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Article 8 : Ouvrages et Publications reçus Comptes-rendus rapides

vendredi 7 novembre 2014

Ouvrages et Publications reçus
Comptes-rendus rapides

Ouvrages
Hakim Ben Hammouda, Hédi Bchir, Mustapha Sadni Jallab, La Crise, Paris, éd. Ellipses, 2009.
Trois économistes, spécialistes de l’économie internationale et du développement nous livrent leurs réflexions sur l’avenir de l’économie mondiale en crise.
« L’incertitude et l’indétermination croissantes, les ruptures, la montée d’un Sud dynamique, la persistance également de la pauvreté et l’avenir d’une grande pénurie sur certains marchés sont les principales caractéristiques d’un monde en gestation », écrivent-ils. « L’objectif de cet ouvrage est d’écouter les frémissements de cette nouvelle temporalité qui se dessine devant nous et d’en saisir les bruissements… Est-il possible de gérer cette indétermination et cette incertitude croissantes ? Comment faire face à la crise financière et à la tourmente qui sont en train d’emporter les marchés financiers ? Comment réduire des effets désastreux des tensions déflationnistes en cours ? »
La montée du nouveau Sud sera-t-elle à l’origine d’une concurrence plus exacerbée ? Ces nouveaux pays émergents pourront-ils corriger l’ordre international et ouvrir une nouvelle ère de multipolarité et d’un universel partagé ? Comment faire face à la persistance de la pauvreté et du dénuement ? À travers l’examen des mutations en cours et des ruptures à l’œuvre, cet ouvrage cherche à apporter quelques pistes de réflexion à ces interrogations. L’ouvrage est articulé autour de deux parties. La première s’intéresse à la crise globale et cherche à comprendre le passage d’un krach financier à une récession qui pourrait s’amplifier pour devenir une déflation incontrôlable… La seconde partie analyse les dynamiques en cours dans les pays en développement. Certains pays émergents d’Asie et d’Amérique Latine, notamment, vont-ils devenir des concurrents pour les anciennes puissances industrielles, tandis que subsiste à leurs côtés un monde de la pauvreté qui ne parvient pas à sortir de son dénuement et sur lequel pèse la menace d’une grave crise alimentaire ?
En conclusion, les auteurs suggèrent quelques pistes de réflexion sur l’avenir du monde après la crise : soutenir les efforts de développement des pays les plus démunis ; faire de la demande mondiale le véritable moteur de la croissance et de l’investissement pour réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 (Objectif du Millénaire) ; mieux tenir compte des besoins sociaux des populations ; mettre l’écologie et les risques climatiques au centre d’une politique de précaution ; mettre en place une nouvelle gouvernance mondiale plus ouverte et plus démocratique avec de nouvelles normes et de nouveaux mécanismes de régulation.
Ainsi seraient posées les bases « d’une nouvelle politique de précaution pour la prévention des risques et la mise en place d’un nouveau principe de civilisation ».
Un livre qui tient les promesses de ses auteurs, documenté, de lecture agréable. Il rejoint les préoccupations de notre revue. Il devrait intéresser tous ceux que préoccupe l’avenir du monde, celui des vieux pays industrialisés comme celui du Tiers Monde, émergent ou non.

Revues
Alternatives Sud, « Déforestation : causes, acteurs et enjeux » volume 15-2008/3, Centre tricontinental et Éditions Syllepse, 2008.
Voici un ouvrage qui sort des sentiers battus dans la mesure où il adopte une approche intégrée du désastre planétaire que constitue la déforestation. Piloté par Bernard Duterme, Directeur du Centre Tricontinental de Louvain la Neuve, il s’appuie sur l’expérience de chercheurs de nombreux pays et des ONG internationales spécialistes du secteur : World Rain Forest Movement, Forest Peoples Programme, Global Forest Coalition, Internatioal Alliance of Indigenous and Tribal Peoples of the Tropical Forest, qui fédèrent un grand nombre d’organisations nationales.
