérogénéité rend difficile une distinction claire des espaces. En plus de la permanence d’une végétation importante jusque dans les villages les plus centraux, l’étalement urbain le long des axes routiers et par auréoles concentriques conduit à l’annexion de terrains agricoles et à la formation de zones interstitielles, ce qui entraîne une cohabitation entre espaces bâtis et rizières7. Il en résulte des contrastes saisissants entre villages, selon leur mode d’urbanisation (linéaire, en continuation de la zone centrale ou proches d’anciens villages excentrés), leur accès aux infrastructures et aux gros équipements, leur topographie ou leur situation par rapport au réseau hydrographique. Cette extrême imbrication des espaces est par ailleurs à la hauteur de la mixité sociale des quartiers, où de luxueuses villas et des habitations en dur côtoient des habitations traditionnelles sur pilotis (habitation majoritaire à la campagne) dont le rez-de-chaussée est fréquemment comblé par du ciment (on parle alors d’habitations lao modernisées).
À partir de ces observations, il nous a semblé possible de mettre en relief trois principaux types d’imbrications à Vientiane : une imbrication de type physique (pénétration des canaux, rizières et zones de maraîchages à l’intérieur du périmètre urbain, proximité des zones exondées et inondables), de type fonctionnel (proximité entre zones d’habitats, espaces agricoles et éléments urbains structurants : bâtiments administratifs, marchés, pagodes, écoles, etc.) et de type social (absence apparente de “ségrégation”, mélange des types d’habitats et de la population). Nous avons ensuite sélectionné quatre zones d’étude situées dans le périmètre urbain des 100 villages, en tentant d’englober une variété de caractéristiques physiques, fonctionnelles et sociales, dans le but d’observer un panel assez large de risques sanitaires dans les villages, suivant les caractéristiques urbaines de ces derniers.

Comparaison de deux zones : l’absence d’un clivage ville-campagne net au sein des 100 villages
De ces quatre zones, deux se situent dans le centre, une dans le péricentre et une quatrième à l’extrême limite du périmètre des 100 villages. Si l’on suivait l’idée d’une distinction spatiale des espaces, ces zones se différencieraient suivant leur positionnement par rapport au centre urbain, la présence de caractéristiques urbaines allant en décroissant au fur et à mesure qu’elles s’en éloigneraient. Ce n’est cependant que partiellement le cas à Vientiane, où des villages aux positionnements très variables par rapport au centre présentent de fortes ressemblances.
Ainsi, les villages Kountha Tha / Obmong et Phonkheng sont deux zones d’étude géographiquement éloignées mais que l’on pourrait qualifier de jumelles quand on observe leurs caractéristiques physiques, fonctionnelles et sociales. Kountha Tha et Obmong s’étendent de manière linéaire sur les rives du Mékong dans la limite du centre ancien et sont traversés sur toute leur longueur par une rue digue parallèle aux berges du fleuve, épine dorsale de part et d’autre de laquelle s’alignent les habitations. Phonkheng, quant à lui, se situe à la limite du périmètre des 100 villages, sur une colline bordée de deux canaux, Hongxeng et Hongpasak. Alors que l’une se situe au cœur de la ville et l’autre à la frontière des périmètres urbains et périurbains, ces deux zones présentent des paysages étonnamment similaires. Bénéficiant d’une végétation encore luxuriante, parsemées d’arbres et dotées d’un réseau hydrographique dense, elles abritent, comme dans les districts ruraux, un grand nombre de maisons traditionnelles sur pilotis construites à partir de bois ou de bambou, largement majoritaires sur les rives. Une partie de la zone que nous avons enquêtée à Phongkheng, pour sa part, ressemble sous bien des aspects à un petit village agricole constitué de mares et de rizières. Tout comme à Kountha Tha, les activités du village s’organisent en partie autour du réseau hydrographique, alliant les activités d’autosuffisance : pêche, cueillette et élevage de poissons, aux loisirs : baignade et à aménagement d’espaces de détente sur les rives.
