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Article 5 : Multiculturalisme aux Pays-Bas

vendredi 24 juin 2011

Multiculturalisme aux Pays-Bas

Peter De Klerk

L’intégration des étrangers est un sujet qui préoccupe les habitants des Pays-Bas, où politiciens du centre et de gauche ont favorisé ces dernières années ce que l’on peut appeler une société multiculturelle, au grand dam de la droite et des partis populistes successifs qui gagnent la faveur des électeurs au fil des élections. Comment expliquer les changements dans la mentalité des Néerlandais à propos des étrangers ? Les signaux envoyés par les journalistes donnent l’impression de situations très tendues et extrémistes. Les cas de tensions sont cependant isolés et anormalement grossis. En quoi, dans ce domaine, la situation néerlandaise est-elle différente des autres pays d’Europe ? Qu’est-ce qui a pu se passer pour que le parti populiste sorte vainqueur des dernières élections et continue à grimper dans les sondages ? Comment réagissent les étrangers de la première, la deuxième et bientôt de la troisième génération installés dans le plat pays ? La peur de l’étranger est-elle un phénomène nouveau ? Y a-t-il d’autres motifs ? On ne peut pas comprendre la situation actuelle sans placer les choses dans leur contexte historique et sociologique. Après une partie historique, nous brosserons un tableau de la situation actuelle et terminerons par quelques statistiques.
Traditionnellement, le peuple néerlandais est généreux et tolérant. Généreux, car quand il faut donner pour une bonne cause, les montants collectés sont énormes, tant pour des causes nationales qu’internationales. Tolérant, car des luttes séculaires ont fait que l’on ne s’affronte plus, mais qu’on compose avec ses adversaires ou les individus qui risquent de se mettre en marge de la société du fait de leurs différences ouvertes ou cachées. Le mariage des homosexuels en est un exemple, la tolérance de la prostitution et la politique en matière de drogues douces en sont d’autres. Les gouvernements successifs pratiquent dans les domaines cités une politique de tolérance (gedoogpolitiek). On tolère et on contrôle afin d’éviter des excès ou des débordements. En matière de drogue, des excès et des débordements ont quand-même eu lieu, de sorte que depuis peu de temps, les autorités interviennent plus sévèrement pour mieux accompagner les drogués par des suivis personnels et l’obligation de se soigner. Du coup, la petite criminalité est actuellement en baisse.
Les Pays-Bas ont depuis longtemps pratiqué la tolérance dans le domaine religieux. Le pays doit sa prospérité au commerce, pratiqué initialement par bateau, plus tard par d’autres moyens de transport comme les camions néerlandais qui sillonnent les pays d’Europe. Les situations instables nuisent au commerce, il faut donc y mettre fin le plus rapidement possible et sans faire de dégâts. Les querelles religieuses qui ont eu lieu doivent se résoudre en mettant l’accent sur l’humanisme et la tolérance.
Aux Pays-Bas, la présence de la religion chrétienne remonte à l’époque où les Romains ont, dès le IVème siècle, introduit le christianisme dans le sud du pays. Les Frisons, habitant au nord du Rhin, s’étaient opposés à cette nouvelle religion, car, comme les autres tribus germaniques, ils vénéraient déjà plusieurs dieux et craignaient d’être annexés. Au VIIIème siècle, des missionnaires irlandais et anglais convertissent les Frisons et le nord des Pays-Bas devient chrétien. Il reste cependant des traditions païennes dont les plus beaux exemples sont les noms des jours de la semaine qui, comme en anglais, rappellent les dieux germaniques, mais aussi la vénération de certains saints comme Saint-Nicolas qui remonte à Wodan, le dieu principal des peuplades germaniques. Selon la légende, l’évêque Saint Nicolas aurait vécu en Asie Mineure, l’actuelle Turquie. Il est vénéré avec les attributs de Wodan par tous les Néerlandais, un bel exemple de syncrétisme.
