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Article 8 : Les raisons et conséquences sociales de la crise grecque

jeudi 15 décembre 2016

Les raisons et conséquences sociales
de la crise grecque

Thomas Boudant

La crise financière sans précédent qui touche la Grèce depuis la fin 2009 a été amplement évoquée et expliquée dans les médias. Cependant, l’essentiel des analyses se sont centrées sur l’aspect économique des causes de la dette hellénique et des mesures prises par le gouvernement socialiste (PASOK) du premier ministre Georges Papandréou, élu en novembre 2009. S’il est vrai que l’aspect économique est essentiel dans cette crise, les raisons sociales sont elles aussi déterminantes afin de comprendre la situation actuelle en Grèce.
La dette publique colossale estimée à environ 300 milliards d’euros soit 113 % du produit intérieur brut (PIB), occultée pendant des années par les différents gouvernements, a donc entraîné le pays dans cette crise économique. La question de l’origine de cette dette a été peu abordée depuis le début de cette crise. Quand elle l’a été, la fraude fiscale a été présentée comme l’unique cause de cet endettement. La fraude fiscale et, plus globalement, l’économie souterraine sont effectivement très répandues en Grèce (l’économie souterraine représenterait environ 25 % du PIB) et il est estimé que six Grecs sur dix ne paient pas la totalité de leurs impôts sur le revenu et constituent un important manque à gagner pour l’État. Néanmoins, il convient d’expliquer le contexte social du pays car la Grèce est atypique en Europe en ce qui concerne la relation entre la population et l’État qui, comme nous le verrons par la suite, n’est pas considéré comme une source de protection économique et sociale.
Un héritage historique
L’ampleur de l’économie souterraine en Grèce trouve ses racines dans l’histoire du pays. En effet, la Grèce ayant été occupée par l’empire ottoman durant quatre siècles (1453-1832), les taxes payées par la population durant cette période bénéficiaient à l’autorité ottomane d’où une réticence historique à s’acquitter des impôts et la mise en place du système clientéliste que la Grèce n’a jamais réussi à combattre. C’est à ce moment-là que la perception des impôts comme étant destinés à servir les intérêts des hauts fonctionnaires d’État et pas les intérêts publics débuta.
Même, après la révolution et l’accession à l’indépendance du pays, les impôts étaient toujours assimilés au prélèvement effectué par les Ottomans. De même, les gouvernements qui ont suivi, sous influence des grandes puissances (France, Angleterre, Autriche, Prusse, Italie et Russie), n’ont pas cherché à établir une relation saine avec la population. Les Grecs continuent à considérer les impôts comme une charge qui n’influence en rien leur bien-être quotidien et ils ne voient donc pas l’intérêt de s’en acquitter. Par la suite, les deux guerres mondiales furent une période prospère pour le marché noir et défavorable à l’instauration d’un système de transparence financière de l’État. Pour continuer, pendant la dictature des colonels entre 1967 et 1974, les Grecs ont vu leurs impôts récupérés par la junte des officiers. Le retour à la démocratie en 1974 n’a pas signifié pour autant la fin du détournement des impôts, bien au contraire. Les différents gouvernements, droite et gauche confondues, qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui ont amplement trafiqué les comptes de l’État et détourné l’argent public au profit des dirigeants et de leurs relations, perpétuant ainsi l’État clientéliste dans lequel la corruption est largement répandue et ce à tous les niveaux, aussi bien parmi les instances dirigeantes que dans le secteur public.
Les éléments historiques abordés précédemment apportent un début d’explication à l’ampleur de la fraude fiscale et de l’économie souterraine en Grèce. Cependant, d’autres aspects de la société grecque, tel que le manque de crédibilité de l’État, doivent être soulignés pour comprendre la situation.

