Le développement en questions

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Article 1 : Le grand jeu du développement

mercredi 6 janvier 2010

Le grand jeu du développement
selon François Perroux

Croissance économique, développement humain, société progressive

Bilan du développement : 1975 - 2010

Gilbert Blardone

Avant-Propos :
Dans les années 1950, l’économiste François Perroux, Professeur au Collège de France, proposait trois outils pour l’analyse du sous-développement et du développement : la désarticulation ; la domination et la dépendance ; la non couverture des besoins fondamentaux de la vie.
Aujourd’hui, si l’on se réfère à ces concepts ainsi qu’aux indicateurs de développement humain (IDH) élaborés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) depuis 1990, on trouve trois catégories de pays :

 Les pays pour lesquels la croissance économique, quelle que soit la répartition de ses fruits, équivaut au développement.
 Les pays pour lesquels la croissance économique n’est que l’une des conditions d’un développement humain.
 Les pays dont le développement humain a conduit à une véritable société progressive, dans laquelle les progrès de toute nature profitent à tous les membres de la société, rapidement et au moindre coût matériel et humain. En 2010, aucun pays n’a encore accédé à cette situation qui reste virtuelle.
Sommaire

1ère partie : Les concepts
Croissance économique, sous-développement, développement,
société progressive

1/ Un monde en perpétuelle évolution

2/ De la croissance économique au développement et à la société progressive
a/ La croissance économique
b/ Le sous-développement
c/ Le développement
d/ Les progrès et la société progressive
e/ Le développement dans le contexte idéologique ultra-libéral

2ème partie : Les indicateurs
Diagnostic sur le développement

1/ Critères et grille d’analyse
a/ L’articulation des décisions
b/ La réduction de la domination et de la dépendance extérieure
c/ Les coûts de l’homme : couverture des besoins fondamentaux des populations
d/ Les progrès et la société progressive

2/ Les trois niveau de développement humain selon le PNUD
a/ Classement de 177 pays selon l’indicateur de développement humain (IDH)
b/ Pour des zones d’échanges organisés (ZEO)

3/ Sauver les hommes, aménager la planète : De la croissance économique au développement humain et à la société progressive

1ère partie : Les concepts

Croissance économique, sous-développement, développement, société progressive

En 1945, à la sortie de la seconde guerre mondiale, François Perroux fondait à Paris l’Institut de Science Economique Appliquée (ISEA), aujourd’hui Institut de Sciences Mathématiques et Economiques Appliquées (ISMEA). Dès sa création, l’Institut lançait une recherche sur le sous-développement animée par François Perroux lui-même, assisté des Professeurs Gérard Destanne de Bernis, Maurice Byé, Raymond Barre… à laquelle allait participer bon nombre d’économistes, de sociologues, de philosophes, de théologiens de France et d’ailleurs.

Gérard de Bernis, dans l’introduction au premier Cahier de la série F de l’ISEA1 intitulé « Niveaux de développement et politiques de croissance », justifie ainsi cette recherche : « Quel que soit l’objet que l’économiste donne à sa science, science « d’un ordre à faire », réduction des tensions sociales entre possibilités et besoins, promotion de la prospérité, il lui est interdit, au risque de se renier lui-même, d’accepter la tentation de l’abandon, de se réfugier dans le désintéressement. La promotion d’une économie de « tout l’Homme et de tous les Hommes » lui constitue des devoirs particuliers à l’égard des peuples des pays sous-développés… Celui qui a pu (ou dû) contempler, une fois dans sa vie, le spectacle de misère que présente un pays économiquement sous-développé ne peut le tolérer ni l’oublier ».

En 2010, 65 ans après ce premier Cahier, le développement reste l’une des préoccupations majeures de l’ISMEA et de tous ceux qui partagent, avec François Perroux, l’ambition de contribuer à l’émergence, au XXIe siècle, d’une économie mondiale de « tout l’Homme et de tous les Hommes ». C’est aussi l’objectif poursuivi par l’Association pour un Nouveau Développement et sa revue Informations et commentaires. Le développement en question.

1/ Un monde en perpétuelle évolution

Depuis 1945, le monde a subi d’immenses bouleversements. Dans les pays industrialisés du centre, le bloc soviétique s’est effondré, mettant fin à la guerre froide, ressuscitant une Russie redevenue partenaire de l’Occident. Les États-Unis voient leur hégémonie mise à mal à la fois par le terrorisme, les conflits qu’il a suscité, l’émergence de nouveaux prétendants à la domination mondiale, telle la Chine, et le dynamisme des concurrents asiatiques et latino-américains. L’Union Européenne s’est peu à peu constituée sans parvenir encore à définir ses frontières, à affirmer son identité et à tenir un rôle moteur au niveau mondial. La périphérie, le Tiers Monde2 s’est fragmenté. Profitant d’une large mondialisation des échanges après le premier choc pétrolier de décembre 1973, les pays émergents, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et quelques autres en Asie et en Amérique latine ont vu leur économie se diversifier sous l’effet d’une forte croissance essentiellement due aux exportations sans que la majorité de leur population en bénéficie vraiment. Les inégalités se sont creusées, notamment entre les villes, leur nouvelle classe moyenne (10 % environ de la population) et les campagnes, accentuant la désarticulation de leurs sociétés déjà malmenées par la colonisation. Parallèlement, le sous-développement persiste dans d’autres parties du monde, notamment en Afrique au sud du Sahara. Quant au Proche et Moyen Orient, il reste déstabilisé par le conflit israélo-palestinien et le refus d’Israël de se plier aux décisions des Nations Unies et de reconnaître au peuple palestinien le droit d’exister en tant que Nation, les colonies juives morcelant son territoire. C’est, semble-t-il, l’une des causes actuelles de l’explosion du terrorisme.
L’évolution de ce nouveau monde, si différent de celui des « trente glorieuses » de 1945 à 1975, mérite une grande attention de la part de ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’humanité. Il s’agit d’en comprendre l’évolution et de se trouver ainsi à même de l’influencer, si modestement soit-il, dans le sens d’un développement authentique de « tout l’Homme et de tous les hommes », selon l’admirable formule de François Perroux.
C’est pour faciliter cette compréhension que nous proposons, dans le cadre des « Débats » de la revue Informations et commentaires. Le développement en question, d’ouvrir une rubrique « Nouvelles du développement. Analyse critique et propositions ».
Il s’agira de repérer, dans la masse des informations disponibles, soit celles qui traduisent une véritable avancée du développement au niveau local, régional, national, international, soit celles qui révèlent des reculs dans la marche au développement. Pour fonder ses analyses, ses critiques, ses propositions, la Revue se référera, essentiellement, aux concepts de sous-développement et développement forgés par François Perroux et son équipe, à partir de l’observation des réalités durant ces soixante-cinq dernières années.
« Le monde, écrit François Perroux3, est fait de nations structurées et d’ensembles structurés d’activités, c’est-à-dire que les schémas du marché de concurrence complète ne conviennent pas à son analyse… L’économie mondiale se présente sous trois aspects : une mosaïque de nations inégales entre elles, une combinaison de vastes « régions de nations » et une montée des masses longtemps opprimées. Cette montée des masses du Tiers Monde est un dynamisme puissant de l’évolution contemporaine… ». A travers le temps, « les économies se structurent, se déstructurent et se restructurent ». C’est ce processus même « de structuration, déstructuration, restructuration » qui peut conduire, selon le sens dans lequel il s’effectue, aussi bien au développement des ressources matérielles et humaines qu’à leur gaspillage, à leur destruction, c’est-à-dire au sous-développement. « Ni le développement, ni le sous-développement ne sont pour une société des états permanents, il n’y a pas à proprement parler de société développée ou sous-développée une fois pour toutes. Chaque société vit un processus historique de « structuration, destructurations, restructuration qui, selon les politiques menées, c’est-à-dire les décisions prises par les agents et l’évolution induite des structures, peut en alterner phases de développement et phases de sous-développement ».
C’est cette vision dynamique des sociétés, ce processus historique, qui caractérise chacune d’elles, cette marche chaotique de l’humanité vers le plein développement de « la Ressource Humaine » qui passionne l’ISMEA et notre Revue. Cela permet de comprendre la portée théorique et opérationnelle des définitions que François Perroux et l’ISMEA donnent du développement et du sous-développement ainsi que les politiques de développement qu’ils préconisent4.
Dans son article de 1951, François Perroux écrit : « Je me propose de montrer…
 que le sous-développement n’est pas un problème qui peut être traité par les nations prises isolément ;
 que le sous-développement ne peut pas être isolé d’une analyse du développement ;
 qu’il est une excellente occasion de revoir et d’améliorer pour l’avantage de tous, la théorie encore rudimentaire du développement et de la croissance ».

2/ De la croissance économique au développement et à la société progressive

Pour ce faire, toujours en se fondant sur l’observation du réel, François Perroux a distingué : la croissance économique, le sous-développement, le développement, les progrès et la société progressive5.

a/ La croissance économique

« La croissance économique est l’accroissement de la dimension d’une unité, le plus souvent la nation, exprimée par le produit global (national) brut (ensemble de biens et de services obtenus pendant une période, amortissement inclus), référé au nombre d’habitants. Tandis que l’expansion se définit en courte période, la croissance concerne la longue période. Cet accroissement durable de dimension est une notion utile mais opaque qui doit son succès à sa simplicité relative et à la facilité, relative et largement illusoire, de l’exprimer par un chiffre ». Actuellement, le chiffre le plus habituellement retenu est le PIB ou produit intérieur brut. C’est la somme des valeurs ajoutées produites par les branches ou les secteurs de l’économie (agriculture, mines, industries, services) pendant une période. Le PIB est donc un indicateur de l’activité économique marchande. On lui reproche, entre autres, de n’exprimer que cet aspect de l’activité économique et de ne pas tenir compte des aspects non marchands ainsi que des activités non déclarées (travail des femmes à la maison, travail au noir, etc.). Il n’intègre pas non plus les données relatives à l’environnement. « La croissance s’opère dans et par des changements de structures. »
Une structure (politique, économique, sociale…) est un ensemble d’éléments organisés et de relations entre ces éléments ; « un ensemble de proportions et de relations » qui évolue dans le temps, notamment sous l’effet de la croissance économique. À propos de l’évolution des structures, François Perroux écrit6 : « Entre les parties ou sous-ensembles structurés, le développement se fait par des dialectiques, par des oppositions dynamiques entre ensembles structurés, actions et réactions qui… dans des conditions d’inégalités dynamiques engendrent la transformation des deux en une nouvelle structure issue de la rencontre conflictuelle de deux structures originales. Ce modus operendi dont les applications sont nombrables pour les structures économiques et sociales paraît, à l’épreuve, d’une importance cruciale pour décrire et interpréter le développement ».

b/ Le sous-développement

L’économie sous-développée n’est pas une économie sans croissance. Certains pays catalogués comme sous-développés ont une croissance forte de leur activité économique. Pourquoi alors sont-ils considérés comme sous-développés ?
François Perroux répond à cela7 que ces pays présentent trois caractéristiques principales qui empêchent les effets bénéfiques de l’activité économique de certains secteurs de se diffuser dans l’ensemble du pays et de la population. Dans ces pays, on constate en effet une mauvaise articulation de leurs activités économiques (entre les villes et les campagnes ; les branches d’activité : agriculture, artisanat, industrie, services, etc.) ; une domination de l’étranger sur l’exploitation des ressources et la vie sociale, culturelle, politique ; la non satisfaction des besoins fondamentaux des populations qui entraîne un gaspillage des ressources humaines.

La désarticulation

La première caractéristique du sous-développement, selon François Perroux, est la désarticulation de la société et donc de l’activité économique. Ces sociétés souffrent de l’hétérogénéité géographique, sociale, culturelle, politique et de la juxtaposition d’activités économiques diverses sans communications entre elles. Cela empêche la diffusion des effets de ces activités à l’ensemble de la population et ne permet pas d’en couvrir les besoins vitaux.
La mauvaise articulation des parties dans le tout se manifeste par exemple « par des réseaux de transports insuffisants ou agglomérés au point de ne desservir que certaines régions et populations ». Il en est de même des équipements indispensables pour faire face aux cataclysmes naturels, incendies, inondations, etc. Les matières premières extraites ne sont pas transformées dans le pays mais exportées, la valeur ajoutée par la transformation enrichit celui qui traite la matière première tandis que le pays d’origine doit importer très cher les produits ainsi transformés. « Les marchés sont localisés et suscitent des groupes non communicants. Les particularismes des sociétés closes, tribus, ethnies s’opposent aux échanges pacifiques ; la diversité des idiomes y fait obstacle. Qu’un investissement porteur d’innovation, qu’une entreprise motrice s’installe en un point de l’espace morcelé, les effets de multiplication et de complémentarité ne se propagent pas. L’économie côtière est extravertie et ne communique pas avec l’intérieur. Des économies d’enclaves se juxtaposent sans se relier.
Le contact entre ces économies et les économies développées ne peut que s’établir sur un pied d’inégalité et dans une asymétrie qui n’est éliminée que progressivement et au prix de grands efforts. Les économies moins développées subissent des dominances, elles sont exposées à des emprises de structures accompagnées au moins dans des domaines déterminés d’une tendance à la fixation unilatérale des conditions de l’échange des marchandises, des services, des capitaux et de l’information8 ».
Il n’existe dans ces pays « ni circuit économique général et régulier de marchandises, de services, ni circuit monétaire mais bien des circuits particuliers très imparfaitement communicants9 ». De ce fait, ces pays manquent de moyens financiers pour améliorer leur situation grâce à une politique d’investissements adaptés. En conséquence, leurs services publics sont pratiquement inexistants et la fiscalité embryonnaire. Aussi, écrit François Perroux, « le pays sous-développé souffre de blocage structurel de développement… les impulsions particulières et locales qui ne sont jamais entièrement étrangères à une société économique d’hommes ne sont ni transmises, ni amplifiées ».