En termes d’accès aux services urbains et de pratiques liées à l’eau, à l’assainissement et aux déchets solides, les deux villages présentent aussi de fortes similitudes. La plupart des ménages bénéficient d’un accès à l’eau courante et l’utilisent à des fins multiples : cuisine, vaisselle, lessive, toilette, stockage, boisson. Par contre, tous les ménages ne disposent pas de canaux de drainage des eaux pluviales et usées devant leur habitation, ce qui conduit au déversement d’une partie des eaux polluées directement dans le Mékong ou le canal Hongxeng.
La collecte des ordures ménagères, est assurée à l’échelle des villages par une compagnie publique. Cependant, les camions de collecte peinent à se frayer un passage dans les quartiers les plus étroits et les plus isolés, ce qui favorise le recours des habitants à des pratiques alternatives et informelles telles que le stockage des déchets sur les parcelles, dans les quartiers ou sur les rives, ou leur incinération, leur enfouissement, voire leur rejet dans les canaux. La perception essentiellement utilitaire des espaces par les habitants (espaces productifs liés aux activités agricoles et aquacoles, espaces réceptacles des matières polluantes, espaces de détente) alimente quotidiennement l’insalubrité du milieu et les risques sanitaires encourus par la population.
Par ailleurs, ces deux zones présentent des caractéristiques proches en termes d’organisation sociale villageoise autour des questions sanitaires. De même qu’à Simuang et Thongkhankham Neua, les aspects sanitaires sont gérés à échelle villageoise par trois principaux acteurs-clés que sont la pagode, l’Union des Femmes Lao et la Jeunesse Populaire Révolutionnaire Lao. Ils interviennent dans la prévention des risques et le traitement des pathologies, selon différents modes. La particularité commune de Kountha Tha / Obmong et Phonkheng sur ce point tient à l’importance des dynamiques solidaires entre les habitants de certaines unités de voisinage qui viennent compléter de manière informelle l’organisation villageoise officielle. L’entraide y est fréquente en ce qui concerne l’accès à l’eau (les ménages ne disposant pas d’accès à l’eau s’approvisionnent voire se lavent régulièrement chez leurs voisins) ou de manière plus occasionnelle en réponse à des menaces exceptionnelles (à Kountha Tha / Obmong, les ménages vivant du côté des berges, lors de la crue du Mékong en 2002, ont trouvé refuge chez les habitants situés de l’autre côté de la route digue).
Les villages de Kountha Tha / Obmong et Phongkheng, situés respectivement au coeur de Vientiane et à sa périphérie, présentent donc des similitudes importantes, partageant des caractéristiques tant urbaines (accès aux services essentiels) que rurales (prégnance des éléments naturels dans certaines zones, perpétuation d’activités agricoles et aquacoles en lien étroit avec la richesse du milieu, importance du lien communautaire), qui limitent la pertinence d’une division spatiale (ville-campagne) entre villages centraux et villages périphériques de Vientiane. Ainsi, pour dresser une grille de lecture d’une ville aussi hétérogène que Vientiane, il faut dépasser les limites officiellement établies. Il est nécessaire de se pencher sur les dynamiques actuellement à l’œuvre pour mieux capter les relations entretenues entre les villages du centre et de la périphérie.

Urbanisation et creusement du clivage social
Effervescence urbaine : vers une scission entre zones urbaine et périurbaine ?
Les recompositions urbaines à Vientiane sont récentes et participent de la reformulation des rapports entre districts urbains et périurbains. La zone urbaine a bénéficié des réformes économiques de la fin des années 1980, dont le point d’orgue a été l’application, en 1986, du Nouveau Mécanisme Économique. Ces réformes ont déclenché des mutations urbaines importantes à partir desquelles l’investissement dans les infrastructures et l’équipement s’est accru à un rythme jamais encore atteint auparavant, accompagné d’une véritable explosion des constructions privées. Création d’emplois et d’équipements publics, réalisation d’un grand programme d’infrastructures, voirie et drainage, et renforcement des institutions chargées de la gestion urbaine, par le biais du « Projet de développement urbain intégré de Vientiane » de 1996, remodèlent alors profondément l’espace urbain, pour la première fois depuis la refondation coloniale.
