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Article 6 : Redessiner la Frontière

vendredi 24 juin 2011

Redessiner la Frontière : Cohérente ethnopolitiques ou décentralisation sélective en Estonie, Lituanie et Slovaquie

Timofey Agarin (Centre Européen pour les Questions des Minorités, Allemagne)
Ada-Charlotte Regelman (Université de Glasgow, Royaume Uni)

Une série de théories en politique comparative s’étant rapidement développée ces dernières décennies s’est beaucoup focalisée sur les raisons d’une mobilisation ethnique pour l’accroissement de leur autonomie régionale et culturelle. Nombreux articles ont cherché à expliquer les succès plutôt que les échecs de mobilisation des minorités. Dans cet article, nous analysons trois cas dans lesquelles la mobilisation a eu lieu mais n’a pas eu pour conséquence un redessinement des frontières internationales instituant une autonomie régionale ou accordant à des groupes le droit de mobilisation. Ces Etats- Estonie, Lituanie et Slovaquie- fournissent un intéressant terrain de test sur la façon dont la mobilisation affecte les processus politiques mais n’amène pas nécessairement à la mise en place de changements au départ sur l’agenda des leaders ethnopolitique de la minorité.
Les trois Etats postcommunistes, Estonie, Lituanie et Slovaquie ont émergé de l’implosion de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques au début des années 90. Cet effondrement du bloc a été en partie dû aux leaders politiques de la majorité ayant atteint un succès considérable dans la prolifération ethno-territoriale sur le chemin de la démocratisation à travers l’Europe communiste dans les années 1980. Lorsqu’a été établi l’Estonie, la Lituanie et la Slovaquie comme Etat indépendants, ils ont été définis comme des patries unitaires pour les groupes ethniques majoritaires. Les constitutions ont défini les trois pays comme des Etats au service des communautés nationales titulaires dont les langues, cultures et les traditions des institutions politiques étaient à protéger. En même temps, les trois Etats ont aussi un nombre significatifs de communautés ethniques minoritaires qui résident tous le long de la frontière avec leurs Etats-parents, les Russes dans le Nord de l’Estonie, les Polonais dans l’Est de la Lituanie et les Hongrois dans le Sud de la Slovaquie. Sur le chemin des réformes politiques à la fin des années 1980, les trois groupes ont étendu leurs revendications pour un territoire ethno-national des régions dans lesquelles ils occupaient la majorité et ont mobilisé un grand nombre de co-ethniques opposant la composition ethnique des institutions de l’Etat émergent mais plus tard ils se sont alignés avec les leaders politiques nationaux pour faciliter l’adhésion à l’UE en 2004.

Mobilisation sociale et ethnopolitique
Au cours des dernières décennies, la montée en puissance du domaine des études ethnopolitiques a démontré avec succès que l’ethnicité est un jeton utile que les leaders politiques peuvent utiliser pour mobiliser leurs partisans. Cependant, la plupart des marqueurs d’identité ethniques sont déjà accentués avant les contextes politiques dans des interactions interpersonnelles où ils sont invoqués pour renforcer la solidarité de groupe à travers la socialisation des membres, produisant des liens sociaux et empêchant la fragmentation du groupe. Certains en plus accentuent le positionnement subjectif dans le cadre socio-économique en parrainant la solidarité ethnique, dépassement des identités ethniques et politiques par le parrainage de l’identification ethnique et élargit les formes d’exclusion comme des facteurs stimulant les individus à s’associer avec des groupes ethniques. Des études stellaires des conflits ethniques ont effectivement montré que l’ethnicité gagne de l’importance seulement une fois qu’il est utilisé pour légitimer les clivages sociaux, expliquer le traitement différentiel des membres du groupe et utiliser l’identité comme une ressource particulière pour des projets économiques, sociaux et plus fréquemment politiques.