La domination

La seconde caractéristique du sous-développement est la domination des États et des firmes étrangères sur les ressources et donc sur l’économie et la vie sociale et politique du pays. François Perroux décrit ainsi la domination : « À ne considérer que deux unités économiques – en relation d’échange – nous dirons que A exerce un effet de domination sur B quand, abstraction faite de toute intention particulière de A, A exerce une influence déterminée sur B sans que la réciproque soit vraie ou sans qu’elle le soit au même degré. Une dissymétrie ou irréversibilité de principe ou de degré est constitutive de l’effet en examen10 » (op. cit., 5, p. 73 et seq.). Selon les cas, les firmes soit imposent leur type d’organisation et leur structure, soit fonctionnent en vase clos pour leur seul intérêt. Elles constituent ainsi des enclaves étrangères sans relations significatives avec le reste de l’économie du pays. « L’origine du contrat a été l’inégalité. Les conséquences du contrat se déroulent dans l’inégalité ». Quelle que soit leur situation, les décisions de ces firmes s’imposent aux sociétés et aux États dans lesquels elles opèrent, déployant ainsi des effets de domination qui transforment peu à peu ces sociétés dans le sens souhaité par ces firmes. François Perroux estime que dans une optique de développement induit, ces firmes, si elles restent dans le pays « sont aujourd’hui contraintes de poursuivre et d’accélérer la transformation dont elles ont l’initiative mais en lui conférant un sens acceptable par toutes les parties », sans effet de domination, c’est-à-dire conforme à l’intérêt général. À cette condition, ces firmes sont susceptibles de participer au développement de ces pays par leurs investissements, les emplois créés, les revenus distribués, les consommations et les innovations induites en vue d’une meilleure couverture des besoins fondamentaux des populations. Il faut reconnaître qu’une telle stratégie demeure encore aujourd’hui très exceptionnelle de la part de ces firmes.
La domination, « influence asymétrique et irréversible d’un État sur un autre, ou d’une firme sur une économie, accentue les désarticulations de la société dans laquelle elle exerce ses effets et la détourne de la couverture des besoins vitaux des populations. L’avenir de la société est alors dépendant des décisions de l’étranger. François Perroux11 insiste sur le fait que la domination extérieure se traduit dans le pays par des « inégalités de structure » qui entraînent des phénomènes « d’emprise de structure ». Les « inégalités de structure » entre l’économie dominante et l’économie dominée se traduisent notamment à travers les échanges entre les deux économies, qu’il s’agisse de la concentration des exportations sur un petit nombre de produits, facteur d’instabilité et de dépendance, ou des mouvements de capitaux de l’économie dominante vers l’économie dominée, capitaux investis dont les revenus reviendront vers l’économie dominante. « L’inégalité de structure se transforme alors ouvertement en emprise de structure ». François Perroux définit l’emprise de structure comme « la combinaison des actions asymétriques exercées plus ou moins durablement par un sous-ensemble A sur un sous-ensemble B qui tendent à substituer à la décision de B, la décision de A ». Les sous-ensembles peuvent être des nations, des régions, des firmes… « Les principales asymétries peuvent se classer en asymétries d’autorité, d’influence et de domination. L’asymétrie (d’autorité, d’influence, de domination) peut se manifester dans le domaine de la formation des prix, dans celui de la production, en fonction des caractéristiques propres à tout investissement direct, enfin dans celui des structures mêmes des économies concernées » (structures socio-économiques).

La non couverture des coûts de l’Homme 

La troisième caractéristique du sous-développement est la « non couverture des coûts de l’Homme ». Il s’agit des besoins fondamentaux de la vie concernant notamment la santé et l’espérance de vie, la culture et l’éducation, le logement et l’hygiène, le travail et les loisirs, etc. Cette prise en compte des « coûts de l’Homme » est impossible au niveau de la société considérée si celle-ci est désarticulée à l’intérieur et dominée par l’extérieur. « Ces caractères sont liés entre eux. Les conséquences de la domination aggravent, éventuellement, l’inarticulation et l’insuffisance des niveaux de vie12 ».
D’autre part, la désarticulation interne et la domination externe engendrent quatre sortes de contradictions (ou quatre cercles vicieux) :
 contradiction entre le taux de croissance nette de la population et le taux de croissance des subsistances de base ;
 contradiction entre le taux de croissance très faible de l’agriculture et des investissements agricoles et le taux de croissance des investissements industriels dominés par l’étranger qui ne diffusent pas leurs effets dans l’agriculture qui, cependant, devrait fournir les matières premières locales à l’industrie naissante et nourrir ses travailleurs ;
 contradiction entre la faiblesse du revenu national et les besoins d’épargne pour le développement. D’où la nécessité du recours à l’étranger qui accroît la domination externe ;
 contradiction entre la faiblesse de la consommation du fait des bas revenus et le besoin de consommation pour stimuler l’activité économique.

Le sous-développement, phénomène historique et daté

Le sous-développement comme phénomène essentiel a commencé à être pris en considération après la seconde guerre mondiale, à l’occasion des mouvements d’indépendance. « Les pays sous-développés à régime colonial sont couplés à la métropole et au reste du monde par des réseaux de puissance, de politique autoritaire qui encadrent, et dans une large mesure, déterminent les échanges plus spontanés de l’économie de marché. La nature et la dimension du commerce extérieur et des investissements dépendent des décisions de l’Etat métropolitain et de ses groupes économiques et financiers ; le développement du pays sous-développé colonisé est institutionnellement dominé13 ». D’autre part, la colonisation a provoqué ou aggravé les désarticulations dont pouvaient souffrir auparavant ces sociétés, en juxtaposant deux systèmes culturels, politiques, économiques, sociaux, celui traditionnel du pays colonisé, celui importé par le colonisateur et brutalement imposé aux populations. La domination du colonisateur sur le colonisé a été générale et a empêché le développement « naturel » de ces sociétés.
D’autre part, les politiques de santé et d’éducation menées sous la colonisation préparaient la décolonisation et les revendications d’indépendance. Ce sont les décolonisations et les indépendances qui ont mis en lumière les deux caractéristiques majeures et les contradictions du sous-développement, la désarticulation et la domination, aussi bien en Amérique latine qu’en Asie ou en Afrique, ainsi que leur conséquence directe, la non couverture des besoins vitaux des populations.

D’autres causes du sous-développement ont été avancées que l’on peut résumer ainsi :
 le sous-développement résulterait d’une insuffisance de ressources naturelles. Mais c’est oublier que ces pays ont justement servi de réservoir de matières premières aux pays occidentaux pour leur industrialisation et leur « modernisation ». Ce n’étaient pas des pays sans ressources, sinon ils n’auraient pas intéressé les colonisateurs ;
 le sous-développement ne serait qu’un retard à rattraper. Retards accumulés au cours de l’histoire pour des raisons multiples et diverses. Le développement aurait alors comme objectif de rattraper ces retards. Certes, toutes ces sociétés ont été, à un moment donné de leur histoire, de type « agro-artisanal » mais les sociétés qualifiées aujourd’hui de sous-développées ont justement vu leur développement « naturel » bloqué par la colonisation. Sans elle, leur développement n’aurait peut-être pas été identique à celui des sociétés occidentales compte tenu de la diversité des situations et des cultures mais c’est justement cette diversité et ces évolutions que la colonisation a bloquées en imposant ses règles du jeu et ses finalités.
Le débat reste ouvert entre les tenants de ces analyses. Mais quelles que soient finalement les origines et les causes du sous-développement et de son cortège de pauvreté et de misères, il est évident, aujourd’hui, que les situations observées de désarticulation et de domination ainsi que la non couverture des besoins vitaux des populations qui en résulte caractérisent le sous-développement. C’est donc à ces situations et à leurs conséquences humaines que les politiques de développement doivent apporter des solutions concrètes. C’est à cela que l’on pourra juger de leur degré de réussite.

c/ Le développement

Le point de vue des intéressés, les pays sous-développés (PSD)

C’est dans les années 1970 que les pays dits du Tiers Monde, anciennement ou nouvellement décolonisés, ont progressivement fait connaître ce qu’ils entendaient par politiques de développement interne ainsi que les mesures qu’ils souhaitaient mettre en œuvre en vue d’un Nouvel Ordre Economique International (NOEI) susceptible de mettre fin aux effets de domination en provenance de l’étranger.
C’est notamment au 4e Sommet des pays non alignés, en septembre 1973 à Alger, que ces propositions ont pris corps. Pour ces pays, le développement signifie amélioration du niveau de vie, meilleure satisfaction des besoins vitaux de leur population, et disparition des effets de domination extérieure. Il s’agit d’« un phénomène social global, concernant aussi bien les structures politiques que les structures sociales ou les structures proprement économiques… le développement exige la mise en œuvre d’une dynamique de cette transformation14 ». À la 5e session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies, en avril 1974 à New York, consacrée aux problèmes des matières premières et du développement, un programme d’action en cinq points a été proposé par les PSD.
Dans son rapport introductif, le Président de la session estime que « l’ordre économique actuel est un obstacle au développement ; enrichissant les riches et appauvrissant les pauvres, il est autant périmé que l’ordre colonial dont il dérive. Les PSD doivent à la fois inscrire leur développement dans une perspective de lutte sur le plan international et compter d’abord sur eux-mêmes et sur leurs propres moyens du point de vue interne15 » (op. cit., 7, p. 1032).
Les cinq points du programme d’action précisent ce que devrait dire une dynamique du développement à la fois vis-à-vis de l’extérieur, pour réduire les effets de domination et sur le plan interne pour mieux structurer et articuler les sociétés.

Dynamique externe : réduire la domination.

Pour cela, il est préconisé de :
 nationaliser l’exploitation des ressources naturelles et maîtriser les mécanismes de fixation des prix afin de récupérer la rente. Ceci avec l’appui des Nations Unies et de l’organisation des producteurs (cf. pour le pétrole l’OPEP, Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole créée le 14 septembre 1960) ;
 mobiliser la communauté internationale pour appuyer les efforts internes en vue de l’établissement de prix justes pour les matières premières, l’arrêt des dépenses d’armement, la restructuration du Système Monétaire International (SMI) avec la participation des PSD, une aide au développement accrue pour compléter les efforts internes mais sans condition politique, économique ou militaire et, autant que possible, sous forme de dons ;
 alléger ou supprimer les dettes des PSD ;
 fournir une aide spéciale aux plus démunis avec, par solidarité, la participation des producteurs de pétrole. Vis-à-vis des firmes multinationales, les PSD revendiquent un droit à indemnité pour les dégâts éventuellement causés à leurs ressources naturelles par une exploitation débridée ainsi qu’un droit à réglementer et superviser le comportement de ces firmes chez eux.

Dynamique interne : restructurer et articuler les économies et les sociétés :

 sur le plan interne, les PSD entendent mettre en œuvre un processus de développement cohérent et intégré pour la mise en valeur de toutes les potentialités agricoles en vue de l’autosuffisance alimentaire et de l’emploi ainsi que pour une industrialisation en profondeur qui concerne aussi bien l’agriculture que l’artisanat et l’industrie ;
 pour l’agriculture, ceci implique des progrès dans l’organisation de la production et du travail. Si la production s’accroît ainsi, les revenus des agriculteurs s’amélioreront et donc aussi leur niveau de vie. Ceci supposera souvent des modifications dans les structures foncières, des disponibilités accrues en terre et en eau, une évolution des techniques, etc. ;
 pour l’industrie, l’effort doit être parallèle à celui consacré à l’agriculture. L’industrialisation doit accompagner et équiper l’agriculture (instruments agricoles, équipements pour l’irrigation, engrais, insecticides, plastiques, matériaux de construction, etc.). Besoins de l’agriculture et création d’industries pour y répondre constituent la base de l’articulation agriculture / artisanat / industrie, support indispen-sable à l’amélioration des niveaux de vie, préalable à la création d’industries de biens de consommation. Dans ce processus, les exportations serviront à financer les importations nécessaires à l’articulation agriculture / artisanat / industrie. Les relations extérieures compléteront l’effort interne. Il en sera de même pour l’appel à des capitaux étrangers et à l’aide publique internationale.
L’orientation des échanges extérieurs de biens, de services et de capitaux vers les besoins de l’agriculture, de l’artisanat et des industries naissantes évitera les effets de domination externe sur le processus de développement interne.
Depuis les années 1970, les rencontres, notamment dans le cadre des institutions spécialisées des Nations Unies entre PSD et pays industrialisés ont permis d’affiner et de compléter ces orientations de base des politiques de développement telles que les conçoivent les PSD eux-mêmes.

