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Les capitalistes palestiniens qui sont allés trop loin

mercredi 2 septembre 2015

Les capitalistes palestiniens qui sont allés trop loin

Tariq Dana [1]

Alors que la plupart des Palestiniens vivant sous l’occupation israélienne se battent pour survivre, un groupe puissant de capitalistes palestiniens est en train de prospérer et dont l’influence grandit dans le politique, l’économique et le social. Le prix en est, bien trop souvent, leur engagement dans des projets économiques de normalisation. Autrement dit, ils traitent avec les Israéliens comme si ceux-ci étaient des partenaires « normaux » en affaires, et non une puissance occupante qui de façon impitoyable viole les droits des Palestiniens depuis plus de 65 ans.
Dans cet exposé sont mises en lumière les façons dont ces capitalistes exercent une influence et un contrôle social, et présentés des exemples de projets économiques de normalisation dans lesquels ils se sont engagés.

Aperçu du capital palestinien

La présence des hommes d’affaires palestiniens dans la sphère politique est antérieure à la création de l’Organisation de libération de la Palestine. Après la fondation de celle-ci, les capitalistes palestiniens ont joué une variété de rôles dans le mouvement de libération nationale. Certaines fractions de l’OLP, et particulièrement le Fatah, ont considéré la classe capitaliste palestinienne comme une « bourgeoisie nationale » et à ce titre, comme une partie indispensable au combat anticolonial, et elles ont en conséquence fonctionné avec elle.
À l’époque, l’engagement des capitalistes palestiniens avec l’OLP consistait à financer, tenir des postes de direction à l’OLP, et assurer une médiation politique. Par exemple, les hommes d’affaires palestiniens ont arbitré entre la direction de l’OLP et le régime jordanien au moment de Septembre Noir, et entre la direction de l’OLP et l’administration américaine dans les années quatre-vingt. Beaucoup étaient aussi des philanthropes qui soutenaient des projets caritatifs, éducatifs et socio-économiques. Un point de repère à cet égard est la création de l’Association Bien-être en 1983, un coup de pouce dont le projet national palestinien dans les sphères éducatives et socio-économique avait bien besoin après que la masse des combattants palestiniens eurent été expulsés de leur base au Liban, lors de l’invasion israélienne de 1982 lancée par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon.
Depuis Oslo, et particulièrement dans ces dernières années, l’influence des capitalistes palestiniens dans le territoire occupé s’est renforcée d’une façon sans précédent. Ils peuvent être divisés en trois groupes principaux :
les capitalistes « rapatriés », composés de la bourgeoisie palestinienne qui a émergé dans les pays arabes, spécialement dans les États du Golfe, de même qu’en Amérique du Nord et en Europe. Beaucoup de ces hommes d’affaires ont eu des liens très étroits avec l’Autorité palestinienne naissante ;
les capitalistes locaux, composés de deux grands sous-groupes : les grands propriétaires terriens qui, historiquement, jouissaient d’une influence politique et sociale considérable sur les structures sociales ; et les intermédiaires locaux qui accumulaient les profits en se faisant sous-traitants des sociétés israéliennes après l’occupation de 1967 ;
les nouveaux riches, qui ont acquis une fortune dans une époque plus récente et qui en particulier ont profité du processus d’Oslo de diverses façons, comme on le verra ci-après.

