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Article 3 : Émergence économique et économies émergentes

dimanche 13 septembre 2015

Émergence économique et économies émergentes

Faruk Ülgen

« L’émergence c’est arriver à faire venir en conscience », affirmait Montaigne.
La neuvième édition du dictionnaire en ligne de l’Académie française donne aussi cette définition, par analogie, comme « Le fait de parvenir à la conscience : l’émergence des souvenirs. Apparition au grand jour d’un phénomène resté jusqu’alors invisible, d’une question ou d’une idée qui n’a pas été jusqu’alors formulée ». Selon les domaines concernés (optique, géologie, anatomie, biologie, politique, etc.), le mot « émergence » peut signifier l’émergence d’une source (sortie d’un liquide, d’une particule, etc.) ou l’apparition soudaine d’une idée, d’un fait (social, politique, etc.). Ce mot en tant que concept est depuis longtemps étudié par les économistes sur le plan théorique et philosophique, notamment en lien avec la question de l’organisation des sociétés (auto-organisation libérale ou organisation dirigée interventionniste, par exemple) et les approches systémiques2.
Le concept entra dans la terminologie économique moderne au début des années 1980, lorsque Antoine van Agtmael, alors au département des marchés de capitaux de l’International Finance Corporation (IFC), une filiale de la Banque mondiale (BM) orientée vers le secteur privé, l’utilisa dans une analyse des opportunités et dynamiques d’investissement dans différentes économies dont les marchés (marchés émergents) présentaient certaines spécificités attractives. Comme ces nouvelles opportunités se situaient souvent et en nombre croissant dans nombre de pays en développement, le terme de marché émergent a vite été remplacé par celui d’économie émergente.

Une modification terminologique utile à plusieurs égards

Il paraît judicieux de remarquer que l’adjectif « émergent » permet de répondre à plusieurs préoccupations dont deux retiendront notre attention ici.
La première est l’utilisation du terme « pays en développement », devenu politiquement incorrect et économiquement confus, car homogénéisant / uniformisant nonobstant des différences structurelles multiples et variées dans les caractéristiques propres de chacun des pays inclus dans cette vaste catégorie. De surcroît, cette appellation s’appuyait implicitement sur une certaine affirmation d’un état de sous-développement arguant que le développement devrait être identifié suivant les caractéristiques et le stade d’avancement économiques de quelques pays dits riches (ou avancés). C’est dans ce sens que les débats sur les théories et politiques de croissance et de développement des années 1970-80 se fondaient sur des critères en termes de convergence (de rattrapage) de certains indicateurs des économies en développement vers ceux des pays développés. Qu’il s’agisse du classement des différents pays du monde par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) en termes d’indice de développement humain3 (IDH) ou qu’il s’agisse des classements plus économicistes en termes de produit intérieur brut (PIB) ou de revenu par habitant des économies nationales, l’identification des sous-groupes de pays assez hétérogènes se révèle assez confuse lorsque des catégories multiples comme les « nouveaux pays industrialisés » (NPI), les pays en développement (PED), les pays moins avancés (PMA), etc. sont considérés.
En corollaire, la deuxième préoccupation qui justifierait implicitement l’utilisation du concept d’émergence peut être liée à un souci plus idéologique. En effet, la vague libérale qui s’étend à l’ensemble de la planète à partir des années 1980 véhicule la croyance selon laquelle la libéralisation et l’ouverture économiques et financières rapides – et ce quel que soit le degré de développement économique du pays considéré – devraient permettre aux économies de répondre à leur objectif de croissance et au bien-être général. Les programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) et les programmes de financement de la BM suivent alors ce slogan et imposent aux économies en développement le modèle, maintenant bien connu, d’économie libérale qui débouche depuis les trente dernières années sur différents types de crise (économique, politique, sociale et humaine) aussi bien dans les économies en développement que dans les économies avancées (dont la dernière en date est la crise qui a débuté en 2007/08 sur les marchés financiers américains et qui s’est transformée depuis lors en une crise économique généralisée à la quasi-totalité de la planète, dont l’Union européenne. L’appellation « économie émergente » renvoie alors à l’idée que grâce au modèle libéral, certains pays en développement auraient pu bénéficier des taux de croissance économique plus élevés et d’un processus de rattrapage en termes de bien-être matériel. En même temps, cela semble permettre d’éviter des appellations de division et d’affrontement politiquement problématiques entre deux mondes que seraient le Tiers-Monde et les pays développés ou encore les pays du Sud et les pays du Nord.
La prise en compte des singularités des changements dans différents pays et régions du monde, autrefois qualifiés de Tiers-Monde ou de Sud, augmentée des préoccupations idéologiques d’uniformisation des problèmes de pauvreté et de sous-développement à la lecture d’une modélisation économique libérale du monde, fait que « c’est finalement la force analytique du concept de développement face aux changements en cours qui se trouve être interrogée », comme le précisent Alain Piveteau et Eric Rougier4. Une telle interprétation n’était pas possible dans le cas des NPI, notamment d’Asie, qui ont suivi un processus d’industrialisation relativement dirigiste où l’État ou ses différents organes ont joué un rôle déterminant dans les orientations stratégiques et dans les choix de développement sectoriel. Toutefois, on remarquera que l’utilisation du concept d’émergence ne répond que très partiellement à cette préoccupation puisqu’une partie non négligeable, et économiquement et politiquement très prépondérante, des économies dites émergentes du début du XXIème siècle est constituée des économies peu libérales (comme, par exemple, la Chine, l’Inde, la Russie et, dans une moindre mesure, le Brésil). De ce fait, la « nouvelle appellation » ne permet pas de réduire les ambiguïtés conceptuelles liées au classement des économies selon leur niveau de développement économique.