La ville, qui en est aujourd’hui à la seconde révision de son Schéma Directeur d’aménagement urbain, tend, en se modernisant, à se dissocier de la campagne. Les évolutions observables dans la préfecture au-delà de la limite des 100 villages sont ainsi différentes de celles de la zone urbaine.
Les espaces périurbains ne bénéficient pas à la base de la même dotation en services essentiels ou en infrastructures que la ville, comme le montre, par exemple, la collecte officielle des ordures ménagères assurée par la compagnie publique qui ne dépasse pas le périmètre urbain. Notons également que les trois Schémas Directeurs ont chaque fois visé à restreindre l’extension urbaine très coûteuse en termes d’infrastructures et à favoriser en contrepartie la densification des quartiers déjà urbanisés. Les espaces situés au-delà de la limite des 100 villages se voient par ailleurs attribuer des fonctions qui les distinguent de la ville. Ils seraient en partie considérés comme des espaces réceptacles. Par exemple, les activités industrielles les plus nuisibles sont majoritairement délocalisées du centre vers la périphérie. Par ailleurs, des terrains sont mis à disposition de populations déplacées dans la périphérie suite à des aménagements dans le centre. Ainsi, en termes de fonctions qui leur sont imparties suite aux planifications, tout porte à croire que les zones urbaines et périurbaines de Vientiane sont en passe de s’éloigner.

Une délimitation des espaces qui demeure confuse
Malgré tout, les autorités ne semblent pas parvenir à maîtriser ces dynamiques et à freiner l’étalement de la superficie urbaine comme il était initialement prévu. Les changements se traduisent par l’absorption progressive des villages périurbains dans le périmètre de la ville, que tentent de suivre les découpages administratifs successifs. Au cours du siècle dernier, la ville est ainsi passée de 2 300 à 20 950 hectares entre 1989 et 2001, et de 150 à 189 villages urbains. Mais la différenciation opérée entre population urbaine et rurale est encore très délicate et source de bien des erreurs d’interprétation dans le cas de Vientiane. La population de la ville est souvent confondue avec les 524 000 habitants de la préfecture composée de 9 districts. La Direction de l’Habitat et de l’Urbanisme et le Centre National de Statistiques (à l’origine du recensement de 1995), de leur côté, ne font pas état des mêmes estimations démographiques : à la base de cette absence de consensus, des désaccords fondamentaux persistent sur les critères pertinents à retenir pour définir ce qu’est un espace urbain. Pourtant, fixer les limites de la ville constitue un enjeu de taille si l’on tient compte du fait que celles-ci conditionnent la répartition des compétences entre les organismes d’État.Le Ministère des Communications, des Travaux Publics et de la Construction (MCTPC) est ainsi responsable des réseaux d’eau potable pour toutes les agglomérations de plus de 2 000 habitants, tandis que celles de moins de 2 000 habitants sont placées sous la responsabilité du Ministère de la Santé Publique.

Homogénéisation spatiale et exacerbation des écarts socio-économiques
Malgré la volonté de freiner l’étalement de la ville et de distinguer clairement les différents périmètres, Vientiane continue de s’étendre, ce qui entraîne, conjointement à l’absorption progressive des villages périurbains dans le périmètre de la ville, une certaine homogénéisation des espaces. Ainsi, l’accès aux services essentiels s’est fortement généralisé et les villages, qu’ils se situent au centre ou à la périphérie, rencontrent des problèmes proches. Dans le périmètre des 100 villages, les bénéficiaires de l’accès à l’eau potable, assuré par la compagnie publique Nam Papa, ont augmenté de 96 % entre 1990 et 2000. En 2004, dans nos quatre zones d’étude, seuls 6 % des habitants ne bénéficiaient pas d’eau au robinet 24h / 24. Par ailleurs, le réseau d’eau potable présente des déficiences qui touchent l’ensemble des villages, en termes de pression dans les tuyaux (16,5 % des ménages enquêtés dans les quatre zones se plaignaient d’un manque de pression au robinet), souvent insuffisante dans les zones les plus densément peuplées, ou de vétusté des canalisations qui menace la qualité de l’eau distribuée et entraîne des pertes importantes. D’autre part, tous les villages présentent souffrent d’une insuffisance généralisée du réseau de drainage des eaux pluviales et usées, à laquelle les ménages font face par des stratégies de débrouille. En dehors des principaux axes de la ville, les canaux de drainage à ciel ouvert sont encore nombreux, qui longent les habitations et font peser de lourds dangers sanitaires sur la population. Les habitants sont généralement contraints d’aménager leurs parcelles en conséquence, en creusant eux-mêmes des collecteurs d’eaux usées qui rejoignent les canaux des villages. Enfin, les gros aménagements se généralisent au centre comme à la périphérie. Ils concernaient ainsi trois de nos quatre zones d’étude en 2004 : à Thongkhankham Neua, un chantier de restructuration de la voirie et du drainage des eaux pluviales et usées a été amorcé. À Kountha Tha, Obmong et Phongkheng, il s’agit de projets d’aménagement des berges du Mékong et du canal Hongxeng.