L’étude comparative tout au long de ces lignes a suggéré que la mobilisation ethnique est extrêmement susceptible de se produire seulement si certaines conditions sont remplies : la société est composée de différents groupes ethniques de taille approximativement égale, des groupes ethniques résident de manière compacte, les communautés sont segmentées en termes de représentation politique, les clivages d’ethnicité éclipsent les différences sociales etc. Mobiliser des groupes le long de lignes ethniques était un point de ralliement facile pour l’antagonisme économique, social et politique face à l’accès universel à l’éducation, la croissance des revenus et l’augmentation de la sécurité sociale qui ont conduit les gens à se concurrencer pour les mêmes types de ressources. Là où les individus se sont battus pour les mêmes ressources économiques, le racisme, le préjugé et la discrimination ont émergé pour donner du sens aux différences- réel ou projeté- dans l’accès à des ressources précieuses ou limitées. Faisant face à des opportunités de marché de travail, accédant à des opportunités politiques similaires et récoltant les mêmes avantages économiques, la classe, l’amitié, le travail ou d’autres types de mobilisation ont perdu beaucoup de leur saillance permettant une plus grande influence pour la mobilisation.
De manière remarquable, les exemples les plus réussis de mobilisation ethnopolitique ont témoigné les parties politiques émergeant pour représenter les intérêts de leur propre groupe et collecter presqu’exclusivement les votes de leurs communautés respectives. Tout d’abord, la mobilisation ethnopolitique postcommuniste a démontré que les catégories (ethniques) autrement utilisées comme règles de conduite pour guider les individus à travers les interactions sociales joue un rôle de plus en plus important dans lequel les institutions politiques ont des préjugés ethniques innés. En second lieu, des perceptions de désavantage économique, social et politique résonnent lourdement où les membres ethniques ne supposent pas seulement un potentiel pour la redistribution des ressources mais lient les avantages potentiels pour des issues tangibles à travers programmes d’action détaillés. Finalement, les individus sont plus susceptibles de s’engager dans le processus de marchandage ethnopolitique où les identités ethniques ont été stabilisées par la structure d’opportunité politique.
L’ambigüité de l’ethnicité dans la vie sociale est ce qui rend les politiques ethniques un sujet d’étude passionnant. Les politiques d’ethnicité n’existent pas comme tel parce qu’il n’y a pas d’intérêt qui sont spécifiques à l’identité ethnique générique inhérente, construite dans une culture ou exprimé dans un langage particulier. Les politiques ethniques cependant sont efficaces seulement là où les réclamations significatives dans une rangée de domaines distinguent déjà un groupe cadré comme ethnique, affirmant ainsi son identité, son imposition et sa cohésion de groupe. En conséquence, bien que la littérature sur l’ethnopolitique souligne que les groupes ethniques, leurs membres et leurs limites sont toujours construits selon les objectifs de leaders ethnopolitiques particuliers, les séries d’identités qui parrainent la cohésion du groupe sont rarement discutés. Il n’est donc pas surprenant que l’ethnicité soit compris en termes d’utilité maximisant l’identité stratégique permettant d’abord de donner du sens aux diverses réalités sociales ethniquement, culturellement et linguistiquement hors de là-bas.
La littérature sur l’ethnopolitique présente le problème de redistribution de la ressource-puissante comme la ressource la plus efficace pour mobiliser ceux qui peuvent potentiellement profiter des changements dans la structure d’occasion. Ici aussi, les groupes contestant la propriété des ressources limitées suivent l’argument de survie. Ainsi, les catégorisations groupistes permettent aux individus de poursuivre une action commune autour du même type d’intérêts tout en concevant les facteurs externes comme des obstacles pour l’accès du groupe aux ressources matérielles, politiques ou symboliques.