À partir d’un diagnostic précis (13 millions d’hectares déboisés chaque année, soit plus de quatre fois la superficie de la Belgique), l’ouvrage commence par montrer la multiplicité des causes de ce processus. En premier lieu l’agro-industrie, financée par de puissants investisseurs privés du Nord, qui dévore les forêts pour alimenter le marché mondial en maïs et soja, en viande pour les fast-foods nord-américains, en huile de palme, en pâte de bois et en cellulose. La paupérisation des paysans chassés de leurs terres et de leurs forêts par cet agrobusiness contribue aussi à une déforestation de survie, notamment autour des routes ouvertes par l’agro-industrie. Enfin l’extension rapide de l’urbanisation, elle aussi conséquence de l’exode rural, et des infrastructures énergétiques et de transport, ainsi que l’impact ravageur des industries minières, sont également des facteurs du recul de la couverture forestière. L’ouvrage souligne aussi la responsabilité des modes de production et de consommation dans les pays du Nord, qu’il appelle « le consumérisme des riches », à la base d’un immense marché pour les bois tropicaux et les produits de base nécessaires aux élevages intensifs et à la fabrication des agro-carburants.
Des cas d’espèce sont analysés au Swaziland, au Cameroun, au Nicaragua, en Haïti, au Brésil, en Indonésie, au Laos et en Tasmanie (Australie). Partout les mêmes conséquences sont mises en lumière.
D’abord l’affaiblissement des fonctions sociales, économiques et culturelles des forêts pour les 350 millions de personnes qui y vivent et sont victimes directes de la déforestation. Mais plus largement, selon la Banque mondiale, ce sont 1,2 milliard de personnes qui dépendent de systèmes d’exploitation agro-forestiers traditionnels.
Ensuite sont analysées les conséquences écologiques très graves de la déforestation : perte irréversible de biodiversité sur les territoires affectés, et dégradation parallèle des écosystèmes, c’est-à-dire de la qualité des sols, des ressources hydriques, du climat.
Enfin sont rappelés ses effets sur la sécurité alimentaire et sur les équilibres économiques de nombreux pays, dans la mesure où le développement des agro-industries, qui sont le moteur central de la déforestation, s’accompagne de relations économiques et financières de domination, d’exploitation minière des ressources naturelles et de stérilisation des capacités de production vivrière.
L’ouvrage s’attaque ensuite résolument à une critique approfondie des « solutions » mises en œuvre par les firmes multinationales concernées, soutenues par les institutions internationales comme la Banque mondiale, le FMI ou même la FAO : le reboisement par une monoculture d’arbres à usage industriel, générateur de « déserts verts » ; les projets mondiaux de « déforestation évitée » sur le modèle des marchés de « droits à polluer » ; et finalement les initiatives de la Banque mondiale en direction des peuples autochtones (Forest Carbon Partnership Facility et Global Forest Partnership) qui suscitent la méfiance de ces peuples vu l’appui constant donné par la Banque au développement de l’agro-industrie.
Enfin sont rappelées les multiples formes de résistance et de mobilisations sociales et politiques qui combattent les causes de la déforestation. Parmi de multiples exemples, l’ouvrage cite le projet de constitution proposé à l’Assemblée Constitutionnelle de l’Équateur par la CONAIE (Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur) : « l’État aura pour objectif permanent le développement intégral et durable des activités concernant l’agriculture, l’élevage, l’aquaculture, la pêche, l’artisanat et l’agro-industrie, qui fournissent des produits de qualité pour le marché intérieur, afin de réaliser la souveraineté alimentaire de la population, laquelle implique notamment de faire prévaloir la satisfaction des besoins de nutrition sur la production de biocarburants... Sont proscrits l’accaparement des terres et le latifundium, dont les terres serviront à intégrer le minifundium en unités de production, à encourager la propriété communautaire et l’organisation coopérative... ».
Bref cet ouvrage fournit un panorama transversal, complet et lucide, illustré de nombreux exemples, de l’ensemble des problématiques posées par la destruction des forêts, principalement à l’œuvre aujourd’hui dans les régions tropicales de notre planète.

Alternatives Sud, « La Bolivie d’Evo. Démocratique, indianiste et Socialiste ? », volume 16-2009/3, Centre tricontinental et Éditions Syllepse, 2009.
L’éditorial de François Polet reprend le titre du numéro de la revue. Avec la même distance par rapport à la transformation que le gouvernement d’Evo Morales impulse en Bolivie. Les réticences quant au caractère « démocratique, indianiste et socialiste » de ce changement portent aussi bien sur les méthodes de gouvernement qui sont apparues dans le processus constitutionnel que sur la nature du nouveau régime (capitalisme d’État).
Le volet « Points de vue du Sud » regroupe à la fois des contributions originales d’auteurs et des articles fondamentaux déjà parus dans d’autres médias, tels « l’Entretien avec Alvaro Garcia Linera, vice-président de la Bolivie » par Maristella Svampa et Pablo Stefanoni et l’article du même Alvaro Garcia Linera : « Blocs de pouvoir et “point de bifurcation” ».