Une influence sur le processus politique

Comme les autres Palestiniens, les hommes d’affaires se sont débattus avec une condition d’apatride [2] et ont recherché la sécurité qu’un État doit fournir, et dans laquelle leurs sociétés et leurs profits seraient mieux protégés contre l’instabilité et les menaces régionales.
Ainsi, nombre d’entre eux ont soutenu les accords d’Oslo comme une étape clé vers la création d’un État palestinien, certains imaginant même que les « dividendes de la paix » d’Oslo transformeraient la Cisjordanie et Gaza en un Singapour du Moyen-Orient.
Les premiers signes de l’influence capitaliste sur l’Autorité palestinienne (AP) naissante peuvent être vus dans l’article 21 de la loi fondamentale palestinienne, article qui spécifie que « le système économique en Palestine devra être fondé sur les principes de l’économie du marché libre » (en italique par l’auteur). Paradoxalement, même les États-Unis, moteur mondial du capitalisme du marché libre, ont une Constitution qui est suffisamment souple pour permettre des réponses différentes à des circonstances économiques spécifiques. L’adhésion ouverte de l’AP au néolibéralisme a aidé à créer un réseau institutionnel qui permet à des groupes d’intérêts économiques de manipuler les politiques à des fins privées.
Le néolibéralisme, combiné avec l’autoritarisme politique et la corruption, a renforcé et consolidé ce qui peut être décrit comme le capitalisme de copinage de l’AP. Dès le début, le copinage de l’AP a manifesté des relations spéciales entre le monde puissant des affaires et l’élite politique et sécuritaire de l’AP. Ce système a naturellement eu des effets néfastes sur l’économie : en favorisant des groupes politiques et économiques privilégiés, il a systématiquement entravé la compétitivité du marché et exclut la majorité des accès des gens aux opportunités économiques significatives [3].. En effet, la capacité des capitalistes à exercer une influence sur la politique du gouvernement s’est renforcée encore davantage, et les politiciens se sont plus encore enrichis.
Durant les années quatre-vingt-dix, la relation spéciale entre certains capitalistes palestiniens et les cercles politiques dirigeants de l’AP a conduit à la centralisation de la politique et à ce qu’une puissance économique se retrouve aux mains de quelques individualités qui ont réussi rapidement à transformer le projet national en un jeu de politique d’intérêts. Cela a été particulièrement le cas en ce qui concerne la collusion politique et sécuritaire de l’élite de l’AP avec les conglomérats de la Diaspora en dirigeant des monopoles publics-privés de grande envergure. Les monopoles protégés par l’AP touchaient à plus de 25 produits de première importance importés [4], notamment la farine, le sucre, l’huile, les viandes froides, les cigarettes, les animaux vivants, le ciment, les granulats, l’acier, le tabac, et le pétrole.
Ces monopoles ne furent pas seulement un signe précoce de la corruption de l’AP, ils étaient aussi l’expression la plus évidente de l’alliance politico-économique émergente qui avait trouvé dans l’AP un mécanisme politique efficace pour réaliser des intérêts économiques privés. En outre, les monopoles étaient sélectivement concédés à ceux des acteurs politico-économiques palestiniens qui jouissaient d’une proximité particulière avec les sociétés israéliennes. En conséquence, ces monopoles ont eu un impact dévastateur sur l’économie palestinienne et les petites entreprises mais, par contre, ils ont profité à l’économie israélienne. Un certain nombre de responsables politiques et militaires israéliens sont devenus, une fois à la retraite, des partenaires commerciaux de certains capitalistes palestiniens et d’élites politiques de l’AP. En retour, Israël a offert à ces hommes d’affaires et politiciens palestiniens des privilèges spéciaux, tels que l’accès à des autorisations, plus de liberté de mouvement et de commerce, ainsi qu’un laissez-passer de VIP.
Avec la désignation de l’ancien Premier ministre Salam Fayyad et les programmes de gouvernement qu’il a introduits depuis 2008, l’influence du capitalisme sur l’establishment politique s’est encore accrue. Les hommes d’affaires et les technocrates pro-capitalistes ont souvent occupé des postes ministériels majeurs dans les gouvernements Fayyad.
La « réforme » du secteur bancaire qui a eu lieu sous la gouvernance Fayyad est un aspect important de la montée de l’influence politique capitaliste. Ces réformes ont rendu possible pour le gouvernement de contracter des prêts à long terme qui se sont élevés à quelque 4,2 milliards de dollars en 2013 selon une estimation récente : c’est-à-dire à 50 % du PIB, avec un intérêt annuel atteignant les 200 millions de dollars. Pour une économie largement dépendante de l’aide internationale, ce haut niveau d’endettement du secteur public est en effet alarmant. Comment l’argent a-t-il été dépensé, et comment l’AP remboursera ses dettes, cela reste un mystère.
En outre, le haut niveau des dettes publiques permet aux capitalistes de faire pression sur l’AP pour qu’elle ajuste sa politique conformément aux intérêts des grandes entreprises privées en la menaçant de retirer certains investissements ou d’en bloquer d’autres, comme Alaa Tartor l’a noté dans une étude récente. Il va sans dire que c’est le peuple qui en paie le prix, par exemple quand l’AP a augmenté l’impôt sur le revenu et réduit les dépenses au début de l’année 2012.
Le rôle de ces capitalistes palestiniens est carrément devenu proéminent dans la sphère politique internationale. Ils ont mis tout leur poids dans les tentatives du secrétaire d’État US, John Kerry, pour faire passer un accord de paix par le biais de leur projet commun palestino-israélien « Briser l’impasse » en dépit de l’impact annoncé sur les droits des Palestiniens. De plus, ce projet aurait été élaboré sans la participation de la société civile palestinienne, ni même de l’AP.
Cela suggère que les capitalistes locaux de copinage sont devenus les premiers bénéficiaires des initiatives de « paix » internationales. Il est difficile de croire qu’un plan de paix qu’ils dirigeraient puisse contribuer à répondre à la question palestinienne pour l’autodétermination, la liberté et la justice. Au contraire, il serait plus susceptible de n’être qu’une opportunité lucrative de plus pour ceux qui bénéficient du statu quo en cours.
Un contrôle social par le biais de la dette et d’autres moyens

