Article 7 : L’Algérie en revues Récemment paru

L’Algérie en revues
Récemment paru

Cahiers du GREMAMO, n° 17, « Quelle crise en Algérie ? », Laboratoire Sociétés en Développement dans l’Espace et dans le Temps, Université de Paris 7 – Denis Diderot, 103, rue Tolbiac, 75013 Paris.

Cette publication est issue de la coopération entre le GREMAMO (Groupe de Recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient) et les Universités de Sétif et de Tlemcen. Un des moments forts de cette coopération a été le colloque organisé autour du “secteur informel” du 14 au 16 novembre 2000 à Tlemcen, qui a eu pour prolongement la rédaction de ce numéro.
En amont de l’informel, des articles font le point sur la crise de l’économie productive. Yasmine Boudjenah, dans « Déstructuration et désengagement de l’Etat dans le secteur industriel » montre les étapes de la venue de cette crise ; d’abord, l’introduction de normes de gestion axées sur la rentabilité et le démantèlement des grands groupes publics en petites unités pendant la décennie 80, puis le poids de la dette et l’emprise des plans d’ajustement structurel conduisant aux réformes de 1987-88 et, pour finir, le poids des relations internationales amenant à des privatisations partielles, ont pour effet le déclin de la production industrielle. Dans la société algérienne se développent alors des comportements de rentier ; une couche de la population voit ses privilèges confortés, alors que les salaires baissent et que les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires. La porte est ainsi ouverte à l’économie informelle. Pour sa part, Abdel Majid Djenane fait suivre ses analyses de propositions de développement local. Dans « Rétablissement des équilibres macro-économiques et perspectives de développement de la PME-PMI en Algérie » il analyse les résultats contradictoires de l’économie algérienne : d’une part des équilibres macro-économiques obtenus par l’insertion dans les relations mondiales via les exportations de pétrole et par une gestion rigoureuse de l’inflation et du taux de change ; d’autre part, des effets sociaux peu positifs en termes d’augmentation du chômage. Pour l’auteur, le développement d’un tissu de PME-PMI qui s’inséreraient dans l’économie mondiale et permettraient des exportations autres que celles des hydrocarbures pourrait rétablir un niveau d’emploi satisfaisant. Encore faudrait-il que ces PME-PMI soient coordonnées par les grandes entreprises, issues de la privatisation des grandes entreprises publiques. Le même auteur dans « Des possibilités de développement du massif des Babor » donne un exemple de ce que pourrait être une opération de développement local. Il avance l’idée que le développement industriel a relégué les campagnes au statut de réservoir de main d’œuvre ; il remarque que le développement local doit passer par le développement de la petite industrie ou de l’artisanat, voire du tourisme, adapté aux conditions géo-économiques spécifiques. Dans un troisième article « Les dispositifs publics de lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes en Algérie. Illustration par le cas de la wilaya de Sétif », il analyse les diverses allocations et les instruments de lutte contre le chômage comme autant d’instruments de lutte contre la pauvreté. Pour sa part, Nourredine Messahel explore, à partir de l’exemple de Sétif, les transformations des centres urbains polarisés par un centre dominant. Il montre comment des développements urbains planifiés où industrialisation et habitat étaient conjointement pris en compte, sont remis en cause avec la crise qui encourage le trabendo, puis l’ouverture au commerce international de biens de consommation (“import-import”) à partir de 1996. Dans son étude sur « L’industrie de l’électronique à Bordj-Bou-Arreridj », Mohammed Belounnas montre, au moyen d’une enquête détaillée, que les délocalisations d’entreprises (y compris internationales), dans cette localité, ont surtout pour motif de bénéficier de régimes préférentiels en matière de taxes douanières et d’implantations qui lui permettront ensuite de se porter emprunteur auprès des banques : ainsi la logique n’est-elle pas celle de la rentabilité de l’investissement, mais l’affichage d’un “capital symbolique” qui permet l’emprunt à partir duquel des comportements de rentier (spéculation immobilière par ex.) seront développés.
La seconde partie aborde l’étude de l’économie informelle. « …on peut se demander si, au lieu de rejeter en marge et dans la dépendance de l’économie officielle, ce n’est pas cette fois l’informel qui tend à marginaliser l’économie héritée et en préfigurer l’avenir ». C’est par ce terrible diagnostic que s’achève l’étude d’André Prenant : « L’informel aujourd’hui en Algérie : forme de transition ou mode d’intégration spécifique à la hiérarchie imposée par la “mondialisation” ». L’auteur met en parallèle “l’informel de misère, lié au capitalisme colonial” et “l’informel du passage à l’économie de marché” de la société algérienne contemporaine. Il procède par des enquêtes approfondies qu’il recoupe avec les statistiques disponibles, pour montrer comment le secteur de l’économie précaire a régressé à la période du développement volontariste, pour se redéployer ensuite à partir du plan VALHYD, puis au moment des privatisations imposées par le plan d’ajustement structurel du FMI. Une demande de biens de consommation “de luxe” émane d’une classe moyenne qui s’enrichit dans la spéculation monétaire contre le taux de change du dinar. La satisfaction de cette demande se fera par deux voies : d’abord par l’importation de marchandises en dehors de droits de douane (trabendo), ensuite, par la production : les entreprises privées, nées du démantèlement des grands groupes publics, utilisant les technologies les moins avancées et enrôlant des travailleurs à statut précaire (emplois clandestins ou situations de sous-traitance). La législation est ainsi bafouée et l’ensemble de l’économie déstabilisée au profit de quelques-uns. Les articles suivants s’inscrivent comme autant de développements de cette vision pessimiste. Nourredine Messahel dans « L’informel structurant, cas de la filière du logement en Algérie », parle « du cercle pervers de suppression d’emplois et de précarisation du travail ». Sid-Ahmed Souiah, « Habitat populaire et activités informelles. Les douars périurbains algériens » voient l’informel s’inscrire dans le mode d’urbanisation et de travail en se soustrayant à toute législation. Dans « Les vendeurs à la sauvette : le cas de Constantine » Chahrazed Louafi montre que cette population est composée de personnes de tous âges, dont près de 20 % a suivi des études supérieures et plus de la moitié a un niveau d’instruction d’études secondaires ; près des trois-quarts n’ont jamais travaillé.
La troisième partie de la publication s’attache aux incidences et aux crises sociales en rapport avec ce développement de l’informel. Nora Benallegue « Algérie – la grève des 13 et 14 février 1996 à travers la presse » décrit un épisode sérieux de tensions en réponse au fiasco du pouvoir central à assurer la satisfaction des besoins de la population.
L’ensemble de la publication constitue une étude irremplaçable de plusieurs des aspects décisifs de l’Algérie contemporaine.

