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Article 7 : Ouvrages et publications reçus Comptes rendus rapides

mardi 25 février 2003

Ouvrages et publications reçus
Comptes rendus rapides

Aujourd’hui l’Afrique, n° 87, février 2003.
L’éditorial de Francis Arzalier est formel : l’Afrique va mal. Tant sur le plan économique que social, avec des tentations de s’abandonner à une re-colonisation. Les articles de ce numéro constituent l’illustration de ce diagnostic. Le même auteur dans la « La Côte d’Ivoire », décrit l’état de confusion de ce pays, dans lequel l’Etat est devenu impuissant, ce qui ouvre la porte à l’emprise accrue de la France et de ses industriels. Dans son interview, Pierre Tavares : « Après la Côte d’Ivoire ce sera le Sénégal », développe une vision sous-régionale : la crise qui a touché la Côte d’Ivoire implique aussi les autres pays ouest-africains. La découverte de pétrole au Tchad et dans le Golfe de Guinée déstabilise la sous-région ; en particulier on voit se développer une partition économique et géographique des zones. Or le seul espace encore un peu organisé est l’espace diplomatique sénégalais. Il apparaît alors tout désigné pour devenir la prochaine cible des forces de désorganisation. A leur tour, Pierre Kaldor (« Les accords militaires de la Côte d’Ivoire avec la France ») et Robert Lejeune (« La face cachée de la crise ivoirienne ») détaillent les éléments de ce bouleversement : présence de troupes françaises, mais aussi présence de multinationales d’origine française brassant 5 000 milliards de FCFA, soit 75 % du PIB ivoirien. Michèle Decaster (« Sahara Occidental ») rend compte de la pesanteur de la présence marocaine sur la population saharouïe : répression policière, mais aussi pillage des ressources naturelles minières et halieutique. En complément, une interview des représentants des “Jeunesse des démocrates marocains à l’étranger” mentionne les interrogations au sujet du Maroc « De Rabat à Marrakech, changement ou continuité ? ». Ensuite, Jean-Claude Rabeherifara, présenté par la revue comme jeune écrivain soucieux d’ethnologie et d’analyse sociale, expose les « Précarités sociales et grandes manœuvres politiciennes » à Madagascar ; le même auteur (« Rêves de pouvoir ») rédige un texte poétique sur l’identité malgache. Dominique Mazire, dans « Nouvelles de Guadeloupe », décrit les difficultés économiques et sociales de ce département, qui font le lit des pires positions politiques ; Jean Chatain (« La banane dollar dicte sa loi ») dresse le panorama des difficultés qui commencent à apparaître, pour les producteurs de bananes, dans le processus d’ouverture totale du marché européen (prévue pour 2006). Enfin François Clopeau (« Une loi américaine pour coloniser l’Afrique ») analyse la loi « African Growth and Opportunity Act » comme un contrat léonin, permettant aux Etats-Unis de “coloniser” l’Afrique.

Recherches internationales, n° 69 3-2003
En introduction de ce numéro, Michel Rogalski prend position : « Non, l’ONU ne doit pas aller en Irak ! », il souligne l’aventurisme du gouvernement des Etats-Unis qui n’a pas plus préparé la guerre qu’il n’a envisagé la reconstruction. En complément, Denis Hormann (« Les multinationales au-dessus des lois ») pointe l’autre grand phénomène contemporain : le pouvoir des multinationales, dont il désigne les acteurs et relève les faits significatifs récents. Le dossier principal traite de « l’Amérique latine en turbulences ». Michel Rogalski (« l’Amérique latine : turbulences d’un continent ») récapitule les faits saillants de l’histoire agitée de l’Amérique latine pendant les trente dernières années ; Michael Löwy (« Brésil : un ouvrier à la présidence de la République ») expose que la victoire du Président Luis Iñacio “Lula” da Silva n’est pas imputable au charisme de l’homme ; elle est le fruit d’un long travail politique du Parti des Travailleurs qui a réussi à intégrer diverses forces sociales populaires et à s’inspirer du marxisme et de la sensibilité chrétienne. Rosa Maria Marquès (« La protection sociale au Brésil : un défi pour le gouvernement populaire ») analyse l’un des principaux problèmes auxquels le président “Lula” devra faire face : la question des retraites ; ces dernières devront être réintégrées dans la perspective de la protection sociale et échapper aux injonctions du FMI. Témir Porras Ponceleón (« Les enjeux de la crise vénézuélienne ») fait le point sur les affrontements politiques de classes sociales au Venezuela. Rémy Herrera (« Cuba, une résistance socialiste en Amérique latine ») propose sa vision de Cuba, en mettant l’accent sur les réalisations du régime et en dénonçant les appréciations convenues des médias véhiculant, à ce sujet, une pensée unique. Pour compléter ce dossier axé sur les questions économiques et politiques, Monique Roumette et Bernard Gille analysent la production cinématographique de l’Amérique latine (« Vie, mort et résurrection du “cinéma nouveau” latino-américain »). Enfin, la rubrique “Traces” de la revue permet à Claude Cartigny de nous rappeler ce que fut « Il y a vingt ans, “la guerre des étoiles” avec Reagan ».