Les politiques ethniques sont typiques sous les conditions du régime de transition. C’est largement parce que les changements structurels ouvrent des opportunités pour les individus pour se mobiliser le long des groupes de lignes précédemment inexplorées. Les sentiments d’appartenance ethnique semblent fournir la contribution la plus individuellement remarquable et la compétence du groupe pour cadrer l’action politique. En d’autres termes, pour cadrer l’identité ethnique « est instrumentalement utile, pas un bien qui est poursuivi du à une valeur intrinsèque ». Dans ces termes alors, l’ethnopolitique est une manière fonctionnelle d’organiser l’action politique sur des raisons spécifiques à un problème qui s’applique dans des situations d’importance subjective pour tous les membres du groupe. Ainsi, alors que la mobilisation ethnopolitique peut être couronnée de succès, elle a besoin d’un nombre de motivations supplémentaires qui détermine les raisons d’actions plus approfondies parce qu’il n’y a pas d’intérêts et de préférence ethniques inhérentes : Ils représentent seulement un prétexte pour la mobilisation. C’est dans ce domaine donc, que d’autres raisons de mobilisations peuvent être pesées et équilibrées déterminant la série de justificatifs invoquées pour des fins appropriées. Bien que les théories de la mobilisation ethnopolitique mettent l’accent sur une variété de gains qui sont produis comme le résultat d’une mobilisation triomphante, l’ethnopolitique est effectivement conduit par des déterminants situationnels non-ethniques qui sont seulement maximisés dans l’effet de la politique collective.
Comment font les leaders politiques pour réussir à manipuler les électorats sur des questions qui limitent et n’élargissent pas le nombre de potentiels votants ? La littérature sur l’ethnopolitique suggère clairement que les leaders politiques font appel aux loyautés ethniques essentiellement afin de réduire les incertitudes de la clique et s’efforcent d’exclure les groupes externes des interactions sociales dans lesquelles les ressources limitées sont en jeu. Cependant, les leaders politiques font des suppositions sur leurs publics cibles en interprétant des phénomènes sociaux et autres en termes d’appartenance ethnique et soutiennent la formation de l’identité ethnique, sa préservation et son articulation.
De toutes les identités potentielles qui pourraient être soulignées pour mobiliser les membres d’un groupe, l’identité ethnique résonne lourdement avec les individus limitant un sens d’adhésion primordial et inaliénable. Donc, les distinctions ethniques sont –parmi d’autres attributs individuels imprescriptibles comme le genre et l’âge- susceptibles de servir comme des règles de conduite générales pour l’interprétation de tous les clivages sociaux adjacents plutôt que dans le sens inverse. En fait, c’est ce que les études sur les conflits ethniques ont souligné tout le long : si les clivages sociaux correspondent à la division ethnique, ils deviennent des déterminants plus puissants d’interaction sociale. Comme le démontrent cependant nos cas, les processus politiques centripètes ne doivent pas aboutir à un démembrement de l’Etat, à la fédéralisation, ou au redessinement des frontières comme la plupart des théories de mobilisation ethnopolitique l’envisageraient.
Pour déterminer si la mobilisation du groupe serait empreinte de succès nous devons tenir compte des conditions sous lesquelles les groupes ethniques font usage de la structure d’occasion politique , mettent en place leurs ordres du jour et déploient leurs ressources en main pour mobiliser les semblables. Cela nous permet de comprendre pour quelles raisons certains groupes ethniques échouent dans la mobilisation malgré le fait qu’ils se perçoivent comme étant en position d’infériorité vis-à-vis de la majorité ; et pourquoi d’autres se mobilisent mais ne contestent pas l’autorité de l’Etat central bien cela puisse servir l’intérêt d’autres groupes et enfin, pourquoi dans quelques cas, à la fois la mobilisation et la contestation puissent être la norme mais la séparation n’est pas une option pour les communautés minoritaires.
