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Article 9 : Ouvrages et publications reçus Comptes-rendus rapides

dimanche 13 septembre 2015

Ouvrages et publications reçus
Comptes-rendus rapides

Recherches internationales, « Temps couvert pour les printemps arabes », n°94, janvier-mars 2013

Ce numéro de la revue, paru avant le renversement du président égyptien Morsi, fait le point sur le mouvement politique et social, commencé en décembre 2011 en Tunisie, qui ne s’éteint pas et connaît des rebondissements aussi peu prévisibles que ne le fut son déclenchement. Michel Rogalski, dans sa présentation du dossier (« Printemps arabes : le dentifrice ne rentrera pas dans le tube ! »), part du problème posé par les victoires électorales remportées par les « Frères musulmans » ou des partis qui leur sont proches en Tunisie ou en Égypte, pays qui avaient été les premiers à connaître ces transformations. Deux lignes de force se dégagent alors. Ces révolutions constituent un mouvement de fond, imprévisible et spontané, toujours en marche parce qu’il a réussi, dans ces deux pays, à évincer du pouvoir des despotes et qu’il a restauré un sentiment de dignité au sein de ces deux peuples. Cependant il se situe également dans un contexte de grande faiblesse politique des forces progressistes, laminées par les répressions subies au cours de la période précédente, ce qui peut ouvrir la voie aux appétits du monde des affaires et des intérêts étrangers. Samir Amin (« Les révolutions arabes, deux ans plus tard ») conforte cette analyse. Les victoires électorales de l’Islam politique ne sont que l’aboutissement de l’essor du secteur informel et de « l’économie de bazar » qui ont marqué l’entrée de ces pays dans la mondialisation et de l’absence de vision économique et sociale des acteurs réels de ces révolutions. La dépolitisation des sociétés arabes est donc ici en cause et, à moins qu’elle ne s’inverse, constitue la faiblesse des mouvements en cours. Les partis à coloration islamiste qui ont pris le pouvoir sont essentiellement réactionnaires et se sont ralliés rapidement à l’ultralibéralisme dont les effets dévastateurs ont été à l’origine de ce mouvement de fond. Il y a donc un réel risque de voir ces sociétés évoluer vers une démocratie « de façade » et poursuivre leur chemin dans un engrenage les menant à un « capitalisme de connivence, un État compradore et un lumpen développement », contraire aux aspirations populaires à l’origine de ces révolutions.
Le dossier est complété par différents articles évoquant le cas de certains pays. Au sujet de la Palestine, Raphaël Porteilla et Julien Salingue (« Les révoltes arabes et la Palestine, entre blocages internes et inertie régionale ») soulignent les spécificités de ce pays dans le monde arabe. Pour autant la cause palestinienne n’est pas oubliée, entrant à la fois dans les préoccupations des nouveaux dirigeants et dans les mots d’ordre des peuples en lutte. Michel Warschawski (« Les révoltes arabes vues d’Israël ») présente un aspect très intéressant de la question puisque vu depuis un extérieur fort concerné. En raison, entre autres, des puissantes convergences idéologiques qui rapprochent le gouvernement de Netanyahou et le courant néoconservateur américain, l’auteur montre à quel point la question palestinienne oppose ce gouvernement à l’administration démocrate du président Obama. La situation politique actuelle de la Tunisie fait l’objet de l’article de Hakim Ben Hammouda (« Tunisie et vogue la révolution »). La lenteur et parfois les blocages que rencontre la rédaction d’une constitution, les menées de confiscation de tous les pouvoirs par le parti Ennahda comme la montée de la violence politique caractérisent le désenchantement qui fait suite à la « révolution de jasmin ». Hassane Zerrouki (« Algérie, Maroc, le changement n’est pas intervenu ») analyse les raisons de l’échec des tentatives d’extension du mouvement au reste du Maghreb. Dans chacun des deux pays, les pouvoirs en place ont trouvé les moyens, assez différents d’un pays à l’autre, de désamorcer le mécontentement populaire. Au sujet de l’Algérie, Yasmina Touaibia fournit une analyse de sociologie politique rendant compte de la « spécificité algérienne ». Le traumatisme historique résultant de la période coloniale, ravivé par « les années de plomb », est au cœur de l’identité algérienne, ce dont bénéficie le pouvoir en place.
Quatre articles, hors du dossier, complètent ce numéro. La finalité de l’aide public française au développement, partagée entre la morale qui imprègne les discours et les intérêts économiques et politiques que révèlent les actions, est l’objet de l’étude de Kléber Ghimire (« L’APD en France, entre morale et intérêt national ? »). Ahcène Amarouche, à partir d’une approche au départ monétaire, pose la question de la responsabilité des politiques économiques d’orientation libérale menées aujourd’hui dans l’éclatement des crises de la dette publique (« Politiques publiques et dette souveraine, des déficits budgétaires aux crises auto-réalisatrices »). Jacques Fath invite à une analyse politique critique des concepts de sécurité nationale et de puissance de la nation (« Quelle conception de la sécurité nationale »). Le rappel de l’histoire contemporaine n’est pas omis, surtout lorsqu’elle évoque une occasion manquée de rendre le monde plus pacifique. Ainsi Claude Cartigny propose-t-il une lecture documentée des négociations menées entre l’Est et l’Ouest pour parvenir à un désarmement (« Il y a quarante ans, les accords SALT »).

