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Article 8 : Ouvrages et Publications reçus Comptes-rendus rapides

vendredi 7 novembre 2014

Ouvrages et Publications reçus
Comptes-rendus rapides

Ouvrages
Jean-Simon Tabournel, 32 défis géopolitiques du vingt-et-unième siècle. Prométhée contesté, éditions Chronique Sociale, Lyon, 2010.
Jean-Simon Tabournel, qui est également l’auteur d’articles importants publiés par Informations et commentaires, explore ici les nouveaux horizons géopolitiques créés par la mondialisation et les bouleversements qu’elle a engendrés. Il en résulte l’analyse fine de trente-deux défis contemporains qui se regroupent en six thèmes : la dialectique du pouvoir et du politique, la dynamique européenne et ses ambiguïtés, la prégnance de la géopolitique et l’irruption de la géoéconomie et de la géofinance, la préoccupation écologique, la décentralisation face aux enjeux de la mondialisation, la dialectique de l’ordre international et de l’ordre mondial.
Ce n’est pas seulement un diagnostic établi à partir des transformations brutales qu’a connues notre planète depuis plus de vingt ans. Ce n’est pas non plus la simple analyse de vingt années (1987-2007) d’une crise où l’incertitude croissante résulte des changements géoéconomiques et géofinanciers du monde et de la régression conjointe des régulations et des pouvoirs des États. Le message de l’auteur est surtout un appel à débattre et réfléchir sur un monde complexe dont les objectifs s’éloignent sans cesse de tout humanisme. Le marché, la croissance économique, la « bonne gouvernance » perdent leur statut d’instruments au service de l’homme pour devenir des fins en soi qui assujettissent l’humain. L’objectif de ce travail est la restauration de la place de l’homme dans ces processus économiques, financiers et politiques, un homme à la fois acteur et bénéficiaire des progrès réalisés et non le serviteur éternellement sacrifié à la bonne santé d’institutions comme l’entreprise, le marché, l’économie de son pays, ou pour le dire autrement, aux intérêts du tout petit nombre d’humains qui maîtrisent et tirent profit de ces institutions.
Jean-Simon Tabournel s’inscrit ainsi dans une filiation qui le lie à François Perroux qui avait placé l’homme au cœur d’un développement économique et social total puisque libératoire de chacun et de « tout l’homme ». Le regard sans complaisance que l’auteur porte aux idées/forces, aux concepts et aux enjeux de chacun de ces 32 défis, n’a donc de sens qu’à travers l’exigence de l’humanisme que François Perroux mettait au cœur de chacune de ses analyses.

Revues
Aujourd’hui l’Afrique, revue de l’AFASPA, n°115, mars 2010.
Ce numéro de la revue accorde une large place à l’actualité. Francis Arzalier, dans son éditorial, souligne « l’érosion accélérée de l’audience politique et morale de la France » dans le continent africain. L’actualité franco-africaine, c’est également le débat ouvert en France sur « l’identité nationale » et la montée des idées fausses teintées de connotations raciales. Alain Ruscio (« La casquette de la mère Morano ») apporte une critique virulente de la remontée des vieux thèmes du temps de l’idéologie coloniale. Ce débat est aussi l’occasion de porter un regard critique sur certaines de ces idées. Célestin Grandrieu (« Démographie et migrations africaines ») écarte la responsabilité de la croissance démographique africaine sur les flux d’émigration de cette région, cependant que Jean-Pierre Yetna (« Les fausses images de la femmes africaine en Occident ») illustre la distance qui sépare la représentation occidentale de la femme en Afrique d’une réalité aux multiples facettes.
L’actualité africaine, c’est également la montée des chauvinismes exacerbés qui offre l’avantage aux pouvoirs en place de diriger des peuples oublieux des réalités sociales comme le montre Jean-Claude Rabeherifara (« Dérives de Foot : chaud, chaud, chauvinisme ») ou évoquer la remise en cause de la liberté de la presse au Maroc à travers l’exemple du Journal hebdomadaire (Fabien Ortiz, « Maroc : la liberté de presse mise à mal »). C’est également l’occasion de rappeler une donnée permanente du quotidien africain, le pillage de ses ressources comme le montre l’exemple de la République Démocratique du Congo (Robert Lavaud, « Congo : 125 ans de pillage »). L’actualité internationale, c’est aussi l’hommage poignant adressé au peuple haïtien, peuple en souffrance, par la revue.
Deux dossiers complètent le sommaire de ce numéro. Le premier est le rappel des œuvres d’auteurs importants : Claude Lévi-Strauss, évoqué par Jean-Claude Rabeherifara (« Lévi-Strauss entre diversités et universels ») et la renommée posthume contrastée de deux auteurs algériens, Albert Camus et Kateb Yacine, souligné par Jean-Louis Glory (« Fortunes mémorielles de deux fils de la terre algérienne : A. Camus, K. Yacine »).
Le second dossier concerne la Tunisie. Francis Arzalier a choisi de s’écarter des fausses réalités que véhiculent les médias occidentaux en ouvrant les pages de la revue à des articles publiés par l’hebdomadaire progressiste tunisien Attariq Al Jadid (la voie nouvelle). Si la réalité tunisienne, telle que la vivent les habitants de ce pays, est contrastée, parfois confuse, elle se situe bien loin de la vision que véhicule un grand nombre de journaux (ou d’ONG) français.
Toujours animé du souci de faire émerger la réalité de l’Afrique aujourd’hui, en dénonçant les clichés que lui assène la presse occidentale, la revue poursuit là une entreprise salutaire qui ne peut manquer d’intéresser les lecteurs attachés à ce sujet.