Comme dans d’autres parties du monde, le développement du système néolibéral a été étayé par différents mécanismes de contrôle social, et ce pour normaliser l’occupation, pacifier et dé-radicaliser les groupes qui cherchent à résister par différents moyens. Les pratiques de contrôle social en Palestine ont un impact particulièrement destructeur car elles s’accordent avec les contrôles coloniaux ourdis par l’occupation.
Les capitalistes compères ont tenté de pratiquer un contrôle social en recrutant la société civile pour servir leurs objectifs [5], en œuvrant aux côtés des grands donateurs internationaux. Un moyen consiste à créer de grandes ONG tendant à pénétrer le corps social par la promotion de certaines valeurs élaborées par les institutions financières et les agences de développement internationales afin de soutenir le système néolibéral. Les valeurs de ces ONG sont espérées déteindre sur les autres organisations de la société civile autochtone via l’acquisition de compétences et d’autres projets.
Un autre aspect du contrôle social est la facilitation des prêts privés, laquelle a encouragé une culture de la consommation et a fait tomber de nombreuses personnes dans le piège de l’endettement. Selon le Fonds monétaire de la Palestine, les prêts individuels ont grimpé à environ un milliard de dollars US en 2013 contre environ 494 millions en 2009. On estime que 75 % des employés du secteur public (94 000 sur 153 000) sont endettés. La dette personnelle est principalement utilisée pour financer la consommation (notamment les emprunts-logement, les voitures, les frais de mariage et les appareils électriques) et elle est rarement investie dans les activités de production. Cette situation de l’endettement personnel a des ramifications sociales importantes car elle favorise un sentiment d’individualisme et entraîne des inquiétudes privées personnelles, poussant systématiquement les gens à abandonner les questions nationales cruciales. Elle pousse aussi à l’apathie politique et mine la pensée critique et l’action contre la nature très oppressive du système.
Autre méthode encore de contrôle social, l’exploitation des salariés qui se pratique dans les entreprises appartenant à certains capitalistes locaux où les salariés sont payés bien en-dessous du salaire minimum du gouvernement, annoncé récemment, et qui est de 1450 NIS (306 €) pour le secteur privé. « Bien que les salariés ont protesté contre ce salaire minimum déclaré par l’AP, qui ne répond pas aux besoins normaux de la vie, beaucoup d’entre nous sont toujours à travailler dans des conditions humiliantes, où nos salaires sont payés en-dessous même de 1000 NIS (211 €). Et malgré cela, il nous faut l’accepter, autrement nous serions jetés à la rue » (interview de l’auteur). Cette exploitation et ce contrôle de la main-d’œuvre sont exacerbés par le manque de syndicats de salariés efficaces, les syndicats ayant été considérablement affaiblis tant par l’AP que par les capitalistes.
Il est à craindre que le système d’exploitation et de contrôle des salariés s’élargisse et s’institutionnalise au moyen des zones industrielles qui visent à intégrer le capital régional palestino-israélien afin d’exploiter ce bassin de main-d’œuvre palestinienne bon marché. Selon Adam Hanieh [6], ces zones industrielles n’auront à respecter aucune législation du travail, ni palestinienne ni israélienne, pas plus que les seuils de salaire, ni tout autres conditions de travail, mais le droit de se syndiquer sera supprimé.

La normalisation économique de l’occupation

La normalisation économique est insti-tutionnalisée dans un large éventail d’activités communes, comme ces zones industrielles, les forums d’affaires israélo-palestiniens, les investissements palestiniens en Israël et dans ses colonies, et dans une gestion commune des ressources aquifères.
C’est le plus haut niveau de l’activité de normalisation dans l’histoire de la lutte palestinienne pour la libération nationale (voir les pages Universités et Culture du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions - BDS - pour une définition de la normalisation).
Des groupes qui agissent pour les droits humains des Palestiniens et leur autodétermination ont publiquement dénoncé certains de ces capitalistes de copinage palestiniens. Ceux-ci ont réagi en prétendant qu’ils cherchaient simplement à servir l’économie palestinienne et la fermeté de la population. En fait, les projets communs palestino-israéliens représentent le visage le plus hideux de la normalisation, à cause de leur échelle et de leur taille et, plus important encore, parce qu’ils aident la puissance occupante à faire des profits et à infiltrer plus avant ses structures dans le territoire occupé. Ci-dessous, quelques exemples de gros projets de normalisation [7]..