Comparaison de nos cas
Depuis que le processus de démocratisation post- communiste a entamé la triple-transition l’un des enjeux majeurs sur l’agenda politique, dans les Etats en voix de démocratisation, était la propriété publique (Linz et Stepan 1996 ; Offe 2004). La majorité des Etats postcommunistes ont émergé légalement en tant qu’Etats mono ethniques principalement au service, bien que de manière non explicite, des membres d’une nation ethnoculturelle dont le nom est porté par ces entités. Pourtant seule une poignée de ces démocraties post- communistes étaient ethniquement homogènes, et bien plus d’entre elles comptaient une part importante de minorités ethniques résidants sur leur territoire avec un Etat-parent ethnique à la frontière. A l’intérieure de la zone post-communiste, la majorité des leaders ethnopolitiques devaient faire face aux leaders des minorités, qui retournaient la carte ethnique à leur avantage.
La théorie de la construction de l’Etat et de la nation insinuait que les leaders de la majorité avaient toutes les cartes en mains pour affaiblir les revendications des minorités. Optant pour une meilleure consolidation des sociétés en une seule, la majorité avait définit une plateforme ethno nationale, les élites politiques à travers les régions ont parfois changé de direction. Cela à empêché les leaders politiques des minorités d’envisager leur propre agenda et de consolider leur base ethnique et au final cela a contribué à leur faire perdre une bonne de leur support ethnique.
La majorité des cas étudiés suggèrent que les leaders politiques évaluent les enjeux ethnoculturels pour mobiliser leur base de soutien sur une échelle nationale. Pourtant au cours de la troisième vague de démocratisation, l’ethnopolitique tendait à se modifier dans les régions ou les minorités résidaient en masse, pour les raisons précédemment évoquées. Cela a servi aux leaders politiques d’instrument pour maximiser leur soutien à plus petite échelle. Pourtant dans les trois cas étudiés, nous n’avons pas contrasté d’avantages comparatifs résultant des installations en masses. Pourquoi ?
Dans nos trois cas d’études, la présence de communautés ethniques concentrées en région a contribué à un intérêt universitaire pour les relations entre les Etats-nations respectifs et leurs minorités. La plupart des contributeurs ont découvert un peu plus que le fait que les insurrections ethnopolitiques au sein des Etats post socialiste ont été provoquées par la politique nationalisante sur les minorités. Alors que les mobilisations ethnopolitiques pourraient être remises au second plan dans des sociétés où la méfiance mutuelle, les conflits de groupes, et les clichés ethnoculturels se reflètent dans le traitement des communautés ethno culturelles par les institutions politiques, il était peu probable qu’elles disparaissent entièrement de l’ordre du jour politique.
La majorité des leaders ethnopolitiques se sont rassemblés autour des enjeux ethniques alors qu’ils divisaient les institutions d’Etat à la dernière étape de la transition post socialiste, les acteurs politiques représentant les minorités ont également essayé de s’approprier le vote ethnique. Les dissuasions structurelles des mobilisations effectives de groupe a provoqué la quasi-complète dissolution des mouvements ethniques au moment où les Etats de la CEE étaient sur le point de rejoindre l’E.U.
Dans ces circonstances, les revendications ethno culturelles des minorités ont été facilement mises à l’écart des politiques nationales. Au cours de ce processus, les responsables politiques de la majorité en sont venus à prendre le contrôle des institutions étatiques et ont mis en place des politiques qui, le plus souvent, s’avéraient être en défaveur des minorités. Bien que les représentants politiques des minorités aient progressivement cultivé un mépris à l’égard des voix politiques, là où leurs réclamations avaient une chance d’être mises en application, elles étaient largement limitées à ces zones et à des agendas de petites échelles, impossibles à appliquer à l’échelle nationale. Des effets similaires aux politiques de rééchelonnement ont été observés auparavant en Europe occidentale, en Afrique et ailleurs. Plus en ligne directe avec cet argument, les recherches sur la participation politique dans les zones post communistes démontrent la passivité des citoyens, leur réticences à s’engager dans des formes traditionnelles de la politique, leur réserve à aller exprimer leur revendication dans les rues, bien qu’ils s’avéraient être extrêmement déçus des performances des acteurs politiques au pouvoir.
