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Article 7 : La coopération entre les villes du Sud, un rapide panorama

dimanche 16 octobre 2005

La coopération entre les villes du Sud : un rapide panorama

Jean-Michel Cusset

La coopération décentralisée devient une composante de plus en plus essentielle de la coopération Sud – Sud. Elle se manifeste sous des formes très différentes, dans le cadre ou non d’organisations internationales ou d’accords bilatéraux. À partir de différentes sources d’information, on en dressera ici un panorama, nécessairement incomplet, mais qui devrait donner une idée d’une coopération appelée à se développer, comme on l’a observé depuis de longues années entre villes du Nord d’une part, villes du Nord et villes du Sud d’autre part.

I – Une coopération décentralisée multiforme
La coopération entre villes, qui remonte aux années 1910, concernait au départ les pays européens ; Elle s’est développée au lendemain de 1945 toujours dans le cadre de relations Nord – Nord, alors qu’elle restait limitée dans les échanges Nord – Sud. Il faudra attendre les années 80 et 90 pour voir se développer la coopération décentralisée entre pays du Nord et du Sud. Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’essor de cette coopération parmi lesquels on peut retenir :
– le mouvement de décentralisation dans les pays du Sud, bien qu’inégal et de modalités diverses, a favorisé la prise en charge, au moins partielle, par les villes du Sud de leur avenir avec le besoin parallèle d’une maîtrise des outils de diagnostic et de planification. Plusieurs se sont tournées naturellement vers leurs homologues du Nord ;
– les défis croissants de l’urbanisation du Tiers-Monde ont fait prendre conscience peu à peu aux organisations internationales, mondiales et régionales, du rôle essentiel des collectivités locales et des villes dans les actions visant à maîtriser leur croissance, lutter contre la pauvreté et s’orienter vers une gestion plus « durable » des villes. Cela a commencé avec le Sommet de la Terre de Rio en 1992, puis le Sommet des Villes à Istanbul, en 1996 organisé sous les auspices de Habitat (Organisation des Nations-Unies pour les établissements humains) ;
– de leur côté, les collectivités territoriales des pays du Nord, régions et villes, développent depuis plusieurs années leurs relations internationales, et leurs échanges avec des villes du Sud pour des raisons variées : avoir une vitrine internationale, exporter les savoir-faire, appuyer des ONG locales intervenant dans ces pays.
Les modalités de la coopération décentralisée vont de la diffusion d’information et de documentation sur les “bonnes pratiques” à la constitution de réseaux de villes.
C’est sous la forme de networking, la mise en place de réseaux de villes, à l’échelle régionale mais aussi mondiale, que se développe, de façon la plus nette, la coopération décentralisée Nord – Sud, et Sud – Sud.

2 – La coopération Sud – Sud est plus récente
La coopération décentralisée a été encouragée par différentes institutions internationales à la fin des années 80, et en partenariat avec les Nations Unies, vers la fin des années 80. Ainsi la Fédération Mondiale Citées Unies (FMCU) a-t-elle fait de cette coopération un de ses thèmes prioritaires. L’atelier sur la coopération ville à ville, qui s’est tenu à New York en juin 2001 dans le cadre de la session spéciale « Habitat II+5 » des Nations-Unies, a été préparé par la FMCU. Un autre aspect de son action est l’appui à des pouvoirs locaux et la mise en place de leurs associations nationales APL. C’est particulièrement le cas en Afrique avec deux formes d’action :
– la mise en place du Parma (Programme d’appui au renforcement municipal en Afrique) en 1995. Ce programme propose aux municipalités des outils de conception de leur politique de développement local, et l’appui de cette politique en vue d’obtenir un cofinancement des autorités centrales. Le Parma permet aussi la constitution de réseaux thématiques ou de proximité entre collectivités locales.
– les rencontres Africités d’Abidjan en 1998 et de Windhoek (Namibie) en 2000 ont été organisées par le Partenariat pour le Développement Municipal (PDM) avec l’appui de la FMCU. Ces rencontres sont à la base de réseaux d’échanges entre villes africaines et de réflexions communes sur des thèmes tels que le financement des collectivités locales, en 2000.