Recherches internationales, « Les rapports Nord-Sud dans la mondialisation », n°95, avril-juin 2013

Ce dossier est l’occasion de faire le point sur le processus de mondialisation à travers la situation nouvelle d’une crise économique profonde. Sept articles évoquent différentes facettes des dynamiques en cours.
Mehdi Abbas (« L’OMC et l’acte III de la globalisation ») soulève la question du blocage des négociations établies dans le cadre de l’agenda de Doha, qui, au départ, visait à réorienter l’OMC vers un objectif de développement. La saisie des différents facteurs ayant conduit à cette situation constitue une première approche que vient compléter la situation présente où la crise économique peut constituer une opportunité nouvelle pour une reprise du dialogue. La globalité de la crise comme le rôle essentiel joué par les États pour la juguler constituent des éléments nouveaux qui ne peuvent être ignorés. La gravité et la soudaineté de la crise place au premier plan l’importance d’une « sécurité économique » à laquelle aspire chaque pays et qui pourrait constituer ainsi un « acte III » de l’agenda. Dimitri Uzunidis (« Développement et libéralisme, de quoi parle-t-on ? ») dégage les leçons de l’échec manifeste du libéralisme en matière de développement. La mondialisation constitue un nouveau mode d’accumulation du capital fondé sur un renouvellement permanent des marchés par l’innovation dans lequel la domination des pays des Centres passe par un contrôle des marchés internationaux. Les relations « néo mercantilistes » qu’elle instaure ont fait la preuve de leur nuisance : les pays qui ont émergé sont ceux qui n’ont pas respecté les règles imposées. La crise, parce qu’elle constitue la preuve de la non viabilité de ce mode d’accumulation et de domination pourrait ouvrir de nouvelles perspectives. Rémy Herrera (« Réflexions sur les évolutions récentes des rapports Sud-Sud et Nord-Sud ») porte l’attention sur l’essor des relations nouées entre pays du Sud. En Amérique latine, le refus d’une domination économique étatsunienne a entraîné l’échec de l’ALCA mais a aussi incité à l’invention d’autres projets. L’ALBA en constitue un bon exemple puisque se situant dans une perspective non libérale. De même la multiplication des échanges entre pays du Sud offre aux moins développés l’occasion de profiter des effets d’entraînement de ceux qui bénéficient d’une croissance économique plus importante et d’étendre leurs « marges de manœuvre ». Toutefois ces dynamiques nouvelles rencontrent les réactions impérialistes du nord, ce qui constitue une dérive inquiétantes des relations Nord-Sud. Piergiuseppe Fortunado (« Les BRICS, une autre coopération de développement ») met l’accent sur la solidarité développementale qui peut unir les pays émergents et les pays en développement. Celle-ci se traduit aujourd’hui par des aides qui, en dépit des interrogations qu’elles posent, pourraient favoriser un meilleur développement des seconds. De plus, l’importance prise par les échanges Sud-Sud laisse espérer les effets bénéfiques pour leur croissance que pourrait apporter une « locomotive du Sud » comme la Chine. L’émergence de quelques grands pays du Sud serait donc une chance nouvelle pour l’ensemble des Périphéries. Vincent Piolet (« Les BRICS : fondation d’un nouvel ordre économique mondial ? Analyse géopolitique ») décrit les efforts faits par les pays émergents pour se doter d’une construction institutionnelle représentative de leur situation nouvelle. C’est aussi l’occasion d’examiner leurs relations avec les pays du Sud qui n’ont pas eu l’opportunité d’émerger. Frédéric Thomas (« Chine-Amérique latine, enjeux conflictuels d’une relation ») étudie les relations nouées entre émergents et pays en développement à travers l’exemple concret des relations Chine-Amérique latine. En effet, si l’appréciation positive de ces effets fait consensus au près des gouvernements américains, l’auteur souligne la dimension conjoncturelle de cette appréciation qui s’inscrit dans le cadre de stratégies d’accumulation étroitement basées sur la surexploitation des matières premières. Les asymétries qui accompagnent ces échanges, tout comme la remise en cause de l’idée d’échanges toujours bénéfiques aux participants ou bien les conséquences environnementales et économiques entraînées par ces échanges constituent des limites sévères qui justifient une opposition croissante de certains mouvements sociaux ou la réflexion des gouvernements sur cette