Pourtant, en vue de se frayer un chemin dans l’agenda ethnopolitique, les responsables politiques des minorités ont du faire face à un triple défi. Premièrement afin de mobiliser le soutien des minorités ethniques, les responsables politiques des minorités ont du adapter leur réclamations en termes compatibles avec celles de la majorité. Dans le but de récolter les votes ethniques de leur propre électorat, les leaders politiques des minorités devaient fournir une série d’enjeux distincts qui seraient radicalement différent de ceux recouverts par les partis politiques majoritaires et ainsi s’auto proclamer défenseurs d’une minorité comme un groupe avec des intérêts distincts.
Les pratiques politiques des représentants ethniques sur les plates-formes minoritaires, de ce fait, nécessitaient une ligne clairement définie formulée par la majorité, et jugée inacceptable par l’électorat minoritaire. Pour cela, il semble que la minorité en Estonie aurait été la mieux équipée : durant les années 90, les partis politiques estoniens se sont appuyés sur le sentiment d’insatisfaction parmi l’électorat de la majorité pour légitimer la stricte législation citoyenne, laissant beaucoup de membres issus des minorités avec le passeport gris de non-citoyen, ont agit en faveur des réglementations sur la langue, interdisant directement de parler des langues minoritaires en publique, et jusque 1999 ont été incapables de développer une série cohérente de politiques d’intégration pour garantir et assurer leur égale participation dans la vie politique, sociale et économique du pays. Pourtant, se redirigeant vers l’adhésion à l’Union Européenne, le gouvernement estonien ne pouvait pas imposer une pression trop forte sur les minorités et ont mis en place une série de lois symboliques qui promettaient de garantir des sécurités autrefois inaccessibles aux minorités. En premier lieu, la dérégulation des procédures de naturalisation, en suite s’en est suivit des programmes de soutien à l’apprentissage de la langue et enfin une série de programmes d’intégration s’est mise en place. En même temps, les leaders politiques évoquaient une potentielle infidélité des minorités magyares et ont cultivé une peur de l’irrédentisme hongrois. Mais en pratique, les choses sont restées les mêmes, ce qui a permis aux élites politiques magyares de fonctionner de la même façon dans les régions où les magyares résidaient en masse. Dans le Sud de la Slovaquie, les Magyares propulsaient leurs responsables politiques dans les administrations régionales et presque unanimement pour réunir les votes en faveur du SMK, la partie rassemblant pour une meilleure représentation des intérêts hongrois. De la même façon en Lituanie, les concentrations régionales des Polonais et leur loyauté au ZPL, permettait in situ, l’utilisation de la législation libérale sur les minorités ethniques. Au final, dans les trois cas étudiés, le manque de cohérence dans les actions des leaders ethnopolitiques de la majorité en Estonie, et le manque d’opposition à la majorité au gouvernement ethnopolitique de minorités autonomes, comme en Lituanie et en Slovaquie, ont tous empêché les mobilisations ethnopolitiques des minorités dans l’agenda ethnopolitique de la majorité.
Deuxièmement, les représentants ethnopolitiques des minorités ont du tracé la ligne d’acceptation entre leur programme et la base électorale des acteurs politiques majoritaires. Dû à leur infériorité numérique dans les politiques nationales, les représentants politiques des populations russes, polonaises et magyares étaient dépendants des responsables politiques de la majorité pour traiter des enjeux concernant les minorités et dans de telles capacités, supporter l’agenda, en se réunissant pour des plates-formes ethnopolitiques. Le cas du parti minoritaire slovaque SMK est très illustratif, dans ce contexte. Bien que le parti minoritaire avait de grandes opportunités d’obtenir une visibilité dans le processus politique et d’engager des décisions sur le plan social, régional, juridique, et de manière plus importante, sur les enjeux de l’Union Européenne, le SMK était un partenaire dont on se méfiait en ce ce qui concernait les décisions ethnopolitiques slovaques. Sur le long-terme, cela a amené le SMK à se redéfinir (avec peu de succès pourtant) en tant que partie régional, et comme il a été observé dans les années 2010, les élections parlementaires ont rapporté une grande partie de leur électorat au parti nouvellement établit « Most-Hid ou parti de la coopération », se rapprochant des intérêts ethniques et se taillant la part du lion dans les votes magyares. En Lituanie, les responsables politiques n’ont pas eu besoin de renouveler leur plate-forme électorale après les années 90. Siégeant exclusivement dans les administrations régionales et municipales en Lituanie de l’Est, le ZPL était déjà un parti régional, recevant, depuis les élections de 1996 un plus grand partage dans les votes que ce que le parti uniquement polonais pouvait offrir.
