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Article 8 : Ouvrages et publications reçus Compte-rendus rapides

vendredi 16 février 2001

Ouvrages et publications reçus
Compte-rendus rapides

René Passet1, Éloge du mondialisme par un « anti » présumé, Paris, Fayard, 2001.

Dès l’avant-propos, l’auteur prévient le lecteur, « Il faut prendre ce livre pour ce qu’il est : la dénonciation d’une imposture et une profession de foi ; un pamphlet argumenté et non un bilan » (p. 10).
– L’imposture, c’est l’appropriation frauduleuse par les partisans de la mondialisation « champions de la cause néo-libérale » de concepts vidés de leur sens et utilisés à des fins opposées à celles pour lesquelles ils avaient été conçus ». Il en est ainsi du concept de « liberté, comme si entre le fort et le faible ce n’était pas leur liberté qui opprime et la loi qui affranchit ». De même aussi, leur dénonciation de la « pensée unique », « comme s’ils ne passaient pas leur temps à prétendre que le seul ordre possible — parce que seul conforme aux lois de la nature — serait le leur, cependant que nous serions incapables de leur opposer un projet alternatif commun ».
De même, enfin, leur main mise sur le concept « de développement durable », repris, réinterprété de façon à démontrer qu’il suffit de respecter la seule rationalité du capital pour que la reproduction des sphères sociale et naturelle soit automatiquement assurée » (p. 9-10).
Dans les faits et dans les pratiques cette réappropriation par les néo-libéraux de ces concepts s’est traduite, notamment depuis les années 70, par une « mondialisation », une « globalisation », que le Fonds Monétaire International (FMI) définit ainsi : « l’abolition totale du contrôle des mouvements de capitaux, la libéralisation des services financiers transfrontaliers et l’élimination des restrictions limitant l’accès des institutions et investisseurs étrangers au marché » (Bulletin du FMI, 2.02.1998). Du point de vue financier et économique cette ouverture inconditionnelle des frontières, cette dérégulation des échanges, ce recul du rôle des États a provoqué au niveau mondial une concurrence effrénée qui a remis en cause dans les Nations les anciennes règles du jeu économique et social élaborées après 1945 pour limiter les risques de crises et de guerres. Certes, cette concurrence a favorisé les échanges en tout genre (biens, services, capitaux, hommes, ...), les gains de productivité des entreprises et les profits du capital mais elle a aussi creusé les inégalités entre les pays ainsi qu’à l’intérieur de chaque pays, provoqué des licenciements massifs même dans les pays les plus riches, (L’Union Européenne compte près de 10 millions de chômeurs), aggravé la précarité et l’exclusion pour des millions de personnes...
Ce sont ces effets pervers d’une mondialisation présentée par ses partisans comme l’unique voie vers le progrès économique et le bien être social, qu’analyse dans la première partie de son livre René Passet, « Les chantres de ce « mondialisme prédateur » oublient que le mondialisme se définit par rapport à la communauté humaine et non à l’étendue d’un territoire de chasse » (p.10).
– « La profession de foi » c’est, justement, pour René Passet la croyance en la possibilité d’une autre mondialisation, « d’une mondialisation au service de la communauté humaine ». Après la critique, l’auteur fait des propositions qui, si elles étaient entendues, seraient susceptibles de nous faire passer d’une « mondialisation prédatrice » à un mondialisme à échelle humaine. Un préalable à cela : abandonner une rationalité économique qui soumet l’homme à la marchandise et à l’argent, pour une rationalité qui mettrait l’économie et l’argent au service des besoins fondamentaux de la vie permettant de satisfaire en priorité ce que l’économiste François Perroux appelait les « coûts de l’Homme2 : santé, logement, éducation, coûts du travail, coûts d’accès aux loisirs etc. Il est clair qu’un tel déplacement d’objectif qui place l’économie et l’argent au service de l’homme et non l’inverse implique une véritable révolution dans les esprits, les institutions et les politiques.
Depuis l’émergence des mouvements anti-mondialisation et, notamment, après les grandes manifestations de Seattle, Gênes, Porto Alegre, cette révolution est en marche chez les peuples mais aussi chez les plus lucides de leurs dirigeants. Il reste cependant beaucoup à faire pour, concrètement, sans supprimer le marché et ses avantages, en réguler le fonctionnement et en éliminer les effets pervers.
