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Lu pour vous

vendredi 24 juin 2011

Ouvrages et publications
comptes-rendus rapides

Ouvrages
Paul Sindic, Urgences planétaires, Le temps des Cerises, Paris, 2010.
À un moment où l’humanité entre pleinement dans le XXIémesiècle, Paul Sindic s’attache à dégager les grandes questions que connaîtra ce siècle et d’en tirer des conclusions.
Ces grandes questions sont au nombre de deux :
–la misère qui continue de toucher près de la moitié des humains et dont il est difficile aujourd’hui, malgré les promesses du Millenium et les espoirs qu’il a soulevé, de voir émerger des remèdes efficaces et rapides ;
–la nécessité de penser le futur en termes de durabilité. Ce qui signifie à la fois faire face à l’épuisement des ressources non renouvelables et à la dégradation de notre environnement, menacé principalement par le réchauffement climatique.
C’est par l’examen de ces deux problèmes que l’auteur commence son ouvrage. Son objectif est d’ouvrir un débat pour chacun de ceux-ci. Dans ces débats, le point de vue scientifique rencontre et s’oppose le plus souvent à celui des décideurs, c’est-à-dire des classes dirigeantes. Du premier émerge l’urgence. Urgence de ne pas tolérer plus longtemps que chaque année 10 à 12 millions d’humains ne meurent du fait qu’ils ne peuvent s’alimenter ou avoir accès à un système de santé. Urgence de ne plus voir l’avenir se borner à quelques dizaines d’années du fait de l’épuisement de ressources essentielles comme l’eau ou l’énergie. Urgence également de mettre fin à la croissance des émissions de gaz à effet de serre qui, au rythme actuel, pourrait créer un bouleversement climatique de grande ampleur à l’horizon de moins d’un siècle. De l’autre côté de ces débats, la réaction des décideurs est saisie dans le continuum des décisions prises, à l’international comme au national, et des discussions qui les ont amenées. Même si l’horizon temporel (le temps de l’urgence alimentaire n’est pas celui de l’urgence climatique) reste complexe, les stratégies de ces décideurs et la faible portée des décisions arrêtées que relève l’auteur démontrent l’écart qui ne cesse de croître entre ces urgences et les remèdes qui leur sont apportés. Le jugement porté est fort : le système capitaliste néolibéral mondialisé contemporain est incapable de faire face car il ne peut sortir de sa logique financière pas plus qu’il ne peut réduire les gaspillages d’hommes et de ressources auxquels conduit cette logique.
La seconde partie de l’ouvrage découle directement de cette conclusion : puisque le capitalisme mondialisé ne peut venir à bout de ces grandes questions, leurs solutions passent nécessairement par le préalable de la mise en place d’alternatives à ce capitalisme, d’une « mise au rancart d’un capitalisme frappé d’obsolescence », et il est urgent d’y parvenir.
Le chantier ouvert dans cette seconde partie est vaste. Son point central est le concept de développement humain durable, concept construit à partir du contexte de ces deux grandes questions. Ce développement regroupe, pour l’auteur, deux exigences : « celle de satisfaire les besoins humains essentiels de la moitié de l’humanité qui vit actuellement dans la misère, mais aussi de le faire dans les conditions de la durabilité pour l’ensemble de l’humanité ». Il présente également un humanisme qui n’est pas inconnu de la revue puisque s’appuyant sur la finalité essentielle de « créer les conditions d’un épanouissement individuel de tous les hommes ». Il est l’élément clé de cette seconde partie qui s’intéresse à l’ensemble des transformations nécessaires pour qu’un tel développement humain durable devienne possible.
Paul Sindic porte un regard étendu. La mondialisation sous sa forme capitaliste doit être condamnée mais elle constitue, hors de ce capitalisme, un cadre irrévocable et porteur de perspectives nouvelles. Comment l’organiser pour que cette mondialisation puisse devenir effectivement heureuse ? Les champs analysés par l’auteur sont multiples. Ils comprennent l’architecture des institutions internationales (et le rôle de la première d’entre elles : l’ONU), l’organisation des échanges internationaux (un nouvel ordre économique international apte à engendrer un développement humain durable) et les politiques économiques de développement pour pays développés et pays en développement et les politiques d’aide aux pays en développement.
L’analyse de l’auteur est également et surtout politique car ce sont des forces politiques mobilisées qui peuvent peser sur les décideurs et prendre en main leur destin. Cette oeuvre de rassemblement et d’action à laquelle appelle l’auteur s’inscrit dans un fort attachement à la démocratie. Des changements ne pourront se produire et durer sans une avancée de la démocratie dans tous les lieux où des décisions concernant notre futur peuvent être prises.
L’auteur, Paul Sindic, n’est pas inconnu de nos lecteurs. Plusieurs de ses articles ont été publiés dans Informations et Commentaires. Nous retrouvons dans cet ouvrage la clarté de ses analyses et la vigueur de ses engagements. Il adresse là un message conséquent à tous les hommes de progrès et ouvre un débat de grande portée.

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