2.1 – Les réseaux
CityNet
Créé en 1987, ce réseau régional de villes et d’autorités locales de la région Asie Pacifique, est très actif. De nombreux partenaires sont impliqués : autorités locales, associations, associations de villes, centres de recherche. CityNet bénéficie de l’appui d’organisations des Nations Unies (CESAP, HABITAT, PNUD). CityNet favorise et développe la coopération technique entre les villes, des visites d’études, apporte une assistance d’expertise et de conseil. Pour tenir compte de la diversité des situations, CityNet a réparti ses membres ayant des niveaux de développement similaire et des besoins de savoir-faire en groupes ou “clusters” : Environnement, Pauvreté, Infrastructures et Gouvernance. CityNet a des relations avec la Commission Européenne à travers le Programme Asia Urbs.
Sustainable Transport Action Network- Latin America
Ce réseau de villes d’Amérique latine sur le transport urbain durable a pour principaux objectifs les échanges d’information et d’expériences sur ce thème, de promouvoir les projets de transport urbain durable et de sécurité routière. Les expériences de pistes cyclables à Quito et Bogota, celle du bus en site propre (le TransMilenio) à Bogota, illustrent la prise de conscience croissante par les autorités locales de l’Amérique Latine, de la gravité des coûts environnementaux et sociaux des transports dans les grandes agglomérations.
La coopération Sud – Sud, entre deux villes, est difficile à initier et à perdurer en raison des ressources et des pouvoirs limités des collectivités locales. Elle s’inscrit le plus souvent dans des programmes internationaux d’appui à la coopération décentralisée.
Africa-Asia Eco-partnership Programme
Ce programme, commencé en 2001, a pour objectif d’établir des partenariats institutionnels en vue du partage d’expériences entre 5 villes africaines et 6 villes asiatiques dans les domaines suivants : gestion des déchets solides, lutte contre la pollution de l’air, gestion des effluents. Le partenariat public – privé et la participation des populations sont les aspects essentiels de ce programme dont la première phase, centrée sur la gestion des déchets, s’est achevée fin 2004. Ce programme comporte des sessions de formation, un appui aux villes participantes pour la mise en place de leurs programmes d’action dans ces domaines. Les villes concernées sont Addis-Abeba, Accra, Dar-es-Salaam, Lagos, Nairobi, Bangkok, Jakarta, Kuala Lumpur, Marilkina, Phnom Penh et Tokyo. La Japan International Cooperation Agency apporte un appui logistique et financier à ce Programme.
La coopération Sud – Sud, entre deux villes, est difficile à initier et à perdurer en raison des ressources et des pouvoirs limités des collectivités locales. Elle s’inscrit le plus souvent dans des programmes internationaux d’appui à la coopération décentralisée.

2.2 – Le Programme Coopération Décentralisée de l’UNITAR
Il développe un ensemble de programmes de formation pour les autorités locales, les entreprises publiques et privées, et la société civile dans trois domaines : l’urbanisation durable et l’environnement, la société de l’information, le développement social et humain. Ces activités sont mises en oeuvre à travers un réseau international de centres de formation, le réseau CIFAL.
Le CIFAL (Centre International de Formation des Autorités / Acteurs Locaux),
La CIFAL organise des sessions de formation sur tous les continents. Ainsi, en 2004, la 3ème session sur la planification urbaine intégrée pour une gestion urbaine durable a eu lieu à Kuala Lumpur, en collaboration avec CityNet (Réseau Régional des Autorités Locales pour l’Administration des Etablissements Humains), le PNUD et la Banque mondiale. La même année, des autorités locales de cinq pays d’Amérique Latine (Argentine, Brésil, Colombie, Mexique et Pérou), et de l’Angola, participaient à Curitiba, à un atelier sur l’accès aux services essentiels pour tous. Début 2005, une session de formation a eu lieu à Ouagadougou sur les partenariats public – privé, et les services urbains.
Enfin on doit mentionner ici un outil en ligne d’aide à la décision au service des collectivités locales : CIFALWEB. Il donne des informations sur les solutions techniques, et les mécanismes institutionnels de partenariat public – privé, permettant d’améliorer l’accès aux services essentiels en zone urbaine.

Conclusion
La coopération Sud – Sud n’a pas encore pris l’ampleur de la coopération Nord – Sud. Au niveau décentralisé, elle restera encore largement tributaire d’organisations internationales qui encouragent et financent le développement de réseaux à l’échelle d’un continent, et de la planète entière. Les échanges d’expériences entre villes du Sud, à l’occasion de visites d’études réciproques, de sessions ou colloques internationaux constituent déjà une étape importante vers la coopération décentralisée Sud – Sud. Cependant elles ne peuvent pallier les lacunes et insuffisances des collectivités locales et des services municipaux dont les besoins de formation restent énormes. La couverture de ces besoins est essentielle afin que les autorités locales soient davantage en mesure de relever les défis auxquels elles sont confrontées (lutte contre la pauvreté urbaine, offre de services urbains accessibles au plus grand nombre, mise en place d’une fiscalité locale équitable permettant, en particulier, de mettre à contribution les bénéficiaires indirects des infrastructures urbaines).
La coopération Sud – Sud n’est pas à proprement parler un substitut à la coopération décentralisée Nord – Sud mais un complément indispensable qui peut avoir, parmi ses mérites, de montrer l’absence de « modèles » prêts à l’emploi dans la gestion et la planification urbaine, à portée universelle, mais plutôt une multitude d’expériences, réussies ou non, qui peuvent guider les choix, et éviter les erreurs aux collectivités locales des pays du Sud quand elles doivent définir des politiques cruciales pour l’avenir de leurs habitants.

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