Définitions et classements multiples

Selon l’usage conventionnel du terme, une économie émergente signifie une économie de marché émergente (dorénavant, nous utiliserons indifféremment les termes de « pays émergent » ou « économie de marché émergente » que nous signalerons par « EME »). En parallèle à la notion d’économies en transition des années 1990, qui concernait le processus de transformation des économies de l’ancien bloc soviétique ou assimilées dans leur articulation au monde capitaliste, les EME sont des économies dont l’organisation, la gestion et les objectifs des structures institutionnelles et réglementaires sont principalement fondés sur les principes d’économie de marché. Ces derniers peuvent être très généralement résumés par le fait de croire au bien-fondé de la dynamique entrepreneuriale privée comme source de prospérité individuelle et sociétale et d’établir un environnement propice pour inciter les intérêts privés à chercher par tous les moyens légaux à augmenter leurs gains personnels, ce qui devrait permettre à la société entière de se positionner sur un sentier de développement « efficace » (économe, respectueux des libertés et des droits de l’homme).
Dans ce cadre, une EME est une économie qui se situe dans la catégorie des pays ayant un revenu par habitant qui peut aller du niveau bas jusqu’au niveau moyen, qui constituent 80 % de la population mondiale et qui ne représentent qu’à peu près 20 à 30 % des économies du monde. Bien que le terme reste assez vague, l’appartenance d’une économie à cette catégorie est liée au fait qu’elle suit un processus spécifique de développement et de réformes, fondés sur les principes d’économie de marché. Par exemple, pour le ministère de l’agriculture des États-Unis, un marché émergent est un pays qui a entrepris des réformes et mesures en vue de développer une économie orientée vers le marché (concernant les secteurs alimentaires, agricole et le commerce rural, dans ce cas précis) et qui a le potentiel de devenir un marché viable et significatif pour les produits agricoles américains. Dans ce cas, le secrétariat à l’agriculture considère les pays ayant une population supérieure à un million d’habitants et un revenu annuel par habitant inférieur à 12 195 $us (le plafond du groupe des pays à revenus moyen élevé).
Toutefois, le caractère plus ou moins libéral des EME pourrait réduire la portée de la définition ci-dessus. Mais le fait qu’aucune des économies qualifiées d’émergentes n’annonce une orientation économique alternative aux économies de marché suffit pour considérer la validité globale de la définition proposée.
Il existe plusieurs sources qui mettent en avant différentes listes d’EME selon différents critères particuliers mis en avant. Les grandes EME, souvent étudiées dans la littérature, sont le Brésil, la Chine, l’Égypte, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, les Philippines, la Pologne, la Russie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie. Parallèlement à ces « grandes économies », il existe aussi des économies appelées « les économies nouvellement industrialisées », qui n’ont pas encore atteint une envergure mondiale. Le FMI inclut dans la liste ci-dessus aussi l’Argentine, la Bulgarie, le Chili, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Malaisie, le Pakistan, le Pérou, la Roumanie, la Thaïlande, l’Ukraine et le Venezuela, alors que dans la liste de l’Université de Colombia (intitulée « Les Acteurs Globaux de Marchés Émergents –EMGP – »), on trouve aussi l’Israël et la Slovénie. Certaines listes, comme celle du groupe FTSE (Financial Times Stock Exchange), distinguent les EME avancées et les EME secondaires, à partir des critères du type : existence ou non d’infrastructures de marché développées et niveau élevé ou faible de revenu par tête. Singapour, Hong Kong, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont aussi, selon les listes, considérés comme des pays qui pourraient être inclus dans la catégorie des EME.
La prise en compte d’un taux de croissance élevé et régulier détermine ainsi le classement des économies dans les différentes listes d’EME et donne lieu à l’appellation de « Économies émergentes tirées par la croissance » (EAGLEs, à savoir la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Corée du Sud, Taïwan, le Brésil, le Mexique, la Russie et la Turquie). Dans les dix années à venir, les EAGLEs sont prévues comme devant atteindre un niveau de PIB supérieur à la moyenne des économies du G7, à l’exception des États-Unis. Au total, bien qu’il existe de nombreuses listes, fondées sur des critères plus ou moins semblables qui identifient les EME, il semble que les 10 listes suivantes sont les plus souvent utilisées dans les différents travaux : la liste du FMI, Next 11/BRIC de Goldman Sachs, CIVETS, FTSE, MSCI (Morgan Stanley Capital International), The Economist, S&P, Dow Jones et Columbia University EMGP. Le seul pays qui apparaît dans l’ensemble de ces classements est la Turquie tandis que le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique et la Russie apparaissent dans 9 cas sur 10.