coopération et le devenir économique commun du continent. Jean-Robert Henry (« Mondialisation et Méditerranée ») s’intéresse à l’avenir des relations entre l’Europe et les pays des rives Sud et Est de cette mer, relations surtout marquées par un blocage des négociations. La difficulté de conceptualiser un espace socioculturel mondial redouble lorsqu’il s’agit de penser le monde méditerranéen parcouru par des clivages, qu’ils soient de niveau de développement ou de culture. Parler d’inter région ne suffit pas pour faire coïncider un espace économique où capitaux et marchandises circulent (presque) librement et un espace socioculturel dont la non circulation des hommes empêche la construction.
Si le développement rapide des pays émergents et la grande crise qui frappe l’ensemble des économies depuis 2008 constituent la marque d’un changement d’époque dans la mondialisation, ce dossier, par son exploration des tendances de fond qui structurent le monde contemporain, est un guide précieux pour la lecture de l’actualité.
En dehors de ce dossier, ce numéro de la revue consacre trois articles importants à l’actualité. Le devenir du Venezuela après la disparition de son président est l’objet de celui de Mathieu Grand et Thomas Posado (« Le Chavisme peut-il survivre à Hugo Chavez ? »). Si la rupture d’avec les contraintes imposées par le « consensus de Washington » et l’efficacité de la politique anti-pauvreté menée sont indéniables, le bilan de la période Chavez est obscurci par la perpétuation d’un développement fondé sur l’extraction pétrolière et des dépendances qui l’accompagnent, par l’inflation, une insécurité galopante et une corruption endémique. La capacité d’Hugo Chavez à mobiliser les masses pour défendre une démocratie toujours menacée, comme son habilité dans l’arbitrage des clivages internes d’une société profondément divisée ont pu faire oublier l’absence d’un projet alternatif concret de société. Sa succession paraît ainsi bien délicate. La très faible avance du candidat désigné, Nicolas Maduro, sur l’opposition (50,6 contre 49,1 % des voix), lors des élections présidentielles de 2013, que les auteurs analysent, démontre l’importance de la tâche incombant au parti au pouvoir (le PSUV).
Pierre Guerlain (« Machiavel à Washington, Obama et la politique étrangère des États-Unis »), en expliquant les raisons de la continuité de fait de la politique étrangère américaine, sous l’administration démocrate d’Obama, fournit une analyse des modalités de fonctionnement de la diplomatie américaine. À partir de l’exemple de la politique moyen-orientale, l’auteur montre toute la distance qu’il peut y avoir entre un discours présidentiel, celui du Caire, et les décisions concrètes adoptées par l’administration américaine. Le président est sous contrainte sera sa conclusion. Cette contrainte est celle exercée par la continuité de la doctrine de la politique étrangère américaine, celle du smart power, aussi mais celle du pouvoir législatif, celle de puissantes institutions telles que le Pentagone ou la CIA, celle enfin des groupes de pression parfois très puissants. Il s’y ajoute le poids des alliances extérieures. Les influences de ces différentes instances comme leurs rapports de force peuvent conduire à la mise en œuvre de dispositions fortement contestables, telle que l’utilisation de drones pour frapper des cibles humaines à l’étranger.
L’actualité japonaise, la venue au pouvoir du gouvernement Abe à l’issue des élections de 2012, est l’objet de l’article de Patrice Jorland (« Japon, l’archipel dans la zone des ténèbres »). Où ce gouvernement conduit-il le Japon ? La réponse donnée souligne non seulement le conservatisme de ce pouvoir mais également le négationnisme qu’il affiche. La volonté de s’affranchir à la fois de l’héritage de la Seconde guerre mondiale et des interdits qui découlèrent de ce conflit (article 9 de la Constitution relative à la « force d’auto-défense » japonaise, par exemple) traduit des aspirations impérialistes inquiétantes et pose la question des futures relations Japon / États-Unis. L’analyse fine du fonctionnement du bipartisme à la japonaise s’appuie sur une connaissance profonde de ce pays que l’auteur nous invite à partager.
Ce numéro comprend également l’éditorial que Michel Rogalski consacre à l’usage idéologique des comparaisons internationales et l’article historique d’Alain Ruscio sur le Viêt Nam (« Quelques réflexions sur la guerre du Viêt Nam et les accords de Paris en 1973 »).