En Estonie, une compétition plus rude s’est mise en place, où les non-citoyens peuvent voter dans les élections locales mais pas dans les élections nationales. En Estonie aussi, même dans les régions habitées par les minorités russes, les administrations ont constamment employé du personnel qui n’était pas sur les listes des partis distincts sur le plan ethnique. Les partis nationaux estoniens, qui exprimaient des préoccupations d’ordre social libéraliste et social démocratique, ont été propulsés dans les gouvernements, dans la capitale et le Nord de l’Estonie. Le passage général de la plate forme ethnique à la compétition électorale basée sur les enjeux, est dans nos cas étudiés, signe que formulation ethnique des revendications sociales, économiques et politiques, perdaient de l’élan depuis que les responsables de la majorité politique avaient cessé de renforcer constamment leur politique anti-minorité. En redéfinissant et en déplaçant les enjeux majeurs pour la compétition électorale, les responsables des minorités ont pu rendre leur discours public. Néanmoins, cela a contribué à annuler la présentation des partis minoritaires sous la seule étiquette d’opposition à la majorité, la capacité des responsables politiques à mobiliser leur électorat ethnique a été compromise, et les enjeux spécifiques à la compétition ont suivit les responsables minoritaires et les cooptations électorales sur les agendas des partis majoritaires.
Troisièmement, les responsables politiques minoritaires ont dû jouer le dur jeu de leurs partenaires de la majorité afin de garantir leur accès à de rares ressources pour réaliser les promesses faites, mais également pour matérialiser au moins quelques uns des changements attendus une fois que l’opportunité se présenterait .Comme nous l’avons observé, les responsables de la majorité ont joué le jeu de l’alliance inter ethnique comme un dernier ressort pour éjecter les adversaires co ethniques, mais n’ont pas adhéré aux conditions de coopération, lorsque les sujets ethno nationaux étaient en jeux. En Estonie, là où les parties minoritaires avaient une unique chance de passer le seuil électoral après avoir mobilisé efficacement tous les votes ethniques disponibles, les parties minoritaires ont été représenté au Parlement dans les années 1995-2003. Dans les conditions où les parties majoritaires ont réussi à évincer tous les autres partis par le discours ethnopolitique, ils ont permis aux parties russes (Parti Estonien des Peuples Unis ) , plus tard dénommé (Parti de la Constitution ) de rentrer au Parlement avec aucun agenda en place pour coopérer avec les responsables de la majorité, et ont bien sur déçu les votants en ne remplissant pas leurs promesses électorales. De la même façon, le Parti de la Constitution et le Parti Russe d’Estonie ont été visibles durant les campagnes électorales les plus récentes, néanmoins durant les dernières élections, ils n’ont pas récolté assez de voix pour passer le seuil électoral. Selon eux, les minorités représentatives étaient en constante augmentation mais avec un succès varié concourant sur les listes des partis majoritaires, tel que le Parti du Centre et le Parti de Gauche, utilisant les enjeux, au lieu de l’agenda ethnique, dans les élections nationales et régionales.