Utilisant des méthodes différentes, Colm Kearney5 et François Lafargue6 offrent des synthèses assez exhaustives sur les critères d’identification de l’émergence, à savoir :
— une progression du commerce extérieur supérieure à l’évolution des échanges mondiaux, en supposant que cette progression permet aux pays concernés d’accéder à des technologies supérieures et à des réserves de change croissantes ;
— une progression forte et continue du PIB et du revenu par habitant, cet accroissement se fondant principalement sur une progression forte des exportations qui peut concerner aussi bien les biens de consommation – comme dans le cas de la Chine –, des matières premières agricoles – comme dans le cas du Brésil –, des hydrocarbures – comme pour la Russie –, ou des services, par exemple, du secteur informatique, – comme dans le cas de l’Inde – ;
— une forte présence de capitaux étrangers sous forme d’IDE (investissements directs étrangers), un accent particulier étant mis sur les investissements productifs (correspondant à la création de nouvelles capacités de production, les greenfield) ou les investissements de long terme (sur les capacités existantes), excluant en principe les transferts de portefeuille à plus court terme et de nature spéculative. La réception de plus d’IDE signifierait que le pays en question a pu établir la confiance des investisseurs dans ses capacités (stabilité économique et politique, croissance, etc.) et perspectives d’avenir positives ;
— l’existence, parmi les firmes trans/multinationales (FTN/FMN) des firmes originaires des EME, ce qui correspond, à l’inverse du critère précédent, à des IDE depuis les EME à destination des économies avancées ou d’autres EME.
Toutefois, les critères du type “niveau de revenu par tête” se révèlent aujourd’hui trompeurs et ambigus avec l’intégration de plus en plus de pays nouveaux dans les listes d’émergence. Les références de mesure numérique perdent de leur capacité d’identification nette. Des critères plus qualitatifs sont alors avancés comme l’état/évolution des institutions, mécanismes de contrôle des marchés, les lois sur la propriété privée, etc. Dans cette perspective, il est possible d’ajouter des critères plus normatifs comme le caractère plus ou moins diversifié de l’appareil productif national sur le plan international, renvoyant à une certaine notion de compétitivité productive et mettant l’accent sur le caractère crucial de la capacité d’une économie donnée à offrir des produits variés réduisant la dépendance de son processus de croissance vis-à-vis des produits primaires d’exportation et des fluctuations des cours mondiaux de matières premières, un problème souvent rencontré par les PED dans les années 1970 et après. Corollairement, est soulignée aussi la capacité des économies à être présentes dans des secteurs de moyenne/haute technologie. En effet, ces éléments sont supposés indiquer que l’économie considérée se trouve sur un sentier de complexification de son appareil productif, renforcée mais en même temps renforçant ses capabilities (bonnes infrastructures, talents, savoirs, savoir-faire tant technologiques qu’organisationnels, etc.) dans la « compétition globale ». Comme l’auteur7 le précise certains requis sont alors rappelés dans cet objectif :
la formations de la main-d’œuvre (éducation, formation professionnelle tournées vers la stratégie de développement industriel) ;
l’amélioration des infrastructures logistiques (transports, télécom, marchés) ;
des encouragements aux activités liées (incitations réglementaires, mécanismes de financement adaptés, pôles de compétitivité, recherche et développement, clusters et partenariats public/privé) ;
la constitution des centres de recherche/analyse pour le suivi de l’évolution du commerce mondial et des principales tendances.
Cependant, ces critères qualitatifs demeurent pour l’instant relativement problématiques à l’égard des critères de classement puisque tous les EME n’accusent pas des avancées notables dans ces domaines. Un exemple à ce problème peut être donné à partir du cas de la Turquie, dont on a dit plus haut qu’elle était la seule économie à être présente sur les dix listes d’EME. Par rapport aux critères qualitatifs du type “avoir de nouvelles lignes d’exportation” permettant de pénétrer de nouveaux marchés (diversification géographique, nouveaux produits) à haute valeur ajoutée et d’exporter des produits à forte valeur ajoutée pour retrouver un équilibre de la balance commerciale, on remarque qu’en 2010, les exportations de produits de haute technologie représentent 1,93 % des exportations de biens manufacturés en Turquie, loin des 11,2 % pour le Brésil et 15,2 % pour l’Allemagne.
Sur le plan de l’attractivité pour les IDE, les EME présentent aujourd’hui, surtout dans le contexte actuel de crise économique persistante en Europe mais aussi aux États-Unis, des opportunités et prévisions de croissance supérieures aux économies avancées et sont supposées pouvoir recueillir jusqu’à 20 % des actifs mondiaux dans les prochaines années.