– Selon René Passet cela implique des politiques actives visant, notamment, « le respect des normes de reproduction de la nature et de la Société, condition minimale d’un développement durable » (p.100). Un certain nombre de ces normes existent déjà. Elles ne sont guère appliquées par les plus riches qui les ignorent, par les plus pauvres qui ne le pourraient que s’ils bénéficiaient pour cela d’assistance technique et d’aide au développement mieux adaptées.
« Remettre l’économie à sa juste place de servante » suppose aussi que l’on soit capable « de maîtriser les dérives de la sphère financière », de juguler la spéculation et d’organiser les échanges. « A la clause de la nation la plus favorisée nous opposons le droit des peuples à s’organiser librement en vastes communautés internationales de nations complémentaires et solidaires, selon des modalités destinées à éviter tout effet de domination des plus puissants sur les plus faibles, à se protéger par des barrières de préférence communautaires et à contrôler les mouvements de capitaux, dont les flux et reflux brutaux — comme en Asie du Sud Est en 1997 — désorganisent les économies réelles et plongent les populations dans la misère » (p.141).
– Tous les aspects de la mondialisation actuelle sont analysés par l’auteur à partir d’exemples concrets, tous les effets pervers font l’objet de propositions susceptibles d’être mises en œuvre rapidement lorsque la volonté politique de les maîtriser et de mettre l’économie et la finance au service de l’homme émergera. Ce petit livre constitue une excellente réponse à tous ceux qui prétendent que les critiques de la mondialisation n’offrent aucune solution aux problèmes qu’ils posent et sont dans l’incapacité d’esquisser le schéma d’un univers différent. — René Passet ne se contente pas d’esquisser ce schéma, il en dresse l’armature. Ce faisant, il répond à l’inquiétude de Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001 qui, dans un récent ouvrage « La grande désillusion »3, écrit : « le problème n’est pas la mondialisation, c’est la façon dont elle est gérée … l’exigence d’une réforme est palpable partout ». L’économiste, René Passet, rejoint aussi le sociologue Edgar Morin lorsque ce dernier propose de substituer à la mondialisation la création d’une véritable « Société-Monde » reposant sur « une politique de l’humanité à l’échelle planétaire »4. Pour y parvenir René Passet « en véritable mondialiste » propose « l’accomplissement d’un triple impératif de solidarité : des peuples dans le Monde, des hommes dans chaque nation, et des générations dans le temps » (p.140).
– « La solidarité des peuples dans le Monde » passe par l’annulation de la dette extérieure des pays pauvres, par le renforcement de l’aide publique internationale en leur faveur, par la réforme des institutions internationales autour d’une Organisation mondiale du développement social (OMDS) démocratiquement désignée et habilitée à négocier — avec et au nom des peuples — les conditions de « contrats » assurant le développement de tous dans le respect des droits fondamentaux des hommes et de la protection de la nature » (p.146).
– « La solidarité des hommes dans la nation » devrait permettre d’apporter des solutions à des questions sans réponse actuellement comme celles concernant le choix et le financement des investissements collectifs indispensables au bon fonctionnement des Sociétés, la maîtrise des flux financiers et des politiques monétaire et budgétaire, la dignité des conditions de travail, les politiques d’emploi, de réduction des inégalités et d’insertion de tous dans la Société, etc. ;
– « La solidarité entre générations » aurait pour but « d’assurer le destin de l’humanité présente et future », « en permettant aux générations présentes de satisfaire au mieux leurs besoins sans compromettre l’aptitude des générations futures à satisfaire les leurs » (p.153). « Tout cela aussi requiert une coopération mondiale » (p.154).
René Passet et tous ceux qui partagent sa vision de l’avenir se doivent d’approfondir les voies et les moyens susceptibles de conduire de la « Mondialisation prédatrice » à un mondialisme au service de la communauté humaine. Ce combat, prolongement de celui mené dès les années 1960 par François Perroux, René Passet le situe à deux niveaux : « celui d’un affrontement théorique — ou idéologique, si l’on préfère » contre le primat de l’argent pour une économie « servante de l’homme » ; « et celui d’un rapport de forces » (p. 157).
« La force des nouveaux “maîtres du monde“ est le capital, la nôtre est la conscience des peuples. Ils croient contrôler les marchés, ils ne maîtrisent que l’appareil productif, et nous pouvons fermer leurs débouchés, détruire leur image. Aux pressions qu’ils exercent sur la politique nous pouvons opposer l’information des citoyens, qui influence les votes. La partie est-elle si inégale qu’on pourrait le craindre ? »

Un économiste qui a du souffle, un livre passionnant.