Les articles originaux explorent les difficultés rencontrées dans le processus de transformation de la Bolivie, mais tranchent souvent avec le pessimisme de l’éditorial. Ainsi, Pablo Stefanoni (« “Indianisation” du nationalisme ou refondation permanente de la Bolivie ») analyse-t-il le cadre idéologique du gouvernement d’Evo Morales comme « un nationalisme plébéien partiellement ethnicisé » venu s’inscrire dans l’absence d’un État national, mais qui inclut une vision développementalistes et qui se préoccupe de l’égalité des citoyens. L’auteur s’inquiète toutefois des risques de la tentative, que la Bolivie a déjà rencontrés dans son histoire : impossibilité à dépasser les luttes pour le contrôle des ressources naturelles, difficultés qu’éprouve une population longtemps assujettie à construire des institutions nouvelles. Maristella Svampa (« Evo ou l’articulation du “communautaire-indigène” au “national-populaire” ») approfondit l’exploration de la rencontre de deux traditions en Bolivie. Elle revient sur le racisme banal qui a régné (et règne encore ?) en Bolivie et sur la tradition de luttes ouvrières qui s’était fait jour depuis les années 50 et qui avait cédé devant la mise en œuvre des réformes néo-libérales massivement mises en place depuis 1985. L’auteur insiste sur la diffuculté à faire converger ces deux lignes de tension. Mais pour elle, la principale difficulté à construire l’État plurinational de Bolivie réside dans l’attitude séparatiste de l’opposition qui se caractérise par son caractère racial (héritiers des colonisateurs espagnols) régional et néo-libéral. Fernando Molina s’attache aux « Évolutions de la géographie du conflit Bolivien ». Pour lui la traditionnelle brèche entre l’ouest — pauvre et indien — et l’est — riche et peuplé de descendants d’espagnols — est remise en question par le vote du 10 août 2008, au cours duquel le parti d’Evo Morales a obtenu des scores jamais atteints par la gauche dans les quatre provinces de l’est. Ce basculement est imputable en partie aux mouvements de population indigène qui revendiquent une condition meilleure. Hervé Do Alto et Frank Poupeau (« Ressorts de l’opposition régionale bolivienne ») approfondissent l’analyse de la nature de l’opposition. Comme l’auteur précédent, ils nuancent l’idée « d’un pays coupé en deux » : partout le vote pro-Morales l’emporte dans les campagnes ; mais dans les centres urbains eux-mêmes, le vote en faveur du président progresse, en raison de la perméabilité ville-campagne et de l’extension urbaine un peu anarchique. Les clivages orient-occident et ville-campagne deviennent ainsi moins pertinents pour analyser la géographie politique de la Bolivie. Alberto A. Zalles (« Écueils et déboires de la nouvelle Constitution bolivienne ») se penche sur la difficulté à inscrire en termes constitutionnels le caractère plurinational de l’État bolivien voulu par le programme du gouvernement. Marxa Nadia Chavez Leon (« “Autonomies indigènes” et “État plurinational” ») revient sur cette même question, mais d’un point de vue cette fois politique, soulignant que l’urgence admise par tous porte sur la lutte contre les velléités d’autonomie régionales des forces conservatrices. Enfin, un dernier article de Alberto A. Zalles examine la nature et la place du « Nationalisme Aymara », la principale nation indienne de la Bolivie et clôt ainsi ce panorama documenté et complet de la situation en Bolivie.

Analyses et documents économiques, n° 111-112, avril 2009, Cahiers du Centre confédéral d’études économiques et sociales de la CGT.
Le premier dossier de ce numéro double porte sur « Face à la crise, quelle politique de relance ? » Nasser Mansouri-Guilani, Jean-Christophe Le Duigou et Michel Marchet décèlent l’origine de la crise dans la récession sociale ; ils examinent la crise financière et font un état des lieux du système financier et bancaire. Ils insistent sur la nécessité d’une véritable relance, comportant un volet solide de politique industrielle ; enfin ils exposent « Pourquoi les différents plans de Nicolas Sarkozy sont pervers et inefficaces ».