Recherches internationales, n° 67-68, 1/2 2003, « Algérie : état des lieux : politique, société, culture », numéro spécial sur l’Algérie.

Pour la troisième fois, Recherches internationales livre un numéro entièrement consacré à l’Algérie. Après « Algérie : quelles perspectives ? » publié en 1999 (n° 56-57) et « L’Algérie dans la tourmente » (1996, n° 43-44), la revue se penche à nouveau sur un pays qui ne cesse d’occuper l’actualité. Pour la direction de la revue, comme les précédents, ce numéro s’inscrit dans une démarche de solidarité avec les “forces progressistes” de l’Algérie.
Coéditée avec la CCAS d’EDF-GDF, cette publication, aborde trois questions majeures de la société algérienne. Intitulé « Etat des lieux : politique, société, culture », ce numéro se propose d’ausculter le pays en cette “Année de l’Algérie en France”, une année marquée notamment par le voyage de Jacques Chirac, le séisme meurtrier de Bourmedes et la persistance de la crise en Kabylie.
A quelques mois de l’élection présidentielle, prévue au printemps 2004, ce numéro tente de dresser le tableau politique de l’Algérie à l’aune de la crise kabyle (« Au-delà du printemps noir », Mustapha Hammouche), des difficultés et des enjeux socio-économiques et des rapports entre les « sphères du politique et du religieux » (Hassan Remaoun). Sid Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement, aborde la politique de « concorde nationale » initiée par le président Bouteflika tandis que Réda Malek, président de l’Alliance nationale républicaine (ANR) et ancien chef de gouvernement lui aussi, traite du « Terrorisme islamiste en Algérie, une expérience cruciale à méditer ».
Il est également question de thèmes aussi divers que l’émergence de la société civile, de l’immigration, des réminiscences de la guerre d’Algérie à travers une cinquantaine de livres édités ou réédités depuis deux ans que Madeleine Rebérioux recense et met en perspective, “l’imaginaire relationnel” France-Algérie (Jean-Robert Henry), le problème crucial de la ressource en eau (René Arrus) ou encore les échanges énergétiques (Abdenour Keramane).
Le volet culturel porte, quant à lui, sur la création artistique dans les domaines de la peinture (Benamar Mediene), de la musique (l’épopée de la chanson raï, Marie Virolle) et de la production romanesque de 1992 à 2002 (Christiane Chaulet Achour).
Ce numéro comporte, en outre, des « Notes de lecture » critiques sur des ouvrages récents portant sur l’Algérie. Parmi ces notes, l’analyse, rédigée par André Prenant, de l’ouvrage de Yasmine Boudjénah (Algérie, décomposition d’une industrie. La restructuration des entreprises publiques 1980-2000, l’Etat en questions) détaille l’engrenage par lequel les principales options — industrielles et auto-centrées — de la “voie algérienne de développement” ont été remises en cause, au profit de nouvelles options : privatisations et insertion dans l’économie internationale. L’analyste, tout comme l’auteur, souligne le caractère exagéré des critiques, en termes d’échec, émises à l’encontre des entreprises publiques algériennes, en occultant les effets bénéfiques de celles-ci en matière de satisfaction des besoins sociaux et d’effacement des disparités régionales. Au titre de leurs mauvais résultats comptables, se sont imposées des réformes successives débouchant sur leur démantèlement, leur atomisation et sur des résultats économiques calamiteux. La condamnation d’une gestion non orthodoxe au regard des positions libérales, conduit à la destruction du secteur industriel public, avec son lot de conséquences sociales et ses prolongements en termes de disparition des capacités autonomes à produire.