Gilbert Blardone
Economiste, Lugrin, 2002.
Jean Simon Tabournel, Nouvel ordre économique international et pouvoir, L’Hermes, Bibliothèque d’économie, 14 bis, rue Cavenne 69007 Lyon, 2001.

Cet ouvrage est la publication de la thèse de Jean Simon Tabournel. L’auteur apporte un éclairage particulièrement intéressant de la relation que l’on peut établir entre l’émergence d’un processus de mondialisation et l’aggravation de la situation économique et sociale du Tiers-Monde. Son point de départ est le projet de “Nouvel Ordre Economique International” (NOEI) lancé en 1974 par les Pays non-alignés. Ce nouvel ordre souhaitait une autre manière de gérer les interdépendances économiques sur la base de la reconnaissance des intérêts mutuels des Nations. Il impliquait des stratégies auto centrées de développement et la conciliation des contraintes de l’industrialisation et de la couverture des besoins essentiels des populations. Ce projet s’est heurté de front à l’hégémonie libérale. Il a été critiqué, puis vidé de tout contenu par la puissance des forces multinationales dominantes, alors que du fait de la faiblesse des acteurs étatiques, les Nations en développement ne parvenaient pas à le défendre. Le projet d’un NOEI est donc resté sans suite. Pourtant un grand nombre de ses options restent valables aujourd’hui. Elles doivent être connues et mises en perspective si l’on veut comprendre les enjeux de la mise en place actuellement d’un autre ordre économique, un Ordre Economique International libéral, voulu par ces forces multinationales et dans leur seul intérêt.

Analyses et documents économiques, n° 87 / 88, octobre 2001, Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.

Ce numéro d’Analyses et documents économiques s’intéresse principalement à la conjoncture économique et sociale française. Deux phénomènes nouveaux sont ici présentés :
– les signes de ralentissement de l’activité économique, sensibles depuis la fin de l’année 2000, dont il est permis de craindre des conséquences négatives en particulier sur l’emploi ;
– la très forte progression des investissements directs français à l’étranger depuis 1998 .
Le regard porté par les chercheurs et les syndicalistes sur les nouveaux modes de gestion des entreprises (capitalisme actionnarial, gouvernance d’entreprise), à l’occasion de la journée d’étude du GAPE et du Secteur économique de la CGT, autour de la “nouvelle économie” et les perspectives nouvelles créées par la mise en place de l’Euro, constituent les autres thèmes, centrés sur les économies des Centres, abordés par ce numéro.
Deux articles de celui-ci s’inscrivent dans la perspective des relations Centres-Périphéries. le premier dégage les principaux aspects d’un rapport du Conseil économique et social consacré à l’aide française au développement (François Coursin, « L’aide française au développement : un bilan »). Le second analyse la profonde transformation que connaissent les rapports de l’Union européenne avec les pays des Périphéries, avec la mise en place du partenariat Euro-Méditérranée et le futur accord de partenariat économique, qui remplacera les accords de Lomé. Philippe Hugon (« Le partenariat Europe-pays en voie de développement ») ne manque pas de soulever les enjeux de ces nouvelles formes de coopération qui concerne aussi bien l’Europe (conservera-t-elle une originalité dans ses rapports avec les Périphéries ou tendra-t-elle à aligner son action sur celle des institutions internationales ?) que les pays du sud (peuvent-ils trouver là un cadre favorable à une véritable dynamique de développement ?).

Analyses et documents économiques, n° 89, janvier 2002 , Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.