Le monde religieux a connu son époque de fronde dès le XIVème siècle lorsque des personnes cherchent le retour vers la religion chrétienne d’origine, sans fastes, dans le courant religieux de la Devotio Moderna sous la houlette de Geert Groote, théologien connu dans toute l’Europe, précurseur de L’Humanisme et de la Réforme. Les Humanistes ont largement contribué au climat de tolérance qui a toujours régné dans ce pays grâce entre autres à Erasme. Ces « Frères de la Vie commune » prêchaient la pénitence dans des communautés accueillant laïcs et religieux. Les régions formant actuellement le Benelux dépendaient au Moyen-âge de l’Empereur germanique. Ces fiefs passaient successivement sous l’autorité bourguignonne et habsbourgeoise. Un vent de liberté soufflait sur ces terres. Les vassaux se révoltaient, les paysans s’affranchissaient. Dans les villes, une nouvelle classe de marchands et d’artisans se développe. Ces territoires de l’Empire Germanique, après avoir été dirigés par des souverains bavarois, bourguignons puis habsbourgeois, se sont révoltés contre Philippe II, Roi d’Espagne (les Pays-Bas étaient devenus espagnols suite à un mariage) dans une guerre qui va durer de 1568 en 1648. C’était en fait la révolte des protestants contre l’inquisition instaurée par les rois catholiques d‘Espagne, Charles V puis Philippe II. Pendant cette Guerre de 80 ans, la partie septentrionale des Pays-Bas espagnols proclame son indépendance dans une République des Sept Provinces Unies avec à sa tête deux hommes : un général, appelé stadhouder, traduction du mot français lieutenant, et un premier ministre, appelé Grand Pensionnaire. On s’est donc affranchi du Roi et du Pape. Il est à noter que le fondateur du droit international est Hugo de Groot, Grotius en latin, qui avait proclamé contre l’avis du Roi d’Espagne et du Pape, que les mers appartiennent à tous les peuples « mare nostrum », ce qui a permis aux Néerlandais de naviguer sur toutes les mers et de s’enrichir en remplissant leurs entrepôts des produits exotiques, comme les épices ou les oranges de Chine, appelées « pommes de Chine ».
Dès 1572, un très grand nombre de protestants avaient fui les Pays-Bas du Sud, grosso modo la Belgique actuelle, restés sous la domination espagnole. Dans toutes les grandes villes du nord, les Pays-Bas actuels, ces Néerlandais méridionaux comme on les appelait, étaient accueillis, logés et embauchés. Dans son étude sur cette époque, J. Briels2 évalue le nombre de ces réfugiés religieux et/ou socio-économiques à 150.000 personnes sur une population totale de 1.500.000, un apport d’un dixième de nouveaux venus (cf. plus loin le même pourcentage actuel d’immigrés). Ils venaient du Brabant, du Limbourg et des Flandres néerlandophones et des provinces francophones du Hainaut, de Namur et de Liège. Voilà des immigrants intéressants car parmi eux se trouvaient un grand nombre d’intellectuels, des savants, artisans, artistes, commerçants et industriels. Ils ont d’ailleurs très largement contribué à l’essor économique de la République, au détriment des régions du sud des Pays-Bas qu’ils venaient de quitter, surtout après le blocage de l’accès au port d’Anvers par les Hollandais. Leur ticket d’entrée était bien sûr leur religion, qui était la même que celle qui avait trouvé son assise dans la République. La langue française n’a pas été un obstacle. Dans toutes les grandes villes, on a même créé des temples avec des cultes en français, appelés « Églises Wallonnes », dont certaines existent encore comme à Amsterdam et La Haye. Nous passons ici sur les querelles entre luthériens et calvinistes et autres querelles parfois violentes parmi les protestants au sujet de la prédestination. L’arrivée des Huguenots français, fuyant la France après la Révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV en 1685, a doublé le nombre de paroisses wallonnes pour atteindre 80 Églises. Là aussi, le savoir-faire des réfugiés était le bienvenu dans la République, notamment dans l’industrie du drap. Certaines familles huguenotes ont rejoints les colons hollandais pour s’établir en Afrique du Sud dans la Franschhoek, le « Coin français ». Ceux-ci étaient à l’origine des vignobles sud-africains. Dans la République, les meilleurs postes étaient réservés aux protestants, ce qui était contraire aux idées de Guillaume d’Orange, ce prince allemand à la tête de la fronde contre les Espagnols, le Père fondateur de la patrie, prônant justement la tolérance.
L’arrivée de ces protestants parlant une autre langue, le français, peut être comparée à l’arrivée et l’installation des travailleurs immigrés dès 1965 évoquées plus loin. Après l’époque française des Pays-Bas, de 1795 à 1813, un nouveau royaume est créé englobant les actuels pays du Benelux. La Belgique se sépare en 1830 critiquant la domination par la partie septentrionale, l’ancienne république. En 1848, Thorbecke, professeur de droit et homme politique, fait adopter la nouvelle Constitution affirmant sans équivoque les droits fondamentaux des citoyens qui nous intéressent dans ce cadre : la liberté de religion, de la presse, d’association et de réunion.