Un déficit de crédibilité de l’État grec
Les malversations financières, les Grecs en ont été témoins et les ont subi pendant trois décennies d’où un déficit chronique de légitimité des institutions helléniques. Selon l’organisation Transparency International, 18 % des citoyens ont payé un pot-de-vin en 2009 ce qui place la Grèce en deuxième position européenne après la Lituanie (30 %). Cette même étude révèle que 58 % des Grecs estiment que les partis politiques sont touchés par la corruption soit le taux le plus élevé en Europe. En ce qui concerne la fonction publique, 16 % des citoyens grecs l’estiment corrompue. Ces chiffres reflètent la confiance qu’accordent les Grecs au milieu politique de leur pays. De plus, au mois de janvier 2010, se déroule le procès d’une affaire de corruption ayant créé une importante polémique dans le pays : quinze ministres ou ex-ministres sont impliqués dans une affaire de pots-de-vin versés par l’entreprise allemande Siemens pour un montant estimé à 100 millions d’euros. Cependant seuls trois anciens ministres seront inquiétés par la justice, la loi grecque sur la responsabilité ministérielle prévoyant des délais courts pour la prescription. Ce type de scandale et l’impunité relative dont bénéficient les responsables politiques contribuent à décrédibiliser la classe politique dans son ensemble.
Le secteur public grec est un bon exemple de l’incohérence de l’État, il y aurait plus de 1,1 million de fonctionnaires pour 11 millions d’habitants, « il y aurait » car même le gouvernement ne sait pas exactement combien de personnes travaillent pour lui et a donc organisé récemment un recensement de ses employés. De plus, en dépit d’un secteur public important, celui-ci se caractérise par son inefficacité. Le fait de voir l’argent public dépensé de manière peu efficace est évidemment un frein à l’acceptation de payer des impôts de la part de la population. La fraude fiscale est tellement commune et, de l’aveu de certains Grecs, considérée comme un « sport », que chaque année les journaux plus connus publient des petits hors séries expliquant les « pièges fiscaux et comment les éviter » qui permettent d’éviter de payer la totalité des impôts.
L’évasion fiscale est considérée par les Grecs comme un retour à l’équilibre social biaisé par la mauvaise gestion de l’État. Ce comportement n’est en aucun cas lié à une sensibilité politique ; les fraudeurs aux impôts sont aussi nombreux à droite qu’à gauche. Une anecdote montre l’ampleur de la fraude ; le fisc grec a utilisé des images satellites pour vérifier les déclarations des contribuables vivant dans le quartier huppé de Kolonaki, au nord d’Athènes : il s’avère que 324 résidents avaient déclaré posséder une piscine alors qu’après vérification le chiffre s’élève à 16 974 dans le quartier. La fraude fiscale n’est cependant pas uniquement pratiquée par les catégories aisées de la population, tout le monde y participe. À la suite d’un problème d’appareil photo, je me suis rendu dans un « atelier de réparation » (il s’avère que l’atelier en question était un appartement dans un immeuble en centre-ville) où le technicien m’expliqua que cela allait me coûter 40 euros sans facture mais 50 euros si je voulais un reçu ; même si le gouvernement demande aux citoyens d’exiger des reçus de la part des commerçants depuis janvier 2010 en échange de déductions fiscales, la fraude est d’autant plus tentante qu’elle est proposée. La perception de l’évasion fiscale a des racines si profondes que même au moment où l’État grec a besoin plus que jamais d’argent pour combler sa dette immense, il reste encore beaucoup de gens qui ne paient pas la totalité de leurs impôts. Les récentes mesures prises par le gouvernement afin de redresser la situation du pays ne convainquent pas la population, consciente, que la corruption, qui a toujours été endémique, ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Malgré la volonté affichée du gouvernement de lutter contre la fraude, de nombreux Grecs continuent de dissimuler leurs vrais revenus pour éviter les impôts.
Si les Grecs ne sont, à ce jour, pas satisfaits des mesures prises par le gouvernement Papandréou, aucun parti ou homme politique n’est capable d’apporter une solution alternative crédible qui ne conduira pas le pays un peu plus vers la faillite. Il est communément admis que quelques-unes des mesures prises telles que l’éradication de la corruption et l’assainissement du secteur public sont des réformes qui auraient dues être entreprises il y a déjà plusieurs années. Néanmoins, ces quelques mesures ne sont aujourd’hui pas considérées comme positives du fait qu’elles se retrouvent englobées dans un lot d’autres réformes votées dans un très court laps de temps et qui sont, celles-ci, beaucoup moins justifiées pour la population. Seule une vision à long terme permettra de prendre la mesure de l’impact positif de ces réformes, non seulement pour l’économie mais aussi pour le fonctionnement du secteur public en général.
Pourtant, à l’exception de ces quelques réformes comprises par la population, certaines réformes ne peuvent être acceptées, ou très difficilement, par les Grecs. Parmi celles-ci se trouve la réduction des pensions de retraite de 7 % qui est l’un des points les plus controversés et qui a entraîné le plus de réactions de la part des Grecs.
Parmi les catégories les plus touchées par la crise économique et les mesures qui l’accompagnent se trouvent les jeunes. S’il est vrai que cette catégorie a souvent un statut précaire dans de nombreux pays développés, cela est particulièrement vrai en Grèce.