Le dossier de ce numéro d’Analyses et documents économiques est consacré à la question des licenciements. Si la France a connu, au cours de la période récente une diminution sensible du nombre des chômeurs, le nombre annuel des licenciements et des non-renouvellement de contrats de travail à durée déterminée n’a pas connu la même inflexion. Ceci démontre de façon manifeste l’aggravation de la précarité parmi les salariés français. Un exemple récent, le projet de restructuration du pôle “biscuits” du groupe Gervais-Danone, montre comment des délocalisations conduites en vue d’accroître encore davantage la rentabilité du pôle (quelles que soient les justifications de circonstance apportées par la direction) peuvent expliquer le maintien de ce flux de licenciement en période d’embellie économique. L’étude des dispositions de la “loi de modernisation sociale” et l’exposé des propositions de la CGT, la création d’une “sécurité sociale professionnelle” complètent ce dossier.
La rubrique internationale de ce numéro consacre deux articles à la nécessite d’établir des normes sociales internationales du travail. Nasser Mansouri-Guilani (« Promouvoir des partenariat pour le développement ») en montre l’urgence face à l’accroissement du nombre et du pouvoir des firmes transnationales, comme face aux perspectives ouvertes par la conférence de l’OMC à Doha. Guy Caire (« L’articulation entre l’OIT et l’OMC ») explore, aux limites des champs de compétence de ces deux organisations, les voies possibles pour faire face aux problèmes d’éthique dans le commerce international.

Alternatives Sud, volume VIII n°3 , 2001 « Et si l’Afrique refusait le marché ? »

Claude Ake posait, dans un article publié dans l’hebdomadaire West Africa en 1985, une question qui reste d’actualité « Pourquoi l’Afrique ne se développe-t-elle pas ? ». Ce numéro d’Alternatives Sud reprend cette interrogation, non pas seulement 16 ans après, mais après une dernière décennie qu’il est possible de qualifier de “marche à reculons” au terme de laquelle le revenu moyen par habitant est, en 2001, inférieur de 10 % à ce qu’il était en 1980 (rapport de la CNUCED).
Comme le fait remarquer Samir Amin (« L’économie politique de l’Afrique et la mondialisation »), il est faux d’attribuer la situation présente à un manque d’intégration dans le système économique mondial. Bien au contraire ce continent y est “plus intégré que toute autre région du monde”. C’est bien la manière suivant laquelle ce continent s’est intégré à ce système qui est ici en cause. Ce sont les asymétries économiques (Mbaya Kankwenda, « Mondialisation, défis économiques et régionalisation en Afrique »), ou monétaires (Sams Dine Sy « L’Euro et le Dollar : les défis pour l’Afrique »), contenues dans les rapports Centres-Périphéries qui sont avancées d’abord. Les dérives politiques qui ont conduit, depuis les indépendances, à ce que Georges Nzongola-Ntalaja (« Les dimensions politiques de la situation de l’Afrique dans le système mondial ») appelle des Etats néo-coloniaux “aux mains d’oligarchies sans projet de transformation”, constitue une seconde approche de la question. La nature impérialiste des relations imposées par les pays du Nord aux pays africains constitue une troisième approche, comme le montrent Bernard Founou-Tchuigoua (« La dimension panafricaniste du défi à la mondialisation néolibérale ») et Makhtar Diouf (« L’Afrique dans le dialogue Nord-Sud »).
A travers le Panafricanisme, les luttes sociales et politiques menées, l’émergence d’alternatives à l’ordre économique international libéral, des résistances pouvant conduire à une renaissance sont évoquées. Elles justifient fort bien le titre de ce numéro « et si l’Afrique refusait le marché ? ».
L’intérêt de ce dossier est d’importance pour apprécier aujourd’hui l’état de l’Afrique, et par-delà ce continent, de l’ensemble des Périphéries. Il doit cette importance autant à l’analyse des causes de cette “marche à reculons” qu’à l’examen des résistances que fait naître en Afrique, l’ordre libéral.

Driss Guerraoui, « Les grands défis économiques de la Méditerranée », Encyclopédie de la Méditerranée, éd. Toubkal, Casablanca, 2001.

Au moment où émerge le projet de construction d‘une zone de libre échange euro-méditérranéenne (projet Euro-Med), l’auteur énonce, à partit des mutations en cours au sud de la zone, les différents défis qu’il importe de relever. Les processus de mondialisation en oeuvre dans une région marquée, au départ, par de nombreuses et profondes disparités font peser sur celle-ci des risques de marginalisation et d’aggravation de ces inégalités. Cinq défis conditionnent les capacités de développement de la rive sud de la Méditerranée : un défi démographique, le défi de l’emploi, celui de la globalisation des échanges, celui de la raréfaction des ressources, aussi bien financières que naturelles ou alimentaires, et enfin, un défi environnemental. Comment faire face à ces questions , Driss Guerraoui souligne la nécessite de mettre en place une nouvelle division régionale du travail et le besoin d’établir une solidarité réelle entre le nord et le sud de la zone, pour promouvoir un développement endogène dans le sud, respectueux des intérêts de chacun. Cet ouvrage présente de manière claire ce que devrait être les contenus d’un rapprochement avec l’Europe pour répondre aux attentes des pays du sud et de l’est de la Méditerranée.

