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Article 2 : Deuxième Sommet du Sud et coopération entre pays des périphéries

dimanche 16 octobre 2005


Deuxième Sommet du Sud
et coopération entre pays des périphéries

La volonté des pays des Périphéries de renforcer la coopération Sud – Sud, dans le but d’accèlérer leur développement, s’est exprimée à plusieurs reprises, notamment à l’occasion des « Sommets du Sud », réunis à l’initiative du Groupe des 77 et du Mouvement des non-alignés. Le second de ces sommets a été tenu à Doha en juin 2005. Les conclusions de cette réunion, à partir de la déclaration finale de ce dernier « Sommet du Sud », permettent de dresser un état rapide de cette coopération, ainsi que des perspectives que les pays des Périphéries souhaitent lui donner.
Le premier aspect de cette volonté de réactiver la coopération Sud – Sud est un appel du Sommet pour mobiliser les institutions existantes autour d’un tel objectif, afin d’obtenir de celles-ci des aides et appuis. Sont ainsi sollicités :
– la CNUCED pour sa participation à des études concernant les nouveaux secteurs d’activité, la prise en compte des aspects environnementaux, la mise en place de mécanismes destinés à faciliter le commerce Sud – Sud et une étude sur les flux d’investissement concernant les pays du Sud ;
– différentes institutions de l’Organisation des Nations Unies, telles que le Fonds d’affectation spécial des Nations Unies pour la coopération ou l’UNESCO pour faciliter la mise en place d’une coopération dans le domaine de l’éducation et dans celui des sciences et des techniques ;
– le South Centre pour servir de cadre de réflexion et contribuer à l’établissement d’un rapport (en association avec le Président du Groupe des 77 et le groupe spécial de la coopération Sud – Sud) sur la question ;
– et, bien évidement, est aussi appelé l’un des initiateurs du Sommet, le groupe des 77, pour assurer la promotion des initiatives de coopération Sud – Sud, notamment par l’organisation d’un forum sur les partenariats.
L’utilisation de ce qui existe en matière d’initiatives et de mécanismes institutionnels en faveur de la coopération Sud – Sud constitue un second aspect des recommandations de cette déclaration finale du Sommet. Il s’agit plus particulièrement :
– du développement du Système général de préférences commerciales (SGPC), créé en 1984 sous les auspices de la CNUCED entre pays du Groupe des 77, qui vise à développer les échanges Sud – Sud, à travers les préférences mutuelles. Ainsi le Sommet appelle-t-il à la participation du plus grand nombre des pays du Sud au troisième cycle de négociation du SGPC et invite-t-il les négociateurs à conclure ce cycle ;
– d’appuyer les projets bi ou multilatéraux de coopération Sud – Sud déjà constitués (voir tableau ci-après) et d’encourager les initiatives allant dans le même sens.
Le Sommet a, de plus, ajouté une institution nouvelle à celles déjà existantes. Il a créé le « Fonds du Sud pour le développement et l’assistance humanitaire », doté à sa création de 24 millions de dollars (apportés par des contributions du Qatar, 20 millions, de l’Inde et de la Chine, 2 millions chacune). Ce Fonds dispose pour ses actions d’un champ étendu : « le développement économique et social, la santé et l’éducation, ainsi que de trouver des solutions aux problèmes de la faim, de la pauvreté et des catastrophes humaines ».
Si ce second aspect achève une liste des moyens existants pouvant être utilisés au profit d’une coopération Sud – Sud, celle-ci n’est pas le point central de la déclaration finale de ce Sommet. Son résultat essentiel tient en un ensemble de souhaits et de propositions qui peuvent éclairer cette future coopération. L’examen rapide des principales orientations qui s’en dégagent est l’objet des trois points suivants :
1 – la première de ces orientations concerne des dispositions qui pourraient permettre aux pays du Sud en situation de détresse ou d’urgence de recevoir des aides plus efficaces. Celles-ci peuvent être résumées ainsi :
– face aux situations de catastrophes naturelles ou de sortie d’un conflit, le Sommet appelle les pays du Sud, comme ceux du Nord à apporter toute l’aide voulue aux pays en développement concernés. Cette aide ne doit pas se limiter à l’urgence et à la reconstruction, mais doit aussi porter sur la prévention en cas de risque prévisible. Elle doit comprendre toute l’assistance technique et financière (bilatérale et multilatérale) permettant à ces pays d’atteindre leurs propres objectifs de développement et de pouvoir bénéficier d’une prise en charge permettant d’assurer la “viabilité” de leur dette ;
– face à la situation des pays les moins avancés (PMA), le Sommet encourage tous les pays du Sud à prendre des initiatives en vue de l’annulation de la dette de ces PMA, de faciliter l’accès de leur propre marché aux produits d’exportation de ces PMA et de mettre en œuvre des projets d’assistance technique et d’échange d’expériences dans tous les domaines où cela permettrait aux PMA de « renforcer leurs capacités humaines et de production » ;