Rome en profite pour rétablir la hiérarchie épiscopale au grand dam des protestants qui se déchaînent contre les catholiques. Le Roi Guillaume III soutient les protestants et Thorbecke du coup démissionne. À la fin du XIXème siècle, suite aux préoccupations des libéraux progressistes et des mouvements syndicaux, une nouvelle constitution ouvre la voie vers des lois qui vont dès lors changer profondément la vie politique et sociale du pays. Tout d’abord la loi électorale prévoit le droit de vote au suffrage universel pour les hommes en 1894 et pour les femmes en 1922. Les protestants, les catholiques et les libéraux sortent vainqueurs dans la lutte qui a longtemps déchiré le pays grâce à une loi proclamant l’égalité de l’enseignement public et privé en 1917 et 1922. Le fondement de la société néerlandaise actuelle est posée et les communautés étrangères successives ont pu largement bénéficier des acquis politiques, sociaux et culturels dont les bases ont été jetées à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.
Après avoir désigné les immigrés du pourtour méditerranéen par gastarbeiders (ouvriers invités) et immigranten (immigrés), leur nom actuel est allochtonen par rapport aux gens du pays qui sont des autochtones. On recherche actuellement un nom moins discriminatoire qui semble être trouvé : medelanders, ceux qui habitent avec les Nederlanders, les Néerlandais. Ce nom a une résonance plutôt sympathique. On n’entend couramment que la différence entre les consonnes « n » et « m », qui sont bien sûr très proches, tellement proches qu’on les confond même. En effet, on ne prononce pas la lettre « r » dans la partie « Neder », qui veut dire « bas ». On voit que la langue néerlandaise est prête pour l’intégration.
Quand on parle d’intégration, on fait aux Pays-Bas la distinction entre plusieurs catégories d’immigrés. Cela se retrouve dans les statistiques du Bureau néerlandais des Statistiques, le CBS, dont nous reproduisons les conclusions et quelques statistiques du rapport sur l’intégration en 2010. Le groupe des allochtones non occidentaux est composé de quatre groupes : les Turcs, les Marocains, les Antillais et les Surinamiens. Selon les statistiques, c’est cette catégorie qui pose le plus de problèmes au niveau de l’intégration, surtout chez les Turcs et les Marocains chez qui, majoritairement, on ne parle pas le néerlandais à la maison.
Le deuxième groupe d’allochtones est celui d’origine occidentale. Ici les problèmes sont moindres car le niveau d’instruction est plus élevé et on parle néerlandais à la maison. On ne parle pas ou rarement des immigrés indonésiens, arrivés après l’indépendance de leur pays en 1949, ni des Chinois, deux groupes intégrés et, pour ces derniers, vivant dans des communautés et des quartiers séparés. Les réfugiés politiques de pays en guerre sont toujours très nombreux et dans la mesure du possible, ils peuvent demander et obtenir relativement facilement l’asile politique et un titre de séjour. La communauté des Moluquois, de l’archipel indonésien des Moluques, établie aux Pays-Bas, a proclamé aux Pays-Bas mêmes, la République libre des Moluques, avec drapeau et hymne national à l’appui. Des prises d’otages spectaculaires en 1973, d’un train entier en rase campagne et d’une école maternelle, avaient défrayé la chronique. La revendication était impossible à réaliser : l’intervention des Pays-Bas en Indonésie pour créer cette république.
Les Pays-Bas, qui, après la deuxième guerre mondiale étaient un pays d’émigration, sont devenus un pays d’immigration à partir de 1965. La découverte du gaz naturel dans le sol néerlandais et l’économie florissante grâce aux services et aux transports, ont certainement contribué à attirer de nombreuses personnes de pays affichant un niveau de vie très inférieur. Les éléments historiques que nous venons de retracer ont joué un rôle important dans l’afflux d’étrangers, pensons à Spinoza et Descartes. Cette société était construite sur le compartimentage ou division de la société en « piliers ». On assiste actuellement à la fin de ce compartimentage. Chaque groupe identitaire constituait une communauté vivant presque en vase clos : presse, radio télédiffusion, enseignement, parti politique, appartenance religieuse, syndicat, associations. Les Néerlandais vivaient bien et séparés les uns des autres. La fameuse tolérance y est certainement, là aussi, pour quelque chose. Ces dernières années, le système s’effrite, mais il est toujours là. Notre thèse est que les communautés venues s’installer aux Pays-Bas ces dernières décennies, ont pu, elles aussi, prendre leur place dans la société, une société qui a besoin de ces nouveaux arrivants qui travaillent, payent des impôts, font tourner l’économie et participent à la vie politique.