3) Émergence d’économies, émergence de menaces ?

Quelles que soient les difficultés de précision et d’identification objective des EME, l’importance croissante d’un nombre élevé de pays en développement sur l’échiquier mondial, soutenue par les difficultés économiques et sociales persistantes depuis le déclenchement de la crise de 2007-08 dans les pays du centre, pour reprendre une terminologie très en vogue dans certaines analyses de la crise du capitalisme mondial au début des années 19808 semble faire déplacer les flux économiques de l’axe Nord-Nord/Nord-Sud vers l’axe Sud-Sud aux dépens de la répartition des richesses économiques qui domine depuis deux siècles (et surtout depuis la Deuxième guerre mondiale). Ceci dénote un certain changement des rapports internationaux et fait souvent appel à des approches en termes d’économie politique internationale ou de géopolitique, posant des questions du type bousculement et/ou basculement des leaderships présents et conflits subséquents. Ces préoccupations peuvent être lues explicitement dans le titre du premier chapitre de l’ouvrage de 2007 d’Antoine van Agtmael9 : « Qui est le prochain ? Comment les multinationales émergentes dont vous n’avez jamais entendu parler pourraient manger votre repas, vous reprendre votre emploi ou, probablement, devenir votre prochain partenaire commercial ou employeur ».
Il s’agirait de casser ainsi le cycle vicieux du sous-développement – en grande partie grâce aux réformes d’ouverture et de libéralisation économiques et à la mondialisation subséquente – et de bousculer l’hégémonie établie du club des pays avancés, d’autant plus que par rapport aux NPI des années 1980, les EME (notamment les BRICs) semblent s’imposer sur le plan international à bien des égards, ce qui en augmente l’attrait tant théorique que politique.
D’un autre côté et légèrement en opposition aux définitions précédentes, l’émergence est utilisée chez certains auteurs comme une possibilité de développer une alternative d’évolution économique/politique/sociale, un nouveau régime de production-consommation et de développement. De ce point de vue, l’émergence ne signifierait pas une simple forme de rattrapage des riches par les pauvres mais plutôt une possibilité de modification des modes de régulation des rapports économiques internationaux. C’est dans ce sens que l’on pourrait comprendre les revendications récentes des pays comme le Brésil, lorsqu’il affirmait que le G8 n’était plus l’instance appropriée de discussion et de décision sur l’avenir de l’économie mondiale ou comme la Chine, lorsqu’elle demandait à ce que le rôle privilégié du dollar américain comme moyen de paiement et de règlement international soit petit à petit aboli au profit d’une monnaie supranationale.
C’est là que pourrait résider alors la véritable menace pour le capitalisme mondialisé qui perdrait de la vitesse comme mode/référence dominant de reproduction sociale dans le monde entier, ce qui remettrait en question les croyances idéologiques en les vertus des principes sur lesquels les économies de marché avancées sont fondées, mais ce qui ouvrirait aussi un horizon peu visible vers un nouvel avenir peu certain en l’absence d’un référent connu et dirigeable. Au fond, avec les EME émergerait aussi un futur sensiblement différent des structures jusqu’alors établies.