Le second dossier revient sur la question de la représentativité syndicale. L’article de Michel Doneddu « La réforme de la représentativité : une avancée vers la démocratie sociale revendiquée par la CGT » affirme avec force que cette réforme a été faite suite aux initiatives de la CGT ; après un historique très documenté de l’ancien système et du processus de négociation des nouvelles règles, l’auteur souligne la plus grande démocratie que représente une audience des syndicats liée à l’expression des salariés au moment des élections professionnelles, tout en regrettant que les très petites entreprises (TPE) restent exclues du champ de la loi. Maryse Dumas dans « Promouvoir de nouvelles règles de négociation pour transformer le syndicalisme » appelle au développement du système social grâce à la négociation collective : « une contestation du pouvoir unilatéral de l’employeur » : les nouvelles règles, contraignant les organisations syndicales de salariés à consulter ceux-ci y contribueront. Daniel Sanchez (« Élections prud’homales. Le score de la CGT exprime des attentes fortes » se félicite du score de son organisation. Christian Dellacherie et Pierre Jean Rozet analysent le rapport qui propose des modifications du Conseil économique, social et environnemental (CESE) : « Rapport Chartier : des constats sévères pour des propositions convenues ? ». Cette institution a toujours eu du mal à trouver sa place et son rôle auprès du gouvernement ; le rapport propose trois scénarios de réforme portant aussi bien sur la composition que sur le domaine d’activité du CESE. Enfin, Denis Durand (« Une indépendance attaquée. La nouvelle “gouvernance” du système de statistiques public ») dénonce les atteintes récentes contre le statut des fonctionnaires et contre l’indépendance de l’INSEE, qui serait soumise à une autorité de tutelle, l’autorité statistique.
Les autres articles de la revue, toujours précis dans l’information apportée, portent sur l’activité syndicale actuelle ou sur des réflexions concernant la vision contemporaine du capitalisme.

Aujourd’hui l’Afrique, revue de l’AFASPA, n° 112, juin 2009.
L’éditorial de Francis Arzalier « Une justice à géométrie variable » met l’accent sur les inégalités de traitement médiatiques et juridiques devant le Tribunal Pénal International, selon la proximité avec les intérêts des compagnies transnationales. Claudy Chipotel dans « Puissant mouvement social en Guadeloupe. Radioscopie et prolongements » trouve la source de ce mouvement dans une situation de nature coloniale bien antérieure à la crise économique actuelle ; une issue possible serait le statut d’autonomie. Jean-Claude Rabeherifara et Pierre Sidy (« Madagascar. Entre colères populaires, impasses bourgeoises et rivalités impérialistes ») soulignent le contraste entre un pouvoir politique prédateur et la condition des travailleurs malgaches privés de travail décent, des paysans expulsés de leurs terres par l’agrobusiness, de la population privée de liberté d’expression. José Randrianasolo dans « Dégâts collatéraux de la crise et impacts de la mondialisation. Les salariés malgaches en pleine difficulté » illustre et argumente la détérioration grandissante des droits des travailleurs malgaches, discriminés dans leur propre pays. Jacqueline Gascuel (« Agro-carburant. Les paysans résisteront-ils à la main mise sur leurs terres ? ») poursuit sa recherche déjà développée dans le n° 110 : les agro-carburants sont-ils une opportunité pour les paysans de la zone sub-sahélienne ? Un voyage au Burkina-Faso lui permet d’analyser la mise en culture du jatropha curcas, petit arbre poussant sur des terres ingrates, dont on tire l’huile des fruits. Trois dangers menacent néanmoins les paysans : le déplacement de cette culture vers des terres plus riches et mieux irriguées pour améliorer le rendement ; la recherche d’une valorisation dans les pays développés au détriment de l’approvisionnement des populations locales ; l’arrivée de grandes multinationales qui dépouilleraient les paysans de leurs terres. Les pouvoirs coutumiers pourraient constituer un rempart contre ces dangers. Le dossier de ce numéro porte sur les sahariens ; Francis Arzalier (Mali, Niger : À propos de “l’insurrection touarègue” ») fait une mise au point sur “l’insurrection touarègue” : elle est le fait de bandes armées dont les chefs sont toujours prêts à s’allier avec qui les sollicite, pourvu de trouver un avantage. Mais ces bandes sont minoritaires, même si elles revendiquent un État saharien ; la majorité de la population touarègue ne se reconnaît pas dans cette attitude et revendique sa citoyenneté malienne ou nigérienne. L’article suivant, de Amadou Seydou Traoré, « Intadéinit : souvenir d’un déporté malien » relate la découverte de la culture touarègue par un détenu du soudan malien, déporté dans le nord. Jean Chatain (« L’Union des Populations du Cameroun et le droit à l’indépendance ») met en lumière le rôle de l’UPC, parti porteur des revendications d’indépendance au lendemain du second conflit mondial et en butte à la répression coloniale dès 1955. Une interview de Gilbert Kouessi, « Où va le Bénin sous la présidence de Boni Yayi, trois ans après l’élection présidentielle de mars 2006 ? » souligne que la démocratie, conquise de haute lutte est en péril au Bénin ; en effet, le nouveau président a besoin d’un pouvoir fort pour se maintenir. Enfin, nous signalons que la revue salue la mémoire de trois grandes figures de l’anti-colonialisme : Jules Molina, Sémou Pathé Gueye et Georges Labica.