Alternatives Sud, « Industries minières. Extraire à tout prix ? », Centre tricontinental & Ed. Syllepse, Volume 20-2013, n°2

Comme l’écrit Frédéric Thomas dans l’éditorial de ce numéro (« Exploitation minière au Sud : enjeux et conflits »), les activités extractives connaissent un essor rapide, porté par l’augmentation sans précèdent des besoins mondiaux en produits miniers. Elles engendrent aussi « un bouleversement de l’environnement et de la société » et sont « potentiellement génératrices de violation des droits humains et de conflit ». L’analyse des effets de « l’extractivisme » est effectuée sur trois continents (Amérique latine, Afrique et Asie).
Le cas de l’Amérique latine présente un caractère exemplaire. Comme le montre Maristella Swampa (« Consensus des matières premières, tournant éco-territorial et pensée critique en Amérique latine ») l’orientation de l’accumulation du capital sur des activités extractives représente un choix commun fait par des gouvernements conservateurs comme par des gouvernements progressistes. Pour ces derniers la mise en valeur de nouveaux gisements et la récupération des rentes minières ont constitué des ressources finançant d’importants transferts sociaux. Le prix des succès obtenus en matière de lutte contre la pauvreté est payé sous la forme de dégradations environnementales, d’accaparement de terre et de tensions sociales peu conformes aux engagements initiaux de ces pouvoirs. Eduardo Gudynas (« État compensateur et nouveaux extractivismes : ambivalence du progressisme en Amérique latine ») prolonge cette critique en faisant apparaître les formes nouvelles qu’empruntent ces activités dans les pays à gouvernement progressiste. Ce ne sont plus des concessions attribuées à des exploitants étrangers, le plus souvent des firmes transnationales (FTN) ou leurs filiales, mais, avec la nationalisation des richesses du sous-sol, des exploitations où l’État est devenu acteur essentiel. Les FTN ne sont pas écartées mais demeurent en qualité de prestataire de services ou de partenaire associé au sein d’une joint venture. La dépendance économique de ces pays n’en est donc pas réduite mais au contraire aggravée. Elle conduit les pouvoirs en place à devoir procéder à des arbitrages entre intérêts miniers et résistances locales qui sont le plus souvent en faveur des premiers, puisque le pouvoir politique finit par avoir les mêmes intérêts à défendre que ses partenaires étrangers. Si, de plus, est pris en compte le risque d’instabilité des prix des produits bruts, il devient inquiétant de lier le succès de ces activités et le progrès social dans le pays qui les abrite. Deux pays font l’objet d’une étude spécifique. José De Echave (« Conflits miniers et scénario de transition : le cas péruvien ») souligne la fracture qui s’opère, au Pérou, entre le pouvoir politique et les mouvements sociaux s’opposant aux projets miniers et qui s’accompagne souvent d’une « criminalisation » des résistances. Marco Gandarillas (« Bolivie : renforcement, succès et impasses du modèle extractiviste ») présente une intéressante étude de l’engrenage dans lequel se trouve happé le gouvernement progressiste d’Evo Morales. La crise alimentaire, le prix élevé des carburants (la Bolivie exporte du pétrole brut mais importe du pétrole raffiné) et les retards que connaît la réalisation des projets industriels ont créé des charges budgétaires supplémentaires et importantes. Un développement rapide des activités exportatrices – dont les industries minières et l’agriculture d’exportation (soja) – est apparu comme un remède rapide à la situation nouvelle mais à un prix très lourd. Dégâts environnementaux de grande ampleur, déforestation illégale, extension des surfaces agricoles occupées par des exploitations latifundiaires exportatrices, donc sans effet sur la sécurité alimentaire, en sont une première composante. Des mesures politiques de plus en plus favorables aux exportateurs et la montée des conflits autour de l’accès à la terre, à l’eau et à un buen vivir en sont des conséquences inquiétantes.