Rawabi

Cette ville planifiée est l’un des investissements privés les plus importants en Cisjordanie et l’un des projets d’envergure les plus controversés. Que ce soit en acceptant et en plantant quelque 3000 arbres donnés en 2009 par le Fonds national juif (qui plus tard ont été arrachés à cause des critiques) ou en contractant avec plus de 10 entreprises israéliennes en tant que fournisseurs, Rawabi illustre la façon par laquelle les profits pour les sociétés privées et la normalisation économique sont propagés sous couvert de « projet national ».

Les zones industrielles

Les zones industrielles dans le territoire occupé sont conduites dans la même logique de qualification en zone industrielle (QIZ – Qualifying Industrial Zone) qu’en Jordanie et en Égypte. Elles concrétisent l’ambition de Shimon Peres pour un « Nouveau Moyen-Orient » où Israël est vu comme le centre économique hégémonique de la région. Ces zones industrielles sont également très problématiques parce qu’elles intègrent le capital régional palestino-israélien au sein d’une machine impitoyable qui exploite la main-d’œuvre bon marché – des Palestiniens aussi bien que des travailleurs étrangers importés. Même si elles profitent à quelques élites locales des affaires, elles font avancer la matrice de contrôle d’Israël et perpétuent son occupation.

Les investissements palestiniens en Israël et dans les colonies

Selon une étude de Haaretz, le capital palestinien est investi en Israël et dans ses colonies illégales à un niveau beaucoup plus élevé qu’en Cisjordanie – entre 2,5 et 5,8 milliards, contre 1,5 milliard. Le Ministère palestinien de l’Économie a accusé l’étude de manquer d’exactitude et d’objectivité, alors que certains économistes ont déclaré qu’elle était affectée de graves problèmes méthodologiques. Pourtant son message principal reste remarquable. Un membre du personnel du Ministère de l’Économie a dit : « De nombreux hommes d’affaires palestiniens investissent dans des colonies industrielles comme Barkan, Ma’ale Adumim, et d’autres parcs agro-industriels dans la vallée du Jourdain » (interview de l’auteur).
Une autre étude a fait le constat que de nombreuses sociétés palestiniennes sont impliquées dans le blanchiment de produits dans la vallée du Jourdain. Elles marquent frauduleusement les produits agricoles des colons comme « produits de Palestine » puis elles les exportent sur les marchés internationaux, contournant ainsi les campagnes de boycott dans certains pays d’Europe.

Des contrats avec les sociétés israéliennes de sécurité

Un récent article révèle que certaines sociétés palestiniennes (Mövenpick Hotel Ramallah, la Banque de Jordanie, la Banque de Jordanie Ahli, la Banque cairote Amman, Pal-Safe) sont répertoriées comme clients de la société Netacs. Cette société israélienne de sécurité est la propriété du général de réserve Danny Rothschild, lequel Rothschild a commandé les forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie et dans le Sud Liban, et travaillé dans les renseignements militaires.

Partenariat palestino-israélien dans les Tech Ventures

Plusieurs entrepreneurs palestiniens collaborent et ont des partenariats avec des entreprises israéliennes de haute technologie. Le cas de l’entreprise Sadara Venture, basée à Ramallah, n’en est qu’un exemple. Elle a été cofondée par Saed Nashef et Yadin Kaufmann et elle est dirigée par une équipe d’experts israéliens et palestiniens en innovation technologique et services Internet. Le magazine Forbes a publié un long article soulignant le rôle de la société israélienne Cisco Systems qui a réuni des experts israéliens en haute technologie et des entrepreneurs palestiniens pour aider à la transformation de l’économie palestinienne, à l’instar du succès de « Israël, nation startup ».
L’article révèle aussi que plusieurs jeunes palestiniens du secteur de la haute technologie ont été invités à rencontrer et à travailler avec leurs homologues israéliens dans les coulisses, ce qui est juste « un des dizaines de dialogues axés sur les affaires qui prolifèrent sans problème – et dans de nombreux cas, secrètement – à travers la Terre sainte ».

Que faut-il faire ?