Dans le champ socio-économique, le développement n’est devenu une question « à conceptualiser » qu’après la Deuxième guerre mondiale, plus précisément à partir de janvier 1949, date à laquelle le président des États-Unis, Harry Truman, désigne le monde des « pays sous-développés » qu’il oppose à celui des « pays développés ». Le contexte politique est celui des préludes de la « guerre froide » et le « Point Quatre » du discours d’investiture de Truman en dit long sur le projet défini : « Plus de la moitié des gens dans le monde vit dans des conditions voisines de la misère. Ils n’ont pas assez à manger. Ils sont victimes de maladies. Leur pauvreté constitue un handicap et une menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères ». Face au « bloc communiste », il convient pour les États-Unis de proposer une voie de « développement » qui est celle du capitalisme industriel occidental. C’est à partir de là que naissent, non seulement le discours de « l’idéologie du développement », qui assimile les notions de « croissance », d’« industrialisation », de « progrès » et de « développement », et qui fait des pays développés le « modèle à suivre », mais également l’effort théorique et conceptuel qui, tout en s’inscrivant dans cette idéologie et en en acceptant les prémisses, permet de débattre des conditions qui favoriseraient le développement des pays sous-développés.
Naturellement, plusieurs figures du développement seront par la suite convoquées, notamment dans le scénario où l’État exerce un rôle actif dans la conduite de l’économie nationale en recourant à des outils keynésiens afin d’adoucir les cycles. Les approches essentiellement économétriques, évaluant uniquement le développement par l’intermédiaire du produit intérieur brut (PIB), en ont été revues, complétées d’un recours à d’autres indicateurs, par exemple, à l’indice de développement humain (IDH) ou à l’indice de pauvreté humaine (IPH).
Mais sur le fond, globalement, et tendanciellement, l’idéologie « trumanienne » du développement est rarement mise en cause : au-delà de quelques pétitions de principe, qui d’ailleurs viendront relativement tardivement, le développement a été progressivement conceptualisé en référence au modèle qui a émergé de l’expérience européenne du XIXème siècle. Cela appelle trois observations.
1. L’histoire de cette conceptualisation entremêle, avec des pondérations différentes selon les courants de pensée, tous les registres de ce qui fonde la « posture idéologique » :
— ensemble de représentations/conceptions du monde ne laissant aucune partie du réel hors de son atteinte et prétendant enfermer l’essentiel de ce réel dans la supposée cohérence de ses concepts ; cet ensemble organise la totalité du discours de la société sur elle-même ;
— force de mobilisation des énergies, des pratiques, ayant pour fonction de dicter des normes et de donner des directives individuelles et collectives notamment sur le travail et son organisation (c’est ainsi qu’avec les « transferts de technologies », prévus d’ores et déjà par Truman, s’est organisé également un transfert du modèle productif de type taylorien) ;
— entreprise d’opacification des réalités, constitutive de « fausse conscience » au sens de G. Lukacs11, exclusivement définies par une catégorie d’analyse développement/sous-développement abolissant toute référence aux spécificités historico sociales.
2. On comprend dès lors qu’il s’agit d’un domaine profondément conflictuel, réfractant tous les enjeux politiques mondiaux : impérialisme, guerre froide, colonisation/décolonisation, etc. Toutes les conceptualisations du développement prennent parti dans ces conflits, ce qui conduit au total à la plus grande confusion, d’autant que la seconde moitié du XXème siècle a été une période exceptionnelle dans l’histoire économique et sociale : une croissance jamais repérée auparavant, lors des années ’50 et ’60 (les « trente glorieuses »), suivie par une crise durable du monde capitaliste et par l’effondrement de l’expérience soviétique ; une mutation organisationnelle et technologique profonde et rapide qui transforme les modèles productifs, le travail et son organisation ; une reconfiguration de la géopolitique mondiale difficilement analysable, mais où il semble chaque fois plus manifeste que la formule d’un État cherchant à maîtriser les marchés ait été inversée, dans une dynamique où les marchés sont invoqués pour domestiquer les politiques. C’est dans ce cadre mouvant que les diverses figures du développement, issues de multiples disciplines, sont alternativement voire simultanément convoquées et questionnées : le développement comme simple évolution, le développement comme changement de forme (au sens mathématique), le développement comme objectif ou comme finalité, le développement comme « grandissement », le développement comme structuration, le développement contrôlé et « durable », ou même le « développement du sous-développement »12.
3. Enfin, il faut insister sur le fait que la conceptualisation du développement s’est effectuée inséparablement de celle du sous-développement, comme s’il était admis en substance qu’un pays sous-développé était un pays qui n’était pas développé, et qu’à l’inverse un pays développé était un pays qui n’était pas sous-développé. Autrement dit, un pays développé est un pays qui a connu un processus de développement dont les caractéristiques le rapprochent des « modèles » que représentent les pays dits « occidentaux », et un pays sous-développé est un pays qui n’a pas connu ce processus de développement. Toute la conceptualisation du développement dans le champ économique et social tient en les réponses à deux questions :
— quelles sont les caractéristiques des pays occidentaux qui en font des pays développés ?
— pourquoi certains pays ne prennent pas le même chemin ?
Je ne vais pas énumérer et détailler toutes les réponses, ce serait long et fastidieux. Mais il faut avoir à l’esprit que tout y est passé : le climat, la chaleur13, le soleil et ses taches, les races, les religions, la paresse, les ressources naturelles, etc. Je vais me contenter de centrer mon propos autour de deux grands auteurs qui, dès les années 1950, vont inaugurer deux visions différentes de la conceptualisation du développement, et qui s’affrontent encore à propos de la mode du développement durable.