Les précurseurs : François Perroux et l’Institut de Science Economique Appliquée (ISEA)

Dans les années 1950-60, à la veille des plus récentes indépendances, François Perroux et son équipe de l’ISEA16 avaient diagnostiqué les caractéristiques des économies coloniales et le sous-développement dont elles souffraient. Ces travaux n’ont pas été sans influence sur l’émergence dans les années 1970 des politiques de développement préconisées par le NOEI17

Un phénomène complexe

Pour François Perroux, l’économiste auquel on demande « qu’est-ce que le développement ? » devrait répondre : « le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global18 » (op. cit., 5, pp. 190-224), c’est-à-dire son activité économique car, pour sortir du sous-développement et de la pauvreté, de la misère qui l’accompagne, donc de la désarticulation et de la domination étrangère et couvrir les besoins des populations, il est indispensable de disposer d’une activité économique dynamique et durable19 ». Quand un véritable proces-sus de développement est enclenché, l’économie doit viser à articuler entre elles les branches, les industries, les entreprises afin qu’elles soient en mesure de se fournir entre elles les consommations intermédiaires dont leur production a besoin.
Ce processus se réalise dans le cadre d’espaces économiques dont les relations s’intensifient pour former à terme un véritable tissu économique, un tout cohérent dans lequel les activités économiques diffusent leurs effets sur l’emploi, les revenus, les niveaux de vie dans l’ensemble de la société. « Les structures économiques sont ainsi étroitement liées aux structures mentales et aux structures sociales des groupes dans la société organisée : entre les premières et les secondes, les interactions sont réciproques20 ». Ces interactions sont l’œuvre de « décideurs actifs ». Dans ces structures évolutives, « les ressources humaines ont quelque chance de gagner en efficacité et en qualité ». Il s’agit là du processus idéal mais rien ne garantit qu’il se réalise systématiquement. « Il est toujours possible que l’entraînement se concentre, se condense et se ferme sur une partie seulement de la population et soit nuisible à la vie même des hommes ou entraîne une détérioration de leurs énergies physiques et mentales ». Il est toujours possible que la politique de développement entreprise ne parvienne pas à articuler les parties entre elles pour des raisons politiques, sociales, culturelles, techniques… « Des économies d’enclaves se juxtaposent alors sans se relier ». Il est possible aussi que cette politique ne parvienne pas à sortir de la domination des firmes étrangères ou des aides extérieures mal orientées. Le processus de développement reste soumis à « des emprises de structures » extérieures qui continuent à déterminer finalement la politique économique dans le sens des intérêts matériels de l’étranger et non dans celui d’une meilleure couverture des « coûts de l’Homme » provoquant ainsi « un gaspillage des ressources humaines ». Ce sont ces avatars du développement qui donnent aux populations concernées l’impression que les indépendances officielles n’ont pas empêché une nouvelle colonisation.

Les dynamismes du développement

Pour éviter ces dérapages, observés fréquemment dans la réalité, François Perroux estime que « les contenus de base de toute politique de développement consistent à favoriser « les dynamismes du développement », c’est-à-dire les dynamismes des populations notamment leur capacité de création, d’invention, d’innovation, d’organisation, etc., en vue de la satisfaction de leurs besoins. Parmi ces dynamismes, François Perroux retient particulièrement :
 « les dynamismes d’encadrement » qui concernent la population mais aussi la technique, les règles du jeu social qui interviennent dans la constitution des organismes politiques, économiques, sociaux… ;
 « la dynamique des structures » agissant les unes sur les autres (structures culturelles, politiques, économiques, sociales, environnemen-tales, etc.) en vue de leur articulation afin que la société forme un ensemble cohérent ;
 « les dynamiques des espaces organisés ou non » qui constituent des pôles d’activité économique et de développement.

Ainsi défini, le développement suppose une plus grande complexité de la société. Le développement, en effet, consiste en un jeu complexe d’acteurs internes et externes et de structures sur une longue période. De ce point de vue, une société sous-développée est une société dans laquelle le processus de développement est soit mal, soit incomplètement engagé, soit carrément bloqué. C’est pourquoi une société quel que soit le niveau de développement atteint, n’est jamais à l’abri du retour d’un processus de sous-développement caractérisé par des désarticulations plus ou moins brutales (par exemple des délocalisations des entreprises à l’étranger pour diverses raisons…), des dominations d’origine interne ou externe par exemple, des phénomènes de spéculations à travers lesquels les marchés financiers s’imposent aux gouvernements et aux entreprises et finissent par faire la loi. L’essentiel de la politique consiste alors à « rassurer les marchés financiers » dont la domination s’impose aux gens et à l’ensemble de l’économie. Comme c’est le cas aujourd’hui avec la mondialisation ultra-libérale et la dérégulation des marchés financiers. La conséquence en est le recul des niveaux de vie, la montée du chômage, de la précarité, des inégalités, la baisse de l’investissement, la croissance zéro, etc. Dans l’Union Européenne aujourd’hui, ces phénomènes de sous-développement ne sont malheureusement pas rares. Le développement n’est pas un processus irréversible.

Croissance économique et développement

Par rapport au développement, la croissance de l’activité économique apparaît comme une simple augmentation des dimensions d’une économie. Une politique de croissance concerne essentiellement l’activité économique et financière tandis qu’une politique de développement engage tous les secteurs, tous les acteurs et tous les aspects d’une société. Mais le développement suppose aussi la croissance économique sans laquelle l’amélioration des niveaux de vie est impossible. Le développement n’est pas compatible avec la croissance zéro synonyme de stagnation ou de recul des niveaux de vie, montée du chômage et des inégalités donc gaspillage des ressources humaines. L’évolution des économies et des situations humaines dans l’Union Européenne est un exemple frappant de stagnation économique depuis plusieurs années et de recul social. Les « coûts de l’Homme » y sont de moins en moins bien couverts dans plusieurs États membres. La domination sans partage ni régulation des marchés financiers sur les économies et les gouvernements a progressivement, depuis le premier choc pétrolier de décembre 1973, enclenché un processus de sous-développement dans l’Union. Le tissu économique et social se désagrège au fur et à mesure que s’aggrave la désarticulation de l’économie (faillite, délocalisation des entreprises, disparition de branches entières de production, réduction systématique des services publics, etc.) et de la société (chômage de l’ordre de 10 % de la population active, population en dessous du seuil de pauvreté en augmentation, multiplication des sans-abri, recours de plus en plus aux restaurations gratuites, telles que les « restaurants du cœur » en France, etc.).
Cependant, si une activité économique forte et durable avec une croissance supérieure à 3 % l’an, pour que régressent significativement le chômage et la pauvreté, est indispensable au développement, elle ne suffit pas pour assurer le développement humain harmonieux d’une société et pour la rendre cohérente en vue de la satisfaction des besoins de tous. Cela implique de surmonter les désarticulations, les dominations internes ou externes qui font obstacle à la diffusion des effets positifs de l’activité économique. Ainsi, le développement économique n’est que l’un des éléments du développement général d’une société. « Il ne peut y avoir de développement économique sans développement social et culturel et réciproquement22 ». « Le développement renvoie à l’homme, au sujet et à l’agent, aux sociétés humaines, à leur finalité et à leurs objectifs manifestement évolutifs23 ».
Pour l’opinion publique, un pays se développe lorsque son activité économique augmente, le développement est alors assimilé à la croissance économique. En réalité et dans la plupart des cas observés aujourd’hui, la croissance économique nécessaire est insuffisante pour répondre seule à la couverture des besoins vitaux de l’ensemble de la population et faire de la société une société progressive dans laquelle les effets de la croissance et des progrès techniques et institutionnels se diffusent dans toutes les couches de la société, le plus rapidement possible et au moindre coût financier et humain. La croissance économique permet le plus souvent la naissance d’une classe moyenne qui n’excède pas 10 % de la population, concentrée dans les villes et qui accapare l’essentiel des fruits de la croissance, c’est-à-dire des richesses produites et des revenus en résultant.

Les politiques de développement

Réduire les articulations et les effets de domination

Pour qu’un pays sorte du sous-développement, les politiques à mettre en œuvre, selon François Perroux, doivent à la fois réduire les désarticulations ainsi que les effets de domination qui caractérisent le sous-développement, ceci en vue de couvrir les besoins fondamentaux des populations.
Cela signifie rendre la société plus cohérente grâce à une meilleure coopération de tous ses éléments politiques, culturels, économiques, sociaux, environnementaux… d’une part ; d’autre part, réduire puis supprimer le pouvoir que se sont attribués certains acteurs externes et internes d’accaparer l’essentiel des richesses produites.

Satisfaire les besoins fondamentaux des populations

L’objectif final de ces politiques de développement est de parvenir à couvrir les besoins vitaux des populations. Il s’agit de faire reculer la misère et la pauvreté le plus rapidement possible. Une politique de développement réussie est une politique qui parvient à ce que chacun vive décemment en dessus du seuil de pauvreté.
Ceci implique des acteurs, des institutions et des mécanismes formés et motivés pour cet objectif. Le dynamisme de l’activité économique se traduira à travers l’évolution des ressources du pays, ressources produites complétées par les importations et à travers celle de leur emploi dans la consommation, l’investissement productif, les exportations destinées à payer les importations indispensables. C’est souvent à travers le commerce extérieur et le poids trop lourd des importations ou des exportations dans les ressources et leurs emplois, surtout si ce commerce est déficitaire, que transitent et s’amplifient des effets de domination en provenance de l’extérieur. Il en sera de même si le pays est fortement dépendant des revenus et des capitaux étrangers.
La monnaie qui est le bien qui représente les autres biens et services est aussi un instrument d’épargne (pour l’investissement ou la spéculation) et d’anticipation. C’est un véritable pouvoir entre les mains de ses détenteurs. La politique monétaire (gestion de la masse monétaire, des taux d’intérêts, du crédit…) est un instrument indispensable à la réussite d’une politique de développement. C’est l’essence dans le moteur. Le développement suppose donc la mise en place d’acteurs, d’institutions, de mécanismes financiers susceptibles de répondre aux besoins du développement. La gestion de la monnaie par les États à travers, notamment, de leur budget annuel, et les institutions financières (banque centrale ; banque commerciale ; fonds de pension…) est donc l’un des éléments clefs d’une politique de développement économique et social. Il s’agit de mettre « l’argent là où l’on en a besoin », selon la formule de Monsieur Greenspan, ancien Président de la Banque Centrale des États-Unis (FED). L’aide financière internationale, publique et privée, peut avoir un rôle d’appoint. Elle ne sera efficace que si elle s’insère dans la politique de développement avec les mêmes objectifs de réduction des désarticulations et des effets de domination en vue de la couverture des « coûts de l’Homme ».

Pour une politique de développement global, endogène et intégrée (DGEI)

Pour François Perroux, cette politique de développement, dont le développement économique, se doit d’être globale, endogène et intégrée24. Cela signifie qu’elle doit prendre en compte tous les aspects de la vie d’une société globale, s’appuyer en priorité sur les hommes et les ressources du pays et s’insérer dans sa culture propre et son environnement (endogène) ; améliorer la cohérence de la société entre le culturel, le politique, l’économique, le social, l’environnemental (intégré).
Au départ, le DGEI s’appuie sur les techniques à la mesure des populations et dans le dessein d’obtenir sur place ce qui est nécessaire à leur subsistance, sans bouleversement des mœurs et des traditions, ce qui n’est pas du tout incompatible avec le transfert avisé et progressif des techniques de modernisation, ni avec l’industrialisation progressive financée par l’épargne locale. Les investissements étrangers ainsi que les aides publiques et privées, s’ils ne s’insèrent pas dans une problématique de développement autocentré, resteront sans incidence significative sur le développement. Ce ne sont pas en effet les montants d’investissement ou d’aide qui provoquent le développement mais la stratégie dans laquelle ils s’insèrent. Les aides financières comme les autres relations avec l’extérieur concernant les personnes (les émigrés et coopérants), les biens, les services, les revenus, les capitaux doivent être complémentaires des politiques internes et non pas s’y intégrer, s’y substituer ou les écraser. L’articulation entre les relations externes et l’économie interne est l’un des éléments clefs des politiques de développement. Sous prétexte de mondialisation, l’ouverture inconditionnelle des frontières, couplée avec le « moins d’État », la dérégulation financière et des aides qui ne s’intègrent pas dans une stratégie globale et endogène handicapent ou compromettent le développement et démobilisent les acteurs locaux soumis à une nouvelle forme de colonisation.
Pour les pays sous-développés, un DGEI avec développement et croissance économique harmonisés conduirait à surmonter les contradictions et les cercles vicieux du sous-développement. Ainsi s’établiraient « les organes et canaux de transmission qui permettraient la propagation des impulsions de développement et de croissance25 ».

d/ Les progrès et « la société progressive »

Après avoir présenté la distinction qui s’impose entre croissance économique et développement, François Perroux estime qu’il convient de compléter l’analyse en distinguant aussi les progrès constatés dans une société et l’avènement d’une société réellement progressive.

Les progrès

« Les progrès sont les efficacités du développement et de la croissance pour des parties ou composants d’une société globale, qui sont, précisément, dissimulés par les calculs de moyenne ». François Perroux cite, par exemple, les productivités inégales dans les industries et les branches, dans les salaires réels selon les groupes de travailleurs, dans les profits des producteurs, mais aussi dans les conditions de vie, les niveaux de vie, etc. Les moyennes cachent ces inégalités. « Les inégalités de production et de répartition ne sont aucunement juxtaposées ; elles s’entre-influencent. L’économie est faite de secteurs relativement actifs où se concentrent la nouveauté et l’investissement et d’où se propagent leurs effets vers des secteurs relativement passifs ». Il en est de même pour les groupes sociaux et les individus26.

La « société progressive »

La société progressive est une société dans laquelle « la propagation de la nouveauté (les progrès) se réalise aux moindres coûts humains et à la vitesse optimum dans un réseau de relations dont le sens s’universalise27 ». « La société progressive tend à éliminer les coûts consécutifs à la violence et à la destruction de ressources naturelles et humaines ; elle tend même à rendre minimum les coûts de contrainte acceptée par les intéressés28 ». Ceci dans le domaine économique mais aussi dans la vie sociale.