Youcef Hadj-Ali, Les élites françaises et la crise algérienne (1991-1998) : perceptions, positions, prédictions, thèse de Sciences politiques, Université de Toulouse I.
Il est plutôt rare de voir un auteur valoriser par titre universitaire une recherche antérieure déjà publiée en librairie ; c’est, pourtant, ce que fait Youcef Hadj-Ali, en retravaillant le sujet de son ouvrage : Lettre ouverte aux Français qui ne comprennent décidément rien à l’Algérie, paru en 1998, aux éditions Albin Michel. On peut comprendre que le sujet ait tenu à cœur de l’ancien rédacteur en chef d’Alger républicain ; on comprend aussi le besoin de l’auteur de voir valider son propos par la communauté universitaire.
L’auteur met d’abord en évidence les défaillances d’appréciation et de prévision des élites françaises, concernant les problèmes algériens. Il identifie ensuite une série de facteurs susceptibles d’expliquer leur lecture erronée de la crise. Cette erreur procède de plusieurs aspects : une méconnaissance des dynamiques internes de la société algérienne, une vision prisonnière de stéréotypes et de préjugés liés au passé tumultueux des deux pays, un aveuglement dû à une étroitesse partisane caractérisée notamment par une aversion prononcée pour l’institution armée, une vision franco-centriste de la démocratie, le voile d’amnésie jeté sur les déchirements qui ont rythmé le processus démocratique français de 1789 à la naissance de la Vème République, les effets dévastateurs de la religion des modèles et de la dictature de paradigmes qui ont conduit à des généralisation abusives et au formatage de l’opinion publique, la fascination pour le petit écran et de l’ivresse de la médiatisation, un état d’esprit encore imprégné de la logique de la guerre froide et du modèle dit westphalien c’est-à-dire, d’une approche des relations internationales fondées sur les rapports conflictuels entre les Etats.
La pertinence de ces remarques mérite que l’on accorde la plus grande attention aux propos de l’auteur, et aussi que cette grille de lecture nous serve à décrypter l’actualité.

Hakim Ben Hammouda, Bagdad année zéro, au lendemain de la seconde guerre, Maisonneuve & Larose, Paris, 2003.
Bien qu’écrit “à chaud”, l’ouvrage a le mérite de remettre en perspective la guerre d’Irak puis la chute du régime de Saddam Hussein. Depuis la reconquista de l’Espagne, en 1492, jusqu’au protectorat anglais en passant par l’éviction de la domination turque, à la fin du XIXème siècle, ce sont les rapports entre un Monde arabe en “décadence” et un Occident porteur de “modernité” et qui impose son pouvoir, qui sont rappelés ici. Dans la seconde moitié du XXème siècle, les indépendances ainsi que la reprise en main de leur destinée par ces populations du Moyen-Orient marquent le renouveau de la pensée arabe moderne. C’est, très exactement, la fin ce mouvement que la chute de Bagdad signifie pour l’auteur. Les autres facettes de la situation au Moyen-Orient présentes dans le déclenchement de la guerre et dans la défaite sont aussi prises en compte : conflits autour de la richesse pétrolière, conflits avec Israël et ses alliés, rivalités entre Etats arabes, problèmes de la démocratie en Irak et choc des attentats du 11 septembre 2001.
L’originalité de cet ouvrage est le choix de sa perspective historique longue, ainsi que les nombreuses références politiques et littéraires non occidentales. Enfin, dernière qualité, mais non la moindre, le ton, le style, disent l’engagement de l’auteur et le drame que constitue, pour lui, “l’année zéro de Bagdad”.

Journal of rural Cooperation, vol. 31, n° 2, 2003.
L’étude de Yannis Ananiadis, Ourania Notta et Kostas Oustapassidis, (« Cooperative Competitiveness and Capital Structure in the Greek Dairy Industry ») montrent, à l’aide d’un modèle mathématique, que le taux de rendement des investissements est plus grand dans le secteur privé que dans le secteur des laiteries coopératives en Grèce. Toutefois, les auteurs soulignent le rôle central des coopératives : en procurant des services d’éducation à l’ensemble des agriculteurs, en promouvant la consommation des produits et en représentant les intérêts des agriculteurs auprès de l’Etat et des organisations de l’UE, les coopératives rendent plus performant l’ensemble du secteur dans lequel elles interviennent. En outre, elles améliorent les conditions d’investissement et les revenus de leurs membres. Ces constatations remettent en question une approche fondée sur les seuls calculs économiques. De même, leur présence limite le pouvoir de monopsone des acheteurs privés de lait. Enfin, elles contribuent à former les caractéristiques sociologiques du pays.
A leur tour, Elizabeth Kim Coontz et Elizabeth Esper, dans « Cooperative Child Care for Rural Residents ; The Experience from California » montrent tous les avantages des crèches coopératives en milieu rural : la politique familiale affirmait la supériorité de l’éducation familiale, l’idéologie des mesures mises en place en 1997 repose sur l’assertion qu’il est plus important pour les parents des jeunes enfants, d’être présents sur le marché du travail. Les crèches et les haltes-garderies coopératives constituent une des réalisations permettant cette insertion, en milieu rural. Leur effet bénéfique ne s’arrête pas à la disponibilité accrue des parents ; l’organisation collective permet de commencer une scolarisation précoce.
L’article de Hans-H. Münkner et Hyeon-Soo Jeon (« Agricultural Cooperatives in the Democratic People’s Republic of Korea (DPRK) ») décrit les coopératives de la République Populaire et Démocratique de Corée en les présentant comme des Kolkhozes. Les questions sont alors celles de l’articulation des collectifs de production à la planification centrale ; le problème principal étant la faiblesse de l’investissement. L’exemple de l’ex-RDA est alors évoqué pour alerter sur les dangers d’un passage brutal à la privatisation : une modification par étapes paraît plus opportune pour rendre plus productives ces organisations.
Le dernier article de la revue, « Educational Level and Training of Human Ressources in Farm Cooperatives in the Knowledge-Based Society : An Empirical Study », de José Rodriguez Rodriguez et Adoración Mosas Moral, souligne la nécessité de la formation pour les coopérateurs dans un environnement marqué par la mondialisation et le changement technique.

