Le développement en questions

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EDITO

mardi 25 février 2003

Présentation

Il n’est pas anodin, pour le gouvernement français, de prendre la décision politique de faire de 2003 “l’Année de l’Algérie en France” : il ne s’agit pas seulement de célébrer l’amitié entre les peuples. Cette décision s’intègre au contexte intérieur et extérieur des deux pays.
Pour la France, le souci de dépasser les vieilles nostalgies de l’ordre colonial, et de donner des signes de reconnaissance à la communauté algérienne résidente, s’inscrit dans les débats internes.
Au plan extérieur, elle traduit la volonté d’élargir l’esprit des accords Euro-Méditerranée au-delà des seuls intérêts économiques. Cette initiative a reçu l’assentiment du gouvernement algérien, qui s’est proposé d’être l’un des interlocuteurs de l’organisation de ces manifestations.
A côté du contenu largement culturel et artistique donné à ces célébrations, “Djazaïr, l’Année de l’Algérie en France” offre aussi l’opportunité d’interroger l’histoire, l’histoire méconnue en France d’un peuple qui, à bien des égards, nous est proche. C’est cette optique qui a été retenue à Grenoble pour la tenue de cinq conférences au cours du premier semestre 2003, dont ce numéro de la revue publie les textes.

France / Algérie, une histoire commune ?
Parler d’une “histoire commune” peut être un propos dénué de sens s’il se contente de rappeler que l’Algérie fut pendant 130 ans une colonie française, puis pendant 40 ans le voisin du sud. Du point de vue d’une revue publiée en France, traitant des relations entre Centres et Périphéries, l’histoire de l’Algérie nous concerne à bien d’autres titres. Nous pouvons brièvement les énumérer :
– colonie française, elle fut une Périphérie pour un Centre capitaliste qui trouvait là satisfaction à des intérêts principalement agricoles, rarement industriels et trop souvent rentiers ;
– le peuple algérien a conquis son indépendance au terme d’un conflit long et sanglant, épisode douloureux qui, à ce jour, n’a conduit à aucune réévaluation de ses positions de la part de l’ancienne puissance coloniale, en dépit des débats vifs et nombreux soulevés aujourd’hui encore ;
– nation devenue indépendante, l’Algérie a tenté de s’affranchir de sa place de pays périphérique par la construction d’un Etat moderne, la mise en place d’une planification, et le choix d’une industrialisation accélérée. Cette tentative a rencontré de nombreux obstacles : actions des “forces externes” visant à maintenir ce pays dans un rôle de producteur d’hydrocarbures au sein de l’ordre économique international établi, actions de “forces internes” s’inscrivant dans le contexte des effets économiques, sociaux et culturels d’une industrialisation rapide et volontariste. Un changement radical d’orientation — la transition vers une économie capitaliste de marché — marque la période actuelle et amène l’Algérie à partager le sort de nombreux pays des Périphéries (endettement, crise de la dette et plan d’ajustement structurel). Un changement dans la douleur, qu’illustrent deux fractures profondes : économique et sociale, avec la montée de la pauvreté pour de trop nombreux algériens, politique et culturelle avec la difficulté de penser l’avenir et de trouver, là, les moyens de construire un projet accepté par le plus grand nombre.

L’histoire engendre l’oubli, mais c’est à l’histoire de nous rendre la mémoire
L’histoire d’une ancienne colonie vue de l’ancienne puissance coloniale est souvent peuplée d’ombres. Les “faits” perdus parce que jamais recensés et les “faits” oubliés, intentionnellement ou non, abondent. Le regard croisé, l’histoire de l’ex-colonie perçue du point de vue de la nation indépendante qu’elle est devenue n’est pas seulement complémentaire. Elle constitue une réciproque presque obligée : une histoire éclaire l’autre, et de la confrontation émerge la réparation des oublis et la validation des analyses. Ce croisement des regards fut un souci essentiel. Chacune des conférences tenues à Grenoble associait un conférencier, le plus souvent algérien, et un discutant, le plus souvent français.
La fin de l’histoire est la compréhension du présent
L’histoire de l’Algérie, vue depuis Alger ou de Paris, ne s’arrête pas en 1962. La période post-coloniale est riche, marquée par les projets de développement économique et social du pays. Cette histoire contemporaine, dans le contexte d’une économie internationale se mondialisant, ne concerne pas que les Algériens. Elle intéresse aussi tous ceux qui, de France ou d’ailleurs (et tout spécialement ceux qui vivent dans les pays du Sud) se préoccupent du sort des Périphéries. Celui qui observe le XXème siècle sait que le développement d’un pays ne se produit pas à n’importe quel moment et dans n’importe quelles conditions. Seules certaines périodes (de la crise des années trente à la seconde guerre mondiale, puis les années soixante) sont favorables à la mise en place de dynamiques conduisant aux premières phases du développement dans des pays appelés, depuis, émergents. Le contexte international est ici déterminant (concurrence entre les “blocs”, industries de base caractérisées par une technologie maîtrisée et aisément transférable) ; il agit de l’intérieur comme de l’extérieur sur les pays des Périphéries. Le président Boumedienne l’avait fort bien compris comme en témoignent les deux actions qu’il avait entreprises parallèlement : un développement accéléré à l’intérieur et la recherche d’un Nouvel Ordre Economique International à l’extérieur. Des rapports de force ont rendu inefficaces ces deux démarches ; d’autres voies ont été empruntées, conduisant à des résultats pas toujours souhaités. Ces expériences, dans leurs succès ou leurs échecs, sont riches d’enseignements, tout spécialement pour ceux qui ne croient pas aux recettes-miracle prônées par le libéralisme ambiant. Cette histoire concerne ainsi les autres et particulièrement tous ceux qui visent le même objectif : développer leur pays.

Ce numéro d’Informations et Commentaires – le développement en questions publie les textes de ces conférences. Le choix des thèmes de celles-ci reflète les préoccupations des organisateurs : la conquête coloniale, la lutte pour l’indépendance, les conditions du développement économique de l’Algérie d’aujourd’hui. Chacune de ces conférences s’est achevée par une discussion avec un public français ou d’origine maghrébine, fidèle et intéressé. La place manque ici pour reproduire ne serait-ce que les éléments les plus marquants de ces débats parfois passionnés et toujours passionnants qui ont conclu ces conférences. Les interventions du président de séance — présidence confiée à Monsieur M. Mekideche — ont largement contribué à la qualité de ces débats par leur souci d’approfondir les arguments échangés et par leur à-propos.
Il est indispensable de saluer l’action de tous ceux et celles sans qui ces soirées et ce numéro de la revue n’auraient pas pu exister. De nouveau, nous saluons nos amis et partenaires algériens, Messieurs Mekideche et Aït-Amara pour leur ténacité à mener à bien ce projet à Grenoble. Leur action volontaire et efficace a beaucoup contribué au succès de ces rencontres.
Monsieur le Consul d’Algérie à Grenoble a été également une “cheville ouvrière” déterminante. Nous lui adressons ici nos très sincères remerciements.
Enfin la ville de Grenoble, par son soutien aux diverses manifestations de “Djazaïr, l’Année de l’Algérie”, comme par les moyens donnés à la revue pour la publication des textes des conférences, a été un des acteurs importants de la réalisation de ce numéro. Nous tenons à lui exprimer ici notre gratitude pour nous avoir permis de mener à son terme une démarche qui implique, ensemble, des partenaires français et algériens.
Patrice Allard

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