C’est la dynamique sociale qui est susceptible de rendre une société progressive. Cette dynamique présente trois caractéristiques essentielles :
 « elle favorise, en longue période, la promotion des individus et des groupes sur les niveaux de la vie matérielle, de la culture et de la formation de la volonté politique (condition de promotion) ;
 en toute période, elle infléchit les structures économiques et sociales particulières en direction de la structure optimum de l’ensemble, pour le plein développement des membres de la collectivité (condition de structuration) ;
 elle favorise la diffusion des fruits de l’innovation et de l’investissement, des connaissances scientifiques et de la capacité esthétique, aussi rapidement que possible, dans la totalité de la population (condition de diffusion).

Une politique de développement et de croissance économique harmonisée en vue de l’épanouissement de « tout l’Homme et de tous les Hommes » ne peut avoir comme finalité que la réalisation d’une société véritablement progressive. Aujourd’hui, malheureusement, ce type de société ne se rencontre pas fréquemment.

e/ Le développement dans le contexte idéologi-que ultra-libéral

Pour porter un diagnostic sur l’état de développement d’un pays et sa politique aujourd’hui, il convient d’avoir présent à l’esprit le contexte idéologique dans lequel baigne l’économie mondiale depuis 1975. Les politiques de développement sont assimilées aux politiques de croissance économique. Durant les trente années (1945-1975) qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les politiques de reconstruction et de développement étaient conçues comme l’œuvre collective de toute une population. Chacun des acteurs économiques (individus, familles, entreprises, institutions financières et banques, État, administrations et collectivités publiques…) collaborait à la reconstruction. Les relations avec l’extérieur étaient considérées comme complémentaires des actions internes concernant les biens, les services, les revenus, les capitaux. Le maître à penser de cette période était l’économiste John Maynard Keynes29, chantre d’un libéralisme régulé. Pour John Maynard Keynes, l’État devait être à la fois moteur lorsque cela était nécessaire, notamment en cas de crise, et régulateur de l’économie. La politique monétaire : gestion de la quantité de monnaie (masse monétaire, taux d’intérêt, politique du crédit…) était au service de l’activité économique. La dépense publique à travers les budgets de l’État et des collectivités publiques avait un rôle régulateur anti-cyclique (en équilibre dans les périodes d’activité normale ; en déficit dans les périodes de crises ; en excédent dans les périodes de surchauffe de l’activité lorsque existait un risque d’inflation).
Après le premier choc pétrolier du 23 décembre 1973, la peur de manquer de dollars pour se procurer du pétrole a déplacé le centre de l’activité économique. Le premier rôle n’était plus tenu par les investissements et la consommation internes et les importations mangeurs de dollars, mais par les exportations fournisseurs de dollars. L’accès au marché mondial devenait l’objectif premier des politiques économiques d’où le succès de l’idéologie ultra-libérale qui préconisait l’ouverture inconditionnelle des frontières et la suppression de tout obstacle au commerce (droits de douanes, quotas, etc.), le « moins d’État », la dérégulation progressive de tous les marchés, notamment des marchés financiers, etc. Le maître à penser de cette période est l’économiste américain Milton Friedman30. Dans ce contexte idéologique, le développement d’un pays dépend en priorité de sa position dans le commerce mondial et sa croissance économique devient l’indicateur principal, sinon exclusif, du succès de sa politique de développement.
Nous sommes loin du développement, phénomène complexe à la fois culturel, politique, économique, social, environnemental… résultant à la fois de l’articulation des réseaux de relations existant ou à créer entre ces éléments, de la maîtrise des relations extérieures pour neutraliser les effets de domination en provenance des États ou des firmes multinationales, en vue d’une meilleure couverture des besoins fondamentaux des populations.

2ème partie : Les indicateurs

Diagnostic sur le développement

1/ Critères et grille d’analyse

Si le sous-développement se caractérise :
 par la désarticulation de la société,
 par les effets de domination et les dépendances subies,
 par la non couverture des besoins vitaux des populations,
il peut être intéressant, lorsque les médias fournissent des informations sur les politiques de développement mises en œuvre dans les pays ou conseillées, par exemple par les organisations internationales, les institutions de coopération des pays développés, les organisations non gouvernementales (ONG), etc., de les estimer en fonction des trois critères ci-dessus et de diagnostiquer ainsi une évolution positive ou non vers le développement et la réalisation d’une société progressive, grâce à des indicateurs constituant une véritable grille d’analyse. On peut alors voir émerger trois groupes de pays.
Ceux pour lesquels le développement se résume à une croissance économique forte et durable, dont les fruits se répartissent plus ou moins inégalement. Ce groupe est aujourd’hui largement majoritaire dans le monde.
Ceux pour lesquels le développement humain est prioritaire et implique à la fois croissance économique forte et durable et répartition plus juste de ses fruits avec priorité aux plus défavorisés. Les pays dont les indicateurs de développement humains du PNUD sont les plus élevés, ainsi le Brésil de Lula (2002-2010) fait partie de ce groupe.
Ceux dont le développement humain est tel qu’ils constituent des sociétés véritablement progressives dans lesquelles les progrès profitent à l’ensemble de la population, rapidement et au moindre coût matériel et humain. Aujourd’hui, ce stade de développement demeure encore un idéal pour tous.
Trois critères permettent d’estimer les effets des politiques de développement selon François Perroux : l’articulation des décisions, la dépendance et la domination de l’extérieur, les coûts de l’Homme.

a/ L’articulation des décisions

Les politiques suivies améliorent-elles l’articulation des décisions des acteurs politiques, économiques, sociaux… et les réseaux de relations existant entre eux et contribuent-elles ainsi à réduire les asymétries ?

Au niveau de l’espace géographique considéré

 au niveau national, entre régions, villes et campagnes…,

 au niveau plurinational entre les nations ou groupes de nations,

 au niveau démographique entre les ethnies, les groupes sociaux, les générations, etc.

Au niveau politique

 entre les espaces politiques, les institutions, les mécanismes de décisions, les pratiques, les zones de non droit, etc.

Au niveau culturel

 entre zones culturelles, groupes sociaux, individus…,

 entre culture, éducation, formation professionnelle, emplois.

Au niveau social

 entre groupes sociaux, hommes et femmes, générations, etc.

Au niveau économique

 Analyse de l’activité économique à partir :

• des relations entre branches d’activité. Elles permettent d’estimer l’évolution du tissu de l’activité économique. Il s’agit d’analyser ce que chaque branche fournit aux autres et ce qu’elle reçoit des autres. Lorsqu’il existe un tableau statistique des entrées (input) et des sorties (output) de chaque branche, l’analyse est facilitée. Ce type de document a été élaboré pour la première fois par l’économiste américain d’origine russe Wassily Leontief et publié en 194131. Il concernait l’économie américaine ;

• des relations entre les ressources produites et importées et leurs emplois. Elles peuvent être analysée à partir des statistiques concernant :
Ressources = Production intérieure + Importations
Emplois = Consommation + Investissement + Variation des stocks + Exportation

• de l’évolution de la répartition des fruits de l’activité économique à travers l’évolution des divers revenus du travail, du capital, etc.

 Analyse de l’évolution des structures économiques et de leur articulation :

les relations entre les ressources et leurs emplois ainsi qu’entre les branches d’activité permettent de saisir l’évolution des structures de cette activité. L’analyse des revenus et de leur évolution éclairera celle des structures des revenus.

Au niveau de l’environnement

 effets des politiques suivies sur l’utilisation et la préservation des ressources naturelles ;

 effets sur les pollutions.

Le Programme des Nations Unies pour le Développement propose quatre séries d’indicateurs pour 177 pays relatifs à ces deux effets :
• indicateurs concernant l’énergie et l’environnement
• indicateurs sur les sources d’énergie
• indicateurs sur les émissions et les réserves de dioxyde de carbone
• indicateurs sur le respect des principaux traités internationaux portant sur l’environnement32
• une norme ISO 2600033 fournit des directives harmonisées sur la responsabilité sociale et environnementale des organisations : entreprises, collectivités locales, ONG, etc.

b/ La réduction de la domination et de la dépen-dance de l’extérieur

Dans la réalité, dès que deux unités A et B (nations, firmes…) sont en relations économiques d’échanges sur le marché mondial, des effets asymétriques apparaissent. L’avantage obtenu par chacune est rarement équilibré. On peut se faire une idée de la réduction ou non d’un effet de domination et donc de la dépendance entre A et B en considérant les relations entre le commerce extérieur (importations et exportations de biens et services) et le produit intérieur brut (PIB) à travers les rapports suivants :

Dépendance par les importations

Si le rapport : Importations
PIB
diminue, c’est-à-dire si le coefficient moyen d’importation diminue, on peut considérer que la dépendance à travers les produits importés diminue ; dans le cas contraire, elle augmente.

Dépendance par les produits et services exportés

Si le rapport : Principaux produits exportés
Total de la population
diminue, c’est-à-dire si la concentration des exportations sur quelques produits (1,2 ou 3…) se réduit, la dépendance par les exportations diminue ; dans le cas contraire, elle augmente.

Dépendance par les capitaux importés

Si le rapport : Capitaux importés
Investissement total
diminue, cela signifie que l’épargne interne prend le relais et donc que la dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers fléchit ; dans le cas contraire, elle augmente.

Dépendance par les revenus de l’immigration

Si le rapport : Revenus des migrants rapatriés
Revenu intérieur Brut (RIB)
diminue, cela signifie que les revenus des migrants jouent un moins grand rôle dans le revenu du pays. La dépendance du pays vis-à-vis de son immigration et des pays qui l’accueillent est moins forte. Dans le cas contraire, elle est plus forte.

Dépendance par les termes de l’échange

Si le rapport : Prix des produits exportés
Prix des produits importés
s’améliore, cela signifie que les termes de l’échange du pays concerné s’améliorent, sa dépendance dans l’échange vis-à-vis de l’extérieur s’atténue. L’évolution des termes de l’échange indique dans quelle mesure s’accroît ou se réduit l’aptitude d’un pays à acquérir des produits importés en échange des produits exportés.

c/ Les coûts de l’Homme : couverture des besoins fondamentaux des populations

Les indicateurs du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)

A partir de 1990, le PNUD a élaboré des indicateurs de développement humain34. Ils illustrent et quantifient les analyses des années 1950 de François Perroux sur les « coûts de l’Homme ».
Aujourd’hui pour 177 pays recensés par le PNUD, on peut estimer grâce à ses indicateurs les effets des politiques de développement suivies sur la couverture des besoins fondamentaux de la vie des populations, c’est-à-dire sur leurs niveaux de vie, la qualité de leur vie et leur bien-être. De 1990 à aujourd’hui, les indicateurs du PNUD permettent d’illustrer la progression de la couverture des « coûts de l’Homme », y compris ceux qui concernent l’emploi et le chômage, l’environnement, les migrations, l’aide extérieure au développement, les dépenses militaires… Certains estimeront peut-être, que ces indicateurs sont très intéressants mais fondés sur des informations statistiques dont la crédibilité peut être mise en doute. Winston Churchill ne disait-il pas qu’il y a trois degrés dans le mensonge : « le mensonge, le satané mensonge et la statistique ». On peut penser, en effet, que certains chiffres en eux-mêmes ne sont guère fiables mais, ce qui est plus intéressant, c’est de considérer la tendance qu’expriment ces chiffres. C’est ce que nous proposons ici, pour juger des effets des politiques de développement.

Les indicateurs synthétiques du PNUD sont au nombre de quatre, à savoir :
 L’indicateur général de développement humain (IDH).
 L’indicateur de pauvreté humaine (IPH1) pour les pays en voie de développement et l’IPH2 pour les pays développés.
 L’indicateur sexospécifique de développe-ment (ISDH) qui rend compte des inégalités entre hommes et femmes en matière de santé, d’éducation et de revenu (op. cit., 15, p. 326).
 L’indicateur de participation des femmes (IPF) à la vie en société en ce qui concerne la politique, l’économie et la répartition des revenus.

Composition et calcul de l’IDH

Cet indicateur prend en compte la santé, l’éducation, le revenu. Sont retenus :
Pour la santé, l’espérance de vie.
Pour l’éducation, le taux d’alphabétisation et la participation à l’éducation primaire, secondaire, supérieure, des garçons et des filles.
Pour le revenu, le produit interieur brut par personne (PIB par habitant).
La performance de chacune des composantes de l’indicateur IDH est exprimée sous la forme d’une valeur entre 0 et 1, en appliquant la formule générale suivante :

valeur réelle moins valeur minimum
valeur maximum moins valeur minimum

= Indicateur de dimension

Exemple d’application à la Turquie en 200535

Indicateur d’espérance de vie : 0,773
Indicateur d’éducation : 0,812
Indicateur de revenu par personne : 0,740 m
1/3 pour l’indicateur d’espérance de vie
1/3 pour l’indicateur d’éducation
1/3 pour l’indicateur de revenu (PIB par pers.)
1/3 (0,773) + 1/3 (0, 812) + 1/3 (0,740) = 0,775

Sur 177 pays recensés, la Turquie se situe en 2005 au 84e rang pour l’IDH. Son IDH en 2005 était 0,594. Amélioration en 30 ans : 33%
L’IDH ainsi calculé est complété pour l’analyse de la pauvreté par l’IPH1 et l’IPH2 et par l’ISDH ; pour celle des inégalités hommes – femmes par l’ISDH ; pour celle de la participation des femmes à la vie de la société par l’IPF.