Analyses et documents économiques, n°113-114, novembre 2009, Centre confédéral d’études économiques et sociales, CGT.
La préparation du quarante-neuvième congrès de la CGT constitue l’essentiel du contenu de ce numéro de la revue. L’examen des nouveaux défis que l’actualité pose au syndicalisme constitue le thème d’une table ronde à laquelle participent Nasser Mansouri-Guilani, Jean-Christophe Le Duigou, Françoise Piotet et Jean-Marie Pernot, qui ouvre le sommaire. La très probable aggravation de la crise économique et financière et les opportunités et contraintes nouvelles qu’elle produit, la sensible détérioration des conditions de travail qui frappe les salariés français, ainsi que l’écart ressenti entre la bonne opinion exprimée en faveur du syndicalisme et le faible niveau de la syndicalisation constituent autant de points débattus ici.
Les thèmes centraux du Congrès, la question de l’unité syndicale respectueuse des spécificités de chacun, celui du travail, des salaires ainsi que des discriminations subies par les femmes, sont présentés à l’occasion de différents articles. Cette présentation est accompagnée par un dossier spécifiquement consacré à la jeunesse. Les jeunes actifs constituent un avenir pour le syndicalisme. Ils n’en subissent pas moins les effets de la crise dans toute leur brutalité. Ils sont loin de constituer une entité sociale, mais un ensemble de classes d’âge fracturé par la formation reçue, précarisé par les difficultés de l’insertion professionnelle, éclaté par les effets d’exclusion qu’entraîne le chômage. La mise en perspective de ces caractéristiques (qui ne sont pas spécifiquement françaises mais se retrouvent dans nombre de pays avancés) et des aspirations exprimées constituent le fil conducteur de ce très riche dossier.
Dans le champ qui est celui de notre revue, Nasser Mansouri-Guilani consacre un article au G 20. Si la nature libérale des analyses débattues aux différents sommets de ce groupe ainsi que l’écart manifeste qui sépare les discours de leur mise en pratique sont largement évoqués, le regard du syndicaliste apporte un complément central. L’absence de mesures effectives pour supprimer les causes manifestes de la crise financière (les comportements spéculatifs généralisés) conduit à une situation nouvelle sans précédent où la responsabilité des uns conduit au sacrifice du pouvoir d’achat, à la régression des droits sociaux des autres, c’est-à-dire au plus grand nombre, aux salariés.
Situé dans la conjoncture de la fin de l’année 2009, ce numéro de la revue ne peut manquer d’intéresser des lecteurs qui sont interpellés par l’enchaînement des événements du premier trimestre de 2010. Loin des discours fatalistes sur l’imprévisibilité du monde d’aujourd’hui, ce numéro apporte un ensemble d’analyses lucides que l’actualité ne dément pas.