Ainsi, toute personne qualifiée peut ouvrir une école subventionnée entièrement par l’État, d’où la présence d’un grand nombre d’écoles privées souvent basées sur des convictions religieuses. De nombreuses écoles musulmanes ont ainsi vu le jour et font maintenant partie intégrante du paysage scolaire néerlandais. La radio télédiffusion, également marquée par sa diversité, permet à tout groupe s’étant constitué en association, de bénéficier de temps d’antenne réglementaire selon l’importance du nombre de ses adhérents.
Toutes les conditions sont donc remplies pour faciliter l’intégration d’étrangers dans ce petit pays, pas plus grand que la Bretagne, et ce depuis de longue date, comme nous venons de l’exposer. Et malgré tout, des problèmes existent. Pourtant, le bourgmestre de Rotterdam n’est-il pas marocain ? Des parlementaires ne peuvent-ils pas défendre les intérêts des communautés dont ils sont issus ? Des cours de langue et de culture néerlandaise ne sont-ils pas assurés gratuitement dans tout le pays ? Des millions d’euros ne sont-ils pas investis dans des mesures pour faciliter l’intégration ? Il existe même un institut officiel de l’intégration ou encore une chaire de multiculturalisme à l’université de Leyde.
La politique menée jusqu’ici a été reconnue officiellement comme un échec. D’ailleurs, les dernières élections ont aussi été un échec pour l’équipe sortante des chrétiens-démocrates et des socialistes. La nouvelle coalition des libéraux et des chrétiens-démocrates, qui gouverne avec le soutien du parti populiste PVV à la Seconde Chambre, tente de résoudre les problèmes et surtout, tente de rester en lice pour les prochaines élections, tant aux États Provinciaux que municipales et parlementaires, mais avec une majorité minime. Il est utile de rappeler que le parti populiste PVV n’a pas de poste de ministre, ne gouverne donc pas, mais apporte au Parlement son soutien aux deux autres partis de la coalition représentés dans le gouvernement.
Cette nouvelle politique consiste en une réduction des dépenses publiques de 18 milliards d’euros. Sont concernés l’immigration et l’intégration, mais aussi la réduction de la bureaucratie, la sécurité sociale, les soins, l’aide au développement des pays pauvres, la défense, la contribution à l’Union européenne (suite à une erreur de calcul, la contribution était disproportionnée), la culture et la radio télédiffusion.
En revanche, 12 000 personnes seront recrutées pour les soins aux personnes âgées et des « animal cops » sont engagés. Le leader du PVV, Geert Wilders, prône une politique d’immigration « sévère mais juste ». Ces mesures réduiront l’afflux d’immigrants non occidentaux de moitié, tendance que l’on constate sur le terrain. Pour Geert Wilders, et pour un nombre grandissant de Néerlandais, l’islam n’est pas une religion, mais une idéologie dangereuse pour le pays. Cette idéologie est alimentée par divers auteurs comme Robert Spencer, auteur américain pour qui le but final de l’islam est de mettre un terme à la civilisation occidentale. Même si le leader populiste fait l’objet de plusieurs plaintes, son avocat estime qu’un membre du Parlement doit avoir la liberté d’exprimer ses opinions publiquement.
Un des éléments mis en place pour améliorer l’intégration des allochtones, à l’exclusion des immigrés des pays européens, est le passage de l’examen civique et le test de langue néerlandaise. En cas d’échec, la personne risque de perdre son titre de séjour et devra payer une amende. Ce sont les communes qui organisent ces cours en donnant la priorité aux immigrants allocataires et mères de famille.
Le Parti Démocrate PVDA, le Parti du Travail, moins radical que le parti socialiste néerlandais SP, a pris beaucoup de mesures en faveur des immigrés, à tel point que son surnom est devenu le Parti des Allochtones. L’électorat néerlandais a fortement sanctionné ce parti suite aux affrontements ethniques, les actes de terrorisme islamiste, l’augmentation de la violence dans les communautés marocaine, turque et antillaise, l’assassinat politique de Theo van Gogh et les menaces proférées à l’encontre d’Ayan Hirsh Ali et d’autres personnages publiques et politiques. Le trafic de drogue très florissant dans ce pays et la criminalité de groupes mafieux ont créé un climat propice aux thèses du populisme. Les Néerlandais se sentent trahis par les comportements criminels estimant que celui qui vient, doit s’adapter au pays et non pas l’inverse. Une autre explication du regain du populisme est selon deux chercheurs néerlandais3 le fossé grandissant entre la catégorie des diplômés, dont sont issus les hommes politiques, et la catégorie de personnes moins instruites. Les premiers auraient perdu le contact avec la réalité sur le terrain, alors que les derniers vivent quotidiennement les problèmes de promiscuité, de criminalité, des mauvaises conditions d’habitat et de chômage.