L’Afrique connaît depuis longtemps la présence d’entreprises minières sur son sol et la « malédiction des matières premières » qui l’accompagne. L’article que Ferdinand Muhigirwa Rusembuka consacre à la RDC (« Vers une bonne gouvernance du secteur minier en République démocratique du Congo ») est une bonne illustration de cette malédiction et des moyens qui permettraient d’en limiter les effets. Patrick Bond (« L’Afrique du Sud en proie à la malédiction des ressources ») met l’accent sur les violations de droits sociaux et le déchaînement de violence qui peuvent caractériser l’exploitation minière en Afrique subsaharienne. L’exemple du massacre de Marikana interroge non seulement sur les pratiques sociales des entreprises minières en Afrique mais également sur les dérives du pouvoir politique sud-africain. L’enfermement dans le sous-développement et la dépendance du continent africain créent des impératifs qui posent de manière cruciale la question : comment rendre l’exploitation minière utile pour le développement ? Deux textes, extraits d’un Rapport de la Commission des Nations unis pour l’Afrique et de la Déclaration finale de la Réunion panafricaine des organisations de la société civile (regroupés sous le titre : « Ressources minières et développement de l’Afrique : défis et perspectives ») illustre les changements radicaux qu’imposerait une stratégie de développement appuyée sur les activités extractives.
L’Asie n’échappe pas à l’extension actuelle des activités extractives. Les conséquences des actions gouvernementales et des pratiques des entreprises minières font l’objet de deux articles consacrés, l’un à l’Indonésie (Pius Ginting : « Autonomie régionale et conflits entre population et industrie minière en Indonésie »), l’autre aux Philippines (Liza Lansang : « Philippines : mobilisations civiles pour une politique extractive durable et équitable »). Les différentes formes de résistance qu’elles suscitent sont des révélateurs d’une marche vers des sociétés plus démocratiques comme du caractère plus ou moins autoritaire des pouvoirs qu’elles affrontent. Le cas de l’Afghanistan est particulier. Javeed Noorani (« Les ressources minières d’Afghanistan : une lumière sur la route de la soie ») traite de ce pays à un moment spécifique, celui où les richesses du sous-sol commencent à être inventoriées pour une mise en exploitation rapide, et dans l’environnement social et politique propre à ce pays. Dans ce contexte les intérêts économiques étrangers deviennent compatibles avec l’apparition d’un groupe « d’accapareurs » dont les pratiques dans l’exploitation des hommes et de la terre ont bien peu à voir avec les progrès économiques, politiques et sociaux que les puissances occidentales engagées dans ce pays ont déclaré vouloir apporter à ce pays.
Le dossier de ce numéro est utilement complété par la présentation critique de l’Initiative pour la transparence des industries extractives faite par Kees Visser (« Leçons de transparence de l’Initiative pour la transparence des industries extractives »). Par son actualité, ce dossier devrait figurer en bonne place dans les lectures de tous ceux qu’intéressent les questions de développement.