Valérie Delaunay, Catherine Enel, Emmanuel Lagarde, Aldiouma Diallo, Karim Seck, Charles Becker et Gilles Pison, « Sexualité des adolescents : tendances récentes en milieu rural sénégalais » Les dossiers du CEPED, n° 65, Paris, novembre 2001.

L’importance de l’épidémie de sida en Afrique justifie un approfondissement des connaissances scientifiquement établies sur les comportements sexuels des adolescents. Cette études, réalisée en 1997/98 porte sur l’évolution de l’age au premier rapport sexuel des adolescents et adolescentes au Sénégal, en milieu rural. Il apparaît que l’age de l’entrée dans la vie sexuelle des femmes reste stable (voir légèrement plus tardif), alors que celui des hommes se produit plus tôt. La précocité plus grande de la puberté, des facteurs sociaux comme les migrations pour la scolarisation ou l’emploi, accompagnées d’un éloignement du milieu familial, et par suite du contrôle social et religieux, expliquent cela. Avec la tendance au recul de l’age du mariage, cette évolution du comportement des adolescents accroît la période d’exposition de ceux-ci aux maladies sexuellement transmissibles. Il convient donc de reconsidérer la place des adolescents dans les actions de prévention menées sur ce continent.

Véronique Joseph et Michel Garenne, « Datation de la baisse de la fécondité en Afrique sub-saharienne », Les dossiers du CEPED, n° 66, Paris, novembre 2001.

La baisse de la fécondité a-t-elle commencé en Afrique sub-saharienne et si oui, quand et où ? la question posée a, à la fois, une dimension conceptuelle à travers la mise en œuvre du modèle de la transition démographique et une dimension méthodologique du fait du caractère toujours fragmentaire des données. le cas du Kenya, particulièrement intéressant en raison de l’importance des données disponibles (quatre enquêtes fiables réalisées en 1978, 88, 93 et 98) et du caractère précoce du mouvement (vers 1960) permet de dégager deux caractéristiques : la baisse de la fécondité concerne d’abord le milieu urbain, puis, avec un retard de l’ordre de dix ans, le milieu rural ; elle s’opère en deux temps, d’abord un mouvement lent, puis s’accélère. A partir de ce modèle de transition démographique, on peut constater que, sur vingt-sept pays étudiés, un seul, le Liberia, n’a pas commencé cette transition. Pour quatre autres cas, celle-ci n’est sensible qu’en milieu urbain. Les vingt-deux autres pays étudiés présentent une baisse de la fécondité commencée dans les années soixante pour quatre d’entre eux, dans les années quatre-vingt pour neuf et dans les années quatre-vingt dix pour les neuf derniers. En outre, il semble que le rythme de baisse de la fécondité soit accéléré pour les pays ayant entamé le plus tardivement ce mouvement. les auteurs achèvent cette étude en s’intéressant aux facteurs de ces changements. L’influence de la situation économique est testée. Il est difficile de lier cette rupture démographique avec un développement économique, pas plus d’ailleurs qu’avec la régression économique actuelle. Ceci paraît réduire la portée des approches de la transition démographique engendrée par un développement préalable.

Nathalie Lydie et Michel Garenne, « Genre et sida », Les dossiers du CEPED, n° 67, Paris, décembre 2001.

Cette étude fait le bilan des connaissances sur l’incidence de l’épidémie de sida selon le sexe et l’âge en Afrique sub-saharienne. Le phénomène principal traité concerne les différences d’infection au VIH, atteignant particulièrement les très jeunes femmes et les hommes plus âgées. Les auteurs recherchent les causes de cette différence et les trouvent dans des facteurs biologiques, de comportement, mais aussi des facteurs sociaux tel le statut de la femme. Ces facteurs ne parviennent pas à expliquer complètement la différence.
Cris beauchemin, « L’émergence de l’émigration urbaine en Côte d’Ivoire, radioscopie d’une enquête démographique (1988-93) », les études du CEPED, n° 16, CEPED-INS Côte d’Ivoire, 2001.