Composition et calcul de l’IPH1 et 2

C’est l’indicateur de l’évolution des personnes défavorisées, c’est un indicateur de l’évolution de la pauvreté. Ceci dans les trois dimensions fondamentales du développement humain saisies par l’IDH : santé, éducation, niveau de vie. Ces personnes sont considérées comme n’ayant pas un niveau de vie décent. Les indicateurs partiels retenus sont :
Pour la santé : probabilité à la naissance de ne pas survivre jusqu’à 40 ans (IPH1) ou 60 ans (IPH2)
Pour l’éducation : taux d’analphabétisme des adultes (15 ans et plus)
Pour le niveau de vie décent : pourcentage de la population sans accès à l’eau potable ; pourcentage des enfants en sous poids ; pourcentage de la population en dessous du seuil de pauvreté ; pour les pays développés : taux de chômage en pourcentage de la population active.

Exemple de la Turquie

84e rang pour l’IDH : 0,775
22e rang pour l’IPH1 : 9,2% de la population en état de pauvreté

Composition et calcul de l’ISDH

L’indicateur sexospécifique de développement est un indicateur d’inégalité entre hommes et femmes fondé sur les indicateurs composant l’IDH à savoir :
Pour la santé : espérance de vie à la naissance des hommes et des femmes.
Pour l’éducation : taux d’analphabétisme des adultes hommes et femmes (15 ans et plus).
Pour les revenus : revenus estimés du travail pour les hommes et les femmes.
L’ISDH sera la moyenne non pondérée de ces indicateurs.

Exemple de la Turquie

84e rang pour l’IDH : 0,775
22e rang pour l’IPH1 : 9,2% de la population en état de pauvreté
79e rang pour l’ISDH : 0,763

Composition et calcul de l’IPF

Pour établir cet indicateur, le PNUD considère :
Pour la participation à la vie politique : le pourcentage de femmes dans les parlements.
Pour la participation à la vie économique : le pourcentage des femmes hauts fonctionnaires et cadres d’une part ; employées et techniciennes d’autre part.
Pour la participation à la richesse : le revenu estimé des hommes et des femmes.

Exemple de la Turquie

90e rang pour l’IPF

Pour établir ces indicateurs synthétiques, le PNUD a élaboré 35 indicateurs particuliers répartis en 35 tableaux statistiques :
 Pour le suivi du développement humain, 4 tableaux.
 Pour estimer l’espérance de vie et la santé, 6 tableaux.
 Pour l’éducation et l’acquisition des connaissances, 3 tableaux.
 Pour l’accès aux ressources indispensables à un niveau de vie décent, 8 tableaux.
 Pour la protection de l’environnement, 4 tableaux.
 Pour la sécurité des populations (réfugiés et armements ; criminalité et justice), 2 tableaux.
 Pour les inégalités entre hommes et femmes, 6 tableaux.
 Pour le respect des droits de l’homme et les droits du travail, 2 tableaux.

De plus, chaque rapport annuel traite d’un sujet nouveau tel que la lutte contre le changement climatique (2007-2008) ; la crise mondiale de l’eau (2006) ; la coopération internationale (2005) ; la liberté culturelle (2004) ; la démocratie dans un monde fragmenté (2002) ; la mondialisation à visage humain (1999) ; la croissance économique et le développement humain (1996) ; la participation populaire au développement humain (1993) ; le financement du développement humain (1991) ; la définition et la mesure du développement humain (1990).
d/ Les progrès et la société progressive

Caractéristiques

Selon François Perroux, pour qu’un pays mérite de figurer parmi les sociétés progressives, trois conditions sont requises :

 Les effets bénéfiques de son développement (les progrès) doivent se diffuser dans l’ensemble de la société. Toutes les catégories sociales et toutes les personnes doivent en profiter.
 La diffusion de ces effets doit être rapide, le plus rapide possible selon la société.
 La diffusion doit se réaliser au moindre coût social et humain, sans laissés pour compte.

Pour concrétiser ces trois conditions, divers indicateurs peuvent être choisis selon la conception que l’on se fait d’une société progressive.

Indicateurs

Dans la mesure où, objectivement, une société progressive est d’abord une société à développement humain élevé, les 4 indicateurs synthétiques du PNUD sont significatifs du caractère progressif ou non de la société considérée. Parmi eux, l’ISDH qui prend en compte les inégalités hommes / femmes et l’IPF qui témoigne de leur participation à la vie de la société illustrent assez bien aujourd’hui le caractère progressif ou non de la société. D’autres indicateurs partiels du PNUD complètent les indicateurs synthétiques. Par exemple :
 engagement du pays en faveur de la santé : montant des dépenses publiques et privées ;
 accès aux soins, contraception, maternité, médecins pour 1 000 habitants, etc. ;
 accès à l’eau : assainissement et état nutritionnel ;
 inégalités en matière de santé maternelle et infantile ;
 engagement en matière d’éducation (dépenses publiques) ;
 technologie : diffusion et création (brevets, dépenses en recherches et développement (RD), chercheurs en R et D…) ;
 inégalités en termes de revenus et de dépenses ;
 priorités en matière de dépenses publiques (santé ; éducation ; dépenses militaires…) ;
 chômage et travail ;
 criminalité et justice, etc.

2/ Les trois niveaux de développement humain selon le PNUD

a/ Classement de 177 pays selon l’IDH

À partir de l’indicateur général de développement humain, le PNUD a classé les 177 pays recensés en trois catégories :
 Les pays à niveau élevé de développement humain qui ont un IDH supérieur à 0,800, soit 70 pays. Le premier de cette première catégorie est l’Islande (0,968) et le 70e le Brésil (0,800).
 Les pays à niveau moyen de développement humain qui ont un IDH compris entre 0,500 et 0,799 soit 85 pays. Le premier de cette deuxième catégorie est la Dominique (0,798) et le dernier la Gambie (0,502).
 Les pays à niveau faible de développement humain qui ont un IDH inférieur à 0,500 soit 22 pays. Le premier de cette troisième catégorie est le Sénégal (0,499), le dernier, 177e, la Sierra Leone (0,336).

Si l’on considère ce classement en fonction de la couverture des besoins fondamentaux de la vie à travers l’IDH, on constate que ce ne sont pas les pays les plus riches à PIB élevé qui couvrent le mieux ces besoins et sont en tête du développement humain. Par exemple, les États-Unis, premier pour le PIB, ne sont qu’à la 12e place pour l’IDH ; le Japon, est 2e pour le PIB mais 8e pour l’IDH ; la Chine, 3e pour le PIB (2e aujourd’hui) 81e pour l’IDH ; l’Allemagne, 4e pour le PIB mais 22e pour l’IDH ; la France 5e pour le PIB mais 10e pour l’IDH ; l’Angleterre 6e pour le PIB mais 16e pour l’IDH, etc.
Nous n’utiliserons ici que les 4 indicateurs synthétiques IDH, IPH1 et 2, ISDH, IPF mais ils peuvent être complétés à volonté par les indicateurs partiels. Pour illustrer l’analyse de situation que nous proposons, nous n’avons retenu que quelques pays dans chacune des 3 catégories définies par le PNUD, dont le premier et le dernier de chaque catégorie.

Pays à niveau de développement humain élevé (70 pays)

Cette première catégorie comprend 70 pays. Le premier d’entre eux est l’Islande (IDH 0,968) et le 70e le Brésil (IDH 0,800).

Islande

Superficie (milliers de km2) : 103
Population (2009) : 320 000
Taux de mortalité générale (pour mille habitants) : 6 ‰ ; infantile (pour mille naissances) : 3 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 21 %
Proportion des plus de 65 ans : 12 %
(Sources : Population et sociétés ; bulletin mensuel de l’Institut d’Etudes démographiques, Paris, juil.-août 2009.

IDH : 1er rang. Valeur 0,968 (2005). PIB 2008 : 101e rang sur 185. IDH en 1975 : 0,868. Amélioration en 30 ans : 11,5 % dont :
Espérance de vie : 81,5 ans
Taux d’alphabétisation (des adultes de 15 ans et plus) : 95,4 %
PIB par habitant : 36 510 $
PIB (FMI – 2008) millions de $ : 17 549
Rang 101 sur 185
IPH2 : non communiqué sauf chômage de longue durée 0,2 % de la population active
ISDH : 1er rang. Valeur 0,962
IPF : 5e rang. Valeur 0,862 (1er rang Norvège 0,910 ; 2e Suède 0,906 ; 3e Finlande 0,887 ; 4e Danemark 0,875 ; 5e Islande 0,862 ; 6e Pays-Bas 0,859 ; 7e Belgique 0,850 ; 8e Australie 0,847 ; 9e Allemagne 0,831 ; 10e Canada 0,820 ; 11e Nouvelle-Zélande 0,811 ; 12e Espagne 0,794 ; 13e Autriche 0,788 ; 14e Angleterre 0,783 ; 15e Etats-Unis 0,762 ; 16e Singapour 0,761 ; 17e Argentine 0,728 ; 18e France 0,718 ; 19e Irlande 0,699 ; 20e Bahamas 0,696…
IPF dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 37,7 %
Hauts fonctionnaires et cadres (% du total) : 27 %
Employés, techniciens (% du total) : 56 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,72 

Suisse

Superficie : 41
Population (millions) : 7,8
Taux de mortalité générale : 8 ‰ ; infantile : 4 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 15 %
Proportion des plus de 65 ans : 17 %
IDH : 7e rang 0,955 (2005). PIB 2008 21e rang. IDH en 1975 0,883. Amélioration en 30 ans : 8,15 %.
Pour l’IDH, la Suisse arrive au 7e rang après Islande 0,968 ; Norvège 0,968 ; Australie 0,962 ; Canada 0,961 ; Irlande 0,969 ; Suède 0,956 ; avant le Japon 8e (0,953) ; Pays-Bas 9e (0,953) ; France 10e (0,952) ; Finlande 11e (0,952) ; Etats-Unis 12e (0,951) ; Espagne 13e (0,949) ; Danemark 14e (0,949) ; Autriche 15e (0,948) ; Angleterre 16e (0,946)… Italie 20e (0,941) ; Allemagne 22e (0,935) ; Israël 23e (0,932) ; Grèce 24e (0,926)…
Espérance de vie : 81,3 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 85,7 %
PIB par habitant : 35 633 $
PIB (FMI 2008) : 492 595 millions $ 21e rang sur 185
IPH2 : 7e rang, 10,7 % de la population dont
Espérance de vie – de 60 ans : 7,2 % de la population
Taux d’analphabétisme des adultes 15,9 %
Chômage de longue durée : 1,5 % de la population
Population sous le seuil de pauvreté (50 % du revenu médian) : 7,6 % de la population
ISDH : 9e rang, 0,946
IPF : 27e rang 0,660 dont
Sièges au Parlement : 24,8 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 8 %
Employés et techniciens : 22 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,63

France

Superficie métropolitaine : 552
Population : 62,6
Taux de mortalité générale : 9 ‰ ; infantile : 4 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 18 %
Proportion des plus de 65 ans : 17 %
IDH : 10e rang 0,952 PIB 2008 5e rang. IDH en 1975 0,856. Amélioration en 30 ans : 11,2 % dont :
Espérance de vie : 80,2 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 96,5 %
PIB par habitant : 30 386 $
PIB (FMI 2008) : 2 865 637 millions $ rang 5e sur 185
IPH2 : 11e rang 11,2 % de la population dont
Espérance de vie – de 60 ans : 8,9 % de la population
Taux d’analphabétisme des adultes non communiqué
Chômage de longue durée : 4,1 % de la population active
Population sous le seuil de pauvreté (50 % du revenu médian) 7,3 % de la population
ISDH : 7e rang, 0,950
IPF : 18e rang, 0,718 dont
Sièges au Parlement 13,9 %
Hauts fonctionnaires et cadres 37 %
Employés et techniciens 47 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,64

Israël

Superficie : 22
Population : 7,6
Taux de mortalité générale : 5 ‰ ; infantile : 4 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 28 %
Proportion des plus de 65 ans : 10 %
IDH : 23e rang, 0,932 (2005). PIB 2008 42e rang. IDH en 1975, 0,805. Amélioration en 30 ans : 15,8 % dont :
Espérance de vie : 80,3 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 97,1 %
PIB par habitant : 25 864 $
PIB (FMI 2008) : 201 761 millions $, rang 42e sur 185
IPH2 indicateur synthétique non communiqué mais :
Espérance de vie – de 60 ans : 7,2 % de la population
Population sous le seuil de pauvreté (50 % du revenu médian) 15,6 % de la population
ISDH : 21e rang, 0,927
IPF : 28e rang, 0,660 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 14,2 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 26 %
Employés et techniciens : 54 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,65

Russie

Superficie : 17 098
Population : 141,8
Taux de mortalité générale : 15 ‰ ; infantile : 9 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 15 %
Proportion des plus de 65 ans : 14 %
IDH : 67e rang 0,802 (2005). PIB 2008 52e rang. IDH en 1990 0,815. Détérioration de la situation en 18 ans : 1,6 % dont :
Espérance de vie : 74,5 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 96,7 %
PIB par habitant : 7 032 $
PIB (FMI 2008) : 11 807 millions $, rang 52e sur 185
IPH1 : Indicateurs synthétiques et partiels non communiqués. [Il en est de même pour le 66e Bosnie-Herzégovine, le 68e Albanie ; le 69e Macédoine (ex république yougoslave de Médoine)]
ISDH : 59e rang, 0,801 dont :
Espérance de vie à la naissance : femmes 72,1 ans ; hommes 58,6 ans
Revenus estimés du travail : hommes 13 581 $ ; femmes 8 476 $
IPF : 71e rang, 0,489 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 8 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 39 %
Employés et techniciens : 65 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,62