En Slovaquie, après 1998 le SMK a été invité à participer aux gouvernements de la coalition, mais lorsque cela s’est produit, bien qu’il soit membre des gouvernements successifs, son vote était régulièrement invalidé lorsqu’il concernait les intérêts des minorités. Plus important encore, quand les discours ethno nationaux sont redevenus en vogue avec le retour de Meciar et Slota à la tête du pays en 2006, certaines réformes mises en place avec le SMK ont été revues. En Lituanie, le ZPL qui n’avait qu’un seul membre dans le Parlement lituanien (et deux au plus fort de son succès électoral), n’a jamais fait partie des gouvernements de coalition, et a donc du jouer sur les enjeux, plutôt que sur les revendications ethniques des Polonais, Biélorusses, Russes et non les moindres, les Lituaniens qui le soutenaient lors des élections. En Slovaquie, autant qu’en Lituanie, bien que les responsables politiques de la majorité faisaient de grands discours, aucune action ne suivait de leur côté : les responsables politiques de la majorité pouvaient simplement se permettre d’ignorer le rassemblement ethnopolitique des minorités, et comme nous avons observé, ils ont ébréché la popularité des politiciens issus des minorités ethniques, même dans les régions à forte population minoritaire. Par conséquent, dans les régions de la Slovaquie et de la Lituanie à forte population minoritaire, on observe une satisfaction grandissante avec les arrangements du centre-périphérie, durant la fin des années 1990-début des années 2000, bien que les réglementations juridiques ont été mal vécues partout. Cela nous a démontré que sans l’accès aux ressources essentielles pour les pratiques politiques et l’opportunité d’aller à l’encontre des décisions politiques, les responsables des minorités ethnopolitiques et, avec le temps, leur électorat, n’ont pas cherché à mobiliser les ressources politiques qui restaient accessibles à une échelle régionale.
Ces trois conditions ont rendu la prépondérance des voix en faveur des représentants politiques minoritaires très improbables dans des circonstances de concurrence inter ethnique tendues et à la fin aboutit sur un affaiblissement de la représentation de ces trois groupes. Cela représentait un triomphe pour l’agenda politique majoritaire et une compartimentation des enjeux concernant les minorités dans des domaines jugés sans intérêt, et qui ne pouvaient donc pas être changées, même si les minorités réunissaient une certaine mobilisation. Les minimes opportunités laissées aux responsables politiques des minorités de communiquer leur suggestion politique aux leaders de la majorité, la difficulté à mettre en place un agenda distinct spécifique à la minorité, et le peu d’opportunités laissées pour calibrer un soutien ethnique a empêché la participation politique des minorités de manière générale, et la mobilisation ethnopolitique de manière spécifique.
De manière assez intéressante, les minorités « Etats-parents » ont cherché à galvaniser les politiques ethniques dans les trois pays, mais n’ont eu que peu d’effet sur la mobilisation ethnopolitique de leur communauté. Dans les trois cas étudiés, la fragilité économique des régions peuplées par les minorités ont permis à l’Etat-parent de s’auto proclamer défenseurs des Russes, Polonais et Magyares mais de manière théorique. Sans doute, les leaders politiques de la majorité en Estonie, Lituanie et Slovaquie, ont rarement interprétés ces choses comme autre chose qu’une « attaque à la souveraineté », en mettant les résidents minoritaires en position avantageuse en terme d’accès au marché du travail, de voyage, et d’éducation au détriment de la majorité. Pour les communautés minoritaires dans les trois Etats, ces documents politiques n’étaient d’aucune utilité . Le mélange des Etats-parents avec leur communauté a certainement eu pour effet la stabilisation des relations entre la majorité et certains groupes minoritaires à l’intérieur des Etats permettant aux rassemblements ethnopolitiques d’aller vers le dialogue. Dans les termes médium d’accession à l’Union Européenne, l’intervention des Etats-parents a ébranlé la mobilisation des minorités ethniques, contribuant à une mobilité régionale ; dans le plus long terme, cela a démontré que les Etats-parents des minorités ne seraient pas capables de créer des structures d’opportunités favorables en améliorant les relations intra étatiques en premier lieu. L’ensemble de nos cas étudiés soutiennent la thèse selon laquelle, seulement parce que les leaders politiques de la majorité ont constamment changé leur agenda, les leaders politiques des minorités ethniques ont retiré les enjeux ethniques de leur agenda. Piégés dans les feux croisés des leaders politiques de la majorité, les minorités ont été capables de renforcer leur appel à l’identité ethno linguistique sur les plates formes ethniques dans un contexte où les majorités utilisaient les minorités comme bouc-émissaire pour placer une série d’enjeux non ethnique sur leur propre agenda politique, simplement parce que les populations minoritaires ne pouvaient pas être référées comme un groupe cohérent par les élites politiques de la majorité où elles garantissaient des opportunités d’auto administration qui à tour de rôle diminuaient les appels ethnopolitiques dans les trois cas étudiés. Pourtant encore, grâce au renoncement au discours ethno nationale par les acteurs politiques de la majorité, il a été possible pour les acteurs politiques des minorités, de s’engager dans un processus commun de construction de la nation et de consolidation institutionnelle.