Le thème de cette étude très détaillée est l’apparition d’une émigration urbaine, un retour vers le monde rural faisant suite à une installation en ville, en Côte d’Ivoire. Cette émigration a pris une telle ampleur que les flux ville-campagne ont été inversés entre 1988 et 1993. Après avoir exploré la fiabilité des enquêtes statistiques ayant mis à jour ce phénomène, l’auteur le situe dans les différentes régions du pays où il s’inscrit dans les oppositions traditionnelles, nord/sud, savanes/forêts. Cris beauchemin analyse ensuite ses différentes causes, relevant toutes de la détérioration de la conjoncture économique. Le retour dans le monde rural concerne de manière traditionnelle deux types de migrants, personnes âgées retournant se retirer dans leur village d’origine et hommes et (surtout) femmes de tous ages dont le retour résulte de motifs familiaux, principalement matrimoniaux (divorce, veuvage). Il s’y ajoute une troisième catégorie pour qui le retour résulte d’un échec dans l’insertion dans le monde urbain. L’augmentation des difficultés économiques est ici centrale. Deux groupes de jeunes migrants en sont les principales victimes, les “compressés”, victimes de licenciements (les compression d’effectif) et les “délestés” (les ménages urbains réduisent leur dépenses ménagères en diminuant le nombre des personnes à charge). L’aggravation des conditions de vie en ville est bien au cœur de cette inversion des flux ville-campagne ; ainsi les jeunes migrants sont-il aussi bien ivoiriens qu’étrangers (Burkinabés, Maliens ou Béninois). Ces derniers effectuent également, sans quitter la Côte d’Ivoire, des migrations vers les mêmes campagnes. Le monde rural peut trouver dans cet apport de population la source d’une nouvelle dynamique de développement. Pourtant l’accueil de ces nouveaux arrivants est difficile. Privés d’un accès à la terre, ils constituent surtout une main d’œuvre d’appoint, manœuvres ou aides familiaux. Cette étude, résultat d’un travail de grande ampleur, est importante pour rendre compte des nouveaux phénomènes sociaux que connaît aujourd’hui l’Afrique.

Alternatives Sud, vol. VIII n° 4, 2001, « L’eau, patrimoine commun de l’humanité ».

En moyenne, sur la période 1990-96, 29 % des habitants des pays en développement sont privés de tout accès à l’eau potable. Dans les pays les moins avancés, ils sont 43 %. Ces deux chiffres illustrent parfaitement l’extrême disparité de la dotation en eau des pays qui tend à s’ajouter aux différences de développement. L’eau douce est une ressource doublement stratégique. Elle est, d’une part, indispensable à la vie, d’autre part, nécessaire au développement. L’eau douce est également une ressource limitée et fragile, l’altération de sa qualité réduit son usage ou sa disponibilité. La pression démographique et “l’utilisation sauvage” conduisent à aggraver les pénuries, faisant de « l’accès à l’eau un des plus grands défis du nouveau millénaire ». Les enjeux sont de taille. Les premiers sont de nature conflictuelle : le cours des fleuves, l’étendue des nappes phréatiques et le tracé des frontières ne coïncident pas. Une utilisation plus massive en amont peut priver l’aval d’une partie de son approvisionnement, créant le conflit. Les seconds enjeux concernent le mode le plus approprié de gestion de cette ressource devenue rare. La gestion collective directe ou indirecte s’oppose ici à la gestion privée. Dans le premier cas, l’accès à l’eau est subordonné à des choix émis par une collectivité ; dans le second, un prix de marché mesure la rareté de la ressource et crée un mode de rationnement (et aussi d’exclusion) fondé sur le niveau de revenu. Les orientations libérales de l’ordre économique international et des institutions qui le structurent conduisent à privilégier la gestion privée. L’énoncé des dangers qui résultent de ces choix est l’un des contenus de ce dossier ; il conduit à la recommandation de mettre cette ressource à l’abri de toute marchandisation, en en faisant un élément du patrimoine commun de l’humanité. L’examen de cas spécifiques, pris dans les continents africain, asiatique et latino-américain apporte un éclairage tout à fait essentiel à cette question.

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