L’influence politique et sociale des capitalistes de copinage palestiniens et la normalisation économique en cours de l’occupation israélienne doivent alerter toutes celles et ceux qui sont préoccupés par l’avenir de la cause palestinienne. En courant après les profits sans se soucier des droits fondamentaux des Palestiniens et de leurs aspirations nationales, ces capitalistes sont allés trop loin. Leurs mécanismes de contrôle social et politique, et leur complicité flagrante dans les projets de normalisation constituent un obstacle structurel à la lutte anticoloniale, et minent la quête palestinienne pour la justice. Plusieurs mesures peuvent et doivent être prises, et notamment :
les hommes d’affaires et investisseurs locaux doivent résister aux tentatives israéliennes d’impliquer le capital palestinien dans les projets de normalisation. Aucune interaction entre le capital palestinien et les affaires israéliennes ne peut servir le développement national et la fermeté des Palestiniens ;
si elle ne veut pas être considérée comme complice, l’AP doit concevoir et mettre en oeuvre des règles qui orientent la façon dont le capital palestinien doit être investi, et elle doit surveiller rigoureusement ce processus pour s’assurer qu’il sert les objectifs nationaux palestiniens. Des mécanismes efficaces pour une responsabilisation publique sont indispensables pour englober les divers secteurs sociaux et les authentiques acteurs de la société civile
La société civile et les institutions universitaires jouent un rôle important par les études qu’elles dispensent et en attirant l’attention sur la question. Cependant, davantage doit être fait pour amener ces capitalistes palestiniens à rendre des comptes, comme il arrive de le faire au mouvement BDS. Soutenir ces campagnes est nécessaire pour faire que la position de ces capitalistes devienne intenable.
L’investissement et le développent commercial doivent prendre en compte les droits humains et la dignité des Palestiniens, et réduire pro-gressivement leur niveau de dépendance de l’aide internationale et de l’économie israélienne, en créant les conditions de base pour différentes formes de lutte et de fermeté.
Plus spécifiquement, il est nécessaire de développer un modèle de développement basé sur le concept de l’économie de résistance, se fondant sur la propre force et confiance en eux-mêmes des Palestiniens, sans aide extérieure, sur une juste distribution de la richesse nationale, et une administration servant un agenda politique, économique et social et de développement, démocratique, sous l’égide de la population.
Le changement nécessaire requiert une restructuration majeure du cadre politique dans son ensemble. Plus que tout, les Palestiniens ont besoin d’une direction qui se consacre à la résistance à l’occupation et agit pour l’autodétermination, la libération, la justice et l’égalité des Palestiniens.

1. Tarik DANA est enseignant en sciences politiques à l’Université d’Hébron. Il est membre d’Al-Shabaka, une organisation indépendante à but non lucratif dont la mission est d’éduquer et promouvoir le débat public sur les droits humains et l’autonomisation des Palestiniens dans le cadre du droit international.
Cet article a été publié comme « note de politique d’Al Shabaka » sur le site de cette organisation : (www.al.shabaka.org). L’original anglais comprend de nombreux liens hypertexte et références en arabe non repris ici.


[11 Tarik DANA est enseignant en sciences politiques à l’Université d’Hébron. Il est membre d’Al-Shabaka, une organisation indépendante à but non lucratif dont la mission est d’éduquer et promouvoir le débat public sur les droits humains et l’autonomisation des Palestiniens dans le cadre du droit international.
Cet article a été publié comme « note de politique d’Al Shabaka » sur le site de cette organisation : (www.al.shabaka.org). L’original anglais comprend de nombreux liens hypertexte et références en arabe non repris ici.

[2Sur le site : http://www ;merip.org/mer/mer142/exile-bourgeoisie-palestine

[3Mushtaq Husain Khan, George Giacaman and Inge Amundsen (eds.) State Formation in Palestine : Viability and Governance during a Social Transformation, Routledge Political Economy of the Middle East and North Africa, 2004

[4Sara Roy « De-development revisited : Palestinian economy since Oslo », Journal of Palestinian studies, tome XXVII, 3, 1999 .

[5Tarik Dana, « Palestinian civil society : what went wrong ? », Al-Shabaka, Policy brief, 14 Avril 2013.

[6Adam Hanieh, « Palestine in the Middle East, Opposing neo-liberalism and US Power », Monthly Review Magazine, 19 juillet 2008.

[7Pour plus d’informations, voir Khalil Nakhleh, Globalized Palestine : The National Sell-Out of a Homeland, The Red Sea Press, 2011

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