Brésil

Superficie : 8 515
Population : 191,5
taux de mortalité générale : 17 ‰ ; infantile : 24 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 28 %
Proportion des plus de 65 ans : 6 %
IDH : 70e rang 0,800 (dernier pays de la 1ère catégorie). PIB 2008 11e rang. IDH en 1975 0,649. Amélioration en 30 ans 23,7 % dont :
Espérance de vie : 71,7 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 88,6 %
PIB par habitant : 8 402 $
PIB (FMI 2008) : 1 572 839 millions $, rang 11e sur 185
IPH1 : 23e rang, 9,7 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 9,2 % de la population
Taux d’analphabétisme des adultes : 11,4 %
Population sans eau potable : 10 %
Enfants en insuffisance pondérale : 6 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 21,2 %
ISDH : 60e rang, 0,798
IPF : 70e rang, 0,490 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 9,3 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 34 %
Employés et techniciens : 52 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,58

Analyse et commentaires (pays de la 1ère catégorie)

Couverture des besoins fondamentaux calculée de 0 à 1

Six pays à IDH élevé sont retenus à titre d’exemple d’application de la méthode d’analyse de leur niveau de développement et du caractère plus ou moins progressif de leur société. L’Islande, la Suisse, la France, Israël, la Russie et le Brésil. L’Islande arrive au 1er rang avec un IDH de 0,968 ; le Brésil en dernier, au 70e rang, avec un IDH de 0,800 ; écart 0,168 points.
Pour l’IDH, si l’Islande est à l’indice 100, le Brésil est à 82,64 soit 17,36% de différence.
Tous les indicateurs utilisés ici sont dans le rapport du PNUD de 2008 ; ils ont donc été élaborés avant la grande crise. Les 177 pays recensés ont tous, à des degrés divers, subi les conséquences de la crise notamment sur leur activité économique (PIB) et sur leur situation sociale (revenus, emplois, chômage, inégalités, précarité, etc.). L’Islande, par exemple, a été durement frappée. Sa croissance économique était de 7,5 % en 2005 ; elle est devenue négative à partir de 2007. Cela n’a pas été sans conséquence sur les indicateurs de développement humain. Les futurs rapports du PNUD en rendront certainement compte.
Les indicateurs de développement humains du rapport 2008 font apparaître des différences certaines entre les 70 pays de la première catégorie. Par exemple, l’espérance de vie des premiers de liste, en Islande (81,5 ans) et en Norvège (79,8 ans), est presque de 10 ans supérieure à celle du dernier, le Brésil (71,7 ans). Malgré ces différences importantes, tous ces indicateurs demeurent relativement élevés en ce qui concernent notamment l’espérance de vie, la santé, l’éducation, les revenus par habitant, etc. Cependant, ces pays ont encore du chemin à parcourir s’ils entendent assurer à tous leurs citoyens une espérance de vie égale à celle du Japon (82,3 ans), le plus performant ; éradiquer complètement l’analphabétisme, la pauvreté, le chômage ; atteindre l’égalité politique, économique et sociale entre hommes et femmes, etc.
Même pour ces pays de la première catégorie, le développement humain élevé n’est pas encore de développement de « tout l’Homme et de tous les Hommes ».

Relations entre IDH et PIB

Le classement des 22 premiers pays de la première catégorie, en fonction de l’IDH en regard avec leur rang dans celui du PIB établi par le FMI en 2008, indique qu’il n’y a pas de corrélation significative entre développement humain (IDH) et importance de l’activité économique (PIB). La performance en matière de création de richesse n’entraîne pas automatiquement une performance du même type en matière d’IDH. L’activité économique, nécessaire, n’est que l’un des éléments d’une politique de développement humain.
L’IDH dépend d’abord de la volonté politique affirmée d’améliorer, en priorité, l’existence (niveau de vie et qualité de la vie) de la population et d’utiliser l’activité économique à cela. Pour atteindre cet objectif, la coordination (articulation) entre le politique, le culturel, l’économique, le social et l’environnemental est décisive. La Norvège, la Suède, la Suisse, notamment, illustrent bien cette volonté politique et cette coordination.
Les petits pays sont parmi les premiers dans le classement IDH. Cela tient, peut-être, à la culture de proximité qui caractérise leur population, la rend plus conviviale et facilite aussi la coordination des décisions dans tous les domaines de la vie en société. Les grands pays auraient probablement avantage à décentraliser le plus possible leurs décisions concernant notamment le développement.

Désarticulation, domination, dépendance

Par ailleurs, une étude de la situation politique, économique et sociale des pays de cette première catégorie révèle une articulation imparfaite des divers éléments constitutifs de ces sociétés, par exemple, dans les relations entre l’économie et l’écologie ; une forte activité économique et la protection de l’environnement ; dans les relations entre la politique économique et la politique monétaire ; la création des richesses et leurs répartition ; l’éducation et l’emploi ; l’évolution de la population et les politiques de santé, d’éducation, le financement des retraites, l’égalité dans les relations hommes-femmes ; les politiques d’immigration et les mouvements migratoires ; les relations à l’intérieur des nations et entre les espaces géographiques et politiques, communes, régions, et à l’extérieur, entre nations et groupes de nations, etc.
Les imperfections dans l’articulation de ces divers éléments provoquent souvent des phénomènes de domination et de dépendance à l’intérieur de chacune des trois catégories retenues par le PNUD et entre ces catégories. Domination des uns sur les autres (dissymétrie des pouvoirs de décision politique, économique, monétaire…), dépendance des uns vis-à-vis des autres, par exemple à travers les échanges commerciaux (import-export). Avec la mondialisation ultra-libérale depuis 1974, nombre de pays de la première catégorie ont vu leur position commerciale extérieure se détériorer. D’une part, les importations ont pris ont une place de plus en plus grande dans leurs ressources, les rendant dépendants de leurs créanciers s’ils n’arrivent pas à payer ces importations par leurs exportations. D’autre part, la nécessité d’exporter a pesé lourdement sur la politique des entreprises. Les effets de domination par le commerce extérieur ont considérablement augmenté. Ils l’ont été aussi par la spéculation sur les taux de change des monnaies, les concurrences déloyales (dumping économique, monétaire, social à travers les différences de revenus et de protection sociale), les pressions militaires ou/et terroristes, etc. Ces dépendances accrues ont contribué à désarticuler les économies et à peser sur les niveaux de vie.
La puissance économique, monétaire, militaire de la plupart des pays de cette première catégorie leur confère une influence certaine et dissymétrique sur ceux de la deuxième et de la troisième catégorie. Même si ceux-ci reconnaissent les différences de niveau de développement, économique notamment, ils doutent du caractère réellement progressif des sociétés de la première catégorie. Ils ont du mal à les considérer comme solidaires de leurs destins malgré les discours aux Nations Unies. Ainsi, malgré leur classement dans la première catégorie, on se rend compte à travers les indicateurs du PNUD comme à travers les autres indicateurs existants, économiques entre autres, qu’il n’y a pas encore, au niveau de la planète, de pays méritant le titre de société progressive. L’analyse des deux autres catégories confirme, malheureusement, cette constatation.

Pays à niveau de développement moyen (85 pays)

Cette catégorie comprend 85 pays. Dominique est le 1er d’entre eux (IDH 0,798) et la Gambie le dernier (IDH 0,502).

Dominique

Superficie : 0,8
Population : 70 000
Taux de mortalité générale : 9 ‰ ; infantile : 16 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 29 %
Proportion des plus de 65 ans : 10 %
IDH : 71e rang (1er de la catégorie), 0,798 (2005) ; PIB (FMI 2008) 179e sur 185. IDH en 1975 non communiqué dont :
Espérance de vie : 75,6 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 88 %
PIB par habitant : 6 393 $
PIB (FMI 2007) : 328 millions $, rang 179e sur 185
IPH1 : Indicateur synthétique non communiqué mais :
Taux d’analphabétisme des adultes : 12 %
Population sans eau potable : 3 %
Enfants en insuffisance pondérale : 5 %
Population en dessous du seuil de pauvreté non communiqué
ISDH : indicateur synthétique non communiqué mais :
Taux de scolarisation (primaire, secondaire, supérieure) : hommes : 78 %, femmes : 84 %
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 12,9 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 48 %
Employés et techniciens : 55 %

Venezuela

Superficie : 912
Population : 28,4
Taux de mortalité générale : 4 ‰ ; infantile : 16 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 31 %
Proportion des plus de 65 ans : 5 %
IDH : 74e rang, 0,792 (2005) ; PIB (FMI 2008), 31e sur 185. IDH en 1975, 0,723. Amélioration en 30 ans : 9,5 % dont :
Espérance de vie : 73,2 ans
Taux d’alphabétisation : 93 %
PIB par habitant : 6 632 $
PIB (FMI 2008) : 319 443 millions de $ rang 31e sur 185
IPH1 : 21e rang 8,8 % de la population dont :
Espérance de vie de – de 40 ans : 7,3 %
Taux d’analphabétisme : 7 %
Population sans eau potable : 17 %
Enfants en insuffisance pondérale : 5 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 40,1 %
ISDH : 68e rang 0,787
IPF : 56e rang 0,542 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 18,6 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 27 %
Employés et techniciens : 61 %
Ratio des revenus des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,53 

Chine

Superficie : 9 561
Population : 1 331,4
Taux de mortalité générale : 7 ‰ ; infantile : 21 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 19 %
Proportion des plus de 65 ans : 8 %
IDH : 8e rang, 0,777 (2005) ; PIB (FMI 2008), 3e rang. (2010 : 2e rang) ; IDH en 1975 0,530. Amélioration en 30 ans : 46,6 % dont :
Espérance de vie : 72,5 ans
Taux d’alphabétisation : 90,9 %
PIB par habitant : 6 757 $
PIB (FMI 2008) 4 401 614 millions $, rang 3e sur 185 (En 2010, la Chine accède au 2e rang)
IPH1 : 29e rang, 11,7 % dont :
Espérance de vie de – de 40 ans : 6,8 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 9,1 %
Population sans eau potable : 23 %
Enfants en insuffisance pondérale : 8 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 34,9 %
ISDH : 73e rang, 0,776
IPF : 57e rang, 0,534 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 20,3 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 17 %
Employés et techniciens : 52 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,64 

Tunisie

Superficie : 164
Population : 10,4
Taux de mortalité générale : 6 ‰ ; infantile : 19 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 25 %
Proportion des plus de 65 ans : 7 %
IDH : 91e rang, 0,766 (2005) ; PIB (FMI 2008) 77 range sur 185. IDH en 1975 0,519. Amélioration en 30 ans : 47,6 % dont :
Espérance de vie : 73,5 ans
Taux d’alphabétisation : 74,3 %
PIB par habitant : 8 371 $
PIB (FMI 2008) : 40 348, rang 77e sur 185
IPH1 : 45e rang, 17,9 % de la population dont :
Espérance de vie – de 60 ans : 4,6 %
Taux d’analphabétisme : 25,7 %
Population sans eau potable : 7 %
Enfants en insuffisance pondérale : 4 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 6,6 %
ISDH : 83e rang, valeur 0,750
IPF : non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 19,3 % du total
Place dans la vie professionnelle non communiqué
Ratio des revenus des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,29 

Algérie

Superficie : 2 382
Population : 35,4
Taux de mortalité générale : 4 ‰ ; infantile : 26 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 28 %
Proportion des plus de 65 ans : 5 %
IDH : 104e rang, 0,733 (2005) ; PIB (FMI 2008) 50e rang sur 185. IDH en 1975 0,511. Amélioration en 30 ans : 43,40 % dont :
Espérance de vie : 71,7 ans
Taux d’alphabétisation : 69,9 %
PIB par habitant : 7 062 $
PIB (FMI 2008) : 159 669, rang 50e sur 185
IPH1 : 51e rang, 21,5 % dont
Espérance de vie – de 40 ans : 7,7 %
Taux d’analphabétisme : 30,1 %
Population sans eau potable : 15 %
Enfants en insuffisance pondérale : 10 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 15,1 %
ISDH : 95e rang valeur 0,720
IPF : indice non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement 6,2 %
Hauts fonctionnaires et cadres non communiqué
Employés et techniciens : 32 %
Ratio des revenus des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,34 

Territoire palestiniens occupés

Superficie : 6
Population : 3,9
Taux de mortalité générale : 4 ‰ ; infantile : 25 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 44 %
Proportion des plus de 65 ans : 3 %
IDH : 106e rang, 0,731 (2005) ; PIB (FMI 2008) 138e rang sur 185. IDH en 1975 non calculé dont :
Espérance de vie : 72,9 ans
Taux d’alphabétisation : 92,4 %
PIB par habitant non calculé
PIB (FMI 2008) : 4 007 millions de $ rang 138e sur 185
IPH1 : 9e rang, 6,6 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 5,2 %
Taux d’analphabétisme : 7,6 %
Population sans eau potable : 6 %
Enfants en insuffisance pondérale : 5 %
Population en dessous du seuil de pauvreté non communiqué
ISDH : indicateur synthétique non communiqué
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Hauts fonctionnaires et cadres : 11 %
Employés et techniciens : 35 %
Ratio des revenus des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,70 