Deux visions du développement

Le premier est Rostow. C’est le plus connu, le plus commenté, le plus utilisé, et sa vision irrigue toutes les sphères du corps social, des discours non savants jusqu’au vocabulaire diplomatique. Je ne vais pas résumer sa théorie qu’il expose notamment dans une série de conférences en 1958, je vais juste commenter le titre de son ouvrage et dire quelques mots de cette phase présentée comme essentielle dans tout processus de développement qu’est l’étape du « décollage ».
Son ouvrage, publié en 1960 est titré « Les étapes de la croissance économique », et sous titré « un manifeste non communiste ». Tout est annoncé dans ces quelques mots :
— l’équivalence est posée entre croissance économique et développement ;
— le développement se fait par étapes, cinq exactement, qui se succèdent nécessairement quelque soit la société ou le pays considéré ;
— la proposition d’une vision de la croissance et d’une voie non marxistes ou non communistes vers le développement.
L’étape charnière dans « la marche au développement » est la troisième, celle dite du « décollage ». Rostow la définit clairement en référence à l’histoire économique de la Grande-Bretagne et de la France, en privilégiant dans cette histoire quelques traits caractéristiques : première révolution industrielle, rôle prédominant des entrepreneurs, doublement du taux d’épargne et du taux d’investissement, etc. Les pays développés ont donc franchi cette étape cruciale, et ils sont pour la plupart dans la quatrième étape (sauf les États-Unis qui sont dans la cinquième) ; les autres ne l’ont pas franchi, mais la franchiront nécessairement en s’industrialisant, en confiant un rôle important aux entrepreneurs, en épargnant et en investissant. Ils sont « en voie de développement », mais pas encore développés. Nettement, dans cette perspective, le « sous-développement » n’est qu’un retard de développement.
Le second auteur est Perroux. Il est moins connu, a eu moins de succès, mais il renverse radicalement la perspective. Il ne prend pas comme point de départ l’analyse des caractéristiques des pays développés, mais il propose dans un article de 1952 « trois outils pour l’analyse du sous-développement ». Les zones sous-développées sont :
— « dominées », c’est-à-dire qu’elles subissent « une influence asymétrique et irréversible » exercée par ce qu’il appelle « les Europes » ; cette influence ou cette domination a entraîné la destruction socio-économique et culturelle de l’équilibre ancien de ces régions ;
— « désarticulées », sans structures autonomes au niveau de la production et du financement ;
— et elles n’assurent pas « la couverture des coûts de l’homme », critère essentiel au delà du « mythe du chiffre unique », PIB ou taux de croissance.
Ces trois concepts, domination, déstructuration et non couverture des coûts de l’homme, conduisent Perroux à définir le sous-développement comme un « blocage du développement », produit d’une histoire particulière, blocage que n’ont pas connu les pays développés. À contrario, cela lui permet d’affirmer sa vision du développement : un pays développé n’est pas dominé et souvent il domine, il est structuré, et il couvre les « coûts de l’homme ».
On a là deux visions profondément différentes du développement et du sous-développement, qui ouvriront la voie à deux lignées de travaux irréductibles l’une à l’autre, portant aussi bien sur l’analyse que sur les politiques de développement. Cependant, au-delà de cette irréductibilité, les deux lignées ont en commun la référence plus ou moins revendiquée au « modèle » du développement européen du XIXème siècle.

