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Article 10 : Ouvrages et Publications reçus Comptes-rendus rapides

dimanche 16 octobre 2005

Ouvrages et Publications reçus
Comptes-rendus rapides

GRESEA Échos, n° 43, quatrième trimestre 2004.
La revue consacre ce numéro à la question de la lutte contre la pauvreté. Suivant le PNUD, de 1970 à 1998, la part de la production mondiale absorbée par les 20 % les plus riches des habitants de notre planète est passée de 70 % à 86 %, alors que celle restant aux 20 % les plus pauvres régressait de 2,3 % à 1,4 %. Pauvreté dans les suds, pauvreté “quart monde” au nord, la progression des situations de détresse se confirme et est maintenant prise en compte par les dirigeants politiques et les organisations internationales qui mettent en oeuvre des politiques anti-pauvreté. Ce sont ces politiques qui sont ici analysées de manière critique. Les différents articles soulignent leur ambiguïté : l’aide aux plus démunis s’est substituée aux actions pour la réduction des inégalités sociales et aux politiques de développement. Celles-ci s’opposant au dogme de la liberté des marchés, la grande vague libérale les a fait disparaître. Comment juger alors de la soudaine attention portée à la pauvreté et à la nécessite de la corriger ? Les différents articles, dont celui de Francine Mestrum, apportent une réponse qui est aussi le sous-titre du dossier : “Un alibi pour les décideurs”.

Aujourd’hui l’Afrique, n° 93, septembre 2004, revue de l’AFASPA
Trois questions d’actualité sont au centre de ce numéro. Le futur de l’agriculture en Afrique est la première de celle-ci. L’appauvrissement d’une large part des populations, amplifiant la déforestation, la diminution des surfaces cultivables et l’extension des cultures d’exportation, impulsée par l’ouverture libérale des économies africaines sont les principaux éléments d’un diagnostic pessimiste. Les échecs d’une réforme agraire où les objectifs productivistes et commerciaux priment toute considération sociale en Afrique du Sud, les mutations du droit foncier à Madagascar (donnant accès à la propriété foncière pour un usage non agricole à des non-malgaches) sont autant d’exemples qui illustrent cette étude.
La seconde question abordée dans ce numéro porte sur les effets des activités touristiques sur le développement. Les exemples opposés de Djibouti (une tentative de “tourisme équitable”) et de l’île Maurice (une expérience de tourisme de luxe à l’usage des seuls plus fortunés) lui apportent un éclairage révélateur.
La dénonciation des menées impérialistes en Afrique, la montée des rivalités entre grandes puissances constitue la troisième de ces questions. La prise de position de l’AFASPA au sujet du génocide perpétué au Rwanda en 1994 est ici centrale.
La partie historique de ce numéro rappelle les débats qui ont traversé le Parti Communiste Français sur la question coloniale et des luttes menées pour l’indépendance en Algérie, entre 1939 et 1962. Ce numéro s’achève sur un hommage rendu à Maxime Rodinson. L’importance de ses études sur les langues et cultures orientales mais aussi son engagement dans les combats pour l’émancipation des peuples des Suds témoignent de la vie d’un penseur-militant.

Aujourd’hui l’Afrique, n° 94, décembre 2004.
Le billet de Francis Arzalier repense la question de l’essaimage des populations africaines dans la Caraïbe hier et aujourd’hui « 1804 – 2004 : De l’esclavage colonial aux “confettis de l’empire” : l’engrenage » ; il constate la résurgence de l’attitude colonialiste du gouvernement français dans les événements récents. La revue publie le dernier texte de Jean-Baptiste Dongala-Kodi qui traite, à travers l’exemple de l’enseignement, de la difficulté à tenir une position entre le “trop de mémoire” et le “trop d’oubli” des affrontements et horreurs de l’histoire. Mais l’histoire d’Haïti, « 1804 : l’indépendance d’Haïti, une victoire confisquée », permet à F. Arzalier de rappeler que les privilégiés n’abandonnent pas leur domination sans y être forcés, seul le soulèvement des esclaves mènera, plus tard à l’abolition. Dolores Hernandez Guerrero évalue le poids de « La révolution haïtienne et l’Amérique latine » dans les mouvements de libération dans les autres zones proches où existait l’esclavage. Marcel Rosette fait, pour sa part, le point sur la vision métropolitaine de l’esclavage, qui y est immédiatement liée à la figure du racisme : « Héritage et mémoire de l’esclavage en France ». Mais l’ensemble de ces rappels historiques a pour objectif de mettre en perspective l’actualité d’Haïti. Robert Monsterleet s’interroge : « Haïti : le retour de la France ? » ; à la faveur de la crise ouverte par l’attitude, puis l’éviction d’Aristide, la diplomatie française, en complicité avec celle des Etats-Unis s’emploie à rétablir “l’ordre international” à Haïti. D’autres auteurs — Bernard Deschamps et Pierre Kaldor — évoquent les souvenirs de la guerre d’Algérie, en France comme en Algérie. Enfin, divers articles font le point sur l’Afrique : Jean Chatain fait le bilan de la situation sanitaire et de la prévalence du SIDA en Afrique sub-saharienne ; Jean-Claude Rabeherifara analyse la première Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora, qui s’est tenue début octobre à Dakar. Enfin, la situation de l’île de Rodrigues de l’archipel des Mascareignes est étudiée, en mettant l’accent sur les difficultés du développement.