Egypte

Superficie : 1 000
Population : 78,6
Taux de mortalité générale : 6 ‰ ; infantile : 19 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 33 %
Proportion des plus de 65 ans : 5 %
IDH : 112e rang, 0,708 (2005) ; PIB (FMI 2008) 49e rang sur 185. IDH en 1975 : 0,434. Amélioration en 30 ans 63,13 dont :
Espérance de vie : 70,7 ans
Taux d’alphabétisation : 71,4 %
PIB par habitant : 4 337 $
PIB (FMI 2008) : 162.164 millions de $, rang 49e sur 185
IPH1 : 48e rang 20 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 7,5 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 28,6 %
Population sans eau potable : 2 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 6 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 43,9
ISDH : indicateur synthétique non communiqué mais :
Alphabétisation des adultes : hommes 83 %, femmes 59,4 %
Revenus estimés du travail : hommes 7 024 $, femmes 1 635 $
IPF : 91e rang, 0,263 dont :
Pourcentage des sièges au Parlement : 3,8 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 9 %
Employés et techniciens : 30 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,23 

Afrique du Sud

Superficie : 1 221
Population : 50,7
Taux de mortalité générale : 15 ‰ ; infantile : 45 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 32 %
Proportion des plus de 65 ans : 5 %
IDH : 121e rang, 0,674 (2005) ; PIB (FMI 2008) 32e rang sur 185. IDH en 1975 0,650. Amélioration en 30 ans : 3,7 % dont :
Espérance de vie : 50,8 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 82,4 %
PIB par habitant : 11 110 $
PIB (FMI 2008) : 277 188 millions de $, rang 32e sur 185
IPH1 : 55e rang, 23,5 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 31,7 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 17,6 %
Population sans eau potable : 12 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 12 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 34,1 %
ISDH : 107e rang 0,667
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 32,8 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,45 

Maroc

Superficie : 447
Population : 31,5
Taux de mortalité générale : 6 ‰ ; infantile : 31 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 29 %
Proportion des plus de 65 ans : 6 %
IDH : 126e rang, 0,646 (2005) ; PIB (FMI 2008) 61e rang sur 185. IDH en 1975 0,435. Amélioration en 30 ans : 8,5 % dont :
Espérance de vie : 70,4 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 51,3 %
PIB par habitant : 4 555 $
PIB (FMI 2008) : 88 879 millions de $, 61e rang sur 185
IPH1 : 68e rang, 33,4 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 8,2 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 47,7 %
Population sans eau potable : 19 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 10 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 14,3 %
ISDH : 112e rang, valeur : 0,621
IPF : 88e rang, 0,325
Pourcentage des sièges au Parlement : 6,4 %
Hauts fonctionnaires et cadres : 12 %
Employés et techniciens : 35 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,25 

Inde

Superficie : 3 287
Population : 1 171
Taux de mortalité générale : 7 ‰ ; infantile : 55 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 32 %
Proportion des plus de 65 ans : 5 %
IDH : 128e rang, 0,619 (2005) ; PIB (FMI 2008) 9e rang sur 185. IDH en 1975 : 0,419. Amélioration en 30 ans : 47,7% dont :
Espérance de vie : 63,7 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 61%
PIB par habitant : 3.452 $
PIB (FMI 2008) : 1.676.586 millions de $, rang 9e sur 185
IPH1 : 62e rang, 31,3% de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 16,8% de la population
Taux d’analphabétisme des adultes : 39%
Population sans eau potable : 14%
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 47%
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 80,4%
ISDH : 113e rang 0,600
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 9%
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,31

Gambie

Superficie : 11
Population : 1,6
Taux de mortalité générale : 11 ‰ ; infantile : 93 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 42 %
Proportion des plus de 65 ans : 3 %
IDH : 155e rang (dernier pays de la deuxième catégorie), 0,502 (2005) ; PIB (FMI 2007) 169e rang sur 185. IDH en 1975 : 0,290. Amélioration en 30 ans : 73 % (la plus spectaculaire des 177 pays) dont :
Espérance de vie : 58,8 ans
Taux d’alphabétisation des adultes non communiqué mais :
Taux de scolarisation (primaire, secondaire, supérieur) : 50,1 % de la population
PIB par habitant : 1 921 $
PIB (FMI 2007) : 643 millions de $, 169e rang
sur 185
IPH1 : 94e rang, 40,9 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 20,9 % de la population
Taux d’analphabétisme non communiqué
Population sans eau potable : 18 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 17 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 82,9 %
ISDH : 133e rang 0,496
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 9,4 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,53 

Pays à niveau de développement faible (22 pays)

Dans cette troisième catégorie, on trouve 22 pays à IDH compris entre 0,500 et 0,336. Le premier étant le Sénégal (0,499) et le dernier la Sierra Leone (0,336). Tous sont des pays africains au sud du Sahara.

Sénégal

Superficie : 197
Population : 12,5
Taux de mortalité générale : 10 ‰ ; infantile : 61 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 43 %
Proportion des plus de 65 ans : 2 %
IDH : 156e rang, 0,499 (2005) 1er de la 3e catégorie ; PIB (FMI 2008) 109e rang. IDH en 1975 : 0,342. Amélioration en 30 ans : 45,9 % dont :
Espérance de vie : 62,3 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 39,3 %
PIB par habitant : 1 792 $
PIB (FMI 2008) : 13 350 millions de $, 109e rang sur 185
IPH1 : 97e rang, 42,9 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 42,96 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 60,7 %
Population sans eau potable : 24 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 17 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 56,2 %
ISDH : 135e rang 0,492
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 19,2 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,54 

Nigeria

Superficie : 924
Population : 152,6
Taux de mortalité générale : 15 ‰ ; infantile : 75 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 45 %
Proportion des plus de 65 ans : 3 %
IDH : 158e rang, 0,479 (2005) 3e de la 3e catégorie. PIB (FMI 2008) 41e rang. IDH en 1975 : 0,321. Amélioration en 30 ans : 46,4 % dont :
Espérance de vie : 46,5 ans
Taux d’alphabétisation des adultes : 69,1 %
PIB par habitant : 1 128 $
PIB (FMI 2008) : 214 403 millions de $, 41e rang sur 185
IPH1 : 80e rang, 37,3 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 39 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 30,9 %
Population sans eau potable : 52 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 29 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 92,4 %
ISDH : 139e rang, 0,492
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,41 

Sierra Leone

Superficie : 72
Population : 5,7
Taux de mortalité générale : 20 ‰ ; infantile : 89 ‰
Proportion des moins de 15 ans : 42 %
Proportion des plus de 65 ans : 4 %
IDH : 177e rang, 0,479 (2005) dernier pays de la 3e catégorie ; PIB (FMI 2008) 155e rang. IDH en 1975 non calculé dont :
Espérance de vie : 41,8 ans
Taux d’alphabétisme des adultes : 34,8 %
PIB par habitant : 806 $
PIB (FMI 2008) : 1 672 millions de $, 155e rang sur 185
IPH1 : 102e rang, 51,7 % de la population dont :
Espérance de vie – de 40 ans : 45,6 %
Taux d’analphabétisme des adultes : 65,2 %
Population sans eau potable : 43 %
Enfants en insuffisance pondérale (moins de 5 ans) : 27 %
Population en dessous du seuil de pauvreté (2 $ par jour) : 74,5 %
ISDH : 157e rang, 0,320
IPF : indicateur synthétique non communiqué mais :
Pourcentage des sièges au Parlement : 14,5 %
Ratio des revenus estimés des femmes par rapport à ceux des hommes : 0,45 

Analyse et commentaires (pays de la 2ème et 3ème catégorie)

Couverture des besoins fondamentaux

Si l’on considère les trois catégories du PNUD, selon l’IDH, l’écart entre l’indicateur du pays classé 1er de la première catégorie (70 pays), l’Islande 0,968 et l’indicateur du dernier, le 70e, le Brésil 0,800 est de 0,168 points. Si l’Islande a comme indice 100 pour l’IDH, le Brésil est à 82,64 soit un écart de 17,36.
Pour la deuxième catégorie, 85 pays, l’écart entre le 1er, Dominique 0,798 (71e rang) et le dernier, la Gambie 0,502 (155e rang), est de 0,296 points. Si Dominique a l’indice 100 pour l’IDH, la Gambie a l’indice 62,9 soit un écart de 37,1.
Pour les 22 pays de la troisième catégorie, l’écart entre le 1er, le Sénégal, 0,449 (156e rang) et le dernier, la sierra Leone, est de 0,163 points. Si le Sénégal est à l’indice 100 pour l’IDH, la Sierra Leone est à 67,3 ; l’écart est de 32,7.

Nécessité de politiques adaptées à chaque pays

Ces différences de résultats signifient qu’à l’intérieur de chaque catégorie, sur la base de l’indicateur général de développement humain, les problèmes de développement sont différents et spécifiques à chaque pays. Une étude approfondie des données entrant dans la composition des quatre indicateurs synthétiques (IDH ; IPH1 et 2 ; ISDH ; IPF) ainsi que des indicateurs partiels qui les complètent, éclairerait les points sur lesquels les efforts de développement devraient porter ainsi que la nature et l’ampleur des moyens matériels, financiers et humains à mettre en œuvre, y compris l’aide matérielle et financière internationale, pour parvenir à un développement à visage humain et à une société progressive.
Il n’existe pas de politique de développement et d’aide publique et privée idéale, identique pour tous. Il s’agit de mettre en œuvre des politiques particulières, adaptées à chaque situation. L’objectif premier est de parvenir d’une part à une bonne articulation entre eux des éléments culturels, politiques, économiques, financiers, sociaux, environnementaux… constitutifs d’une société et piliers du développement. D’autre part, il s’agit de réduire les effets de domination et de dépendance nocifs au développement afin d’atteindre l’objectif final : une meilleure couverture des besoins vitaux des populations. La réussite se traduira nécessairement par une amélioration de l’espérance de vie et la baisse des taux de mortalité générale et infantile.

Priorité aux pays dont l’espérance de vie est la plus faible

Si l’objectif est le développement humain, cela oblige à sélectionner des pays qui en sont le plus éloignés pour concentrer sur eux tous les moyens matériels, financiers et humains sans lesquels le développement est impossible. Dans la mise en œuvre des politiques de développement, la priorité doit être donnée aux pays dont l’espérance de vie est la plus faible. Car c’est finalement un très bon indicateur de l’état de développement humain. Ces pays se rencontrent dans les trois catégories retenues par le PNUD.

Dans la catégorie 1 (niveau IDH élevé), le leader pour l’espérance de vie est le Japon avec 82,3 ans. Mais dans ce groupe, la Russie affiche une espérance de vie de 65 ans seulement soit 17,3 ans de moins que le Japon.

Dans la catégorie 2 (niveau d’IDH moyen) si le premier, Dominique (71e pour l’IDH) a une espérance de vie de 75,6 ans, à partir du 117e, la Bolivie, jusqu’au 155e, la Gambie, soit pour 31 pays, l’espérance de vie est inférieure à 65 ans. L’écart entre le 1er de la catégorie et le dernier est de 34,7 ans. Celui entre la Bolivie et le Zimbabwe de 23,8 ans.

Dans la catégorie 3 : les 22 pays ont une espérance de vie inférieure à celle du premier du groupe, le Sénégal (62,3 ans). La Zambie 165e (40,5 ans), l’Angola 162e, (41,7 ans) et la Sierra Leone 177e (49,8 ans) étant les 3 pays les plus défavorisés.
Ainsi, si la couverture des besoins fondamentaux de la vie et l’émergence de sociétés réellement progressives sont les buts ultimes des politiques de développement, la priorité doit être donnée aux 31 pays de la catégorie 2 ainsi qu’aux 22 pays de la catégorie 3 dont les espérances de vie sont les plus faibles du monde.
Ces pays de la deuxième et de la troisième catégorie du PNUD méritent d’autant plus qu’on leur accorde la priorité dans la coopération et l’aide au développement qu’ils ont, depuis 30 ans, malgré leur profond sous-développement, fait de gros efforts en matière d’amélioration de leur IDH. Celui-ci reste faible mais l’effort existe qui mérite d’être encouragé et soutenu. Dans les exemples retenus, citons la Gambie (record absolu avec une amélioration de 73 %) ; l’Egypte (+ 63,13 %) ; le Maroc (+ 48,5 %) ; la Tunisie (+ 47,6 %) ; le Sénégal (+ 45,9 %) ; le Nigeria (+ 45 %) ; l’Algérie (+ 43,4 %). Parmi les BRIC, l’Inde (+ 47,7 %) ; la Chine (+ 46,6 %) ; le Brésil (+ 23,7 %). Seule, la Russie voit son IDH se détériorer de – 1,6 % en 18 ans.
Les chefs d’Etats et de gouvernements réunis sous la présidence du secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, les 20-22 septembre 2010 à New York, ont décidé de maintenir les promesses faites en 2000 de réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Le nombre des personnes vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté soit 1,25 dollars de revenu par jour était estimé, en 2000, à 1,8 milliards. Il serait aujourd’hui, en 2010, de 1,4 milliards. Compte tenu des politiques actuelles de lutte contre la pauvreté, visant quasi exclusivement la croissance économique avec comme indicateur le PIB, il est peu probable que cet objectif soit atteint. En effet, de la croissance, seule une petite classe moyenne urbaine naissante profite, soit environ 10 % de la population, les 90 % restant ne constatent ni amélioration de leur niveau de vie, ni celle de la qualité de leur vie. Dans ces conditions, la volonté affirmée par l’ONU de réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 est illusoire. Elle ressemble fort à un vœu pieux destiné à calmer l’impatience des pauvres.

Réduire la pauvreté supposerait non seulement une forte croissance économique mais aussi une répartition des fruits de cette croissance avec priorité donnée aux pauvres, à ceux dont l’espérance de vie est la plus faible. Or cela n’est guère envisagé. On préfère aider plutôt que de répartir la richesse. Cela supposerait aussi que les pauvres soient associés directement à la politique de développement, ce qui implique une formation professionnelle en vue des emplois. La formation et les emplois existent souvent mais les plus pauvres en profitent très peu.