Les conséquences sociales des mesures économi-ques chez les jeunes
Durant mon séjour en Grèce, même si l’été n’est pas le moment le plus favorable pour la contestation sociale, étant donné qu’une grande partie des habitants quitte les villes pour rejoindre les îles d’où ils sont originaires, le climat tendu s’est tout de même fait ressentir. Tout d’abord, les Grecs ne comprennent pas le fait qu’ils doivent payer les conséquences du comportement de leurs responsables politiques (corruption, détournement de fonds publics, dissimulation des déficits). En effet, les efforts importants demandés à la population vont plonger le pays dans de nombreuses années d’austérité. Dans un pays où les salaires étaient déjà faibles, en particulier ceux des jeunes où ils sont appelés « la génération des 700 » en référence aux 700 euros qu’ils touchent chaque mois, on ne voit pas se profiler un avenir radieux. De plus, ces 700 euros qui étaient auparavant le salaire minimum des jeunes ont été rabaissés à 520 euros mensuels depuis la crise économique. Ces mêmes jeunes en arrivent à envisager une expatriation afin de mener une vie meilleure. Selon un récent sondage, ils seraient plus de 70 % à considérer cette possibilité, le taux de chômage des jeunes Grecs étant de 25,8 %, l’un des plus élevés de l’Union européenne en tenant compte du fait que ces chiffres datent de 2009 et qu’il est fort probable qu’ils aient augmenté au cours de l’année 2010.
De nombreux jeunes diplômés ne trouvent pas de travail en relation avec leurs études, beaucoup de jeunes ne trouvant qu’un emploi de serveur, ou seulement des stages très peu rémunérés.
Face à l’accumulation des difficultés, les jeunes se voient contraints de rester de plus en plus longtemps au domicile parental car, étant donné la faiblesse des salaires et le fort taux de chômage, il leur est impossible de s’émanciper rapidement. À Athènes il n’est pas rare de voir des jeunes de 30 ans habiter encore chez leurs parents, le chômage ou leurs faibles revenus ne leur permettant pas d’être financièrement autonomes.
Face à la crise et à l’austérité, les jeunes et pas seulement, peuvent compter une solidarité familiale sans faille et fortement ancrée dans la société hellénique. La cellule familiale joue le rôle de « filet de sécurité » pour de nombreux jeunes durant cette période de crise. Elle permet de combler les lacunes de l’État et de compenser le recul de l’État providence (diminution des salaires, augmentation de l’âge du départ à la retraite, etc.).