Alternatives Sud, « Interventions humanitaires, point de vue du Sud » , vol.11-2004 / 3, Centre Tricontinental (CETRI) ed. Syllepse, Paris.
« Interventions d’humanité » (où la protection des humains passe par une action de puissance(s) étrangère(s) visant à imposer un respect des droits de l’homme) ou “interventions humanitaires” (où l’action extérieure vise à apporter une réponse aux besoins immédiats et vitaux d’une population menacée) sont les manifestations répétées de nouvelles relations internationales que l’on voudrait morales. Celles-ci sont-elles la marque de l’exigence d’une nouvelle solidarité entre humains du Nord et du Sud ou bien un des moyens par lequel l’ordre mondial libéral se renforce ? Telle est l’interrogation centrale de ce numéro.
Le questionnement est d’abord juridique. Il concerne la validité de l’ingérence pour motifs humanitaires ou d’humanité, une zone trouble du droit international, surtout lorsque l’ingérence emploie un recours à la force armée. David Sanchez (« Interventions humanitaires, principes, concepts et réalités ») souligne l’ambiguïté des prétextes de défense des droits de l’homme, en ce que dans un contexte économique et social qui n’accorde que peu de valeur à « la vie de tous les sujets humains, la légitimité d’intervention dans des situations d’anormalité ... porte toutes les couleurs de la fausseté, de l’hypocrisie et du cynisme ». En ce que, également, l’usage de la force pour sauver des vies menacées ne garantit aucunement ceux qu’elle veut protéger des “dégâts collatéraux” qui manquent rarement de l’accompagner.
Le dossier, constitué de huit articles portant sur des exemples pris en Amérique latine et Caraïbes, en Afrique et en Inde, souligne, en de nombreux cas, la prévisibilité des catastrophes humanitaires, la vulnérabilité de populations et de leurs organisations productives, la fragilité des sociétés mises à mal par la régression sociale et l’incapacité d’action des pouvoirs politiques affaiblis par le carcan des Consensus de Washington et de Monterrey. Cette prévisibilité de certaines catastrophes (passages d’ouragans, éruptions volcaniques, etc.) conduit à préférer des actions préventives plutôt que des opérations de sauvetage post-catastrophe, souvent spectaculaires mais dont l’efficacité soulève parfois des doutes.
L’étude de ces différents exemples questionne aussi sur le rôle des Organisations Non Gouvernementales, dont les actions sont parfois critiquées, parfois également hautement appréciées. José Négrao (« Intervenants humanitaires du Nord et société civile mozambicaine ») montre toutes les nuances à apporter dans le jugement de ces actions, dans le cas du Mozambique.
Un article de John Tirman (« Le nouvel humanitarisme »), sous la forme d’un document d’accompagnement, conclut le dossier. L’auteur condamne sans ambiguïté l’humanitarisme qui anime ces interventions, en ce qu’il est un instrument de l’ordre international. Reprenant les travaux de Mark Duffield, d’Alex De Waal et de Fionce Terry, il démonte les engrenages qui, à partir des politiques d’ajustement structurel, conduisent à des situations de catastrophe (dans la corne de l’Afrique, la situation de sécheresse, liée à des conditions climatiques particulières, telle qu’elle est évoquée par de nombreuses organisations non gouvernementales, occulte l’appauvrissement des éleveurs en ressources naturelles, conséquence de la « privatisation à grande échelle de la terre et de l’eau » imposée par les politiques d’ajustement structurel). L’action humanitaire n’est alors que le soin palliatif qui permet de ne pas avoir à traiter « les causes profondes des problèmes ».
Largement appuyé par des exemples, ce dossier apporte un éclairage précieux pour tous ceux qui pensent que l’exigence d’un développement pour le Sud dépasse le niveau des bons sentiments.

Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT, Analyses et documents économiques, n° 98, février 2005.
La revue comporte deux dossiers. Le premier est consacré à la dynamique régionale de développement et d’emploi. Celle-ci s’inscrit dans la recherche de cohérence dans l’aménagement et le fonctionnement des institutions régionales afin d’ouvrir des perspectives d’emploi durable. Le second dossier porte sur la « Sécurité sociale professionnelle ». Le double constat de l’importance du nombre de salariés français qui changent de situation (emploi, inactivité, chômage) au cours d’une année (près de 7 millions entre mars 96 et mars 97) et le constat que le retour à l’emploi des chômeurs conduit à des situations de précarité, sont la marque d’une impuissance des dispositifs sociaux mis en place, peu à peu, après la 2nde guerre mondiale à assurer une protection efficace des travailleurs. Prenant en compte la mobilité de l’emploi, la « Sécurité sociale professionnelle » vise à reporter les droits protecteurs liés à l’emploi (qui laissent le bénéficiaire sans réelle protection lorsque celui-ci est privé d’emploi) sur le salarié. Il s’agit alors de donner au droit à l’emploi un nouveau contenu incluant « le droit à la mobilité professionnelle, à l’organisation d’une carrière diversifiée » qui passe par le droit à la formation, une reconnaissance des acquis de l’expérience au bénéfice de chaque salarié.
Par deux de ses articles, ce numéro s’intéresse aussi à la question du pétrole, à la fois par l’approche de la flambée actuelle des prix de ce produit et par les effets d’amplification résultant de la fiscalité et des politiques de marge des raffineurs, que subit le consommateur français.

Cahiers de sociologie économique et culturelle, Institut de sociologie économique et culturelle du Havre, n° 39, juin 2003.
Dans leur dernière parution, les Cahiers de sociologie abordent trois questions. Les deux premières portent sur des phénomènes d’acculturation. L’exemple aborigène illustre les difficultés qui s’opposent à la conservation d’une identité sociale. À travers des récits autobiographiques de femmes, Fanny Duthil fait apparaître les marques profondes laissées, dans la conscience collective aborigène, par le profond mépris des populations d’origine européenne à l’égard des indigènes (des individus « sales, saoûls, paresseux et inférieurs », dans les stéréotypes des “blancs”) et par l’assimilation forcée subie entre 1930 et 1970. La fracture est profonde entre ceux des Aborigènes qui ont été séparés (souvent par la force) de leur famille pour recevoir l’éducation scolaire, sociale et religieuse des Australiens d’origine européenne et ceux qui sont demeurés dans les « réserves ». La recherche de leurs origines par les premiers trouve des réponses dans une reconstruction de l’identité sociale aborigène. Celle-ci apparaît alors autant dans sa mouvance que dans sa nécessité.
Dans un registre proche, l’exemple des Twa au Rwanda apporte une interrogation opposée : comment ce groupe a-t-il pu conserver une cohésion sociale si forte et une identité sociale si marquée malgré des conditions si difficiles ? L’étude que leur consacre Pierre Erny porte tout d’abord sur la nature du groupe que constituent les Twa : s’agit-il d’une caste ou bien d’une ethnie ? L’auteur décrit ensuite fort bien la précarité du groupe, composé d’individus peu nombreux et déshérités, dans la société rwandaise. De là naît l’étonnement comment une telle situation a-t-elle pu être accepté par ceux qui la subissaient et comment une forte unité du groupe a pu prolonger cette acceptation ?
L’étude des théories du sacrifice constitue la troisième question traitée dans ce numéro. Pierre Rivière examine là les analyses très diverses par lesquelles l’ethnologie rend compte des pratiques sacrificielles. La méthode est critique et l’auteur souligne l’empirisme et les faiblesses de la validation de ces différentes approches. Il conteste ainsi la possibilité de construire une théorie générale sur des pratiques qui n’ont rien d’universel.
Enfin il convient de rappeler la très riche chronique musicale qu’Edith Weber produit dans chacun des numéros de la revue.