Analyses et documents, Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT, n°118, « Agir contre le déclin social, économique et industriel », février 2013

La publication de ce cahier est l’occasion d’inventorier l’actualité économique et sociale française. Elle comprend également un regard porté sur l’histoire du syndicalisme français. Une table ronde sur le thème : « Historique et perspectives de l’unité syndicale », réunissant deux universitaires et trois syndicalistes, s’intéresse aux différentes phases de scission et de réunification qu’a connues le mouvement syndical. L’évocation du passé n’a bien sûr de sens que si elle peut être un outil de lecture du présent. Les caractéristiques spécifiques du présent, la profonde diversification des conditions d’exercice des métiers, les attitudes trop communes de pratique d’un « syndicalisme par délégation », tout comme les actions conduites pour discréditer le syndicalisme, pèsent. Confronté au risque d’un émiettement, voir d’un déclin, le souci d’une plus grande unité impose un renouveau passant par la reconstruction d’une identité salariale. Cet objectif semble essentiel : les catégories de salariés les plus menacés sont aussi celles où la syndicalisation est la plus faible.
L’actualité sociale, c’est d’abord la Loi de finances de 2013, dont Michel Fontaine (« Loi de finances pour 2013, le gouvernement fait l’impasse sur la croissance et l’emploi ») montre les limites en matière de création d’emplois dans le secteur public, d’une pression fiscale accrue frappant les seuls ménages comme en matière de justice fiscale. Pierre Yves Chanu (« Un projet de loi de financement de la Sécurité sociale sous contrainte des Traités européens ») complète l’analyse en montrant les effets de l’application de la « règle d’or » (engagement à revenir à un équilibre des comptes publics, accompagné d’un calendrier et de plafonds de dépenses) sur l’ensemble des administrations publiques, l’État, mais également les collectivités locales et la Sécurité sociale.
L’actualité sociale, c’est également le « Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » du gouvernement (6 novembre 2012), issu des propositions apportées par le rapport de Louis Gallois. Nasser Mansouri-Guilani (« Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, une logique contestable et contestée ») fait état des multiples réserves que soulèvent certaines dispositions. L’objectif macroéconomique de rétablissement de l’équilibre de la balance commerciale reste bien éloigné des effets négatifs économiques et sociaux de la crise actuelle. De même, le « crédit d’impôt » appliqué aux entreprises, dans le but de permettre la création de 300 000 emplois paraît dispendieux puisque, dans l’hypothèse où il atteindrait son objectif, chaque emploi créé représenterait une diminution temporaire des recettes publiques de 70 000 euros. Les avancées sociales en matière de formation des salariés ou de représentation de ceux-ci dans les entreprises semblent bien minces, la première écartant les salariés de la définition et de l’évaluations des formations, la seconde reposant sur des mesures volontaires et non contraignantes laissées aux choix des entreprises.
L’Accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013 et différentes réformes sociales débattues à l’occasion de la venue au pouvoir d’une nouvelle majorité présidentielle sont l’objet du dossier de ce cahier. Mohammed Oussedik (« Informer sur les contenus néfastes de l’Accord du 11-01-2013 »), Nasser Mansouri-Guilani (« De nouveaux droits pour les salariés »), Irène Huard (« Contrats de génération : mettre la jeunesse au rang des priorités syndicales »), Agnès Naton (« Les raisons de l’engagement de la CGT dans la conférence nationale gouvernementale des 10 et 11 décembre 2012 “contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale” ») produisent des analyses critiques et détaillées des mesures avancées.
La revue comporte également une analyse intéressante de l’Indice des prix faite par les Fédérations CGT des travailleurs de la métallurgie, des Finances et la CGT Insee (« L’indice des prix à la consommation : comment l’améliorer dans l’intérêt du monde du travail ») ainsi qu’une présentation critique des différents instruments statistiques de mesure de la richesse économique faite par Denis Durand (« Un enjeu de société : de nouveaux indicateurs de richesse »). L’article que David Meyer consacre à l’industrie automobile (« L’industrie automobile a de l’avenir en France et en Europe ») complète cet ensemble d’analyses pertinentes de l’actualité sociale nationale.