Au regard de ces points communs, si l’on souhaite opérer des distinctions entre les espaces à Vientiane suivant leurs caractéristiques urbaines, il convient de ne pas se baser sur une échelle trop vaste (distinction zone urbaine / périurbaine, distinction centre / périphérie) qui ne permet pas de capter les contrastes s’exprimant d’avantage à échelle très fine (les unités de voisinage au sein des villages). Il ressort par ailleurs de ces observations que le clivage essentiel à Vientiane, au-delà de la distinction spatiale ville-campagne, s’exprime en termes socio-économiques. Les villages, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux peuvent être très proches en termes physiques et fonctionnels à l’heure où Vientiane n’en est encore qu’au début de son urbanisation.
Cependant, au sein de chacun d’entre eux, les clivages socio-économiques sont importants et semblent se creuser, qui confèrent à Vientiane une ambivalence d’une autre nature. Si l’on reprend le cas de Phongkheng et Kountha Tha / Obmong, les deux zones présentent une organisation dichotomique dans l’accès de la population aux services essentiels, qui peut s’expliquer à la lumière du clivage socio-économique. Ainsi, Phongkheng se caractérise par une bipolarisation de l’accès aux services urbains et sanitaires. Soit les ménages ont accès à une voirie large et goudronnée, avec aménagement de collecteurs d’eaux pluviales et usées et collecte des déchets, soit les ménages sont rassemblés autour d’un petit chemin de terre où passent à peine les deux roues, où les eaux de pluie et eaux usées s’écoulent le long de la pente et où les déchets sont brûlés de manière collective sur une parcelle choisie. Les ménages les moins bien dotés sont aussi les ménages les plus pauvres qui habitent majoritairement dans des maisons traditionnelles sur pilotis, au sein d’unités de voisinage souvent spontanément formées. On retrouve cette dichotomie à Kountha Tha, suivant le positionnement des habitations par rapport à la route digue, les mieux dotés étant situés en bordure de celle-ci, tandis que les habitations riveraines, plus vétustes et informelles, déversent leurs eaux usées et jettent leurs déchets directement dans le fleuve. L’accès aux services urbains, bien qu’assuré dans tous les villages, est donc inégal au sein de ceux-ci. Soit la desserte ne concerne qu’une partie des ménages, soit les services sont mis à disposition de tous mais les habitants ne disposent de la même capacité à honorer leurs factures.
Finalement, la complexité du paysage de Vientiane rend difficile une lecture globale qui illustrerait l’avancement de l’urbanisation de manière pertinente et dresserait une typologie des espaces conforme aux réalités. Le clivage ville-campagne, dans une préfecture aussi imprégnée de ruralité que Vientiane, n’est pas suffisant. Cependant, en observant la ville jusqu’à une échelle extrêmement fine, il est possible de mettre en avant une autre dichotomie qui tient à des facteurs essentiellement socio-économiques. À ce jour, il existe en effet de véritables laissés pour compte de l’urbanisation, des ménages vivant en zones insalubres dans des quartiers spontanément formés, souffrant d’un manque d’accès aux services urbains ou des effets pervers des chantiers d’aménagements, certains se voyant menacés d’expropriation par les perspectives de développement du réseau viaire (Kountha Tha), de construction d’un hôtel (Thongkhankham Neua) ou de l’aménagement des berges (Kountha Tha et Phonkheng).

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