Chronique internationale de l’IRES, « Mouvements et politiques migratoires, les enjeux sociaux », numéro spécial, n° 84, septembre 2003.
Ce numéro de la revue traite d’un sujet qui est au cœur des relations Centres / Périphéries : les migrations. Le dossier est centré sur l’immigration dans les pays développés depuis le début des années quatre-vingt-dix ; il examine les politiques économiques et prend en compte le rôle des différents acteurs sociaux impliqués. L’éditorial de Aldeheid Hege, « Les politiques migratoires et les débats sociaux » fait la synthèse des résultats des études et des monographies qui composent ce numéro, soulignant, à la fois, la diversité des populations de migrants dans chacun des pays ainsi que l’originalité de chaque situation nationale, ainsi que deux caractéristiques communes : le ressort économique de l’immigration et les positions en retrait des organisations syndicales. L’article de Jacky Fayolle (« Migrations anciennes et nouvelles, les politiques et les acteurs à l’épreuve »), outre de fournir des informations détaillées pour chacun des pays industrialisés, replace dans une perspective historique longue l’immigration en Europe et aux Etats-Unis, pour en faire ressortir le sens profondément divergent : une immigration disparate selon les pays, portée par des dynamiques nouvelles, avec pour enjeu commun la question de l’intégration en Europe, alors qu’aux Etats-Unis, l’immigration demeure, à la fois, économique et de peuplement. Pour leur part, Frank Bailly, El Mouhoub Mouhoud et Joël Oudinet (« Les nouvelles dynamiques migratoires, relance et complexification ») soulignent, le rôle des migrations intra-européennes, ce qui ne manque pas d’accroître la difficulté statistique à appréhender le phénomène pour l’Union européenne. Catherine Sauviat (« Une politique sélective de l’immigration, dominée par les enjeux économiques ») analyse la stabilité des caractéristiques de l’immigration aux Etats-Unis depuis le début du XIXème siècle, jusqu’à ce jour. Mouna Viprey (« Un modèle d’immigration de la main d’œuvre fondé sur la sélectivité ») montre qu’au Canada, l’idée d’une immigration contrôlée à partir des seules nécessités économiques est très largement acceptée. Odile Joint-Lambert et Florence Lefresne (« Du Commonwealth à l’Europe : permanences et ruptures de la politique migratoire ») analysent comment les politiques d’immigration au Royaume-Uni ont changé de critère : elles se détournent du Commonwealth pour s’adresser à des travailleurs qualifiés ; en chemin, ce sont aussi de nouvelles notions administratives autour de la question de la nationalité qui apparaissent. Pascal Ughetto (« De l’émigration à l’immigration ») étudie la transformation du modèle migratoire irlandais. Lorenzo Cachon (« L’“Espagne immigrante” : du marché du travail aux défis de la citoyenneté ») fait le constat de la modification du modèle espagnol, passant de l’émigration à l’immigration. Aldeheid Hege (« La difficile reconnaissance de la réalité migratoire ») constate que la réalité migratoire et sa permanence commencent à être prises en compte dans les politiques économiques et politiques allemandes. Christian Dufour, (« Travailleurs étrangers, des hôtes par nécessité ») montre qu’en Autriche, la place des étrangers demeure peu enviable et l’immigration strictement décidée en fonction de critères de tension sur le marché du travail. Yves Burdet et Inga Persson (« L’intégration en panne ? ») s’interrogent sur les transformations des politiques d’immigration en Suède, surtout avec l’élargissement de l’Europe. Marie Wierink (« Forces et faiblesses de l’intégration à la néerlandaise ») met l’accent sur les politiques d’intégration mises en œuvre aux Pays-Bas. Enfin, en clôture de ce dossier documenté et analytique, Antoine Math et Claire Rodier (« Communautarisation des politiques migratoires, entre fermeture des frontières et besoins de main d’œuvre ») exposent et analysent les dispositifs et les perspectives retenus au niveau de l’Union européenne pour traiter de la question de l’immigration.

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