Alternatives Sud, « Palestine : mémoire et perspectives », Vol. XII, 2005 / 1, Centre Tricontinental, L’Harmattan, Paris.
Il fallait le croisement des regards des historiens, des juristes, des analystes de la politique, de l’économique et du social pour éclairer la très douloureuse question de la Palestine. C’est ce projet que réalise, avec brio, ce numéro d’Alternatives Sud.
C’est tout d’abord dans la mémoire, donc dans l’histoire, que s’inscrit le conflit israélo-palestinien. Bichara Khader « Nakba, Naksa, Nahda : mémoire et histoire de la Palestine de 1904 à 2004 » souligne l’impossible conciliation d’une histoire de la Palestine contemporaine d’avec l’histoire officielle d’Israël. À l’origine se trouve l’absence de toute référence à des populations palestiniennes dans les discours sionistes, fondateurs de l’État d’Israël (la Palestine comme territoire virtuellement vide, qui attend un peuple sans territoire). Pourtant la Palestine n’était pas vide et la proclamation de l’État d’Israël fut la Nakba, une catastrophe nationale, pour ceux qui habitaient là. Les déplacements de population et le sentiment profond d’injustice éprouvé par ceux qui subirent ces événements ont conduit à l’émergence d’une identité palestinienne, construite dans des camps de réfugiés, dans des territoires occupés ou dans des lieux d’exil. Deux histoires irréconciliables s’écrivent alors et ne peuvent se rencontrer : comment serait-il possible, par exemple, de reconnaître des droits au retour à des réfugiés qui ont quitté un territoire qu’ils n’habitaient pas puisqu’il était vide ? Cet article rejoint les analyses critiques menées depuis les années 80 par les “nouveaux historiens israéliens”. En annexe à ce dossier, la revue publie un article de l’un de ces historiens, Ilan Pappe « L’épuration ethnique de 1948 et “l’historiophobie” dans l’actuel processus de paix », où l’auteur montre l’occultation des événements de 1948 par l’histoire officielle d’Israël et ses conséquences actuelles (questions de l’extension des “colonies” ou du droit au retour des réfugiés palestiniens, par exemple).
Mais c’est au présent que les Palestiniens subissent les conséquences du conflit. Pendant que Sari Hanafi « Le projet colonial israélien, “spatiocide” et “biopolitique” » dénonce la poursuite de la politique d’extension spatiale d’Israël, deux articles dressent le bilan de l’état de délabrement de l’économie, des institutions et de la société palestinienne : Omar Massalha, « Le système éducatif palestinien en état d’urgence » et Jalal Husseini et Alii, « Les Palestiniens des territoires occupés face aux stratégies israéliennes d’insécurisation ». L’évolution démographique récente en Palestine (une baisse importante de la fécondité depuis la seconde Intifada) est aussi étudiée. Youssef Courbage démontre ainsi que l’argument d’un déséquilibre démographique futur en défaveur des populations israéliennes à faible fécondité ne tient pas puisque les déséquilibres prochains se situeront plutôt au sein de ces populations israéliennes où la basse fécondité de certains (les immigrants en provenance de l’ex-Urss) contraste avec la très forte fécondité d’autres (les communautés ultra-orthodoxes).
Les perspectives actuelles sont surtout des questions de droit international non résolues. Asem Khalil « La création d’un État palestinien viable : une priorité sioniste ? » évoque l’ensemble des questionnements que soulève la création d’un État palestinien. La délimitation de frontières reconnues par la communauté internationale pour Israël, d’un territoire viable pour la Palestine sont les premières. Les modalités de son établissement (qui serait concerné par un éventuel droit à l’autodétermination ?), comme la date de son existence (État palestinien existerait-il à l’issue d’une telle consultation ? ou bien existe-t-il depuis 1988, à l’occasion de sa proclamation à Alger ?) interrogent également. L’auteur montre que les réponses qui pourraient être apportées, peuvent être vues de manière favorable par la partie israélienne puisque qu’elles évitent une alternative plus douloureuse pour elle : un État binational.
Ce numéro d’Alternatives Sud apporte ainsi un ensemble d’études précieuses pour tous ceux que la question palestinienne ne laisse pas indifférents.

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