L’illusion de l’argent facile 
Face à la crise, une nouvelle catégorie de population est apparue en Grèce que les médias ont surnommé les « opulmeurs » ; la contraction d’« opulence » et « chômeurs » ; c’est-à-dire les gens qui, bien qu’ils n’aient pas d’argent, ne cessent pas de consommer et d’agir comme s’il n’y avait pas de crise en s’endettant de plus en plus. Il est vrai que cet été de nombreux cafés, lieux très fréquentés par la population en temps normal, étaient remplis et pas seulement par les habituels touristes. Lorsque j’ai demandé à un Grec de m’expliquer ce phénomène celui-ci m’a répondu que « les Grecs dépensent l’argent qu’ils n’ont pas ». La sensation « d’argent facile » provoquée notamment par les importants fonds européens reçus après l’entrée du pays dans l’Union Européenne a aussi favorisé ce comportement économique peu orthodoxe de la population. La Grèce a en effet reçu 240 milliards d’euros de fonds européens depuis son entrée dans l’UE en 1981. Les cartes de crédit se sont ainsi multipliées dans les portefeuilles des habitants jusqu’au jour où il a fallu payer l’addition.
Cette attitude est un facteur potentiel d’aggravation de la situation économique et sociale de la population à long terme mais elle permet aussi de faire oublier une crise qui fait la une des médias nationaux et internationaux depuis presque un an et qui a fortement modifié le niveau de vie ainsi que la structure familiale comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant.

L’importance de la famille
Dans la société grecque, la famille a toujours été un élément central comparé à beaucoup d’autres pays européens. Cette caractéristique s’est fortement renforcée avec l’arrivée de la crise économique. Maintenant, que la situation s’aggrave jour après jour, la cellule familiale vient supporter tous ses membres. Bien que parfois problématique notamment à cause du retard éventuel qu’il entraîne dans l’émancipation des jeunes, elle constitue un filet de protection en cas de situation difficile et un élément fort de la solidarité intergénérationnelle. Le fait de voir les retraités, bien qu’ayant vu leurs pensions fortement amputées, aider financièrement leurs enfants ou petits-enfants qui, face à la baisse de leurs salaires et à l’augmentation des impôts ne peuvent plus faire face, est aujourd’hui renforcé avec la crise.
La volonté d’expatriation chez les jeunes que nous avons précédemment abordée se trouve renforcée par la dynamique familiale. En effet, la plupart des familles préfèrent, si elles en ont toujours les moyens, envoyer leurs enfants à l’étranger pour leurs études étant donné que la conjoncture n’offre pas la possibilité de trouver d’emploi dans la filière étudiée. Cela est particulièrement vrai pour les emplois dits « de luxe » comme les sciences politiques, les beaux-arts, les sciences humaines et certains domaines de l’école polytechnique dans lesquels le phénomène de départ à l’étranger prend des dimensions significatives.
Face aux difficultés économiques, la Grèce a souvent été pointée du doigt par l’Union européenne et par certains de ses pays membres, comme par exemple l’Allemagne qui a hésité sur l’aide à apporter au pays. La supposée solidarité européenne a eu beaucoup de mal à se mettre en place entre les critiques et les refus de soutenir le pays, ce qui a provoqué une certaine désillusion parmi la population grecque quant à son appartenance à l’Union européenne.