Insaniyat, n° 39-40, janvier – juin 2008 (Vol. XII, 1-2), Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales- CRASC – Oran.
Ce numéro double d’Insaniyat a pour intitulé « Regards sur le passé et enjeux de la mémoire, aujourd’hui » et plusieurs contributions illustrent cette thématique, plus que jamais d’actualité : « Algérie : l’état des savoirs en sciences sociales et humaines (1954-2004). Symposium (septembre 2004) de Nouria Benghabrit-Remaoun et Mustapha Haddab qui présentent une synthèse des actes du symposium organisé en septembre 2004 par le CRASC sur « l’état des savoirs en sciences sociales et humaines en Algérie (1954-2004) » ; « L’enseignement de la guerre de libération nationale (1954-1962) dans les anciens et nouveaux manuels d’histoire » (en langue arabe) de Hassan Remaoun ; « Les historiens et la mémoire après Halbwachs et Freud » de Gilbert Meynier .
D’autres regards sur le passé sont aussi proposés : « La mosquée et le cimetière. Espaces du sacré et pouvoir symbolique à Constantine en 1936 » de James Mc Dougall ; « L’Algérie et sa conquête : champ d’observation et d’initiation aux méthodes de colonisation pour les Allemands au XIXème siècle » de Slimane Rafik Nebia ; « La région des Traras à travers les études coloniales » (en langue arabe) de Mourad Moulai Hadj ; « Le siège de Mers-el-Kébir de 1563 et la dimension spatio-temprelle dans “El Gallardo espagnol” de M. de Cervantes » d’Ahmed Abi-Ayad ; « De quelques approches des rapports tribus / pouvoirs politiques au Maghreb » de Yazid Ben Hounet.
Des contributions en varia apportent d’autres éclairages : « La viticulture dans la région d’Aïn Témouchent : les conditions d’une tentative de résurgence » de Zohra Bouziane-Bensafir ; « Vers une nouvelle stratégie de développement : de l’État-nation à la bonne gouvernance. Le cas tunisien » de Zouheir Benjanet , enseignant à Gafsa (Tunisie) ; « À qui profitera la “fenêtre démographique” des pays du Maghreb ? » de Kamel Kateb, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED) de Paris.
Dans la rubrique « Positions de recherche » figurent quatre articles qui viennent enrichir la problématique traitée : Le Groupe d’études sur l’histoire des mathématiques à Bejaia (GEHIMAB). Une association indépendante à la recherche du patrimoine d’une ville et de sa province dans l’Algérie d’aujourd’hui » (extrait d’une thèse de doctorat en sociologie) de Mohand Akli Hadibi ; « 8 mai 1945 à Guelma : le système colonial à l’épreuve des réformes politiques et du nationalisme » (texte de soutenance d’une thèse de doctorat en histoire) de Jean-Pierre Peyroulou ; « Guerre des images, guerre sans image. Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) » (extrait d’une thèse de doctorat) de Marie Chominot ; « La Wâda de Sidi Yahia : représentations et pratiques. Étude anthropologique sur la région de Ouled Nhar » (en langue arabe) de El Hadi Bououchma.
Ce numéro double comprend aussi les rubriques habituelles de la revue portant sur les comptes-rendus de lecture d’ouvrages, dont celui de G. Meynier sur le livre publié sous la direction de R. Gallissot, intitulé : « Algérie ; Engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l’indépendance de 1830 à 1962. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Maghreb », Les Éditions de l’Atelier, Le Maitron, Paris, 2006 ; la revue des revues ; des informations scientifiques, ainsi qu’un index des articles publiés par Insaniyat en 2007.