L’industrialisation et la croissance comme moyens du développement

Même si la proximité entre ces notions n’est pas identique, les deux lignées font de l’industrialisation et de la croissance les moyens essentiels et incontournables du développement. La différence intervient d’une part dans les définitions données à l’industrialisation et à la croissance, et d’autre part dans les conditions à remplir pour qu’elles soient effectivement possibles.
Pour « la lignée rostowienne », la croissance est l’augmentation de la production mesurée par le PIB, et l’industrialisation est l’accroissement du poids relatif du secteur secondaire dans l’ensemble de l’économie. Et, à partir du moment où le sous-développement n’est qu’un retard de développement, les instruments conceptuels utilisés pour analyser la croissance et l’industrialisation dans les pays développés sont parfaitement utilisables dans le cas des pays sous-développés : fonction de production néoclassique, demande effective keynésienne, croissance transmise, croissance balancée, substituabilité des facteurs et des importations, spécialisation internationale sur la base des coûts comparatifs, etc. Au fond, il n’y a pas dans cette lignée d’approfondissement du contenu spécifique du concept de sous-développement et donc du concept de développement : tous les pays ou toutes les zones sont « en développement », mais à des stades différents, repérés par des indices de richesse/pauvreté ou des « indices de développement humain ».
Pour « la lignée perrouxienne », l’industrialisation et la croissance n’ont pas la même signification que précédemment. L’industrialisation n’est pas la simple présence d’industries sur le territoire d’un pays, mais la structuration industrielle de l’ensemble de l’économie, avec un « noircissement de la matrice intersectorielle » qui donne une place particulière à l’agriculture et aux services ; et la croissance doit être le résultat du fonctionnement cohérent de cette structure et non pas seulement la croissance du PIB. Dans cette optique, la « ré-articulation » des économies sous-développées suppose qu’un certain nombre de conditions soient remplies :
— la production d’un surplus agricole durable et mobilisable en interne pour alimenter (dans tous les sens du terme) le secteur industriel, ce qui présuppose que le secteur agricole se libère du marché mondial et du système de formation des prix internationaux ; c’est le sens des diverses « réformes agraires » ou « révolutions vertes » qui ont été suggérées et parfois appliquées ;
— la cohérence des structures industrielles, dont la production doit nécessairement fournir trois types de biens, les moyens de production non spécifiques, les moyens de production spécifiques et les moyens de consommation ; c’est le sens des notions d’« industries industrialisantes », de « développement autocentré », ou encore de « système productif » ; ce qui explique aussi les réticences à considérer que les « transferts de technologies » pourraient être une solution dans la mesure où elles se traduisent souvent par l’importation de moyens de production ;
— l’autonomisation des moyens de financement de l’économie, par la gestion d’une monnaie propre et par la création d’un système bancaire indépendant ; ce qui conduit normalement au refus du système d’endettement international et des zones monétaires gérées par une économie développée (du type « zone franc ») ;
— enfin, la définition des espaces pertinents sur lesquels cette « ré-articulation » doit s’effectuer, dans la mesure où « le pays » n’a pas de signification sociale et culturelle bien précise, autre que le découpage issu de la colonisation.
On le voit, il y a là les principaux ingrédients qui correspondent à la définition perrouxienne du développement : se libérer de la domination des pays développés, assurer « l’articulation » de l’économie, et couvrir les « coûts de l’homme ». En même temps, et inévitablement, un certain nombre de questions ont surgi qui ont alimenté le débat sur le développement dans cette lignée, et dans lequel les marxistes ou les marxiens ont eu une place essentielle : quelle est la nature de la domination, et quelles en sont les modalités ? Comment assurer une industrialisation qui évite la « barbarie » de l’industrialisation britannique ou française ? Comment tenir compte de la diversité du sous-développement, autrement dit de la singularité des diverses régions du Tiers-Monde ? Comment concilier la structuration des zones sous-développées avec la déstructuration des économies développées due à la crise ?
C’est dans ce cadre par exemple qu’ont eu lieu les débats sur l’impérialisme, renouant avec la tradition léniniste, boukharinienne et luxemburgiste : le sous-développement est analysé comme le résultat de l’impérialisme, quelle que soit la forme de ce dernier, colonial, économique, politique, culturel ou autre, et de la sorte, il est non seulement le résultat du développement des pays du nord, mais la condition de ce développement. C’est la thèse de l’« échange inégal » qui montre que la mise en concurrence sur le marché mondial de pays de niveaux de développement structurellement différents opère un transfert de valeurs des pays sous-développés vers les pays développés ; c’est aussi la thèse des « débouchés préalables » qui montre comment le développement des pays du nord a exigé la colonisation (institutionnelle ou non) et la déstructuration des économies ainsi colonisées. D’une certaine manière, on ne peut parler de développement et de sous-développement indépendamment de l’impérialisme.
Un second exemple concerne la manière d’analyser les mouvements d’ordre géopolitique qui affectent le Tiers-Monde. Comme durant toutes les grandes crises (celle du dernier tiers du XIXème siècle, celle de l’entre deux guerres), la crise actuelle reconfigure totalement l’économie mondiale et les rapports de force et d’influence entre zones et entre nations. Comme dans toutes les grandes crises notamment, apparaissent des « pays émergents » ; c’est ainsi que les États-Unis sont un « pays émergent » durant la crise de la fin du XIXème siècle, et sont encore considérés comme un « pays neuf » contre lequel il faut lutter en termes concurrentiels comme le disent les pays européens lors de la conférence de Gênes de 1922. La plupart des analystes de cette lignée s’accordent à reconnaître que des pays ont « émergé » durant la crise actuelle. Mais beaucoup aussi s’interrogent sur la nature et la durabilité de cette émergence, surtout si on évalue leur développement à l’aune des outils perrouxiens. On retrouve ces interrogations dans le débat sur la notion de développement durable.