Conclusion
Les trois groupes minoritaires des Etats dans lesquels nous enquêtons dans notre étude furent particulièrement touchés par les aboutissements de la transition mais toutefois ils n’ont pas défié le leadership politique tout au long des années 90. A la suite d’une brève période de mobilisation de groupe pendant la fin des années 80, l’activisme politique n’a pas joué un rôle assez suffisant pour augmenter la mobilisation ethnique en Estonie, Lituanie et Slovaquie. Les conclusions de nos trois cas d’étude ont plusieurs implications pour le contexte plus large de la construction de la nation et du modèle institutionnel à travers la plupart de la Communauté économique européenne. Leur récente histoire suggère que la plupart des Etats à travers la région furent établis en tant qu’Etat-nation avec des institutions politiques crées pour servir à la base la communauté majoritaire titulaire. Presqu’universellement, les groupes minoritaires se sont mobilisés sur une plateforme ethnique pour avoir plus de voix dans les régions où ils sont en nombre numérique plus important. Il y a à peine des exceptions à ce point parmi les Etats postcommunistes.
Comme le clarifie nos études de cas, ce n’est pas la minorité qui entame la mobilisation ethnopolitique. Au contraire, c’est la majorité qui choisit son agenda pour ébranler la mobilisation de la minorité sur la plateforme ethnique qui a considérablement un effet inverse comme nous l’avons observé pour le cas Slovaque sous Meciar ou durant la campagne électorale de 2007 faite par Ansip du Parti de la Réforme en Estonie.
Des cas similaires de montée de la mobilisation ethnopolitique en Lituanie liée aux changements dans l’éducation de la langue native de la Pologne au début des années 2000 mettent en évidence le fait que lorsque les leaders politiques de la majorité rationalisent leur ligne ethnique, les enjeux sont si élevés que la minorité réagira. La mobilisation ethnopolitique conséquente de la majorité permet à la minorité de développer son agenda ethnopolitique différemment de celui de la majorité, de formuler son agenda en opposition aux objectifs proclamés par la majorité et d’adopter un discours qui s’oppose catégoriquement à la ‘discrimination’ ethnique. Cependant comme nous l’observons, le contexte national était insuffisant pour mobiliser les minorités. Dans les trois cas, les Etats-parents des minorités ont voulu accorder aux groupes une impulsion supplémentaire et faciliter la formation de leur identité, la mise en place de l’agenda et ils suggéraient les ressources à utiliser alors que l’Etat-nation voulait ébranler par tous les moyens les critères structurels pour la mobilisation de la minorité.
Comme le démontre nos cas, les majorités ont efficacement évité cela en redéfinissant constamment leurs objectifs politiques, en remaniant leurs agendas politiques et en redessinant la limite entre les groupes à l’intérieur des communautés minoritaires qui pourraient accéder à la structure d’opportunité institutionnelle des nouveaux Etats. Cependant, les Etats-parents externes ont également échoué suggérant que les liens ethnoculturels entre Etats-parents et groupes minoritaires sont largement surestimés par les leaders ethnopolitiques de la majorité.

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