– dans le domaine critique de la santé, le Sommet encourage et approuve le Programme de prestations de soins de santé Sud – Sud (constitution d’un corps de professionnels issus des pays du Sud, volontaires pour participer à des aides médicales destinées à d’autres pays du Sud ; le siège du Programme est situé à Abuja, au Nigeria). Il appelle également à la mise en place d’un réseau entre les différentes institutions de recherche du Sud pour faciliter une coopération dans la lutte contre « le sida, le paludisme, la tuberculose et autres maladies transmissibles » ainsi qu’au renforcement de la coopération Sud – Sud dans les domaines de la médecine, des industries pharmaceutiques et bio-technologiques ;
2 – la seconde orientation, essentielle pour les pays du Sud, concerne la coopération en matière d’éducation et de sciences et techniques. Il s’agit de mettre en place deux programmes avec, comme nous l’avons vu plus haut, l’aide de l’UNESCO. Le premier concernera l’éducation (échanges d’expériences, etc.) ; il aura pour objectif la réalisation du plan de Dakar, l’éducation pour tous, et celui du Millénaire pour l’alphabétisation. Le second concernera les sciences et techniques ; il recherchera un renforcement des capacités scientifiques du Sud et « l’intégration d’une dimension de développement dans les politiques nationales » par une concertation autour des politiques nationales des pays du Sud, des échanges d’expériences et des échanges d’étudiants et de chercheurs du Sud ;
3 – la dernière orientation est, par la place qu’elle occupe dans la déclaration finale, la plus importante. Elle concerne le commerce Sud – Sud. Le Sommet accorde une grande importance aux nouvelles dynamiques issues de la « nouvelle configuration géographique du commerce international » dont il attend « un effet multiplicateur positif dans le Sud ». Le commerce est ainsi considéré comme un levier pour le développement à la condition que les pays du Sud en tirent des avantages et en partagent les effets positifs. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appel que ce Sommet lance pour « mettre en place des relations commerciales Sud – Sud dans le domaine des biens et services aux niveaux bilatéral, régional et interrégional dans les secteurs à fort potentiel de croissance ». Les appels du Sommet ne sont pas seulement adressés aux États du Sud, mais concernent également les milieux d’affaires invités à apporter des contributions positives.
i – Les moyens de mettre en place ces relations Sud – Sud sont clairement inscrits dans une perspective d’ouverture commerciale mutuelle. Le Sommet invite ainsi les pays du Sud :
* à négocier des accords de libre-échange qui devraient produire un « renforcement de la coopération Sud – Sud » ;
* à intensifier « l’intégration régionale et sous-régionale, fondée sur l’intérêt mutuel, la complémentarité et la solidarité entre pays en développement » ; cette intégration est conçue comme le moyen de faciliter la croissance et le développement.
ii – La mise en œuvre de cette stratégie commerciale du Sud vers le Sud doit s’accompagner d’une coopération pour la rendre plus efficace. On attend ainsi, des pays du Sud commerçant entre eux :
* une reconnaissance mutuelle de leurs règles techniques et sanitaires ;
* un échange d’informations et une coopération pour lutter contre les pratiques commerciales anti-concurrentielles ;
* des consultations permettant un échange d’expériences pour promouvoir les échanges Sud – Sud.
iii – Cette stratégie d’ouverture commerciale impose de disposer également des infrastructures et cadres financiers appropriés, qui sont loin d’exister dans tous les pays du Sud. Le sommet appelle donc à :
* un effort d’investissement dans les infrastructures et les réseaux de transport ;
* à la création d’une banque de commerce et de développement du Sud pour laquelle il souhaite le concours du G24, de la CNUCED et du groupe spécial de coopération Sud.
iv – Enfin, cette stratégie d’ouverture devrait tenir compte de cas particuliers. Il en ainsi de :
*des pays sans littoral pour lesquels le Sommet appelle à une collaboration renforcée avec les pays de transit et à une mise en œuvre effective des dispositions du Programme d’action d’Almaty ;
* des pays fortement dépendants de leurs exportations de matières premières pour lesquels le Sommet souhaite le renforcement des actions existantes et préconise l’établissement d’un « système d’information régional africain » ;
* de la question des investissements pour laquelle le Sommet demande à la CNUCED de présenter un rapport concernant les flux d’investissement partant des ou se dirigeant vers les pays du Sud1.

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