Désarticulation, domination, dépendance

Parvenir à la couverture des besoins fondamentaux des populations suppose que la société tout entière soit organisée de façon à ce que le culturel, le politique, l’économique, le social et l’environnemental articulent leurs décisions afin d’atteindre cet objectif. Par exemple, le politique, dans sa gestion de la cité, devrait donner la priorité à une économie tournées vers les besoins de la population la plus défavorisée, souvent celle des campagne, plutôt que vers la création d’une classe moyenne urbaine privilégiée et les profits des sociétés étrangères qui ont investi dans le pays pour exploiter ses richesses, notamment ses terres, ses matières premières et ses travailleurs. La politique d’éducation pourrait viser en priorité la préparation des jeunes et des adultes au travail compte tenu de la situation du pays et des emplois à assurer. La politique de la santé pourrait tendre à l’amélioration des conditions sanitaires de tous et pas seulement des urbains. L’agriculture rechercherait autant que possible l’autosuffisance alimentaire. Les exportations serviraient à payer les importations indispensables au développement, notamment les équipements, plutôt que chercher à accumuler des devises pour la spéculation. La politique monétaire et financière alimenterait l’économie au lieu d’enrichir les riches, etc.
L’articulation de l’ensemble de ces politiques en vue du développement humain réduirait d’autant les dominations et les dépendances extérieures. Le pays prendrait ainsi progressivement en main son destin…

L’exemple des BRIC

L’analyse de la situation de ceux que l’on appelle les BRIC : Brésil, Russie, Inde, chine, en tête de la croissance économique fournit un excellent exemple de la différence existant entre une politique de développement assimilée à une politique de croissance de l’activité économique (PIB) et une politique visant le développement de « tout l’Homme et de tous les Hommes » (François Perroux).
En effet, si l’on considère uniquement leur activité économique, les BRIC se placent en tête des pays dits émergents. Ils rivalisent même avec les vieux pays développés. Par son PIB, la Chine occupe en 2010 le 2e rang mondial, derrière les États-Unis ; elle vise à les dépasser. La Russie s’inscrit au 7e rang ; l’Inde au 9e, le Brésil au 11e. Par contre, pour le développement humain, la Russie est au 60e rang (IDH 0,802) ; le Brésil au 70e (IDH 0,800) ; la Chine au 81e (IDH 0,778) ; l’Inde au 127e rang (IDH 0,619).
Une forte désarticulation entre croissance économique et niveaux de vie caractérise ces sociétés, y compris sur les plans culturel, politique, économique, social et environnemental. Elle affecte gravement les niveaux de vie. 10 % environ de leur population urbaine profite de la croissance économique.
En Russie, 18,8 % de la population vit en dessous du revenu médian, l’espérance de vie est de 65 ans contre 83 au Japon ; 32,4 % a une espérance de vie de moins de 60 ans. L’IDH russe s’est détérioré de 1,6 % en 18 ans. Au Brésil, 21,2 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (– de 2 $ par jour). L’espérance de vie est de 71,7 ans mais 9,2 % de la population a une espérance de vie de moins de 40 ans malgré une amélioration de l’IDH de 23,7 % en 30 ans.
En Chine, d’après les statistiques officielles, malgré une amélioration de l’IDH de 46,6 % en 30 ans, 34,9 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté de 2 $ par jour ; l’espérance de vie est de 72,5 ans ; 6,8 % de la population a une espérance de vie de moins de 40 ans. La répartition des fruits de la très forte croissance économique (de l’ordre de 10 % par an de 2003 à 2008) est très inégale. La nouvelle classe moyenne, soit 10 % environ de la population (130 à 150 millions d’individus), s’attribue 45 % des revenus (PIB). Les 10 % de Chinois les plus pauvres ne disposent que de 1,4 % des revenus. Plus l’activité économique croit, plus les inégalités augmentent. Début 2004, les plus riches avaient un revenu 10,4 fois supérieur à celui des plus pauvres ; début 2005, 11,8 fois. Au premier trimestre 2005, les revenus des plus pauvres ont augmenté de 7,6 % ; ceux des plus riches de 15,7 %. Pour un pays communiste, cela est assez surprenant.
Ces inégalités dans la répartition des revenus s’observent dans la majorité des pays de la deuxième et troisième catégorie mais aussi dans certains pays de la première catégorie. L’IDH mériterait d’être complété par des indices reflétant l’évolution des inégalités dans la répartition des fruits de la croissance, pas uniquement entre hommes et femmes.
En Inde, 80,4 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté de 2 $ par jour. L’espérance de vie est de 63,7 ans ; 16,8 % de la population a une espérance de vie de moins de 40 ans, malgré une amélioration de l’IDH de 47,7 % en 30 ans.
Pour les BRIC, une longue marche sépare encore la croissance économique du développement humain.
Désarticulées, les sociétés des BRIC subissent sur leur activité économique une forte domination par le commerce extérieur. Avec la mondialisation, leur dépendance du commerce extérieur s’est fortement accrue depuis trente-cinq ans, notamment avec les vieux pays industriels. Le moteur de leur croissance économique est alimenté surtout, sinon exclusivement, par leurs exportations qui leur permettent d’importer de ces vieux pays les technologies, les équipements et les biens de consommation qu’ils ne produisent pas encore eux-mêmes. C’est pourquoi leurs indicateurs de domination et de dépendance sont au rouge.

Indicateurs de dépendance par le commerce extérieur : BRIC

Chine

Commerce extérieur (milliards de $)
Export 2003 : 438,3
2009 : 1.762
Export multiplié par 4,02 en 5 ans
Import 2003 : 393,6
2009 : 1.377
Import multiplié par 3,50 en 5 ans
Balance commerciale 2009 positive : + 385,9. Amélioration des réserves en devises
Dépendance par le commerce extérieur 2009
Export Import
= 40 % = 32 %
PIB PIB
Dépendance très forte par les exportations et les importations
Réserves en mois d’importation : 19,3

Russie

Commerce extérieur (milliards de $)
Export 2003 : 135,9
2009 : 564,1
Export multiplié par 4,12 en 5 ans
Import 2003 : 76
2009 : 401
Import multiplié par 5,27 en 5 ans
Balance commerciale 2009 positive : + 163,1. Amélioration des réserves en devises
Dépendance par le commerce extérieur 2009
Export Import
= 34 % = 21 %
PIB PIB
Dépendance très forte par les exportations
Réserves en mois d’importation : 6

Inde

Commerce extérieur (milliards de $)
Export 2003 : 66,3
2009 : 191,1
Export multiplié par 2,88 en 5 ans
Import 2003 : 72
2009 : 257
Import multiplié par 3,57 en 5 ans
Balance commerciale 2009 déficitaire : – 65,9.
Dépendance par le commerce extérieur 2009
Export Import
= 23 % = 26 %
PIB PIB
Dépendance faible par le commerce extérieur
Problème de règlement du déficit commercial
Réserves en mois d’importation : 8,9

Brésil

Commerce extérieur (milliards de $)
Export 2003 : 73,1
2009 : 223,4
Export multiplié par 3,05 en 5 ans
Import 2003 : 48,3
2009 : 208,5
Import multiplié par 4,31 en 5 ans
Balance commerciale 2009 positive : + 14,9.
Dépendance par le commerce extérieur 2009
Export Import
= 15 % = 12 %
PIB PIB
Absence de dépendance par le commerce extérieur en 2009
Réserves en devise en mois d’importation : 2008 : 7,1 ; 2010 : 15

Le succès économique des BRIC résulte à la fois de leurs ressources naturelles, du dynamisme de leurs populations, d’une main d’œuvre surexploitée (très longs horaires de travail ; bas revenus ; faible protection sociale…), des importations de technologies, d’équipements, de biens de consommation pour les urbains, etc. L’ultralibéralisme qui caractérise la mondialisation depuis le 1er choc pétrolier de 1973 leur permet de pratiquer dans les échanges internationaux une concurrence sauvage à base de dumping économique (copie des brevets et des techniques), social (exploitation du travail), monétaire (monnaie volontairement sous-évaluée). Ces pratiques permettent à leurs exportations d’exploser et le sous-développement de se développer dans les vieux pays industrialisés.
Si cette stratégie de croissance fondée sur l’ultralibéralisme et les exportations dure assez longtemps pour que ces pays s’équipent et produisent à leur tour tout ce dont ils ont besoin, ils pourront alors, s’ils le désirent, appuyer leur croissance sur leur marché intérieur et se libérer de la dépendance des vieux pays industrialisés. Ils seront en mesure d’améliorer les conditions de vie de leur population.
Le risque, pour les BRIC, est que les vieux pays industrialisés, vidés peu à peu de leur substance par ces concurrences sauvages et les exportations à bas coûts qu’elles permettent, lassés de la disparition de secteurs entiers de leur économie, des faillites en chaîne, des délocalisations, de la copie de leurs brevets, du chômage de masse, de la baisse des niveaux de vie de leur population… se rebiffent. Pour des pays trop longtemps exploités, pour la dernière grande puissance communiste, réduire un capitalisme financier arrogant au sous-développement est évidemment très tentant.
Mais le danger, pour les BRIC, est qu’avant d’avoir atteint le stade d’un développement interne autosuffisant qui leur permettrait de se libérer de leur dépendance aux exportations, les vieux pays industrialisés ne rétablissent à leurs frontières des préférences nationales ou communautaires, par exemple en frappant les importations en provenance des BRIC de taxes carbone et en cessant les transferts de technologies. Toutes les stratégies de développement fondées principalement sur les exportations à bas prix et les importations d’équipement et de technologies sont sous la menace de telles représailles. Leur dépendance de l’extérieur les rend fragiles. Si cette révolte potentielle se concrétisait, la mondialisation ultra-libérale et ses excès auraient vécu, remplacés par un protectionnisme généralisé qui contracterait fortement le commerce mondial et opposerait les Nations les unes aux autres dans des guerres économiques à répétition.

b/ Pour des zones d’échanges organisés (ZEO)

Dans son analyse du marché mondial, François Perroux36 pour éviter ce type de situations propose aux Nations de s’entendre en vue de la création de « zones d’échanges organisés » (ZEO), respectueuses des cultures et des intérêts des uns et des autres. Ces zones pourraient se mettre réalisées en partenariat dans une attitude de coopération et non de conflit grâce au respect des intérêts de chacun et des règles du jeu commercial établies en commun, par exemple, dans le cadre des Nations Unies garantes de leur respect. Cela pourrait devenir l’une des fonctions principales de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui abandonnerait son idéologie ultra-libérale favorable à une ouverture inconditionnelle des frontières pour promouvoir des partenariats et des coopérations entre ZEO.
L’Union Européenne, qui constitue un exemple très imparfait de ZEO (limites géographiques non fixées ; ouverture à toutes les sortes de concurrence ; manque d’harmonisation des politiques économiques, monétaires, sociales ; faible articulation dans les décisions entre organes de l’Union et gouvernements des pays membres, etc.), peut tout de même servir de référence dans de futures négociations.
Chacune de ces zones pourrait donner la priorité à son marché intérieur et au plein emploi de ses ressources matérielles et humaines, les échanges extérieurs assurant les compléments indispensables à la production intérieure.
Maurice Allais, prix Nobel 1988 pour ses travaux sur la théorie des marchés, dans son dernier ouvrage L’Europe en crise. Que faire ?37 estime que chaque zone devrait « grouper des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s’y développer de façon efficace et bénéfique ». Dans cette perspective, en ce qui concerne l’Union Européenne, Maurice Allais estime que sa production « devrait assurer au moins 80 % de la consommation communautaire », le commerce extérieur alimentant pour 20 % cette consommation. Si cette pratique était adoptée par toutes les ZEO, le commerce mondial resterait important et les ZEO pourraient se permettre d’avoir des intérêts et des projets communs sans effet de domination, ni dépendance des unes sur les autres.

3/ Sauver les Hommes, aménager la planète : De la croissance économique au développement humain et à la société progressive

Dans les années 1950, François Perroux a élaboré les concepts de base et les outils d’analyse du sous-développement et du développement, problème central de notre temps. En ce sens, il apparaît bien comme un penseur pour le XXIe siècle.
Aujourd’hui, nous disposons d’indicateurs pour quantifier la marche vers le développement humain et la société progressive. Il reste à les enrichir car le développement est un phénomène complexe qui mobilise tous les acteurs et concerne tous les éléments constitutifs d’une société.
Le travail réalisé, notamment par les statisticiens du PNUD, est irremplaçable et remarquable, il mérite d’être connu, utilisé, complété, élargi à tous les aspects du développement humain. La recherche et l’innovation dans ce domaine sont plus nécessaires que jamais.
L’avenir de la planète, en effet, dépend de la façon dont seront mises en œuvre ses ressources matérielles et humaines. Si la finalité de cette action demeure ce qu’elle est encore aujourd’hui, la croissance de la seule activité économique dans le cadre d’une mondialisation anarchique dominée par les plus forts, les crises, les tensions, les révoltes pourraient bien en être de plus en plus les fruits amers.
Si, au contraire, l’Homme, ses besoins vitaux, son épanouissement sont au cœur des préoccupations, si le développement de la planète vise « tout l’Homme et tous les Hommes », les générations futures auront encore de beaux jours devant elles.
Il ne suffira pas de sauver cette planète, il faudra aussi l’aménager pour le plus grand bien de tous les vivants. De quoi susciter l’ambition, le dynamisme, l’enthousiasme de la jeunesse du Monde.

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