La stigmatisation européenne
Les Grecs se sont toujours considérés d’une manière différente que les autres Européens. La culture, la langue, la position géographique du pays entre la Turquie et les Balkans ont influencé la création d’une identité européenne propre aux Grecs. La stigmatisation de la Grèce comme « mauvais élève » ou « maillon faible » de l’Union européenne par les États membres ne touche donc pas beaucoup la population et s’attirer la sympathie européenne n’a jamais été une priorité. De plus la population grecque est consciente que l’Union a aussi sa part de responsabilité en ayant laissé le pays à la dérive pendant des années pour finalement en arriver à cette cure d’austérité, pour citer une habitante : « Je me sens européenne mais je me sens aussi bien plus proche des pays balkaniques que de la Scandinavie ; ce que je reproche à l’Union européenne, c’est d’avoir échoué sur le plus important : la solidarité ».
Le fait que le plan d’aide débloqué par l’Union Européenne ait rencontré des réticences de la part de plusieurs pays a aussi renforcé le sentiment d’abandon du pays en effritant le sentiment d’appartenance européenne. Ce sentiment s’est vu renforcé par les récentes déclarations du Président de l’Euro-group, Jean-Claude Junker, qui a fait son mea culpa, en disant que : « Nous considérons le manque de préoccupation face à la situation de la Grèce comme une erreur de négligence moyennement grave ». La population ne comprend pas qu’elle doive maintenant payer les conséquences d’une crise qui était connue depuis plusieurs années notamment par Bruxelles.
Les grands pays européens bénéficiaient de la confusion de l’économie grecque en assurant des profits disproportionnés pour leurs produits. En effet, en Grèce, la plupart des compagnies multinationales vendent le même produit à un prix beaucoup plus élevé que, par exemple, en Espagne ou en Italie. Ce phénomène s’explique par le fait que la Grèce est un pays agricole. En effet, même si l’importance de l’industrie dans le PIB du pays a augmenté ces dernières années pour atteindre 20,4 %, ces industries ne concernent pas les produits manufacturés de consommation courante, les plus importantes étant la pêche, la confection, la construction et l’électronique ce qui oblige le pays à importer la plupart des biens dont il a besoin. Par conséquent les prix des produits importés ne correspondent pas au niveau de vie du pays. Cette déconnexion des prix par rapport à la réalité économique est l’un des éléments les plus visibles lorsque l’on se rend dans un supermarché par exemple. Les produits y sont aussi chers voir même plus que dans des pays dont le revenu par habitant est plus élevé. On retrouve ce phénomène dans pratiquement tous les secteurs économiques du pays et il est aujourd’hui renforcé par une inflation importante. En effet, l’inflation en Grèce en décembre 2010 était de 5,15 % soit le deuxième taux le plus élevé de l’Union Européenne après l’Estonie.
L’histoire nous a démontré à plusieurs reprises qu’une crise économique est un terreau propice à la montée des extrémismes de toutes sortes, les classes politiques et la population tentant de trouver un responsable à la situation. Les immigrés ont souvent été utilisés comme bouc émissaires car ils constituent un groupe fragile et souvent marginalisé. Il n’est pas question ici de généraliser le phénomène à l’ensemble de la population mais seulement d’observer et d’expliquer une tendance.

La montée du racisme
Face au chômage important frappant la Grèce et étant donné la situation critique concernant le nombre élevé de demandeurs d’asile et d’immigrés clandestins (on évoque même parfois une « crise humanitaire »), ceux-ci constituent une cible toute désignée. J’ai pu écouter par le biais de mon travail au contact des réfugiés, bon nombre de récits de demandeurs d’asile évoquant le racisme dont ils sont victimes quotidiennement de la part de certains habitants et notamment de la police. Les reproches classiques faits aux immigrants sont, par exemple, de « voler le travail » à la population bien qu’en réalité ils n’occupent que les emplois délaissés par celle-ci comme les métiers du bâtiment par exemple. De plus, ces immigrés souffrent eux aussi des conséquences de la crise économique. Nombre de ceux que j’ai pu rencontrer m’ont expliqué la difficulté croissante pour trouver un emploi journalier.
À Athènes, la pénurie de logements pour les demandeurs d’asile oblige nombre d’entre eux à dormir dans la rue. Dans les faits, certaines places de la ville se transforment en dortoirs de fortune à la nuit tombée. Les conséquences sont celles d’un camp de réfugiés laissé à l’abandon ; manque d’hygiène, insalubrité, tensions entre les demandeurs d’asile, le tout entraînant parfois la colère des habitants des quartiers concernés. Même si les demandeurs ne sont pas à blâmer pour cette situation, ils sont pourtant victimes de la colère de certains habitants. Certains résidents ont constitué des groupes afin de déloger les immigrés qu’ils estiment responsables de la saleté et de l’insécurité. Même si ce type d’action concerne une minorité de la population, ce phénomène doit être pris au sérieux. En effet, les répercussions de la crise se feront sentir durant des années et l’État grec ne peut pas contrôler l’immigration. Par conséquent les tensions entre les Grecs et les immigrants risquent de s’accentuer, surtout si ce phénomène est récupéré par les partis d’extrême-droite.
La crise en elle-même n’explique pas entièrement ce phénomène, mais elle contribue à l’accentuer. Il est nécessaire de comprendre que la Grèce fut par le passé une terre d’émigration, la tendance s’étant totalement inversée ces dernières années. À cela s’ajoute l’incapacité de la Grèce à gérer les importants flux d’immigrants, porte d’entrée principale de l’Europe qui se retrouve aujourd’hui submergée par les arrivées. L’Union européenne, après avoir mis en place une politique commune d’asile, n’en assume pas les conséquences en laissant la Grèce seule face au problème.