Développement et développement durable

Je partirai de façon très classique par un simple rappel, car il est suffisant pour aborder ces questions. Il concerne la définition du développement durable. Il y a celle, maintenant célèbre, donnée par le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (dit Rapport Brundtland) : c’est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » ; et il y a les conditions préalables d’un tel développement, que précise le même rapport, mais qui sont moins souvent rappelées : « même au sens le plus étroit du terme, le développement durable présuppose un souci d’équité sociale entre les générations, souci qui doit s’étendre en toute logique à l’intérieur d’une même génération (…). La diminution de la pauvreté est par elle-même une condition préalable d’un développement respectueux de l’environnement ».
Deux remarques sur cette définition.
— Comme on le sait, l’adjectif « durable » est la traduction du terme anglais signifiant « soutenable » (on parle aussi d’ailleurs, même si c’est de moins en moins souvent, de « développement soutenable »). Il me semble pourtant que ce n’est pas tout à fait la même chose, et que « soutenable » a une signification plus forte que « durable ». Trivialement, le dictionnaire est clair. Est « durable » ce qui est viable et permanent dans le temps ; est « soutenable » ce qui peut être défendu pour diverses raisons plausibles ou ce qui est supportable.
— Le rapport Brundtland fait de la diminution de la pauvreté une « condition préalable ». Si on lui accorde un sens fort, tel que « pré requis », il ne saurait y avoir de développement durable si la pauvreté n’est pas éradiquée ou au moins en voie d’éradication. Or, la pauvreté s’accroît (y compris dans les pays riches ou développés) et les inégalités se creusent (toutes les données rendues disponibles par les institutions internationales insistent sur ces deux tendances).
Alors qu’il intervient quelques 25 ans après le Rapport Meadows (suivi par une dizaine d’autres notamment commandés par le Club de Rome) qui était déjà une étude de la dynamique de l’écosystème mondial (interaction de la démographie, de la production alimentaire, de l’industrialisation, de l’épuisement des ressources naturelles et de la pollution), et qui préconisait un « équilibre durable » permettant de satisfaire les besoins de chacun, comment expliquer le succès du rapport Bruntdland ? On peut imaginer que les problèmes évoqués par Meadows se sont aggravés, ce qui a conduit à une prise de conscience collective ; c’est le point de vue défendu par la première lignée. Mais on peut également faire d’autres hypothèses, qui replacent le développement durable dans son historicité, comme le font les auteurs s’inscrivant plutôt dans la lignée perrouxienne.
C’est, nous l’avons vu, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale que les États-Unis et leurs alliés se donnent pour objectif de reproduire dans les pays du Tiers Monde le processus d’industrialisation et de modernisation qui, depuis la révolution industrielle, a permis à l’occident de dominer le monde par sa richesse et son niveau technologique. Derrière l’affichage moralisant de la lutte contre la pauvreté, les motivations sont d’abord stratégiques : il s’agit de préserver les pays du sud de la tentation communiste et de s’ouvrir de nouveaux marchés. L’« aide au développement » est alors importante, et les « stratégies de développement » fleurissent. Les années 1980 consacreront l’échec de ces stratégies à la fois dans les pays du nord et dans les pays du sud : chômage croissant, crise de l’énergie, ratés du modèle technologique (Seveso en 1979, Bhopal en 1984, Tchernobyl en 1986 par exemple), endettement croissant, crise de l’Algérie, etc. En même temps, avec la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS, et la fin de la guerre froide, l’aide au développement s’effondre parce qu’elle a perdu son intérêt stratégique, et est progressivement remplacée par les « plans d’ajustement structurel » qui généralisent le modèle libéral. C’est à ce moment là qu’émerge l’idée de développement durable qui ne serait que la nouvelle stratégie des pays du nord pour remodeler les grandes zones d’influence et recoloniser insidieusement les pays du sud.
Pour alimenter la réflexion sur cette question, les mêmes auteurs soulignent le glissement qui est intervenu dans le contenu de l’idée de développement durable. D’une certaine manière, dans le rapport Brundtland, ce type de développement désigne (en théorie) une sorte de « trépied magique », alliant l’économie (croissance de la production), le social (lutte contre la pauvreté et meilleure satisfaction des besoins) et l’environnement (préserver la planète pour les générations futures). En réalité, dès le Sommet de la Terre à Rio en 1992, l’environnement va occulter les deux autres volets : progressivement, les seuls thèmes abordés sous l’enseigne du développement durable portent sur la désertification, la déforestation, la pollution de l’eau et de l’air, l’épuisement des ressources fossiles, et surtout la modification climatique. Comme le fait remarquer l’un de ces auteurs, le réchauffement climatique donne lieu à une avalanche de chiffres et de modèles, et le développement durable est « devenu le grand souk planétaire des calculs d’apothicaire ». Quant à la lutte contre la pauvreté, on n’en parle plus.

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