Bien sûr la crise joue aussi un rôle important dans le discours en question. Dans ce pays, 12 % de la population active (1,4 millions de personnes) vivent des allocations (chômage, incapacité, allocations diverses). La moitié d’entre eux sont des chômeurs immigrés. 21 % des allochtones vivent des allocations. La dépense pour l’État est de 169 milliards toutes allocations confondues (chiffres du 18/08/2010).
Dans ce pays de tolérance religieuse, on compte environ 850.000 musulmans de diverses obédiences. On compte 450 mosquées et 140 imams rémunérés par la Turquie. L’Institut pour la Migration et les Études ethniques de l’Université d’Amsterdam conclut dans une étude que les musulmans salafistes ne veulent pas répandre leur foi par la violence, ils forment un mouvement orthodoxe normal et ne veulent pas combattre la société néerlandaise. Ils cherchent en revanche une place dans la société. Il y a environ 50.000 musulmans très orthodoxes. Ce groupe est susceptible d’avoir des sympathies pour le salafisme avec ses 2000 pratiquants suivis de très près par les services luttant contre le terrorisme. La moitié des étrangers non occidentaux pratique l’islam. Parmi eux les Turcs, les Marocains, les Surinamiens, les Afghans, les Iraniens et 12.000 autochtones…
La jeune génération de Marocains des Pays-Bas (ils ont la double nationalité car un Marocain ne peut pas perdre sa nationalité d’origine) compte des personnes ayant créé un réseau de Marocains libéraux prenant ouvertement distance des autorités marocaines intervenant aux Pays-Bas par des directives comme celle de la liste des prénoms obligatoires pour les nouveau-nés et respectée par l’état civil néerlandais. Selon Abdelghafour Ahalli, le coordinateur de ce réseau, bon nombre de Néerlandais marocains ou Marocains néerlandais se sentent avoir plus de liens avec les Pays-Bas qu’avec le pays de l’origine de leur famille.
Finalement, les processus d’acculturation qui accompagnent diverses formes d’intégration, semblent toujours fonctionner en partie. Par exemple, dans une enquête récente parmi la population des quartiers multiculturels, celle-ci se dit satisfaite de la police et se sent mieux protégée que celle d’autres quartiers. Cependant, le chômage et la réduction des budgets sociaux, qui touchent les diverses catégories de la population, peuvent aussi avoir un impact plus important sur les fractions plus fragiles, en particulier d’immigration plus récente. Les difficultés sociales s’accompagnent aussi de comportements que certains peuvent considérer comme déviants. Les discours populistes s’en emparent et schématisent et généralisent certains traits dits culturels comme source des tensions dans la société. Les autorités publiques en produisant depuis peu des données statistiques concernant certains d’immigrés ( les marocains par exemple ) cherchent-elles alors à mieux cerner les situations sociales ou à se conformer à une idéologie qu’elles semblent avoir du mal à maîtriser ?
Les différences entre les nouveaux venus et les groupes d’immigrants d’autres époques dont nous avons parlé au début de cet article, se situent donc au niveau de l’intégration et de la tendance d’une minorité d’allochtones non occidentaux à ne pas se sentir chez eux dans ce pays et à ne pas s’intégrer. Leurs enfants risquent ainsi de se retrouver entre deux cultures. Vont-ils trouver leur place aux Pays-Bas, pays de tolérance et d’ouverture vers les autres, et s’intégrer par l’enseignement et les études, ou vont-ils refuser une société qui a bâti ses traditions, ses valeurs et ses règles pendant des siècles ? Cette société est tout à fait à même d’absorber les nouveaux venus et de s’enrichir non seulement économiquement mais aussi culturellement par leur présence. Il faut peut-être encore une ou deux générations avant que le grand brassage des communautés aboutisse à une société dans laquelle chacun trouve sa place.