Aujourd’hui l’Afrique, Revue de l’AFASPA, n°128, juin 2013

Plusieurs questions sont traitées dans ce numéro de la revue. Le Mali reste une préoccupation principale. Francis Arzalier, dans son éditorial (« Mali 2013 : l’effondrement et le sursaut ») dresse le bilan des multiples dérives qui ont mis en ruine ce pays. Que les responsables de ce désastre soient Maliens ou proviennent de l’ordre postcolonial voulu par des intérêts étrangers ne change en rien une situation que seul un « sursaut patriotique et progressiste » pourrait redresser. Pierre Bouché (« Les manuscrits sauvés de Tombouctou ») souligne bien l’abîme dans lequel est tombé ce pays en évoquant la très riche histoire de Tombouctou. L’auteur rappelle la naissance de la tradition intellectuelle et universitaire de cette ville, au XIVème siècle, au sein de l’empire Songhaï. Cette tradition a pu perdurer jusqu’à la conquête coloniale, malgré l’invasion et l’occupation marocaine. Les différents manuscrits conservés à Tombouctou ont constitué ainsi un héritage transmis aux générations ultérieures. Pauvres manuscrits, sauvés du pillage par les actes de courage de Maliens conscients de la valeur de leur culture et animés du désir de la sauvegarder, mais des manuscrits aussi dispersés et peut-être menacés d’un nouveau pillage que pourraient exercer les « amateurs d’art » étrangers.
Le Forum social mondial qui s’est tenu à Tunis en mars 2013 fait l’objet de plusieurs articles incluant déclarations et entretiens avec des personnalités porte-paroles de différents mouvements sociaux. Parmi ces derniers, l’interview accordé à Aujourd’hui l’Afrique par Fathi Chamki de l’Association Raid-Attac/CADTM Tunisie (« Nous devons avancer et vaincre ») présente une analyse des différents événements qu’a connus la Tunisie, qu’il s’agisse de la « révolution de jasmin » ou de la victoire électorale d’Ennahdha qui lui a succédé.
Ce numéro de la revue présente également, en plus de ses rubriques habituelles portant sur l’histoire et l’actualité africaine, deux analyses de questions d’actualité. Kingsley Ighobor (« La Chine au cœur de l’Afrique. Avantages et difficultés d’une relation en pleine expansion ») dresse un bilan nuancé des avantages que Chinois et Africains peuvent trouver dans l’intensification sans précèdent de leurs relations. Loin de se contenter d’une approche quantitative, comme cela est trop souvent le cas dans ce débat nouveau, l’auteur interroge les dynamiques qu’engendrent ces relations, montrant à la fois les opportunités nouvelles qu’elles ouvrent pour rendre possible un développement, mais également les difficultés qu’elles posent. Sur une toute autre question, celle de la lutte contre le sida, Jean Chatain (« Lutte contre le sida. La pandémie s’infléchit »), s’appuyant sur les derniers rapports de l’ONUSIDA, fait apparaître les importants progrès accomplis. Une moindre diffusion de la maladie et le recul de la mortalité qu’elle entraîne montrent clairement les effets bénéfiques d’une amélioration dans l’accès aux thérapies des populations touchées, particulièrement en Afrique subsaharienne. Ces résultats encourageants sont confortés par une réelle mobilisation des pouvoirs publics, qu’il s’agisse des gouvernements des pays plus particulièrement concernés ou des aides versées par les gouvernements de pays plus riches, qui permet à l’ONUSIDA d’atteindre presque les objectifs qu’elle s’était fixée. L’ampleur prise par la participation des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à cette lutte contre la maladie est reconnue et saluée par l’auteur.

GRESEA-Echos, Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative, n°74, avril-juin 2013

Que sera demain ? La question embarrasse. Certains s’y sont risqués en fixant, pour 2015, les objectifs d’un millenium devant accorder à tous un droit au développement. Le terme était dans ce cas suffisamment lointain pour donner des délais pour atteindre ces objectifs et suffisamment proche pour répondre à l’urgence. D’autres s’y risquent encore aujourd’hui, tel des experts qui ont établi un programme pour une économie durable et soutenable à l’horizon 2050. Que peut-on attendre d’un programme qui prolonge le long terme au delà de trente années puisque « le monde tel qu’il sera en 2050 ? On en sait rien » ? Erik Rydberg n’offre en réponse qu’une seule alternative : faire peur ou faire rêver. Le parti pris de ce dossier de GRESEA-Echos est de faire rêver. À propos du temps de travail, du travail des enfants, de la valeur, des ressources naturelles, de la valeur travail et de la souveraineté des nations, le rêve se construit, celui d’un monde des possibles. Et que trouve-t-on dans ce monde ? Un décalage complet avec le quotidien du monde néolibéral que nous connaissons tous.
Faut-il rire, faut-il pleurer de ce contraste ? L’équipe du GRESEA réalise là un dossier original qui ne manque pas de surprendre et d’intéresser par son contenu comme par un humour très caustique qui fait briller ce contraste. Le lecteur y trouvera sans doute autant de plaisir que nous à le découvrir.

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