Conclusion
Même s’il est indéniable que la population a contribué à la mauvaise santé financière du pays, notamment en participant à la fraude fiscale massive, ces fraudes ont permis aux Grecs de pouvoir vivre avec des bas salaires et leur permet dorénavant de supporter les sévères mesures économiques instaurées par le gouvernement. D’où un scepticisme légitime quant aux efforts étatiques visant à combattre cette économie souterraine.
Même s’il semble évident que le retour à l’équilibre économique du pays passera nécessairement par le fait que la population paye ses impôts au risque de voir une réduction importante des services publics, les recettes fiscales étant la base essentielle pour des prestations publiques, cela ne se fera pas rapidement. En effet, ni le Fonds monétaire international (FMI), ni aucune autre institution ne pourra accélérer le retour d’une confiance de la population en l’État alors que c’est un facteur essentiel pour que la population s’acquitte de ses obligations fiscales.
Cette crise sans précédent a des conséquences indélébiles sur la société grecque et cela à tous les niveaux, aussi bien familial que social et politique. Il est possible qu’elle permette au pays de débuter un réel assainissement de ses finances et de sa politique, cependant c’est la population qui subit l’obligation de faire des efforts conséquents, de voir des acquis sociaux supprimés et une baisse significative de sa qualité de vie. D’où la nécessité très forte pesant sur l’ensemble de la classe politique de se montrer exemplaire car un nouveau scandale politico financier pourrait être l’étincelle qui attiserait de nouveau le brasier populaire.
Les élections régionales et municipales qui se sont tenues au mois de novembre 2010 montrent que la population a compris la situation dans laquelle se trouve le gouvernement de Georges Papandréou et surtout le peu de marge de manœuvre dont il dispose face aux exigences du FMI et de l’Union européenne qui conditionnent l’attribution du prêt de 110 milliards d’euros sur une période de trois ans. En effet, largement critiqué pour les mesures économiques qu’il a instauré, le premier ministre avait fait de ce scrutin un quasi référendum dans la mesure où celui-ci avait demandé à la population d’exprimer à travers ce vote sa satisfaction vis-à-vis de la politique économique. Il s’était engagé à convoquer des élections législatives anticipées en cas de défaite du PASOK dans ce scrutin d’ordinaire de portée locale. Cependant la victoire du parti socialiste est à nuancer avec le taux d’abstention record enregistré (plus de 50 % des électeurs n’ont pas voté) ce qui ne permet pas de généraliser ces résultats à l’ensemble de la population. Enfin, les récentes manifestations quotidiennes du mois de décembre démontrent qu’une partie conséquente de la population n’a toujours pas accepté cette cure d’austérité.
Il n’y a donc pas une cause de la crise grecque mais bien de multiples facteurs variés (comportement de la classe politique, des citoyens se basant sur l’Histoire, structure de l’économie du pays, décalage avec les attentes de l’Union européenne) qui expliquent la crise actuelle. Ne considérer qu’un seul angle d’analyse revient à en biaiser les conclusions. La société hellénique change progressivement de comportement pour se diriger vers le type de gestion préconisé par Bruxelles mais la population en paye désormais le prix fort et cela pour de nombreuses années à venir.

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