Annexe 1 : Rapport annuel sur l’intégration en 2010

Se sentir faire partie du pays

D’après le rapport annuel sur l’Intégration des Étrangers aux Pays-Bas en 2010, publié par le CBS, le Bureau Central néerlandais des Statistiques (disponible sur le site web : www.cbs.nl), il ressort que la plupart des Turcs et des Marocain se sentent bien aux Pays-Bas. Ainsi, plus de 55 % des Marocains et près de 45 % de Turcs se sentent en grande partie ou entièrement néerlandais. En même temps, près des trois-quarts se sentent en grande partie ou entièrement liés au pays d’origine. La combinaison de ces deux données révèle que près de la moitié des Turcs et près de 40 % des Marocains se sentent plus liés au pays d’origine qu’aux Pays-Bas. Une autre enquête révèle qu’une grande majorité de Turcs et de Marocains se sentent chez eux aux Pays-Bas. Cela vaut pour les trois quarts des Turcs et quatre Marocains sur cinq. Les personnes de la deuxième génération se sentent plus néerlandais que ceux de la première génération. S’ils se sentent majoritairement chez eux aux Pays-Bas, on peut se poser la question de savoir à quel degré ils s’impliquent dans la vie du pays.

Cohésion sociale

Le degré d’intégration des allochtones peut se mesurer pour évaluer la cohésion sociale. Les allochtones non occidentaux participent moins aux organisations, s’intéressent moins à la politique, votent moins, ont moins confiance aux concitoyens que les autochtones. En revanche, ceux de la deuxième génération s’impliquent plus dans les associations, et s’intéressent plus à la politique que leurs prédécesseurs.

Enseignement

Nous avons déjà mentionné l’importance de l’enseignement dans le processus de l’intégration des allochtones. Le rapport en question confirme cette thèse et montre que parmi les 10 % d’élèves ayant des retards en langue néerlandaise, 46 % sont turcs, 28 % sont marocains et 22 % surinamiens et antillais. Lorsqu’on parle néerlandais au domicile des enfants allochtones, les résultats scolaires sont meilleurs et les élèves fréquenteront des types d’écoles secondaires plus élevés.

Participation aux élections

La participation aux élections parlementaires du 9 juin 2010 des allochtones non occidentaux a été de 69 % contre 75,4 % pour les autochtones. Plus de la moitié de ces allochtones a voté pour le parti social-démocrate (PVDA) contre 20 % pour les autochtones.

Conclusion

Au premier janvier 2010 un habitant sur cinq est allochtone. La part des allochtones non occidentaux est passée de 9 à 10 % de la population ces dix dernières années. La part des allochtones occidentaux est restée stable avec 9 %. Les Turcs forment le plus grand groupe des allochtones, suivis des Indonésiens (Indépendance de l’Indonésie en 1949) et des Allemands. La moitié des allochtones occidentaux est d’origine indonésienne ou allemande. Une autre partie des allochtones occidentaux est plus jeune et est de la première génération. Un nombre grandissant de ces derniers vient de l’Europe de l’est. Cela s’explique par l’extension de l’Union européenne en 2004 avec la Pologne et, en 2007, avec la Roumanie et la Bulgarie. La société néerlandaise est donc très diversifiée. Le gouvernement mène une politique d’intégration active pour permettre aux allochtones de conquérir une position dans la société. C’est un processus important pour des personnes avec un autre passé culturel et vivant souvent dans une position socio-économique moins favorable.

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