Rappelons que la revue Insaniyat est une revue algérienne publiée par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) de l’Université d’Oran, avec un réel esprit d’ouverture, les articles proposés étant écrits en langue française et en langue arabe, et le résumé des articles étant assuré en quatre langues (française, anglaise, espagnole et arabe).

Recherches internationales n° 84, octobre – décembre 2008
Comme nombre de revues l’on déjà fait, Recherches internationales présente un dossier sur la crise mais, comme d’habitude le lecteur ne devra pas négliger les autres articles et rubriques du numéro.
L’éditorial de Michel Rogalski analyse l’émergence de la Chine comme grande puissance avec laquelle les États-Unis sont en train de nouer des relations privilégiées. Le titre de l’éditorial est sans ambiguïté puisque sans point d’interrogation : « Chine / États-Unis : le nouveau G2 ». En quelques pages, le directeur de la revue démontre comment, « à la faveur de la crise, la Chine se trouve “cooptée” par les États-Unis comme partenaire privilégié dans l’arène mondiale », sans trop insister sur la rivalité sous-jacente à cette alliance.
Trois articles font suite à cet éditorial. Le premier, signé Hassane Zerrouky, traite de la situation politique en Algérie. « Abdelaziz Bouteflika, une présidence sans partage » décrypte pour nous l’évolution de la vie politique algérienne depuis la première élection de Bouteflika à la magistrature suprême en soulignant l’impasse dans laquelle s’engage aujourd’hui le pouvoir. La volonté de réintégrer les courants islamistes dans la vie politique qui fait obstacle à une alternative démocratique moderniste est loin d’être assurée de réussir. Le second article revient sur la question de l’OTAN traitée dans un précédent numéro. Le directeur de l’Institut de documentation et de recherche sur la paix, Jacques Le Dauphin, analyse le Sommet du soixantième anniversaire de l’OTAN qui s’est tenu au début du mois d’avril (« Le Sommet de Strasbourg-Kehl : une nouvelle ère pour l’OTAN ? ») et sur les débats duquel peu d’informations ont filtré ; mais cela n’est-il pas le signe d’un statu quo indépassable malgré la montée des divergences et des contradictions ? Quoique de plus en plus portée par les Européens, cette institution reste toujours dominée par les États-Unis. Dans le troisième papier, Pierre Martinot étudie, chiffres à l’appui, l’augmentation des budgets militaires des pays latino-américains depuis 2000, « un consumérisme militaire qui a suscité et suscite encore des réactions, voire des inquiétudes » mais qui soutient les industries d’armement tant des pays européens que d’Israël et, bien sûr, des États-Unis.
Le dossier sur la crise est introduit par Michel Rogalski qui dessine une perspective bien tranchée : « fin du néolibéralisme ou entrée dans la jungle et les crises ? ». Les quatre articles qui composent le dossier abordent différemment l’analyse de la crise : comparaison avec celle de 1929 pour Hakim Ben Hammouda et Mustapha Sadni Jallab (« La grande dépression de 1929 est-elle de retour ? »), étude des mécanismes déclencheurs de la crise et des spécificités du système qu’elle ébranle dans l’article d’Ahmed Henni qui affirme d’emblée que cette crise se différencie par là de celle de 1929 (« Crise du capitalisme de rente, endettement et répartition des revenus »), dynamique délétère pour « le capitalisme rentier organisé par l’hégémonie américaine » selon Bernard Gerbier qui dénonce les analyses qui ne voient pas plus loin que la crise financière de 2008 (« Crise financière ou crépuscule du capitalisme rentier ? ») tandis que Dimitri Uzunidis et Lamia Yacoub considèrent que « le développement renaît dans la crise actuelle » du fait que celle-ci rehausse l’intérêt pour une politique économique active » (« Le développement dans la mondialisation : crise de la gouvernance mondiale et retour de l’État »). Cette diversité des approches est stimulante. On peut seulement regretter que les auteurs, à l’exception de Bernard Gerbier, n’aient pas fait de place à la question monétaire et plus précisément celle des changes. À trop privilégier 1929, on oublie 1931, la crise de livre sterling et ses suites immédiates (la création de la zone sterling puis de la zone franc) ou plus lointaines (Bretton Woods et la consécration du dollar).
Comme toujours, le lecteur ne perdra pas son temps en parcourant la rubrique finale « Notes de lecture » dédiée à de bonnes revues et quelques livres qui sortent de l’ordinaire.

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