Recherches internationales, n°86, avril-juin 2009
Ce numéro de Recherches internationales est consacré à l’Asie, intitulé « l’Asie chez elle ». Dans l’éditorial, Michel Rogalski porte son regard sur les négociations climatiques et sur la question du développement dans le Sud. L’article suivant d’Hélène Roux concerne la récente crise au Honduras, suggérant notamment que la crise dans le pays relève moins d’un affrontement politique que d’une guerre d’intérêts économiques avec des collusions entre les médias, le monde des affaires, les militaires, ainsi que les Etats-Unis et l’Union européenne. Outre ces deux contributions, ce numéro est entièrement dédié à l’examen critique de l’essor économique et politique de l’Asie et aux multiples interrogations qui demeurent quant à la question du développement autonome et de la solidarité intra-asiatique.
Le dossier s’ouvre sur une présentation (« Tectonique des plaques en Asie ») par Rémy Herrera et Patrice Jorland (coordinateurs de ce numéro). Ces deux auteurs reconnaissent que l’Asie n’est pas le seul acteur dans l’économie mondiale, « mais il se trouve qu’aujourd’hui la vive croissance économique qu’il connaît bouleverse la carte productive de la planète, les flux de marchandises, d’épargne et de capitaux, à la manière d’un incessant séisme ». Ils rappellent également que « tout semble se passer comme si l’avenir signifiait un retour au passé, comme si l’on remontait deux ou trois siècles plus tôt, quand l’Asie précédait les autres régions du monde par ses techniques, ses capacités et ses richesses ».
Mais le dossier ne se limite pas à un simple éloge de la nouvelle Asie. Bien au contraire, il insiste sur la nécessité de comprendre des nouvelles formes d’inégalités qui sont apparues ces dernières années. À Taiwan, considéré comme un des « dragons asiatiques » comme dénote Chung Hsiu-Mei dans son article « Post-développementisme ou néolibéralisme à Taïwan ? », l’État a fini par embrasser les mesures de privatisations et la rationalité économique néolibérale avec des conséquences graves sur la qualité de vie, sur les acquis sociaux et sur l’écologie locale. De même, la croissance économique seule sans une réforme agraire profonde peut creuser des nouvelles inégalités. Ceci pourrait bien être le cas en Asie du Sud (une des régions la plus agraire du monde) comme essaient de démontrer Wen Tiejun et Lau Kinchi, s’appuyant notamment sur le cas du Népal.
Marie-Hélène Lavallard dans son article « Une guerre chimique sans fin : l’agent orange au Vietnam » revient sur les conséquences dramatiques, environnementales et humaines, des bombardements massifs pendant la guerre du Vietnam (1961-1975). Dans le même registre, Makato Katsumata souligne comment les bombardements nucléaires subis par le Japon pendant la deuxième guerre mondiale ont donné naissance à un mouvement pacifiste dans le pays qui a toujours articulé l’importance de la paix et de l’amitié entre les peuples.
L’essor économique également signifie que des nouvelles formes de domination sont établies par des pays les plus puissants. En effet, André Menras dans son article « Laos, Cambodge et Vietnam, premiers dominos de l’expansionnisme chinois ? » indique que, dans cette région, le pouvoir chinois a bien des visées économiques et poursuit, à travers son influence économique ou, dans certains cas la présence de communautés chinoises expatriées, un objectif de conquête de l’espace et de prise de contrôle politique.
Dans ce dossier, le principal article sans doute représente « l’Asie chez elle » par Patrice Jorland. L’auteur remarque qu’avec l’émergence de l’Asie, la géographie économique du monde change. Toutefois les succès obtenus par le modèle de l’Etat développementaliste sont confrontés aujourd’hui au contexte plus désagréable de la mondialisation. De même une croissance économique forte ne signifie pas qu’il ait des conditions de développement favorables pour le continent entier. D’importantes disparités et contradictions déjà existent entre les pays et les régions et l’établissement du nouvel ordre international peut encore engendrer davantage de disparités économiques et de déséquilibres politiques.
En somme, un dossier remarquable et il sera sûrement apprécié par tous ceux qui s’intéressent à ce continent.

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